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	<title>collaborateurs-de-la-ql &amp;laquo; WordPress.com Tag Feed</title>
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	<description>Feed of posts on WordPress.com tagged "collaborateurs-de-la-ql"</description>
	<pubDate>Sat, 06 Sep 2008 20:51:14 +0000</pubDate>

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<title><![CDATA[Comprendre Betancourt par André-Marcel d’Ans]]></title>
<link>http://laquinzaine.wordpress.com/?p=275</link>
<pubDate>Fri, 04 Jul 2008 15:04:11 +0000</pubDate>
<dc:creator>nadeau</dc:creator>
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<description><![CDATA[Quelques jours avant la libération d&#8217;Ingrid Betancourt, la Quinzaine littéraire publiait cet]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://laquinzaine.files.wordpress.com/2008/07/972_01_012.jpg"><img class="size-medium wp-image-279 alignleft" src="http://laquinzaine.wordpress.com/files/2008/07/972_01_012.jpg" alt="Quinzaine littéraire n° 972 du 1er juillet 2008" width="159" height="226" /></a><em>Quelques jours avant la libération d'Ingrid Betancourt, la Quinzaine littéraire publiait cet article d'André-Marcel d'Ans. Concours de circonstances étrange, ceci allait devenir sa dernière contribution. André Marcel d'Ans nous quittait cette même semaine. Voyez ci-dessous l'hommage qui lui est rendu.</em><br />
<!--more--><em>Voici deux aperçus qui éclairent les raisons du calvaire d’Ingrid Bétancourt et contribuent à l’évaluation de ses chances d’en sortir. Deux témoignages dont il est d’autant plus intéressant d’explorer les recoupements qu’ils émanent de deux auteurs très dissemblables, puisqu’il s’agit respectivement d’un spécialiste et d’un lampiste.</em></p>
<p>Jean-Jacques KOURLIANDSKY :<br />
Ingrid Betancourt. Par delà les apparences.<br />
Préface de Rafael JORBA.<br />
Éditions Toute Latitude, 123 p., 14 euros.</p>
<p>Adair LAMPREA, avec Jean-Pierre BORIS :<br />
Parce qu’il l’ont trahie. Récit vécu de l’enlèvement d’Ingrid Betancourt.<br />
Éditions Hachette Littérature. 181 p., 17 euros.</p>
<p>Le spécialiste, c’est Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques, et expert du Parti socialiste pour l’Amérique latine. Dans un ouvrage très resserré, cet excellent connaisseur de la région qui, à un moment donné, a suivi de très près l’action d’Ingrid Betancourt, s’applique tout d’abord à dresser le profil sociologique de cette <em>niña bien</em> (fille à papa) de Bogotá, aujourd’hui devenue, seule parmi les centaines d’otages qui partagent son sort dans la jungle colombienne, la madone éplorée dont le sort obnubile la planète médiatique.</p>
<p>En Colombie, la famille Betancourt fait partie de cette élite où l’on respire naturellement le fric et la politique, cette dernière dans une des deux modalités du bipartisme alternatif qui tient lieu de démocratie dans ce pays, que traversent des inégalités tellement invraisemblables qu’on se demande si y évoquer l’idée de démocratie n’a pas déjà, en soi, quelque chose d’aberrant. Grand bourgeois catholique pratiquant, le père d’Ingrid avait été à deux reprises Ministre de l’Éducation dans son pays avant de venir finir sa carrière à Paris en tant que Directeur adjoint de l’Unesco. Ce furent alors pour sa famille et pour lui-même de longues années cossues passées dans de somptueuses résidences, et pour les enfants Betancourt l’occasion de poursuivre leurs études en français dans les meilleurs établissements que fréquente la jet-set parisien. De cette période, Ingrid a conservé : un carnet d’adresses bien rempli, des amitiés durables et protectrices comme celle de Dominique de Villepin, et enfin les conséquences de son mariage avec un séduisant diplomate qui lui donnera deux enfants ainsi que la nationalité française.</p>
<p>Rien que de la belle vie en somme. Jusqu’à ce qu’un beau jour, comme une anguille répondant soudainement à l’appel des Sargasses, Ingrid Betancourt décide tout à coup de plaquer là mari et enfants pour voler au secours de sa patrie martyre. Rentrée à Bogotá, elle n’a pas trop de mal, tirant parti de ses bases familiales, à se faire élire députée puis sénatrice, dans une curieuse alliance avec les forces conservatrices. En effet, l’élixir politique qu’elle prétend importer en Colombie consiste essentiellement en cette forme d’impatience scandalisée contre tout et n’importe quoi (la corruption, la violence, la misère, l’oppression des femmes, la destruction de la nature, etc.) ; bref, en cette forme chic et choc du gauchisme dandy-nanti, prêt à battre sa coulpe sur n’importe quelle poitrine pourvu que ce ne soit pas la sienne. Ce qui permet même, à la limite, d’incriminer virulemment une "bourgeoisie" dont on s’est fait la conviction de ne pas faire partie !</p>
<p>Voguant ainsi toutes voiles dehors sur la houle d’une critique sans concession de la politique et des institutions de son pays, Ingrid Betancourt ne tarda pas à s’assurer une réputation de parfaite enquiquineuse, érodant rapidement les réserves de patience des uns, d’indulgence amusée des autres, et ne lui laissant bientôt pour seule alternative que de rentrer dans le rang, ou de se lancer dans une surenchère et la fuite en avant. Ce qu’elle fit en déclarant de but en blanc qu’elle serait candidate aux élections présidentielles de 2002.</p>
<p>Il lui fallait pour cela compter sur l’appui d’un parti ? Qu’à cela ne tienne : elle en improvise un, rassemblant hâtivement autour d’elle une brochette d’anciens guérilléros (non pas des FARC, mais du M-19, une organisation rivale entre-temps plus ou moins repentie). Pour ce curieux attelage, il fallait un label. Élégant professionnel de la "com", le nouveau mari entre-temps apparu dans la vie d’Ingrid (et dont le patronyme à consonance française, Lecompte, n’empêche pas qu’il soit tout aussi Colombien que les Betancourt) lui concocte l’appellation d’Oxygène Vert, qu’il juge bien faite pour caractériser une pensée politique où on respire à pleins poumons la préférence du bien sur le mal, du propre sur le malpropre, et un programme électoral dont Jean-Jacques Kourliandsky ne se cache pas pour faire entendre que s’il est écolo, c’est tout au plus à la façon de Delanoë, et sans doute moins à gauche que lui.</p>
<p>Pour suivre la suite des événements, mieux vaut maintenant, laissant provisoirement de côté le spécialiste, s’attacher au récit du lampiste. Celui-ci a pour nom Lamprea. Petit bonhomme sans épaisseur ni fibre politique, il a fait des études d’ingénierie en épuration des eaux. Au quotidien cependant, il tire un peu le diable par la queue, déplorant sans relâche que dans son cher pays il ne soit pas possible de décrocher le moindre contrat sans devoir cracher au bassinet de la corruption… Or voici qu’un beau jour, il tombe sur un ancien prof de sa fac qui vient de s’engager auprès d’Oxygène Vert pour tenter de décrocher un mandat aux élections municipales. Moitié par désoeuvrement, moitié par opportunisme, Lamprea décide de rejoindre son "combat". En vain : ils ne seront élus ni l’un ni l’autre. Mais voici désormais notre lampiste fermement installé au coeur de la machine oxygénoverdienne.</p>
<p>Témoin plus ou moins ahuri du déroulement joyeusement loufoque d’une campagne présidentielle low-cost, Adair Lamprea se remémore avec tendresse les distributions de tracts par des escouades de militants déguisés en troncs d’arbres, puis la traversée du pays dans une guimbarde multicolore et déglinguée toussotant de village en village sur les pistes de montagne. Au passage, il nous offre également le récit de quelques grands moments de potacherie estudiantine comme quand par exemple, pour marquer leur mécontentement, les militants d’Oxygène vert s’en furent enduire les murs du Congrès de Bogotá de crottin de cheval pris dans les écuries d’Ingrid et de son mari. Pas mal non plus est l’épisode "mystique" au cours duquel la candidate se fait nuitamment accompagner au sommet d’une montagne où un chaman indien est censé la conduire jusqu’à "l’éclair mental". Apparemment, l’opération a réussi. Lamprea lui, s’est appliqué, mais n’est pas sûr d’être arrivé au bout de l’expérience. Le mari d’Ingrid non plus.</p>
<p>Au fil des semaines pourtant, la petite entreprise médiatico-électorale oxygénoverdiennne prospère quelque peu, passant progressivement du 1 % initial d’intentions de votes à 2, à 3, voire peut-être 4 % ! Le dévouement inconditionnel du lampiste Lamprea n’y est pas pour rien : il est toujours au four et au moulin. Ainsi par exemple, quand on engage un prestidigitateur pour amuser les enfants, comme on n’a pas assez d’argent pour se payer une assistante, c’est lui qui sera chargé de rattraper les colombes !</p>
<p>Dans de telles conditions, on peut comprendre que ce brave factotum ne sera pas le dernier à être estomaqué quand tout à coup, au début de décembre 2001, à six mois de l’échéance électorale, Ingrid décide tout à coup de tout laisser en plan à Bogotá pour se rendre à Paris auprès de ses deux enfants et de son premier mari (à partir de ce moment-là d’ailleurs, elle fait de plus en plus penser à la célèbre <em>Dona Flor e seus dois maridos</em> de Jorge Amado !). En fait, la vraie raison du voyage d’Ingrid est le lancement éditorial de son "autobiographie", qu’un romancier connu, Lionel Duroy, a été mandaté pour lui écrire.1 Opération de marketing parisien qui la tient éloignée du terrain colombien pendant un mois et demi !</p>
