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	<title>aparte-politique &amp;laquo; WordPress.com Tag Feed</title>
	<link>http://wordpress.com/tag/aparte-politique/</link>
	<description>Feed of posts on WordPress.com tagged "aparte-politique"</description>
	<pubDate>Sun, 07 Sep 2008 05:18:12 +0000</pubDate>

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	<language>en</language>

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<title><![CDATA[mai 68 expliqué à mon raton-laveur - regis debray]]></title>
<link>http://anarkali.wordpress.com/?p=80</link>
<pubDate>Tue, 06 May 2008 04:13:35 +0000</pubDate>
<dc:creator>anarkali</dc:creator>
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<description><![CDATA[raton-laveur : C&#8217;est le symbole de quoi, 68 ?
regis debray : c&#8217;est sans doute la victoir]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>raton-laveur : C'est le symbole de quoi, 68 ?</p>
<p>regis debray : c'est sans doute la victoire de l'image sur le mot, et c'est aussi la victoire de l'individu sur le collectif. Alors ça a de bons côtés, jusqu'à un certain point. Parce que l'individu tout seul, c'est aussi la détresse, c'est aussi la dérive, c'est l'égoïsme, et c'est peut-être la guerre de tous contre tous. Et c'est peut-être à la fin, comme il y a un tel vide d'appartenance, le retour de tous les archaïsmes qu'on avait voulu dépasser ; le retour du religieux, le retour du nationalisme, le retour du communautarisme. À force de vouloir se débarasser du groupe et du collectif, aujourd'hui, c'est le groupe qui revient, parce qu'on peut pas vivre seul, sans repères, sans référence, et je le dis, excusez-moi du mot, sans transcendance. Je ne parle pas du bon Dieu quand je parle de transcendance ; je parle de quelque chose qui nous dépasse, qui nous exalte et qui nous unit. (1)</p></blockquote>
<p><a href="http://anarkali.wordpress.com/files/2008/05/mai68g.jpg"><img class="alignleft alignnone size-full wp-image-85" style="float:left;" src="http://anarkali.wordpress.com/files/2008/05/mai68g.jpg" alt="" width="200" height="253" /></a>Comme <a href="http://www.regisdebray.com" target="_blank">Régis Debray</a>, je n'ai pas fait mai 68 ; j'étais encore dans les Limbes - ou le Purgatoire, selon le menu transcendantal du jour - quand lui était emprisonné en Bolivie car "sans fusil mauvaise plume ; sans plume mauvais fusil". Mais le quidam semble ne jamais l'avoir digéré, d'avoir manqué la révolution qui menaçait - oh, si timidement - son XVIè arrondissement natal qu'il avait renié.</p>
<p>En plus de la ré-édition de son texte paru en 78,  aujourd'hui sous le titre <span> <em>Mai 68 une contre-révolution réussie, </em>ce monsieur débite à la télévision son fiel contre l'individualisme et la dissolution du lien social en accusant - à mots à peine couverts de circonvolutions - mai 68 d'être à l'origine de tous les maux, du "tout-à-l'ego", de la guerre en Irak (oui, tous les <em>neo-cons</em> américains sont d'anciens trotskystes bercés aux chants de 68), du capitalisme triomphant, du fibrome de ma tante, etc. Bref, sans mai 68, la France serait dans un bien meilleur état, ma bon' dame... nos fils seraient fiers de servir la nation, nos filles de dépoussiérer les missels, et le blason des transcendantaux serait redoré sur le fronton de nos collectifs</span></p>
<p>La position de Debray me laisse perplexe, tragi-comique et douce-amère - plus encore après avoir lu <a href="http://anarkali.files.wordpress.com/2008/05/debray-generation.pdf">ce court article</a>. Bourdieu disait qu'il n'y avait rien de pire qu'<a href="http://fr.youtube.com/watch?v=xE1ehtg4Skg" target="_blank">une révolution ratée</a>. Le pire demeure justement ces interprètes bileux qui viennent faire la leçon sur les effets pervers, la part maudite de l'héritage, ou la face cachée de mai 68. Le pire d'une révolution "ratée", c'est qu'elle ouvre des boulevards aux fins spécialistes de l'histoire contemporaine qui la ré-écrivent  à travers leurs lunettes fumées. De 68 pour nombre d'entre eux, on retiendra la poussée d'hormones, les appels à la débauche, les pavés qui volent et le sentiment que le grand héros de ce mois-là fut le préfet de  police. Ainsi l'on masque les grèves générales, les luttes sociales, les tentatives d'auto-gestion ; ce qui est lentement rebouché, ce sont les lignes de fuite qu'ouvraient mai 68, l'ensemble des devenirs possibles - la brèche alors creusée.</p>