<p>Au retour à Bogotá, c’est la Beresina. Se sentant lâchée, en son absence son équipe l’a lâchée. Victime du syndrôme d’Éric Besson, sa troupe de joyeux anciens guérilleros s’est empressée de se rallier, en échange d’un espoir de postes, au futur vainqueur de l’élection, l’énergique Álvaro Uribe. Cette fois, la récréation est bel et bien finie : la presse colombienne annonce avec satisfaction qu’enfin assagi, le parti Oxygène Vert a rejoint le pouvoir… Les sans-gêne d’Oxygène sans doute, mais pas Ingrid, qui repart en campagne entourée de ses seuls derniers fidèles : le lampiste Lamprea bien entendu, ainsi que deux ou trois autres personnages, telle Clara Rojas, au rôle jusqu’alors bien effacé.</p>
<p>Vient alors février 2002. La campagne présidentielle se déplaçant à San Vicente del Caguán, le seul municipe du pays où Oxygène Vert a un élu, Ingrid Betancourt veut à tout prix s’y rendre. Ses concurrents présidentiables la snobent. Refusant de l’aéroporter, les militaires se contentent de lui prêter un véhicule pour tenter de traverser cette zone insurgée. En fait, ils la jettent dans la gueule du loup. Au moment de son interception par une patrouille des FARC, c’est le lampiste Lamprea qui se trouve au volant du pick-up. Ingrid et Clara sont alors aussitôt séparées des trois hommes qui les accompagnent : Lamprea, un cameraman colombien et un photographe français, transi de frousse. Au terme de quelques péripéties hallucinantes, ces trois-là seront remis en liberté.</p>
<p>Une fois rentré à Bogotá, ce n’est pas pour autant que Lamprea arrive bout de ses peines. Bien au contraire : un beau matin, le voici convoqué au commissariat… afin d’identifier les ravisseurs d’Ingrid, triomphalement arrêtés par la police. Le problème est qu’il ne reconnaît pas du tout ces individus-là ! Non, définitivement, ce n’est pas eux ! On insiste, on menace ce traître qui refuse d’avaliser le faux succès des forces de l’ordre ! On le poursuit, on le harcèle tant et si bien que l’Ambassadeur de France en Colombie (celui-là même qui aujourd’hui, entre-temps devenu le beau-frère d’Ingrid par mariage avec sa soeur Astrid, dirige le Département des Amériques au Quai d’Orsay) juge utile de l’exfiltrer vers la France… où personne ne l’attend ! Juste Alain Lipietz qui lui prête quelques grains pour subsister jusqu’à la saison nouvelle…</p>
<p>Depuis lors, lampiste jusqu’au bout, Adair Lamprea vivote chez nous. D’abord comme SDF et sans-papiers, puis en tant qu’étudiant reprenant (et réussissant) quelques études dans sa spécialité (mais sans aucun espoir de pouvoir l’exercer !), parcourant pour survivre la chaîne habituelle des "petits boulots" (main-d’oeuvre au noir dans le BTP, puis cuistot, et aujourd’hui livreur dans une supérette), et de plus, toujours sous la menace téléphonique d’invisibles vindictes colombiennes : sur lui en France, sur son épouse restée à Bogotá… Il reçoit aussi peu d’appui de la part du comité français de soutien à Ingrid Betancourt qu’il n’a de la sympathie pour celui-ci : "Nombre des membres de ce comité, dont ses dirigeants, n’ont jamais été en Colombie et n’en connaissent rien", tranche-t-il, estimant au final qu' "en raison des innombrables campagnes menées en France et ailleurs, le "sac de patates" (selon l’élégante expression du vice-président colombien pour désigner les otages) est devenu un "sac de diamants". En d’autres termes, le bruit fait autour d’eux a donné la valeur à ces prisonniers et retardé d’autant leur libération".</p>
<p>Sur ce point, les conclusions du spécialiste et du lampiste ne diffèrent pas. Ni plus ni moins que Lamprea, Jean-Jacques Kourliandsky voit en Ingrid Betancourt "la victime collatérale d’un grand spectacle politique" qu’elle-même et les siens ont contribué — et contribuent encore — à mettre en scène. Peu importe que dans ce big-bazar médiatico-victimaire, les grands mots soient lâchés et battent la campagne. Comme "humanitaire" par exemple, dont Jean-Jacques Kourliandsky n’est pas le premier à observer qu’il ne veut rien dire, et même qu’il embrouille tout à partir du moment, par exemple, où on préfère ignorer que les prisonniers des FARC détenus par le pouvoir colombien — et qu’on presse celui-ci d’échanger contre les otages dans "un grand accord humanitaire" — ne veulent absolument pas retourner au maquis alors que le fait d’avoir purgé leur temps de prison achève de les blanchir !</p>
<p>Enfin, lorsqu’à la suite d’une cascade d’interventions visiblement moins inspirées par la prudence et le bon sens que par l’empressement fébrile d’amitiés, d’ambitions puis de rivalités de nature notoirement personnelle, une affaire comme celle-ci finit par acquérir aux yeux de la France un caractère de centralité diplomatique tout à fait insolite et disproportionné, il ne faut pas s’étonner qu’on dérape facilement dans le grotesque : d’avions "prépositionnés" aux apostrophes virilement décochées par le chef de l’État à un "Monsieur Marulanda" qui refuse superbement de lui répondre, on a accumulé suffisamment de pantalonnades dans le style de "l’Arche de Zoé" pour pouvoir se dispenser d’en rajouter.</p>
<p>Hélas, ce ne fut pas le cas. Un pas restait à franchir entre le grotesque à l’indécent. Il le fut récemment lorsque François Fillon fut mandé à Lima pour tancer publiquement les chefs d’État latino-américains qui s’y trouvaient réunis, les priant de mettre un frein à leurs querelles pour permettre la libération d’Ingrid Betancourt. Ainsi donc : soixante années de haines et de massacres en Colombie, une moitié de ce pays errant en personnes déplacées, et par-dessus tout cela le cancer du narcotrafic, et maintenant les tensions suscitées par Chávez, Morales, Correa et Castro sur la question de savoir s’il convient d’accepter à tout jamais l’encombrante tutelle états-unienne sur les affaires internes de l’Amérique latine : tout cela ne serait donc qu’enfantillages et broutilles politiques, tout juste bonnes à être mises entre parenthèses en vue de l’obtention de cet objectif suprême et absolu que serait la délivrance de l’otage franco-colombienne ! En diplomatie comme en d’autres matières, il arrive un moment où l’inconscience due à l’incompétence ne peut plus servir d’excuse, ni de masque, à la condescendance et au mépris.</p>
<p>1 Ingrid Betancourt : La rage au coeur, XO Éditions, 2001.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[André-Marcel d'Ans nous a quitté]]></title>
<link>http://laquinzaine.wordpress.com/?p=271</link>
<pubDate>Fri, 04 Jul 2008 09:28:20 +0000</pubDate>
<dc:creator>nadeau</dc:creator>
<guid>http://laquinzaine.wordpress.com/?p=271</guid>
<description><![CDATA[Au moment où nous terminons la mise en pages de ce numéro nous apprenons que vient de mourir d’u]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Au moment où nous terminons la mise en pages de ce numéro nous apprenons que vient de mourir d’une crise cardiaque notre ami André-Marcel d’Ans.</p>
<p><a href="http://laquinzaine.files.wordpress.com/2008/07/dans_125x139.jpg"><img class="size-medium wp-image-272 alignleft" src="http://laquinzaine.wordpress.com/files/2008/07/dans_125x139.jpg?w=125" alt="André Marcel d\'Ans" width="125" height="139" /></a><br />
<strong>André-Marcel d’Ans</strong></p>
<p>Depuis de nombreuses années il était le collaborateur privilégié de la Quinzaine pour l’anthropologie sociale et l’ethnologie que, professeur à Paris VII qu’il a enseignées jusqu’à sa retraite. Chercheur, il était spécialiste de l’Amérique latine et de la Caraïbe, notamment au Honduras, sur lequel portaient ses derniers livres.<br />
Cette disparition nous frappe d’autant plus que lors du dernier comité de rédaction il paraissait en excellente santé et nous remettait l’article paru dans notre dernier numéro sur l’otage Ingrid Betancourt, depuis heureusement libérée.<br />
Avec tout le comité de rédaction nous partageons la peine de Linette d’Ans et de la famille.</p>
<p><em>La  Quinzaine littéraire </em><!--more--></p>
[wp_caption id="attachment_272" align="aligncenter" width="125" caption="<strong>André Marcel d\'Ans</strong>"]
<p>Collaborateur de l<em>a Quinzaine littéraire</em> depuis plus de vingt ans, André-Marcel d'Ans a publié près de deux cent chroniques de l'actualité du livre, dans les domaines ethnologiques africains et sud-américains. Ces chroniques sont consultables sur notre base <a href="http://quinzaine-litteraire.net/quinzLittASearch.php">archives</a>.<br />
Son dernier article publié ce premier juillet 2008, dans le numéro 972 de L<em>a Quinzaine littéraire</em>, se télescopait avec l'actualité immédiate en chroniquant deux biographies d'Ingrid Berancourt : Jean-Jacques Kourliandsky - <em>Ingrid Betancourt, par delà les apparences</em> (Toute Lattitude éd.) et Adair Lamprea avec Jean-Pierre Boris - <em>Parce qu'ils ont trahie, récit de l'enlèvement d'Ingrid Bettancourt</em> (Hachette littérature).</p>
<p><strong>Comprendre Betancourt</strong></p>
<p><em>Voici deux aperçus qui éclairent les raisons du calvaire d’Ingrid Bétancourt et contribuent à l’évaluation de ses chances d’en sortir. Deux témoignages dont il est d’autant plus intéressant d’explorer les recoupements qu’ils émanent de deux auteurs très dissemblables, puisqu’il s’agit respectivement d’un spécialiste et d’un lampiste.</em></p>
<p><strong>André-Marcel d’Ans</strong></p>
<p>Jean-Jacques KOURLIANDSKY :<br />
Ingrid Betancourt. Par delà les apparences.<br />
Préface de Rafael JORBA.<br />
Éditions Toute Latitude, 123 p., 14 euros.</p>
<p>Adair LAMPREA, avec Jean-Pierre BORIS :<br />