<p><a href="http://anarkali.files.wordpress.com/2008/05/mai68capital.jpg"><img class="alignright alignnone size-full wp-image-86" style="float:right;" src="http://anarkali.wordpress.com/files/2008/05/mai68capital.jpg" alt="" width="200" height="246" /></a>Ce simili-débat fait néanmoins vite place à l'écœurement, mai 68 devient le chiffon rouge médiatique à affoler devant les yeux d'auteurs aussi peu probes que leurs éditeurs sont cupides. Les positions sont de circonstance, chacun livre à l'héritage ses testaments lapidaires. Règlements de compte intra-mondains devant un mai 2008 aux yeux plus secs et aux poches plus poussiéreuses que jamais. Sans cesse sont revisités causes et effets, débattus interprétations et histoires - contextes, prétextes, faux-textes. Rarement le texte lui-même.</p>
<p>Et la vague impression que rien n'a vraiment changé demeure ; que les moulins à paroles s'agitent pour mieux masquer des temps bien plus coûteux. Le sentiment persistant aussi, que l'esprit de mai 68 n'est pas ce réceptacle vide que chacun remplit de ses prétentions, et qu'il resurgit avec plus ou moins de bonheur non dans le spectacle, mais dans quelques actes impromptus produits sans publicité ni gloire.</p>
<p>---</p>
<p>(1) Tirée d'une interview de Régis Debray dans l'émission <a href="http://www.france5.fr/c-a-dire/index-fr.php?page=accueil" target="_blank">"C à dire"</a> sur France 5, le 1er mai ; reprise dans le <a href="http://www.canalplus.fr/c-infos-documentaires/pid1830-c-zapping.html" target="_blank">zapping de Canal +</a> du 2 mai</p>
<p>(2) Beaucoup trouveront utile de lire à ce propos <a href="http://bernat.blog.lemonde.fr/2008/05/02/mai-68-xx-regis-debray/" target="_blank">ceci</a> puis <a href="http://bernat.blog.lemonde.fr/2008/05/06/mai-68-xxi-regis-debray-et-les-ruses-de-loiseau/" target="_blank">cela</a>, sur le blog <a href="http://bernat.blog.lemonde.fr/" target="_blank">"critique, et critique de la critique"</a>, ainsi que l'ensemble des articles consacrés à mai 68</p>
<p>(3) Les affiches sont tirées <a href="http://www.lecointredrouet.com/mai68/affiches.html" target="_blank">du site des libraires didier lecointre et dominique drouet</a></p>
<p>---</p>
<p>en 1968 également, avant les pavés et les chars, résonnait ceci -<br />
Leonard Cohen - One of us cannot be wrong</p>
<p style="text-align:center;"><span style='text-align:center; display: block;'><object width='425' height='350'><param name='movie' value='http://www.youtube.com/v/iels3GLw-zs'></param><param name='wmode' value='transparent'></param><embed src='http://www.youtube.com/v/iels3GLw-zs&rel=0' type='application/x-shockwave-flash' wmode='transparent' width='425' height='350'></embed></object></span></p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[figures de la critique (I) - ne plus écrire que pour le dieu mort ?]]></title>
<link>http://anarkali.wordpress.com/?p=50</link>
<pubDate>Mon, 21 Apr 2008 06:51:10 +0000</pubDate>
<dc:creator>anarkali</dc:creator>
<guid>http://anarkali.wordpress.com/?p=50</guid>
<description><![CDATA[À l&#8217;époque déjà l&#8217;espoir de laisser, dans la marée montante de la barbarie quelque ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><img class="alignleft alignnone size-full wp-image-79" style="float:left;" src="http://anarkali.wordpress.com/files/2008/04/message-bottle.jpg?w=160" alt="" width="160" height="240" />À l'époque déjà l'espoir de laisser, dans la marée montante de la barbarie quelque bouteille contenant un message n'était qu'un aimable mirage : les signes désespérés ont été engloutis par la boue de la fontaine de régénérescence et une bande d'esprits nobles et autre racaille en a fait une murale hautement artistique, mais peu coûteuse.<br />
C'est à partir de ce moment que le progrès de la communication a pris un rythme accéléré.<br />
Qui donc reprocherait finalement aux esprits les plus libres de ne plus écrire pour une postérité imaginaire dont la familiarité indiscrète dépasserait peut-être encore celle des contemporains, mais uniquement pour le Dieu mort ?</p>
<p>--- Theodor W. Adorno, <em>Minima Moralia, </em>§ 133</p></blockquote>
<p>Alors pourquoi parler de la critique aujourd'hui ? pourquoi pas, tiens ? à quoi bon ?</p>
<p>Mais non. Pourquoi ? Point de frivolité ni de sérieux ici. Il faut parler de la critique, il faut l'exercer ; sans jamais l'habiter, ni s'y conforter, elle doit nous être toujours dérangeante, avoir les accents dissonants d'une musique familière. Elle doit produire le <em>dé-ménagement.</em></p>
<p>La France fait aujourd'hui des funérailles nationales à Aimé Césaire, décrétées par le même pouvoir qui affrète des charters à sens unique et qui contribue à la diffusion tant policière que médiatique d'un <a href="http://www.bakchich.info/article3435.html" target="_blank">racisme latent</a>, qui pare la bête d'habits républicains pour mieux cacher son hideuseté (1). On pourrait ricaner de la ruse de l'histoire qui veut que l'anti-colonialiste soit enterré avec pompes et crachats silencieux et recueillis par le racisme officiel en bannière tricolore. Il y a surtout un cynisme froid, glacial même, dans ce geste. J'aimerais être désinvolte si parfois l'inverse se produisait, et que les quelques barricades, physiques et littéraires, qui s'élèvent parfois contre la barbarie mettaient l'ordre à genoux. Mais les lacrymogènes dissolvent à chaque jour les gorges chaudes de rancoeur et de haine. Il s'agit bien de haine, la même haine que le film éponyme avait dévoilée. Et il ne s'agit plus de comprendre ou de panser quelques plaies, il faut prendre parti. Les cartes d'électeurs ne valent que comme avions en papier, les pavés sont encore des armes.</p>
<p>Afin que la critique demeure un instrument tactique, le grain de texte qui fasse déjouer les rouages des dispositifs en place, il faut sans cesse la revendiquer, la départir de ses apparats commerciaux et spectaculaires. Mai 68 est propice à un tel déversement, il est du rôle de la critique de prendre à revers <a href="http://bernat.blog.lemonde.fr/2008/03/30/vincent-cespedes-brice-de-nice-de-la-philo/#comment-1116" target="_blank">ceux qui s'en affublent</a> à des fins de monétarisation marchande ou symbolique.</p>
<p>La critique est de gauche - au sens de Deleuze (2). Une gauche qui ne peut gouverner, car une gauche qui n'est pas dans le "jeu" politique, qui ne joue pas le jeu de la politique, qui ne répond pas à l'illusio que constitue le régime parlementaire. Mais bien plus, la gauche est une perception, la gauche est un devenir.<br />
La gauche est une perception :"être de gauche, c'est savoir que les problèmes du tiers-monde sont plus proches de nous que les problèmes de notre quartier. C'est vraiment une question de perception, c'est pas une question de belle âme, non. C'est ça d'abord être de gauche pour moi."<br />
La gauche est un devenir : "être de gauche, c'est ne pas cesser de devenir minoritaire. [...] La gauche, c'est l'ensemble des processus de devenir minoritaires".</p>
<p>Lors d'un colloque organisé en ce début de siècle consacré à Michel Foucault, certains portaient "le deuil de l'intellectuel critique" (dixit Pierre Bourdieu), quand d'autres pointaient qu'il était un auteur "inassimilable, irrécuérable par tous ceux qui voudraient le neutraliser en annulant la portée radicalement critique de son oeuvre" (dixit Didier Éribon) (3). Je leur donne doublement raison, mais il faut abandonner la figure de l'intellectuel critique type IIIè République - internet change la donne critique, il faut savoir en user. De même, la pensée de Michel Foucault est tout à fait récupérable -<em> </em>par le management, la comptabilité ou les sciences de l'administration* - et, <span style="text-decoration:line-through;">a par ailleurs été joyeusement récupérée par quelques marchands de savoir</span> donne lieu ces dernières années à des sources de profit élargies (4), mais elle fournit toujours les outils critiques nécessaires et demeure vivante sous la patine parfois luisante du conformisme universitaire.</p>
<p>Le leitmotiv d'un <a href="http://bernat.blog.lemonde.fr/2008/04/10/gargouillis/" target="_blank">blog ami</a> me revient avec insistance :</p>