Parce qu’il l’ont trahie. Récit vécu de l’enlèvement d’Ingrid Betancourt.<br />
Éditions Hachette Littérature. 181 p., 17 euros.</p>
<p>Le spécialiste, c’est Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques, et expert du Parti socialiste pour l’Amérique latine. Dans un ouvrage très resserré, cet excellent connaisseur de la région qui, à un moment donné, a suivi de très près l’action d’Ingrid Betancourt, s’applique tout d’abord à dresser le profil sociologique de cette <em>niña bien</em> (fille à papa) de Bogotá, aujourd’hui devenue, seule parmi les centaines d’otages qui partagent son sort dans la jungle colombienne, la madone éplorée dont le sort obnubile la planète médiatique.</p>
<p>En Colombie, la famille Betancourt fait partie de cette élite où l’on respire naturellement le fric et la politique, cette dernière dans une des deux modalités du bipartisme alternatif qui tient lieu de démocratie dans ce pays, que traversent des inégalités tellement invraisemblables qu’on se demande si y évoquer l’idée de démocratie n’a pas déjà, en soi, quelque chose d’aberrant. Grand bourgeois catholique pratiquant, le père d’Ingrid avait été à deux reprises Ministre de l’Éducation dans son pays avant de venir finir sa carrière à Paris en tant que Directeur adjoint de l’Unesco. Ce furent alors pour sa famille et pour lui-même de longues années cossues passées dans de somptueuses résidences, et pour les enfants Betancourt l’occasion de poursuivre leurs études en français dans les meilleurs établissements que fréquente la jet-set parisien. De cette période, Ingrid a conservé : un carnet d’adresses bien rempli, des amitiés durables et protectrices comme celle de Dominique de Villepin, et enfin les conséquences de son mariage avec un séduisant diplomate qui lui donnera deux enfants ainsi que la nationalité française.</p>
<p>Rien que de la belle vie en somme. Jusqu’à ce qu’un beau jour, comme une anguille répondant soudainement à l’appel des Sargasses, Ingrid Betancourt décide tout à coup de plaquer là mari et enfants pour voler au secours de sa patrie martyre. Rentrée à Bogotá, elle n’a pas trop de mal, tirant parti de ses bases familiales, à se faire élire députée puis sénatrice, dans une curieuse alliance avec les forces conservatrices. En effet, l’élixir politique qu’elle prétend importer en Colombie consiste essentiellement en cette forme d’impatience scandalisée contre tout et n’importe quoi (la corruption, la violence, la misère, l’oppression des femmes, la destruction de la nature, etc.) ; bref, en cette forme chic et choc du gauchisme dandy-nanti, prêt à battre sa coulpe sur n’importe quelle poitrine pourvu que ce ne soit pas la sienne. Ce qui permet même, à la limite, d’incriminer virulemment une "bourgeoisie" dont on s’est fait la conviction de ne pas faire partie !</p>
<p>Voguant ainsi toutes voiles dehors sur la houle d’une critique sans concession de la politique et des institutions de son pays, Ingrid Betancourt ne tarda pas à s’assurer une réputation de parfaite enquiquineuse, érodant rapidement les réserves de patience des uns, d’indulgence amusée des autres, et ne lui laissant bientôt pour seule alternative que de rentrer dans le rang, ou de se lancer dans une surenchère et la fuite en avant. Ce qu’elle fit en déclarant de but en blanc qu’elle serait candidate aux élections présidentielles de 2002.</p>
<p>Il lui fallait pour cela compter sur l’appui d’un parti ? Qu’à cela ne tienne : elle en improvise un, rassemblant hâtivement autour d’elle une brochette d’anciens guérilléros (non pas des FARC, mais du M-19, une organisation rivale entre-temps plus ou moins repentie). Pour ce curieux attelage, il fallait un label. Élégant professionnel de la "com", le nouveau mari entre-temps apparu dans la vie d’Ingrid (et dont le patronyme à consonance française, Lecompte, n’empêche pas qu’il soit tout aussi Colombien que les Betancourt) lui concocte l’appellation d’Oxygène Vert, qu’il juge bien faite pour caractériser une pensée politique où on respire à pleins poumons la préférence du bien sur le mal, du propre sur le malpropre, et un programme électoral dont Jean-Jacques Kourliandsky ne se cache pas pour faire entendre que s’il est écolo, c’est tout au plus à la façon de Delanoë, et sans doute moins à gauche que lui.</p>
<p>Pour suivre la suite des événements, mieux vaut maintenant, laissant provisoirement de côté le spécialiste, s’attacher au récit du lampiste. Celui-ci a pour nom Lamprea. Petit bonhomme sans épaisseur ni fibre politique, il a fait des études d’ingénierie en épuration des eaux. Au quotidien cependant, il tire un peu le diable par la queue, déplorant sans relâche que dans son cher pays il ne soit pas possible de décrocher le moindre contrat sans devoir cracher au bassinet de la corruption… Or voici qu’un beau jour, il tombe sur un ancien prof de sa fac qui vient de s’engager auprès d’Oxygène Vert pour tenter de décrocher un mandat aux élections municipales. Moitié par désoeuvrement, moitié par opportunisme, Lamprea décide de rejoindre son "combat". En vain : ils ne seront élus ni l’un ni l’autre. Mais voici désormais notre lampiste fermement installé au coeur de la machine oxygénoverdienne.</p>
<p>Témoin plus ou moins ahuri du déroulement joyeusement loufoque d’une campagne présidentielle low-cost, Adair Lamprea se remémore avec tendresse les distributions de tracts par des escouades de militants déguisés en troncs d’arbres, puis la traversée du pays dans une guimbarde multicolore et déglinguée toussotant de village en village sur les pistes de montagne. Au passage, il nous offre également le récit de quelques grands moments de potacherie estudiantine comme quand par exemple, pour marquer leur mécontentement, les militants d’Oxygène vert s’en furent enduire les murs du Congrès de Bogotá de crottin de cheval pris dans les écuries d’Ingrid et de son mari. Pas mal non plus est l’épisode "mystique" au cours duquel la candidate se fait nuitamment accompagner au sommet d’une montagne où un chaman indien est censé la conduire jusqu’à "l’éclair mental". Apparemment, l’opération a réussi. Lamprea lui, s’est appliqué, mais n’est pas sûr d’être arrivé au bout de l’expérience. Le mari d’Ingrid non plus.</p>
<p>Au fil des semaines pourtant, la petite entreprise médiatico-électorale oxygénoverdiennne prospère quelque peu, passant progressivement du 1 % initial d’intentions de votes à 2, à 3, voire peut-être 4 % ! Le dévouement inconditionnel du lampiste Lamprea n’y est pas pour rien : il est toujours au four et au moulin. Ainsi par exemple, quand on engage un prestidigitateur pour amuser les enfants, comme on n’a pas assez d’argent pour se payer une assistante, c’est lui qui sera chargé de rattraper les colombes !</p>
<p>Dans de telles conditions, on peut comprendre que ce brave factotum ne sera pas le dernier à être estomaqué quand tout à coup, au début de décembre 2001, à six mois de l’échéance électorale, Ingrid décide tout à coup de tout laisser en plan à Bogotá pour se rendre à Paris auprès de ses deux enfants et de son premier mari (à partir de ce moment-là d’ailleurs, elle fait de plus en plus penser à la célèbre <em>Dona Flor e seus dois maridos</em> de Jorge Amado !). En fait, la vraie raison du voyage d’Ingrid est le lancement éditorial de son "autobiographie", qu’un romancier connu, Lionel Duroy, a été mandaté pour lui écrire.1 Opération de marketing parisien qui la tient éloignée du terrain colombien pendant un mois et demi !</p>
<p>Au retour à Bogotá, c’est la Beresina. Se sentant lâchée, en son absence son équipe l’a lâchée. Victime du syndrôme d’Éric Besson, sa troupe de joyeux anciens guérilleros s’est empressée de se rallier, en échange d’un espoir de postes, au futur vainqueur de l’élection, l’énergique Álvaro Uribe. Cette fois, la récréation est bel et bien finie : la presse colombienne annonce avec satisfaction qu’enfin assagi, le parti Oxygène Vert a rejoint le pouvoir… Les sans-gêne d’Oxygène sans doute, mais pas Ingrid, qui repart en campagne entourée de ses seuls derniers fidèles : le lampiste Lamprea bien entendu, ainsi que deux ou trois autres personnages, telle Clara Rojas, au rôle jusqu’alors bien effacé.</p>
<p>Vient alors février 2002. La campagne présidentielle se déplaçant à San Vicente del Caguán, le seul municipe du pays où Oxygène Vert a un élu, Ingrid Betancourt veut à tout prix s’y rendre. Ses concurrents présidentiables la snobent. Refusant de l’aéroporter, les militaires se contentent de lui prêter un véhicule pour tenter de traverser cette zone insurgée. En fait, ils la jettent dans la gueule du loup. Au moment de son interception par une patrouille des FARC, c’est le lampiste Lamprea qui se trouve au volant du pick-up. Ingrid et Clara sont alors aussitôt séparées des trois hommes qui les accompagnent : Lamprea, un cameraman colombien et un photographe français, transi de frousse. Au terme de quelques péripéties hallucinantes, ces trois-là seront remis en liberté.</p>
<p>Une fois rentré à Bogotá, ce n’est pas pour autant que Lamprea arrive bout de ses peines. Bien au contraire : un beau matin, le voici convoqué au commissariat… afin d’identifier les ravisseurs d’Ingrid, triomphalement arrêtés par la police. Le problème est qu’il ne reconnaît pas du tout ces individus-là ! Non, définitivement, ce n’est pas eux ! On insiste, on menace ce traître qui refuse d’avaliser le faux succès des forces de l’ordre ! On le poursuit, on le harcèle tant et si bien que l’Ambassadeur de France en Colombie (celui-là même qui aujourd’hui, entre-temps devenu le beau-frère d’Ingrid par mariage avec sa soeur Astrid, dirige le Département des Amériques au Quai d’Orsay) juge utile de l’exfiltrer vers la France… où personne ne l’attend ! Juste Alain Lipietz qui lui prête quelques grains pour subsister jusqu’à la saison nouvelle…</p>
<p>Depuis lors, lampiste jusqu’au bout, Adair Lamprea vivote chez nous. D’abord comme SDF et sans-papiers, puis en tant qu’étudiant reprenant (et réussissant) quelques études dans sa spécialité (mais sans aucun espoir de pouvoir l’exercer !), parcourant pour survivre la chaîne habituelle des "petits boulots" (main-d’oeuvre au noir dans le BTP, puis cuistot, et aujourd’hui livreur dans une supérette), et de plus, toujours sous la menace téléphonique d’invisibles vindictes colombiennes : sur lui en France, sur son épouse restée à Bogotá… Il reçoit aussi peu d’appui de la part du comité français de soutien à Ingrid Betancourt qu’il n’a de la sympathie pour celui-ci : "Nombre des membres de ce comité, dont ses dirigeants, n’ont jamais été en Colombie et n’en connaissent rien", tranche-t-il, estimant au final qu' "en raison des innombrables campagnes menées en France et ailleurs, le "sac de patates" (selon l’élégante expression du vice-président colombien pour désigner les otages) est devenu un "sac de diamants". En d’autres termes, le bruit fait autour d’eux a donné la valeur à ces prisonniers et retardé d’autant leur libération".</p>
<p>Sur ce point, les conclusions du spécialiste et du lampiste ne diffèrent pas. Ni plus ni moins que Lamprea, Jean-Jacques Kourliandsky voit en Ingrid Betancourt "la victime collatérale d’un grand spectacle politique" qu’elle-même et les siens ont contribué — et contribuent encore — à mettre en scène. Peu importe que dans ce big-bazar médiatico-victimaire, les grands mots soient lâchés et battent la campagne. Comme "humanitaire" par exemple, dont Jean-Jacques Kourliandsky n’est pas le premier à observer qu’il ne veut rien dire, et même qu’il embrouille tout à partir du moment, par exemple, où on préfère ignorer que les prisonniers des FARC détenus par le pouvoir colombien — et qu’on presse celui-ci d’échanger contre les otages dans "un grand accord humanitaire" — ne veulent absolument pas retourner au maquis alors que le fait d’avoir purgé leur temps de prison achève de les blanchir !</p>
<p>Enfin, lorsqu’à la suite d’une cascade d’interventions visiblement moins inspirées par la prudence et le bon sens que par l’empressement fébrile d’amitiés, d’ambitions puis de rivalités de nature notoirement personnelle, une affaire comme celle-ci finit par acquérir aux yeux de la France un caractère de centralité diplomatique tout à fait insolite et disproportionné, il ne faut pas s’étonner qu’on dérape facilement dans le grotesque : d’avions "prépositionnés" aux apostrophes virilement décochées par le chef de l’État à un "Monsieur Marulanda" qui refuse superbement de lui répondre, on a accumulé suffisamment de pantalonnades dans le style de "l’Arche de Zoé" pour pouvoir se dispenser d’en rajouter.</p>
<p>Hélas, ce ne fut pas le cas. Un pas restait à franchir entre le grotesque à l’indécent. Il le fut récemment lorsque François Fillon fut mandé à Lima pour tancer publiquement les chefs d’État latino-américains qui s’y trouvaient réunis, les priant de mettre un frein à leurs querelles pour permettre la libération d’Ingrid Betancourt. Ainsi donc : soixante années de haines et de massacres en Colombie, une moitié de ce pays errant en personnes déplacées, et par-dessus tout cela le cancer du narcotrafic, et maintenant les tensions suscitées par Chávez, Morales, Correa et Castro sur la question de savoir s’il convient d’accepter à tout jamais l’encombrante tutelle états-unienne sur les affaires internes de l’Amérique latine : tout cela ne serait donc qu’enfantillages et broutilles politiques, tout juste bonnes à être mises entre parenthèses en vue de l’obtention de cet objectif suprême et absolu que serait la délivrance de l’otage franco-colombienne ! En diplomatie comme en d’autres matières, il arrive un moment où l’inconscience due à l’incompétence ne peut plus servir d’excuse, ni de masque, à la condescendance et au mépris.</p>
<p>1 Ingrid Betancourt : La rage au coeur, XO Éditions, 2001.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Un article inconnu de Rimbaud : " Le rêve de Bismarck "]]></title>
<link>http://laquinzaine.wordpress.com/?p=261</link>
<pubDate>Thu, 05 Jun 2008 14:03:17 +0000</pubDate>
<dc:creator>nadeau</dc:creator>
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<description><![CDATA[
Par Jean-Jacques Lefrère
En novembre 1870, le photographe Émile Jacoby fonda à Charleville un qu]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://laquinzaine.files.wordpress.com/2008/06/quinzaine_969_couvsmall1.jpg"><img class="size-medium wp-image-264 alignleft" src="http://laquinzaine.wordpress.com/files/2008/06/quinzaine_969_couvsmall1.jpg" alt="Quinzaine littéraire n° 969 du 16 mai 2008" width="166" height="236" /></a></p>
<p>Par Jean-Jacques Lefrère</p>
<p><em>En novembre 1870, le photographe Émile Jacoby fonda à Charleville un quotidien radical auquel il donna le titre de Progrès des Ardennes. Le but de ce journal politique, littéraire, agricole et industriel était de concurrencer le conservateur et bien-pensant Courrier des Ardennes, quotidien départemental qui avait déjà quelque ancienneté, ayant été fondé en 1833. Né en 1814 dans le Gers, Philippe Émile Jacobs, dit Jacoby, était un vieux Républicain portant la barbe blanche des quarante-huitards. Il ne lui déplaisait pas de passer pour un ancien proscrit du 2 décembre, ce qu’il avait d’ailleurs peut-être été.</em><!--more--> À ses débuts, il avait dirigé une maison d’éducation à Tours et avait découvert un calculateur prodige, jeune pâtre illettré du nom d’Henri Mondeux, né en Touraine en 1826. Jacoby avait publié quelques études sur ce Mondeux, qui eut quelque célébrité en son temps. Ayant pris pied dans les Ardennes à la suite de péripéties mal connues, Jacoby gagnait sa vie comme photographe. Le jour de leur première communion, les frères Arthur et Frédéric Rimbaud avaient posé dans l’atelier de ce personnage chauve au visage grave : après son berger tourangeau surdoué en calcul mental, Jacoby s’était trouvé ce jour-là, sans le savoir, en présence d’une autre variété de petit prodige, qui allait exercer son don dans un domaine sans rapport avec le calcul mental. L’adresse de Jacoby à Charleville était le 22, rue Forest : c’était la maison immédiatement voisine de celle que la famille Rimbaud avait occupée jusqu’à l’année précédente.</p>
<p>Le jeune Rimbaud, qui devait se sentir en sympathie avec ce vieil opposant à l’Empire, allait s’intéresser de près à son Progrès des Ardennes, particulièrement au cours de l’année suivante, lorsque le journal en vint à soutenir ouvertement la Commune. Le premier numéro du Progrès, paru le 8 novembre 1870, était sorti des presses de Ferdinand Devin, imprimeur de Mézières dont l’atelier était sis 35, rue du Château. L’adresse de la rédaction et de l’administration du journal était le 22, avenue de Charleville. Vendu dix centimes, le Progrès était diffusé à Charleville, à Mézières, et dans quelques localités voisines. Son ambitieuse devise était empruntée aux Ruines de Volney : " Dévoilez à l’homme la cause de ses maux ! Redressez-le par la vue de ses erreurs ! Enseignez-lui sa propre sagesse et que l’expérience des races passées devienne un tableau d’instruction et un germe de bonheur pour les races présentes et futures ! "</p>
<p>Dès son apparition, Le Progrès des Ardennes n’eut pas bonne presse dans le département. Dans sa lettre du 11 novembre à son collègue et ami Georges Izambard — resté dans l’histoire littéraire comme le professeur de rhétorique et le confident de l’élève Rimbaud –, Léon Deverrière, qui était pourtant du même bord politique que Jacoby, n’avait pas caché le peu d’estime que lui inspirait le nouveau journal : " Le Progrès se hèle à l’instant… C’est un journal épismar… On m’a demandé un article pour le premier numéro. Je fabrique un article de circonstance. Douze jours après, le numéro paraît, et j’y aperçois mon article démodé, maladroitement retaillé et corrigé… Jacoby en est réduit à sa prose bourgeoise et javanaise… C’est un fou… Il est vrai que les Ardennais ne sont pas difficiles. "</p>
<p>Une question que se posent les exégètes de Rimbaud depuis bon nombre d’années est la suivante : a-t-il collaboré au Progrès des Ardennes en y publiant notamment son célèbre Dormeur du val, composé au retour de son premier séjour à Douai ou au cours de son escapade d’octobre ? En 1933, Charles-Marie des Granges, professeur de première au lycée Charlemagne, reproduisit ce sonnet dans un volume de Morceaux choisis des auteurs français du Moyen Age à nos jours, paru à la Librairie Hatier, en donnant comme mention d’origine l’édition des poésies de Rimbaud au Mercure de France et en ajoutant une précision qui ne figure pas dans cette édition : " Rimbaud a publié ces vers, un " croquis de guerre ", en novembre 70, dans le Progrès des Ardennes ".</p>