<blockquote><p>Plus de critères pour juger, plus de discours légitimes à accrocher au plafond des valeurs en stuc. Les trois mamelles du consensus : addition, indifférence, redondance. Trois questions dérivées : combien ? quelle importance ? où est-ce que j’ai déjà vu ça ? Afin de conjurer la perte, les discours de la commémoration se bousculent. Ainsi “l’événement”. Plus de déchirure mais des lignes sur l’événement qui fait événement en tant que le plus événementiel. Afin de saisir ce que nous avons déjà perdu il suffit de porter le regard sur ce que l’on commémore. La chose est encore là puisqu’on écrit sur elle. Une trouée ? Produire un texte qui ne puisse être ressaisi par aucun de ses bords. Inclassable, aberrant dans sa forme, monstrueux dans ses effets.</p></blockquote>
<p>La commémoration est un discours de l'évènement, mais elle est bien plus que ça, elle est la ré-articulation toujours contingente de la mémoire et de l'évènement présent, de l'irrémédiable et du devenir. Elle est à la rencontre de l'oubli (qui n'est pas la perte) et de l'histoire. Walter Benjamin devinait que l'érection maladive de cénotaphes après 1918 trahissait le confort faussement retrouvé après l'atroce déchirement. Les monuments à la gloire des morts ne faisaient que justifier rétrospectivement et non sans une certaine morbidité les sacrifices faits au nom d'une cause quelconque. Car si on ne peut oublier, il ne s'agit pas non plus de célébrer ; faire le deuil signifie finalement la victoire de la barbarie ou de la banalité du mal. Conjurer la perte est, en termes dialectiques, la réconciliation illusoire du positif et du négatif ; la ruse de la raison qui fait que l'histoire est écrite par les vainqueurs et que "ceux qui règnent à un moment donné sont les héritiers de tous les vainqueurs du passé" (5).</p>
<p>La trouée du texte critique, sa difformité et son insaisissabilité comme paramètres de sa production. Ou encore, conserver la perspective toujours oblique, se mouvoir sur la diagonale du fou. Le texte ou l'acte critique, s'il vaut par son inutilité, sa non-valeur marchande, s'il vaut justement dans le fait de ne rien vouloir qui ne soit pas lui-même, n'a rien néanmoins du linge blanc dont se parent parfois les parangons littéraires ou télévisuels. La critique pue, elle est le linge sale, la dissonance insupportable, elle force les bourgeois à se pincer le nez et se boucher les oreilles.</p>
<p>De dessous la terre, nous les regarderons vomir, en mémoire de ceux qui ont péri sous la torture de leurs fouets.</p>
<p>---</p>
<p>(1) usage inspiré des <em>Sonnets pour Hélène </em>de Ronsard</p>
<p>(2) tel qu'il l'expose dans son <a href="http://http://docs.weblog.ro/page!20.html" target="_blank">abécédaire</a>, voir le début de la vidéo 1.</p>
<p>(3) cités dans Marie-Christine Granjon, <em>Penser avec Foucault, </em>p. 6</p>
<p>(4) notamment la publication des cours publics au Collège de France à 25€ pièce</p>
<p>(5) Walter Benjamin, "Sur le concept d'histoire", in <em>Oeuvres III, </em>p. 432</p>
<p>(*) ajout le 01/05/08</p>
<p>---</p>
<p>(photo : <a href="http://www.flickr.com/photos/lensenvy/" target="_blank">markflemingphoto</a>, <em>message in a bottle toned, </em>licence CC)</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[le camp est l'espace qui s'ouvre quand l'état d'exception commence à devenir la règle]]></title>
<link>http://anarkali.wordpress.com/?p=60</link>
<pubDate>Sat, 12 Apr 2008 05:43:02 +0000</pubDate>
<dc:creator>anarkali</dc:creator>
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<description><![CDATA[La survivance politique des hommes n&#8217;est pensable que sur une terre où les espaces auront ain]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><a href="http://anarkali.files.wordpress.com/2008/04/68-etranger.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-61" style="float:right;" src="http://anarkali.wordpress.com/files/2008/04/68-etranger.jpg" alt="" width="150" height="225" /></a>La survivance politique des hommes n'est pensable que sur une terre où les espaces auront ainsi été "troués" et topologiquement déformés, et où le citoyen aura su reconnaître le réfugié qu'il est lui-même.</p>
<p>--- Giorgio Agamben, <em>Moyens sans fins</em></p></blockquote>