<p>Malheureusement, ni la Bibliothèque nationale de France, ni la Bibliothèque muni-cipale de Charleville, ni les Archives départementales des Ardennes, ni le Musée-Bibliothèque Arthur Rimbaud de Charleville-Mézières, ni les Archives nationales ne conservent de collection complète du Progrès des Ardennes. Ce fut en vain qu’en mai 1949, Pierre Petitfils, un biographe de Rimbaud, lança un appel aux lecteurs de L’Ardennais en leur demandant de rechercher dans leur grenier des exemplaires du journal que publia Jacoby durant quelques mois de 1870 et de 1871. Des Granges, qui est mort à Paris en juin 1944, n’est plus là pour nous dire où il avait déniché le numéro du Progrès des Ardennes sur lequel il avait lu Le Dormeur du val, car il n’a probablement pas inventé ce détail. S’il ne s’est pas fourvoyé, la première publication du sonnet ne serait donc pas le tome IV de l’Anthologie des poètes français de Lemerre, paru en 1888 : à cette date, ces vers qui dénoncent l’horreur de la guerre et de la mort en lui opposant la beauté et la douceur de la nature n’étaient peut-être plus inédits depuis dix-huit années. Le problème n’est toujours pas résolu en 2008, mais il gagne un regain d’intérêt par la récente découverte faite par M. Taliercio, qu’il nous faut à présent évoquer.</p>
<p><a href="http://laquinzaine.files.wordpress.com/2008/06/rimbaud.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-265" src="http://laquinzaine.wordpress.com/files/2008/06/rimbaud.jpg?w=207" alt="" width="207" height="300" /></a><br />
On savait, par le témoignage de son ami Delahaye, que Rimbaud avait adressé à Jacoby des échantillons rimés de sa plume en dissimulant son identité sous le pseudonyme de Jean Baudry. Ce nom était celui du protagoniste qui donnait son titre à un drame en quatre actes d’Auguste Vacquerie, Jean Baudry, créé au Théâtre-Français en octobre 1863. L’œuvre, éditée chez Pagnerre l’année de sa création, figurait en 1870 au catalogue de la Librairie internationale de Lacroix et Verboeckhoven. À part le fait que Baudry était presque son patronyme inversé, Rimbaud avait-il une raison particulière de choisir ce pseudonyme plutôt qu’un autre ? Delahaye ne nous a pas renseigné sur ce point.</p>
<p>Par la rubrique de Correspondance du deuxième numéro de son Progrès des Ardennes, paru le 9 novembre, Jacoby avait laissé entendre à ce mystérieux Baudry que, les Prussiens s’approchant des remparts de Mézières, le temps n’était plus aux frivolités de la muse : " – À M. J. Baudry, à Charleville. – Impossible d’insérer vos vers en ce moment. Ce qu’il nous faut, ce sont des articles d’actualité et ayant une utilité immédiate. Quand l’ennemi ne sera plus sur notre sol, nous aurons peut-être le temps de prendre les pippeaux [sic] et de chanter les arts de la paix. Mais aujourd’hui, nous avons autre chose à faire. " Jacoby aurait différé la publication du Dormeur du val dans son journal qu’il n’aurait pas employé des termes différents. Aurait-il été indifférent à la poésie ? Si son épouse composait des vers, lui-même trouvait peut-être que des rimes n’avaient pas leur place dans un journal comme le sien. D’après Delahaye, Rimbaud aurait exprimé quelque découragement à la lecture de l’annonce faite à Baudry : décidément, après une récente déconvenue auprès du propriétaire du Journal de Charleroi, les directeurs de quotidiens ne paraissaient pas vouloir de sa collaboration. Mais l’Ardennais Rimbaud, lorsqu’il avait une idée en tête, ne renonçait pas facilement. Puisque le maître d’œuvre du Progrès des Ardennes désirait des écrits de circonstance, il résolut de le satisfaire. Dans ses souvenirs, Delahaye se souvenait d’un texte en prose sur Bismarck que son ami avait composé à l’intention de Jacoby. Delahaye le résumait ainsi :</p>
<p>Bismarck est abominablement saoul. Un Bismarck autrement n’aurait été, je suppose, accueilli par personne. Donc il est " rond comme une cosse ", Monsieur le Chancelier de l’Allemagne du Nord. Et il rêve, accoudé sur sa table où s’écarte une carte de France. L’œil alourdi par l’ivresse, l’œil clignotant du monstre suit l’index qui tourne, tourne… autour de Paris… qu’il faut prendre… s’arrête ça et là, marque des points de repère : Étampes, Soissons, Versailles, repousse d’un geste furieux des choses, là-bas, sur la Loire… tourne, tourne encore… peu à peu rétrécit le cercle fatal ; puis l’homme se penche, il pose enfin sur le point voulu sa pipe de porcelaine dorée… voluptueusement il grogne… mais l’œil se ferme, la grosse tête chenue s’incline, s’affaisse… il dort — tellement saoul !…. – Tout à coup un cri, un hurlement… c’est lui qui s’éveille, le nez grésillant dans sa pipe ardente !….</p>
<p>Dans une biographie de Rimbaud parue il y a quelques années, nous avions allègrement soutenu que Jacoby n’avait pas publié ce Bismarck des plus métaphoriques. Un prudent " sans doute " eût été de mise, comme on va le voir, même si Delahaye lui-même ne paraissait pas se souvenir de la publication de cet écrit de son camarade.</p>
<p>Sans se décourager, Rimbaud avait continué à envoyer des textes à Jacoby, et Delahaye avait même suivi le mouvement : " Nous n’avions que ça à faire ! " reconnaîtra plus tard ce dernier, qui avait pour sa part adressé au directeur du Progrès " une belle lettre à grandes phrases, douzième accessit de discours français ", dans laquelle il soutenait que le maréchal Bazaine avait bel et bien trahi. Comme Rimbaud, Delahaye avait pris la précaution d’user d’un pseudonyme : Charles Dhayle. Intrigué à la longue, Jacoby avait voulu savoir à qui il avait affaire et, par la Correspondance du Progrès du 29 décembre, s’était adressé à ces collaborateurs de l’ombre : " MM. Baudry et Dhayle, vos articles m’intéressent, mais soulevez un peu le loup de votre bavolet. " L’évolution de la guerre ne permit pas aux deux apprentis journalistes d’en esquisser le geste. Le 30 décembre, en descendant la rue de Saint-Julien, ils tombèrent sur un rassemblement autour du tambour de ville : le maire de Mézières avertissait ses concitoyens que l’ennemi avait lancé son ultime sommation à la forteresse et ouvrirait le feu à l’aube. Les Prussiens tinrent parole : le 31 décembre, le bombardement commença dès le lever du soleil. Il allait durer près de vingt-quatre heures. Mézières fut dévastée. Plus de six mille obus lancés par quatre-vingts canons prussiens eurent raison de la citadelle et de la plus grande partie de la ville. À minuit, une flopée d’obus apporta aux Franzozen les vœux de nouvel an du général Von Manteuffel. Avec l’obus prussien qui eût le mauvais goût de démolir de fond en comble l’atelier de l’imprimeur du Progrès des Ardennes, l’espoir de Rimbaud de devenir journaliste avait pris un nouveau plomb dans l’aile.</p>
<p>Les relations de Rimbaud avec le Progrès des Ardennes ne s’arrêtèrent toutefois pas sur ce désastre. L’année suivante, dans sa perpétuelle dérobade aux cours du collège, Rimbaud prit le 12 avril – jour annoncé de la rentrée scolaire – un petit emploi au journal de Jacoby. Car ce dernier était parvenu à relancer son périodique. Lorsqu’il engagea le jeune Rimbaud pour l’aider à dépouiller la correspondance de son journal, la publication n’était redevenue quotidienne que depuis deux semaines. Mais les activités de Rimbaud dans les bureaux du Progrès ne durèrent que cinq jours. Le quotidien cessa de paraître le 17 avril, suspendu, non par l’occupant, mais par le préfet des Ardennes, qu’inquiétait fort le soutien de Jacoby à la Commune. Ainsi disparut définitivement le Progrès des Ardennes, le seul journal pour lequel Rimbaud ait travaillé. Quant au vaillant Jacoby, il mourut l’année suivante.</p>
<p>À part Le Dormeur du val, dont la publication dans le Progrès des Ardennes demeure hypothétique, on s’est longtemps demandé si d’autres textes de Rimbaud avaient paru dans l’introuvable journal de Jacoby ? Ni son nom ni son pseudonyme de Baudry n’apparaissaient dans les rares exemplaires qui avaient été conservés. En 1949, Jules Mouquet avait signalé l’existence d’un article intitulé Lettre du Baron de Petdechèvre à son secrétaire au château de Saint-Magloire, signé " Jean Marcel " et paru dans l’édition du 16 septembre 1871 d’un autre journal de Charleville, Le Nord-Est. Selon ce chercheur, Jean Marcel et Arthur Rimbaud ne faisaient qu’un : " Il n’y avait que sa plume qui fut capable, à Charleville en 1871, de rédiger avec tant d’humour, tant de sûreté un texte de cette qualité ", affirmait Mouquet. Or, cette lettre satirique et bouffonne sur l’actualité politique était présentée dans le Nord-Est comme reprise d’un Progrès que Mouquet avait un peu rapidement assimilé à celui des Ardennes, qui avait pourtant cessé de paraître en avril. Une bonne partie de la critique, durant les quarante-deux années qui suivirent, n’en adhéra pas moins à la thèse de Mouquet sur l’attribution du texte à Rimbaud, jusqu’à ce qu’un autre chercheur révèle que le Progrès en question n’était pas celui des Ardennes mais celui de Lyon, dans lequel un Jean Marcel tenait une Chronique parisienne : le numéro du 9 septembre 1871 contenait cette Lettre du Baron de Petdechèvre que plusieurs générations de lecteurs ont cru de la plume de Rimbaud. Étrange fortune d’un article de la presse lyonnaise de l’année 1871 !</p>
<p>Pourtant, un article inconnu de Rimbaud attendait d’être découvert dans le Progrès, le vrai, le bon, celui de Jacoby. On doit sa découverte à M. Taliercio, jeune cinéaste séjournant actuellement à Charleville, et sa révélation à M. Mellet, dont l’article intitulé " Rimbaud était journaliste au Progrès des Ardennes " a paru dans L’Ardennais du 24 avril dernier. En repérage en vue d’un documentaire sur le poète qu’il envisage de tourner dans les Ardennes, M. Taliercio a mis la main, chez un bouquiniste de la région, sur quelques exemplaires du Progrès des Ardennes. Par chance, le pseudonyme de " Jean Baudry " n’avait pas de mystère pour lui. Cherchant un Dormeur du val qu’il n’a pas trouvé, il est tombé sur un Rêve de Bismarck qu’il est sans doute le premier à lire – en tout cas le premier à identifier – depuis plus de treize décennies. Le destin qui veille à la bonne fortune des chercheurs n’a pas manqué de malice : le simple conscrit mort dans un vallon a laissé place à un chancelier d’Allemagne dévoré par le désir de conquête. Question de grade.</p>
<p>Ce Rêve de Bismarck figure en dernière page de la livraison du 25 novembre 1870 du Progrès des Ardennes, entre un article repris du Peuple français sur des soldats prussiens déguisés en maraudeurs et quelques nouvelles du " Département des Ardennes ", dont une lettre signée " Un abonné " et adressée au directeur du journal, interpellant " Messieurs du conseil municipal " sur la dissolution de la garde nationale de Charleville. Il est signé Jean Baudry et sa teneur est à peu près conforme au récit fait par Delahaye dans ses souvenirs, sauf sur un point : la prétendue ivresse du chancelier, que l’on ne retrouve pas dans la prose de Rimbaud.</p>
<p>Rimbaud et Bismarck ? Les spécialistes de Rimbaud ont peu souvent rapproché ces deux noms, bien qu’un dessin — peut-être un décalque — attribué à Rimbaud représente un personnage marqué au front d’une croix de fer : Pierre Petitfils, dans son livre de 1949, L’Œuvre et le visage d’Arthur Rimbaud. Essai de bibliographie et d’iconographie, se demandait s’il figurait le " Chancelier allemand ".</p>
<p>Cet article de circonstance paru dans Le Progrès des Ardennes, pour aussi enlevé et ironique qu’il soit, ne sera sans doute pas considéré comme un des sommets de la production littéraire de son auteur. Bien que, dans les dernières lignes, quelques mots demeurent inconnus par une déchirure du document original, reconnaissons toutefois à ce texte le mérite de remplacer, assez avantageusement, cette fameuse Lettre du Baron de Petdechèvre que l’on crut longtemps issue de la plume de Rimbaud. La découverte de M. Taliercio n’en est pas moins des plus intéressantes : outre qu’elle relance le débat sur la publication du Dormeur du val dans Le Progrès des Ardennes et qu’elle fait naître l’espoir de dénicher d’autres textes de " Jean Baudry " dans ce journal, elle confirme, si besoin était, la grande souplesse d’écriture du Rimbaud de 1870, capable d’imiter François Coppée ou Victor Hugo dans les pièces rimées qu’il composait, et le style qui convenait, en ces mois troublés de guerre, à une chronique persifleuse et patriote.</p>
<p>LE RÊVE DE BISMARCK<br />
(Fantaisie).</p>
<p>C’est le soir. Sous sa tente, pleine de silence et de rêve, Bismarck, un doigt sur la carte de France, médite ; de son immense pipe s’échappe un filet bleu.<br />
Bismarck médite. Son petit index crochu chemine, sur le vélin, du Rhin à la Moselle, de la Moselle à la Seine ; de l’ongle il a rayé imperceptiblement le papier autour de Strasbourg : il passe outre.<br />
A Sarrebruck, à Wissembourg, à Woerth, à Sedan, il tressaille, le petit doigt crochu : il caresse Nancy, égratigne Bitche et Phalsbourg, raie Metz, trace sur les frontières de petites lignes brisées, – et s’arrête…<br />
Triomphant, Bismarck a couvert de son index l’Alsace et la Lorraine ! – Oh ! sous son crâne jaune, quels délires d’avare ! Quels délicieux nuages de fumée répand sa pipe bienheureuse !….</p>
<p>*<br />
* *</p>
<p>Bismarck médite. Tiens ! un gros point noir semble arrêter l’index frétillant. C’est Paris.<br />
Donc, le petit ongle mauvais, de rayer, de rayer le papier, de ci, de là, avec rage, – enfin, de s’arrêter… Le doigt reste là, moitié plié, immobile.<br />
Paris ! Paris ! – Puis, le bonhomme a tant rêvé l’œil ouvert, que, doucement, la somnolence s’empare de lui : son front se penche vers le papier ; machinalement, le fourneau de sa pipe, échappée à ses lèvres, s’abat sur le vilain point noir…<br />
Hi ! povero ! en abandonnant sa pauvre tête, son nez, le nez de M. Otto de Bismarck, s’est plongé dans le fourneau ardent… Hi ! povero ! va povero ! dans le fourneau incandescent de la pipe… hi ! povero ! Son index était sur Paris !…. Fini, le rêve glorieux !</p>
<p>*<br />
* *</p>
<p>Il était si fin, si spirituel, si heureux, ce nez de vieux premier diplomate ! – Cachez, cachez ce nez !….<br />
Eh bien, mon cher, quand, pour partager la choucroûte royale, vous rentrerez au palais, […] avec des crimes de… dame […] dans l’histoire, vous porterez éternellement votre nez carbonisé entre vos yeux stupides !….<br />
Voilà ! fallait pas rêvasser !</p>
<p>Jean BAUDRY.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Quand l’Europe s’autodétruit, un article sur le dernier ouvrage d'Enzo Traverso par Dimitri Nicolaïdis dans "la Quinzaine littéraire" (16 mars 2007)]]></title>
<link>http://laquinzaine.wordpress.com/2007/12/14/quand-l%e2%80%99europe-s%e2%80%99autodetruit-un-article-sur-le-dernier-ouvrage-denzo-traverso-par-dimitri-nicolaidis-dans-la-quinzaine-litteraire-16-mars-2007/</link>
<pubDate>Fri, 14 Dec 2007 09:51:17 +0000</pubDate>
<dc:creator>nadeau</dc:creator>
<guid>http://laquinzaine.wordpress.com/2007/12/14/quand-l%e2%80%99europe-s%e2%80%99autodetruit-un-article-sur-le-dernier-ouvrage-denzo-traverso-par-dimitri-nicolaidis-dans-la-quinzaine-litteraire-16-mars-2007/</guid>
<description><![CDATA[En ces temps où l&#8217;histoire se présente trop souvent en science désincarnée, flottant en ap]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><em>En ces temps où l'histoire se présente trop souvent en science désincarnée, flottant en apesanteur au-dessus des " objets " du passé qu'elle se propose de nous restituer en toute objectivité, et qui, tantôt, part en croisade contre ces manifestations abusives de la mémoire afin de préserver de toute contamination leurs purs objets de savoir, il est bon d'entendre l'auteur d'un essai historique déclarer dès l'introduction qu'" écrire des livres d'histoire signifie offrir la matière première nécessaire à un usage public du passé "</em>. </p>
<p>par Dimitri Nicolaïdis</p>
<p><strong>Enzo Traverso<br />
À feu et à sang. De la guerre civile européenne (1914-1945)<br />
Stock, 314 p., 20,99 euros </strong></p>
<p>Et de poursuivre en expliquant que "pour exercer son métier, [l'historien] doit être capable d'assumer une certaine distance critique, mais il doit être aussi conscient de ce qui le lie à l'objet de sa recherche, laquelle (...) comporte toujours une part de "transfert", c'est-à-dire une part de subjectivité qui réfracte comme un prisme les événements du passé et oriente son regard ".</p>
<p>On n'a pas forcément besoin de savoir " d'où parle ? " Enzo Traverso pour mesurer à quel point sa capacité à rendre compte de l'objet de son dernier livre a aussi à voir avec une certaine sensibilité à l'égard d'une époque certes caractérisée par une violence sans limites, mais aussi par un sens de l'engagement commandé par des circonstances exceptionnelles. Comment, en effet, devant cette séquence de l'histoire européenne qui s'ouvre avec les boucheries du Chemin des Dames et de Verdun, et qui s'achève, trente ans plus tard, avec Auschwitz et Hiroshima, ne pas tomber dans la vision anachronique d'un François Furet (1) pour qui l'adhésion des masses au projet démiurgique de créer un homme nouveau, au fondement du fascisme comme du communisme, aurait permis à ces idéologies totalisantes de déployer leur folie meurtrière jusqu'à la Catastrophe ? Avec la défaite du nazisme en 1945, puis l'effondrement du système communiste en 1989-1991, le retour à la raison démocratique aurait ainsi définitivement clos cette parenthèse ubristique qui désormais nous terroriserait par son étrangeté.</p>
<p>Parce qu'il paraît injuste que des figures jadis héroïques, telles celles du " partisan " (celui qui prend parti) ou de l' "intellectuel antifasciste", soient ainsi réduites à des marionnettes de l'hégémonisme soviétique, au mieux aveuglées par leurs illusions, au pire capables des mêmes extrémités que leurs adversaires, l'auteur s'attache à recontextualiser une époque où l'expérience incommunicable de la " peur au ventre " dans les tranchées s'est pourtant transmise à l'ensemble du corps social. Or, la brutalisation des sociétés européennes, symptôme le plus flagrant de cette peur envahissante, ne doit pas être interprétée comme un phénomène de régression civilisationnelle, mais bien au contraire comme la marque d'une certaine modernité parvenue, à l'ère des masses, à produire aussi bien notre chère démocratie que le communisme et le fascisme. Afin de comprendre pourquoi le pouvoir d'attraction des deux dernières a incontestablement éclipsé le régime politique qui rétrospectivement semblait pourtant correspondre le mieux à cette marche inéluctable du Progrès, il nous faut sortir du face-à-face entre systèmes totalitaires aux rouages comparables et aux idéologies radicalement antinomiques, pour saisir l'origine et la nature d'une violence qui conduit inéluctablement à transformer les représentations du monde et les notions mêmes de politique et de culture au sein de l'Europe. </p>