<p>Les élucubrations de Giorgio Agamben me laissent souvent indifférents. L'idée du camp comme "<em>paradigme même de l'espace politique</em>" ou comme "<em>évènement qui marque de façon décisive l'espace politique de la modernité</em>" me décroche à peine un sourire. Sa définition de l'état d'exception comme "<em>ordre spatial nouveau et stable"</em> réveille difficilement une connexion synaptique.</p>
<p>Toutefois, j'ai une certaine sympathie pour certains de ses développements, qui me semblent assez fertiles quand rapportés à une pensée de l'exil comme condition politique potentielle.  Il a une véritable justesse de vue sur les espaces intersticiels de la "vie", notamment le gouffre abyssal entre l'homme et le citoyen. C'est ainsi que son court chapitre sur Hannah Arendt et son essai <em>"We, refugees"</em> est plein d'à-propos sur cette contradiction qui veut qu'au moment qu'un individu de type lambda devrait se sentir le plus enveloppé par la couverture douce et chaude des Droits de l'Homme universels, c'est-à-dire quand son propre État lui refuse la "protection" de ceux-ci, il tombe dans un no man's land juridique qui le met à la merci du premier boucher venu. L'identité, imparfaite mais cohérante, entre homme et citoyen fait véritablement du réfugié une condition politique limite dans un système d'État-nations. L'immigration clandestine ne pose pas un autre problème ; d'où l'idée de réhabiliter le peuple contre la nation, de faire que l'espace ne coïncide avec aucun territoire national homogène afin que nos racines ne soient plus un fondement politique, un critère de distinction entre ami et ennemi, un foyer où luisent les miroirs aux alouettes.</p>
<p>"<em>Le camp est l'espace qui s'ouvre quand l'état d'exception commence à devenir la règle." </em>S'il me semble qu'il s'agit là de poudre aux yeux sur la véritable nature de l'état d'exception (le croisement Schmitt/Benjamin a ses limites) et que j'aimerais lui donner empiriquement tort ; les centres de rétention administratifs, les zones d'attentes aéroportuaires, et la ministérialisation du nationalisme m'incitent à chaque fois à ne pas prendre Giorgio trop à la légère et à discerner, entre deux concepts ostentatoires, quelques lueurs de discernement tragique de l'histoire contemporaine.</p>
<p>---</p>
<p><a href="http://anarkali.wordpress.com/files/2008/04/plan_coquelle.png" target="_blank"><img class="alignleft" style="float:left;" src="http://anarkali.wordpress.com/files/2008/04/plan_coquelle.png" alt="" width="150" height="208" /></a><em>Le plan du centre de rétention de Coquelles, où on juge sur place (Pas-de-Calais, France) - cliquez pour agrandir. Observer attentivement la disposition des bâtiments où le "tribunal" est coincé entre la DST, le stand de tir et le chenil.</em></p>
<p><em>haut : Affiche de Mai 68 - illustration de l'idée d'un peuple (camarade) ensemble celle d'une nation (étranger).<br />
</em></p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[la "tache aveugle" - digression aléatoire sur luhmann]]></title>
<link>http://anarkali.wordpress.com/?p=49</link>
<pubDate>Thu, 10 Apr 2008 16:21:39 +0000</pubDate>
<dc:creator>anarkali</dc:creator>
<guid>http://anarkali.wordpress.com/?p=49</guid>
<description><![CDATA[Ce qui est mis en scène pour un observateur l&#8217;est en vue d&#8217;obtenir un consensus. C]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><img class="alignleft" style="float:left;" src="http://anarkali.files.wordpress.com/2008/04/luhmann.jpg" alt="" width="175" height="256" />Ce qui est mis en scène pour un observateur l'est en vue d'obtenir un consensus. C'est aussi et précisément la culture du conflit propre à la démocratie qui se laisse porter par ces attentes. Les conflits prennent alors une connotation d'évènements désagréables, inconvenants et temporaires. Cela est d'autant plus vrai, depuis que les conflits sont autorisés et institutionnalisés dans le cadre de l'opposition politique, en particulier en ce qui concerne les conflits intra-organisationnels (et surtout internes aux partis). On attend des organisations, puisqu'elles le peuvent, qu'elles parlent d'une seule voix. Mais dans le même temps, les <em>mass media </em>ont une prédilection pour les conflits, quels que soient ceux sur lesquels ils tombent. Il en résulte, ici encore, une construction d'ensemble très peu réaliste : <strong>la présentation incessante de conflits dans un contexte d'attente de consensus oriente l'observation vers l'opposition consensus/dissension et fait oublier que le système politique a la possibilité, fonctionnellement, de faire usage de la force en cas d'absence de consensus, afin de disposer toujours d'un moyen de prendre des décisions engageant la collectivité. L'opinion publique favorise ainsi un glissement des oppositions : consensus/dissension et non plus consensus/force. Autrement dit, elle favorise le schéma d'observation consensus/dissension et occulte, avec la "tache aveugle" que comporte ce schéma, l'objet ultime de la politique : le fait de disposer légitiment de la force de l'État.</strong> On devine que de nombreuses décisions (positives ou négatives) qui auraient été possible en soi, sont ainsi éliminées par simple suggestion. Mais il se crée peut-être ainsi un répertoire de décisions possibles qui peut être actualisé en cas de crise.</p>
<p>--- Niklas Luhmann, <em>L'opinion publique</em></p></blockquote>
<p>Jürgen Habermas, mon meilleur ennemi, n'a pas l'air fondamentalement nerveux de prime abord. On pourrait même dire que c'est un homme calme, posé, respectueux du débat et de la conversation de comptoir. Pas le genre à lancer son verre de pastis au visage à l'homme qui ne partagerait pas sa pragmatique universelle. La critique doit être constructive, ou elle n'est pas ; l'intersubjectivité accepte même celle du mépris. L'homme du monde vécu, reclus dans son château, est à la critique (Habermas est estampillé "théorie critique 2.0"... c'est sûr que c'est plus vendeur que "éthique de la discussion") ce qu'un missile Patriot est au cul irakien (ou afghan) : un suppositoire géant. Difficile de s'en défaire, et il vous poursuit jusque dans les chiottes, à la Vladimir P., célèbre métaphoriste moscovite. Mais je m'écarte du sujet, alors que pour reprendre les termes de M. Michel Debré, "Ce n'est pas en s'écartant du sujet qu'on va repeupler la France."</p>
<p style="margin-bottom:0;text-align:center;"><a href="http://anarkali.files.wordpress.com/2008/04/habermas-hotdog.jpg"><img class="alignright aligncenter size-full wp-image-54" style="float:right;" src="http://anarkali.wordpress.com/files/2008/04/habyhotdog.jpg" alt="" width="175" height="121" /></a></p>
<p>Les ennemis de mes ennemis sont mes amis, et vu ce que Luhmann et Habermas s'envoient dans la gueule (j'avoue ici la portée limitée du public potentiellement sensible à ce débat, mais j'avais envie de tuer quelqu'un), je comprenais bien que la théorie des systèmes ne pouvait qu'emmerder profondément Haby, et qu'en plus, si on considère la communication comme cybernétique et différenciée en sous-systèmes, là, Jürgen devient tout rouge, comme une tomate de Francfort. Mais revenons-en au paragraphe sus-cité.</p>
<p style="margin-bottom:0;text-align:center;"><a href="http://anarkali.files.wordpress.com/2008/04/habermas-hotdog.jpg"> </a></p>
<p>Sans faire une exégèse de Luhmann, que je viens à peine de découvrir, ni de son débat avec Habermas, que je viens à peine de digérer, les deux se réclament certainement de l'héritage de Max Weber. Seulement, le caractère éminemment plurivoque de l'oeuvre de Big Max (à ne pas confondre avec Mad Max) permet à chacun de prendre des lectures différentes, sans qu'il y ait distorsion. La théorie de Luhmann repose sur le constat que Weber fait dans sa <em>Considérations Intermédiaires</em> au sein de la <em>Sociologies des religions</em>, c'est là qu'il remarque la progressive différenciation des sphères du social, que chacune adopte des rationalités et un langage qui lui est propre. Pour Luhmann, c'est la lame de fond qui alimente le procès de différenciation des sous-systèmes et leur cloisonnement respectif qui repose sur la technicisation du langage propre à chaque sphère, un codage idiosyncratique qui prévient toute inter-communicabilité entre les systèmes. Évidemment, je schématise, mais on voit bien comment cela est insupportable pour Habermas, qui fonde la construction de sa théorie sur l'intersubjectivité langagière propre à la pragmatique universelle, qui permet une rationalisation communicationnelle des arguments dans le cadre d'une délibération procédurale.</p>