<p>La rupture de 1914, qui inaugure un cycle de trente années de guerres et de révolutions au bout duquel l'Europe s'est de fait autodétruite, est bien l'aboutissement d'un processus caractéristique du long XIXe siècle qui voit l'entrée progressive des masses sur la scène publique. Mais si guerre totale est le produit de la révolution industrielle et de la " nationalisation des masses ", l'expérience de la mort que traverse la " génération du feu " est bien de nature radicalement nouvelle et produit une " culture de guerre " qui va marquer toute la période qui suit la fin des hostilités. À partir du moment où les armes de destruction massive et le caractère " mécaniquement reproductible " de la mort ont rendu totalement obsolète toute notion de sacrifice individuelle, et que la figure du héros a disparu au profit de celle du soldat inconnu, objet désormais d'un véritable culte civique, il n'est guère surprenant que les représentations de l' " ennemi " évoluent à leur tour et déteignent sur les modalités mêmes du combat politique. </p>
<p>Lorsque le " rouge " d'un côté et l' " ennemi de classe " de l'autre ne doivent plus seulement être vaincus mais tout bonnement éradiqués, la guerre civile devient la forme aboutie de la politique qui est alors, pour paraphraser Clausewitz, la continuation de la guerre par des moyens similaires. De fait, la militarisation des organisations politiques n'est pas le propre des seuls courants fascistes, et la vision catastrophiste du contexte de lutte de la part des révolutionnaires est aussi un héritage de la Grande Guerre. Le régime nazi, qui a pu être défini comme une " guerre civile légale ", est celui qui pousse cette logique jusqu'à son point ultime dans la mesure où " la dictature hitlérienne (...) ne pouvait se consolider qu'en rendant permanent l'état d'exception propre à la guerre civile ".</p>
<p>Un Carl Schmitt considère cet " état d'exception " comme le moyen de restaurer l'ordre dans le cadre d'une dictature seule capable de rendre à l'Etat sa capacité décisionnelle, tandis qu'un Walter Benjamin voit dans ce même " état d'exception " le signe d'une crise permanente. Pourtant, les deux penseurs à la philosophie politique diamétralement opposée s'accordent sur le constat de l'incapacité de l'Etat libéral à gérer les conflits et sur la vision alternative de l'Etat comme instrument de transformation radicale de la société. Pour le sens commun, mais aussi pour la majorité des intellectuels, le libéralisme, du moins dans sa forme la plus pure (qui conçoit le politique comme simple espace de production de normes et établit une séparation claire entre l'Etat et la société civile), ne fait plus partie de l'équation politique, comme en atteste le recul inexorable des démocraties libérales en Europe durant ces années d'entre-deux-guerres. Pour Benjamin comme pour Schmitt, le choix politique se réduit à l'alternative révolution/contre-révolution, socialisme/Etat total. </p>
<p>Cet Etat démiurge, auquel le peuple s'en remet pour l'aider à sortir de son état post-traumatique caractérisé par le souvenir omniprésent de la peur, est donc bien en ce sens le produit de la guerre. La montée du nazisme est aussi liée à cette capacité à transformer l'angoisse en peur d'un ennemi concret qui prend alors les visages indissociables du Juif et du Bolchevik. Le processus de déshumanisation de ce double ennemi vital, commencé bien avant 1939, explique le caractère de guerre d'extermination que va prendre l'offensive allemande à l'est de l'Europe - de nature radicalement différente, en ce sens, de ce qu'elle sera à l'ouest. La guerre, débouché inéluctable de l'affrontement absolu entre visions du monde radicalement antagonistes, trouve son aboutissement final, après les épisodes plus circonscrits de la tourmente révolutionnaire de 1918-1923 puis de la guerre civile espagnole, dans cette Seconde Guerre mondiale qui peut être vue comme une guerre coloniale sur le sol européen où la distinction entre civils et militaires est abolie. Les massacres coloniaux des premiers temps de l'expansion impériale européenne représentent une sorte de matrice pour la guerre d'extermination mise en œuvre par les nazis : qu'il s'agisse de l'indigène révolté ou du rebelle de la guerre civile, on n'a plus affaire à un " ennemi légitime " mais à un hors-la-loi qu'il convient de faire disparaître.</p>
<p>Sans évidemment établir d'équivalence, Traverso montre aussi comment ce processus de déshumanisation n'est plus le propre des régimes fascistes, et que, sans même parler d'Hiroshima et de Nagasaki, les bombardements massifs des Alliés sur les villes allemandes - et la destruction systématique du patrimoine culturel de l'Allemagne qui fut très clairement le résultat d'un choix politique et moral - en sont une autre manifestation. Le principe de distanciation et d'escamotage des cibles de la violence (le Juif déporté pour le fonctionnaire allemand, l'Untermenschen supplicié mis à distance par l'objectif de l'appareil photo pour le soldat de la Wehrmacht, ou l'habitant anonyme de la ville bombardée pour le pilote de la forteresse volante) est une des caractéristiques de ces guerres modernes qui mélangent de manière inextricable violence froide et violence chaude, planification bureaucratique de l'extermination et pulsions émotionnelles massacrantes. </p>
<p>Dans un tel contexte, la question des fins et des moyens ne peut être jugée à l'aune de nos normes contemporaines. Opposer mécaniquement l' " éthique de la responsabilité " à l' " éthique de la conviction " a quelque chose d'abstrait pour le partisan engagé dans la lutte dont la morale de l'action est largement guidée par les circonstances. L'apologie de la Terreur par un Trotsky correspond au rejet d'une morale désincarnée, voire à la reconnaissance qu'elle est aussi la possibilité d'encadrer une violence venue d'en bas. C'est la notion même d'engagement qui prend ici un sens particulier, de même que celle d' " intellectuel " qui " désigne cette interférence entre culture et politique qui marque si profondément toute l'histoire du XXe siècle ". Ce phénomène touche bien sûr tout le champ idéologique, et, comme l'observait Benjamin, à l'esthétisation de la politique caractéristique de l'univers fasciste répond, dans la sphère communiste, la politisation de l'art. </p>
<p>Dans un contexte d'extrême polarisation, le clivage se réduit bientôt, après l'arrivée au pouvoir d'Hitler et le coup de force de Franco en Espagne, à l'opposition entre Lumières et contre-Lumières, le Front Populaire puis la Résistance incarnant cette convergence entre tradition libérale et projet communiste face à la menace fasciste. La prise de conscience de la gravité de celle-ci précède et donc justifie le compagnonnage des intellectuels avec le mouvement communiste, et aussi, par conséquent, leur relatif aveuglement vis-à-vis des crimes du stalinisme. </p>
<p>Si on peut faire le constat d'une certaine illusion de la part des protagonistes eux-mêmes dans le cadre de ce combat à mort contre l'hydre fasciste, il concerne d'abord la nature de celle-ci. Réduit à sa dimension réactionnaire, à ses éléments régressifs parmi lesquels l'antisémitisme considéré comme un résidu obscurantiste, le nazisme était alors rarement perçu dans sa dimension proprement moderne. Aux lendemains de la guerre, seuls quelques membres de l'Ecole de Francfort le percevaient comme "un produit de la civilisation elle-même, avec sa rationalité technique et instrumentale désormais affranchie d'une visée émancipatrice et réduite à un projet de domination ". Pour Theodor W. Adorno, le génocide des Juifs d'Europe est " une barbarie qui s'inscrit dans le principe même de la civilisation ", mais en 1945, alors que la parenthèse fasciste venait tout juste de se refermer et que l'antifascisme était devenu le courant hégémonique au sein de la culture européenne, la remise en cause de la notion de Progrès n'était vraisemblablement pas encore à l'ordre du jour.</p>
<p>Dimitri Nicoaïdis est enseignant. Il a écrit D'une Grèce à l'autre, Les Belles Lettres, 1992, et a dirigé Oublier nos crimes. L'amnésie nationale une spécificité française ?, Autrement, 1994. Il est membre du comité de rédaction de la revue Mouvements.</p>
<p>1) François Furet, <em>Le passé d'une illusion, essai sur l'idée communiste au XXe siècle</em>, Laffont/Calmann-Lévy, Paris, 1995.</p>
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<title><![CDATA[Les sites animés par les collaborateurs de la Quinzaine littéraire : Jean-Jacques Lefrère]]></title>
<link>http://laquinzaine.wordpress.com/2007/12/12/les-sites-animes-par-les-collaborateurs-de-la-quinzaine-litteraire-jean-jacques-lefrere/</link>
<pubDate>Wed, 12 Dec 2007 10:15:20 +0000</pubDate>
<dc:creator>nadeau</dc:creator>
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<description><![CDATA[Jean-Jacques Lefrère dont les lecteurs de la Quinzaine littéraire ont pu apprécier l&#8217;érudi]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Jean-Jacques Lefrère</strong> dont les lecteurs de <em>la Quinzaine littéraire</em> ont pu apprécier l'érudition à travers plus d'une centaine de chroniques, auteur d'une monumentale biographie d'Arthur Rimbaud (1243 p. chez Fayard en 2001), anime le site "<a href="http://www.histoires-litteraires.org/"><strong>Histoires Littéraires</strong>"</a></p>
<p><a href='http://laquinzaine.wordpress.com/files/2007/12/hist_litt30.jpg' title='Histoires littéraires n° 30'><img src='http://laquinzaine.wordpress.com/files/2007/12/hist_litt30.thumbnail.jpg' alt='Histoires littéraires n° 30' /></a> <em>Histoires littéraires n° 30</em></p>
<p>On y trouve les sommaires de la revue <em><strong>Histoires Littéraires</strong></em> consacrées aux littératures du XIXe et XXe siècles, dont le premier numéro a paru en l'an 2000. <strong>Michel Pierssens,</strong> second pilier de la publication, (l'auteur de <em>la Tour de Babil</em>, pp. éditions de Minuit 1977, qui a signé aussi des chroniques dans <em>la Quinzaine</em>, professeur au Département des littératures de langue française de l'Université de Montréal) la présentait ainsi :<br />