<p style="margin-bottom:0;">Pour Habermas, la force, l'argument de la raison d'État, est ce qui stoppe la discussion, ce qui enfreint la délibération. Mais que dit Weber dans cette <em>Considération Intermédiaire</em>, il dit que dans ce processus de différenciation, la politique se règle finalement sur la "pragmatique objective de la raison d'État" de sorte que <em>"le recours à la violence nue des moyens de coercition en direction de l'extérieur, mais également vers l'intérieur, est au principe de tout groupement politique"</em>. Il est probable que Luhmann pense à cette phrase quand il écrit ce paragraphe. On peut penser qu'il adhère à l'idée de Weber que la sphère politique, ou le système politique, repose sur l'emploi légitime de la force, de cette violence nue, qui fonde presque ontologiquement la politique (vous imaginez bien que cela a fait bondir Hannah Arendt, peut-être bondit-elle toujours, qui sait...). C'est seulement par l'effet des <em>mass media</em>, qui forme un sous-système en couplage structurel avec celui de la politique, que se déplace les oppositions : de consensus/force à consensus/dissension. Il est vrai qu'alors une éthique de la discussion devient imaginable, mais c'est toujours dans l'ombre du recours potentiel à la force, à l'argument d'autorité, à la raison d'État. Car je donne raison à Luhmann que les médias ont cette fonction contradictoire de rechercher le conflit tout en exigeant le consensus - que trop souvent est occultée la "tache aveugle" qu'est le recours à la violence. L'observation de l'actualité suffit amplement à confirmer cette prémisse.</p>
<p style="margin-bottom:0;">---</p>
<p style="margin-bottom:0;"><a href="http://anarkali.files.wordpress.com/2008/04/luhmann-lopinion-publique.pdf" target="_blank">Niklas Luhmann, "L'opinion publique", in <em>Politix</em>, vol. 14, num. 55, 2001</a></p>
<p style="margin-bottom:0;text-align:center;"><a href="http://anarkali.files.wordpress.com/2008/04/habermas-hotdog.jpg"> </a></p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[ils nous ont donné une demi-heure et ils nous ont dit de prendre seulement une valise]]></title>
<link>http://anarkali.wordpress.com/?p=18</link>
<pubDate>Sat, 16 Feb 2008 04:50:18 +0000</pubDate>
<dc:creator>anarkali</dc:creator>
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<description><![CDATA[
C’est dans les premières années de l’éveil de sa conscience qu’un enfant doit être élev]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://bellaciao.org/fr/IMG/cache-350x283/rafle%20vel-350x283.jpg" alt="parc à jeux" width="250" height="202" align="left" /></p>
<blockquote><p>C’est dans les premières années de l’éveil de sa conscience qu’un enfant doit être élevé dans le rejet absolu du racisme. En même temps, je sais qu'il n'est guère facile d'initier des enfants de primaire à la complexité de la seconde guerre mondiale et de la solution finale. C’est pourquoi j’ai demandé au gouvernement, et plus particulièrement au ministre de l’Education nationale, Xavier DARCOS, de faire en sorte que désormais, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah. Rien n'est plus intime que le nom et le prénom d'une personne. Rien ne touche autant un enfant que l'histoire d'un autre enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies, et les mêmes espérances que lui, mais qui, à l'aube des années 40, avait le malheur de répondre à la définition de juif. A Paris, au mémorial de la déportation, chacun verra donc le nom de l'enfant dont le souvenir lui aura été confié. Et pas un seul de nos enfants ne pourra oublier qu'en dehors de cette inscription, ce n'est qu'entre ses mains que subsiste un petit fragment de mémoire de cet enfant.<br />
---Nicolas Sarkozy, <em>diner du CRIF, 13 février 2008</em></p></blockquote>
<blockquote><p>- Ils nous ont donné une demi-heure et ils nous ont dit de prendre seulement une valise, On nous mettra dans un train et on nous transportera en Allemagne. Je n'aurai plus de problème, ils vont s'occuper de tout. Ils ont dit qu'on sera logés, nourris, blanchis.</p>
<p>Je ne savais pas trop quoi dire. C'était possible qu'ils transportaient de nouveau les Juifs en Allemagne parce que les Arabes n'en voulaient pas. Madame Rosa, quand elle avait toute sa tête, m'avait souvent parlé comment Monsieur Hitler avait fait un Israël juif en Allemagne pour leur donner un foyer et comment ils ont tous été accueillis dans ce foyer sauf les dents, les os, les vêtements, les souliers en bon état à cause du gaspillage. Mais je ne voyais pas pourquoi les Allemands allaient toujours être les seuls à s'occuper des Juifs et pourquoi ils allaient encore faire des foyers pour eux alors que ça devrait être chacun son tour et tous les peuples devraient faire des sacrifices.<br />
---Romain Gary (Émile Ajar), <em>La vie devant soi</em></p></blockquote>
<p>10 ans, le CM2 est une année rudement chargée pour n'importe quel(le) écolier(ère) de ce pays. Pensez-donc...Il faut assumer le rôle du plus-grand-donc-plus-responsable dans l'école, en plus n'avoir plus aucune excuse pour ne pas grandir. Des instituteurs vicieux menacent d'avertir tous les collèges de la région que vous n'êtes qu'un bon à rien... car c'est bien ça le générateur principal de nuits blanches CM2èmes, l'entrée dans ce lieu magique et distant où du plus grand, nous re-deviendrons les plus petits à la merci des caïds chassant le gouter maternel dans nos poches troués pour les uns, ou alors que des grandes ridiculiseront les petites, chassant du même coup leur appréhension d'entrer au lycée. Et puis, il y a le programme qu'on ne termine jamais, le deuil qui se prépare de ce lieu devenu intime et rassurant de l'école primaire... enfin la séparation d'avec nos meilleur(e)s cop's dont certains vont dans le privé, d'autres dans le public, d'autres qui s'en vont loin. Mais il faut encore amasser une tonne de connaissances sur les Mayas, les nombres à virgules, le my name is anarkali, la tectonique des plaques, les tables de multiplication à apprendre par cœur, et où on butte toujours sur le 7x8 ou bien le 6x9, celui-même où on se fait interroger en classe.  Et puis maintenant, il y a tous les acquis fondamentaux qui faut bien connaître alors que pour nous ce qui est fondamental, c'est de savoir si on ira au collège avec Marie ou Malik, Olivier ou Rachel, si ce sera la séparation de la mort, ou ami(e)s pour la vie. À quelle heure on commencera le matin, si on aura Mme Leblanc en mathématiques, les rumeurs disent qu'elle est trop sévère, au contraire de M. Lenoir qui est trop cool et qui ressemble à Francis Lalanne...</p>
<p>et puis, ça c'est pour le petit français blanc classe moyenne, situation familiale et financière ok on s'en sort... c'est sans compter sur les parents qui viennent de divorcer, le chômage, la délinquance, la mort qui rôde, la guerre, l'insécurité, la coupe du monde de foot, et de toutes ces choses dont ils parlent à la télé en prenant des airs graves et sérieux de grandes personnes.</p>
<p>ah oui... et maintenant, y'a Moïse, c'est le petit enfant juif dont j'ai en charge la mémoire. je sais pas grand chose de lui, et mes parents sont un peu gênés quand je leur pose des questions... on m'a tout bien expliqué comment ça marchait la mémoire, mais que voulez-vous j'avais contrôle de maths et apparemment ma mémoire retient mieux les multiplications innocentes que les décomptes macabres. On est tous dans le même cas dans la classe, avec un petit enfant à garder, son nom, son âge, sa photo... j'ai essayé de l'échanger contre une carte de Lizarazu, édition 98, mais le prof' m'a chopé et j'ai fini au coin en train de réciter la liste des déportés d'Izieu. J'en ai trouvé une autre une fois dans la rue avec une drôle de croix tracée dessus, comme j'en ai vu desfois dans les documentaires que je vois quand papa s'endort et m'oublie devant la télé...</p>
<p>mais bon, il faut qu'j'y aille, y'a école demain... Momo a de la chance, il y va même pas à l'école, mais il parait qu'il a quand même eu son quota de Juifs à s'occuper...</p>
<div style="text-align:center;"><img src="http://anarkali.wordpress.com/files/2008/03/gary.jpg" alt="gary" width="300" height="215" /></div>
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