"<em>Histoires littéraires</em> est une revue dont l'ambition est, entre autres, de célébrer le papier : le vieux papier, en invitant à redécouvrir des textes et des documents oubliés et en rappelant que les livres sont aussi des objets concrets ; le papier neuf, en offrant aux lecteurs une impression d'une qualité devenue rare." </p>
<p>Guide pour les chercheurs, la revue (Histoires littéraires, 32 avenue de Suffren, 75015 Paris) offre un large aperçu des fonds documentaires en langue française existants pour les curieux, les amateurs de bonne littérature et de livres rares.<br />
L'érudition qui s'y manifeste sait s'y faire drôle et polémique, en remettant à leur place pas mal d'idées reçues venues de l'univers de la distribution marchande.</p>
<p>A la une de son <strong>numéro 32</strong> (sous presse) <strong>un Dossier Poètes maudits</strong> : Steve Murphy, Lettres de Verlaine à quelques-uns, " Cher Monsieur Rothenstein… ", Lettres de Verlaine à Léon Deschamps, Le dernier correspondant de Rimbaud<br />
<strong>Petites coupures</strong> :N. Benhamou : Redécouvrir Maupassant<br />
<strong>Loisirs de la poste </strong>: J. Willemetz : Sacha Guitry écrit à Albert Willemetz<br />
<strong>Chronique de l'@</strong> : M. Demont : <a href="http://www.rarebooks.info">www.rarebooks.info</a><br />
<strong>En revenant de l'exposition :</strong> P. Sandre : J.-K. Huysmans-G. Moreau. Féeriques visions<br />
<strong>Loisirs de la poste :</strong> L. Chauvelot : Lettres d'Alphonse Allais à la famille Stevens<br />
<strong>Aux fonds :</strong> R. Grutman, Y. Thomas : Les manuscrits français à l'Université d'Ottawa<br />
<strong>Des fins</strong><br />
<strong>Chronique de l'actualité littéraire</strong><br />
<strong>Chronique des ventes et des catalogues</strong><br />
<strong>En Société</strong><br />
<strong>Livres reçus</strong><br />
<strong>Congrès, séminaires, colloques</strong></p>
<p>Pour les lecteurs qui veulent en savoir plus sur Jean-Jacques Lefrère voici les dix dernières chroniques de Jean-Jacques Lefrère que l'on peut consulter sur le site "<a href="http://quinzaine-litteraire.net/quinzLittHome.php">archives</a>" de la Quinzaine littéraire. (option <a href="http://quinzaine-litteraire.net/quinzLittASearch.php">recherche avancée</a>)</p>
<p>1. Un article de Lefrère, Jean-Jacques " A propos de biographies d'écrivains, avez-vous déjà lu un roman de Michel Drucker ? " Numéros spéciaux (40 ans) Revue N° 919 parue le 16-03-2006</p>
<p>2. Dotoli, Giovanni " Rimbaud, l'Italie, les Italiens ". Un article de Lefrère, Jean-Jacques " D'Arthur Rimbaud à Dominique de Villepin ". Revue N° 908 parue le 01-10-2005</p>
<p>3. D'Anthonay, Thibaut " Jean Lorrain, biographie ". Un article de Lefrère, Jean-Jacques " Le Jean Lorrain de M. d'Anthonay " Ecrits publics (lettres à la Quinzaine)  Revue N° 904 parue le 16-07-2005</p>
<p>4. Verlaine, Paul " Correspondance générale. Tome 1 (1857-1885) ". Un article de Lefrère, Jean-Jacques " Verlaine épistolier ". Revue N° 903 parue le 01-07-2005</p>
<p>5. Un article de Lefrère, Jean-Jacques " La vie des écrivains morts " Numéros spéciaux (Un bon écrivain est-il un écrivain mort ?). Revue N° 813 parue le 01-08-2001</p>
<p>6. Un article de Lefrère, Jean-Jacques " Rimbaud, est-ce bien lui? De Charleville à Sheikh-Othman ". Revue N° 774 parue le 01-12-1999</p>
<p>7. Un article de Lefrère, Jean-Jacques " Adieu à la "B.N." Revue N° 760 parue le 16-04-1999</p>
<p>8. Jeancolas, Claude " Passion Rimbaud. L'album d'une vie ". Bibliothèque Jacques Guérin Huitième partie. Rimbaud - Lautréamont ". Un article de Lefrère, Jean-Jacques " Rimbaud et Lautréamont en salle des ventes ". Revue N° 750 parue le 16-11-1998</p>
<p>9. Mallarmé, Stéphane " Oeuvres complètes. I. ". Steinmetz, Jean-Luc " Mallarmé, l'absolu au jour le jour ". Besnier, Patrick " Mallarmé, le théâtre de la rue de Rome ". Collectif " Mallarmé 1842 - 1898. Un destin d'écriture ". Un article de Lefrère, Jean-Jacques " Monsieur Mallarmé et son sac à gloire " Revue N° 749 parue le 01-11-1998</p>
<p>10. " J'arrive ce matin... L'universo poetico di Arthur Rimbaud ". Caradec, François " Catalogue d'autographes rares et curieux ".  Un article de Lefrère, Jean-Jacques " Les Manuscrits d'un poète " Histoire littéraire (manuscrits, autographes) Histoire littéraire (19e). Revue N° 742 parue le 01-07-1998</p>
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<title><![CDATA[Gilles Lapouge. Jeter l’encre, encore et encore ]]></title>
<link>http://laquinzaine.wordpress.com/2007/11/28/jeter-l%e2%80%99encre-encore-et-encore/</link>
<pubDate>Wed, 28 Nov 2007 10:01:49 +0000</pubDate>
<dc:creator>nadeau</dc:creator>
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<description><![CDATA[« Un jour, ils m’ont mis dans  les écrivains voyageurs. Je n’avais pas vu venir le coup mais j]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>« Un jour, ils m’ont mis dans  les écrivains voyageurs. Je n’avais pas vu venir le coup mais j’ai conservé mon sang froid », écrit avec humour Gilles Lapouge dans <em>L’encre du voyageur </em>(Albin Michel), qui vient d’obtenir le <a href="http://www.prix-litteraires.net/femina.php">prix Femina </a>du meilleur essai.  Serait-il donc un écrivain voyageur malgré lui ? Ce collaborateur de la <em>Quinzaine littéraire</em> depuis 1966 est surtout un romancier et chroniqueur qui sait marier l’ironie la plus fine avec la modestie du promeneur solitaire.</p>
<p> Dans  le recueil <em>En étrange pays </em>(2003), dont l’esprit est semblable à celui de <em>L’encre du voyageur</em>, Gilles Lapouge racontait ainsi qu’il s’interdit d’aller admirer le lac Léman, pour ne pas épuiser une des dernières réserves d’exotisme qu’il conserve sur la surface du globe, après avoir parcouru le Brésil, l’Inde ou l’Islande battue par les vents. Insensible aux modes, il parcourt le monde comme bon lui semble, en n’oubliant jamais que le récit qu’on fait au retour représente au moins 50% de l’intérêt d’un voyage. L’encre du voyageur est donc un ouvrage à picorer de façon non linéaire, à prendre et à reprendre, pour attraper au vol des parcelles de sa sensibilité. Qu’il évoque Julien Gracq, les vaches indiennes, « dont la tactique consiste à faire comme  si la ville était une campagne », ou l’obsession contemporaine pour les commémorations, son art des métaphores et des comparaisons géographiques fait des miracles. A lire ses chroniques, « les après-midi coul[ent] comme on caresse les oreilles d’un chat, sans y penser », pourrait-on dire en empruntant une formule de son roman <em>L’incendie de Copenhague</em> (1995). </p>
<ul>
<ul>
<a href='http://laquinzaine.wordpress.com/files/2007/11/ssl10164.jpg' title='ssl10164.jpg'><img src='http://laquinzaine.wordpress.com/files/2007/11/ssl10164.jpg' alt='ssl10164.jpg' width="200" height="150" /></a></ul>
</ul>
<p>Photo : vache dans une ville du nord de l'Inde (BRA) </p>
<p>Malgré la variété des thèmes abordés,  on retrouve d’un chapitre à l’autre ses thèmes de prédilection, ainsi que les grands mythes qui informent son univers : les îles, les vents, les palimpsestes et leurs secrets, les sagas islandaises, Icare, Bougainville. Sans préciosité ni affectation, la culture se met au service des sensations, les éclaire et les approfondit. Nostalgique des grands équipages à voiles, Gilles Lapouge regrette que le voyage ne soit plus « un égarement », puisque le voyageur est aujourd’hui relié en permanence par Internet et le téléphone à son port d’attache. Néanmoins, pour ne pas se cantonner lui-même à la catégorie de « regretteur de bon vieux temps », il se réserve le droit d’être nostalgique d’époques qu’il n’a pas vécu, celle des chevaliers errants ou celle de Magellan. Voilà qui est beaucoup plus romanesque. </p>
<p>Béatrice Roman-Amat </p>
<p><strong>Retrouver les articles de et sur Gilles Lapouge dans <a href="http://www.quinzaine-litteraire.net/quinzLittASearch.php">les archives de la Quinzaine littéraire </a>: </strong>Gilles Lapouge " En étrange pays ". Un article de Gilbert Lascault, " Revue N° 850 parue le 16-03-2003</p>
<p>Gilles. Lapouge " Pirates, boucaniers, flibustiers ". Un article de Georges Raillard. Revue N° 843 parue le 01-12-2002</p>
<p>Gilles Lapouge " La mission des frontières ". Un article de Nicole Casanova. Revue N° 829 parue le 16-04-2002</p>
<p>Gilles Lapouge " Besoin de mirages ". Un article de Maurice Nadeau. Revue N° 761 parue le 01-05-1999</p>
<p>Kenneth White " Le rôdeur des confins ". Un article de Gilles Lapouge. Revue N° 923 parue le 16-05-2006 </p>
<p>" L'anniversaire, une affaire qui tourne rond". Un article de Gilles Lapouge. Numéros spéciaux (40 ans). Revue N° 919 parue le 16-03-2006</p>
<p>" Pour qui vous prenez-vous ? ". Un article de Gilles Lapouge. Numéros spéciaux (Pour qui vous prenez-vous ?). Revue N° 882 parue le 01-08-2004</p>
<p><strong>Extrait de "Pour qui vous prenez-vous ?" de Gilles Lapouge </strong>:</p>
<p>"<strong>Le vrai voyageur, celui qui réside entre l'Alaska et la Birmanie, est chiche de ses étonnements</strong>. Rien ne le surprend. Il vous parle des tigres au Bengale comme s'il s'agissait de chats. Je procédais au contraire : d'un chat j'extrayais un lion. Dans le satin des ciels de l'Ile-de-France, je prélevais des aurores himalayennes.<br />
Je travaillais le langage. Ce n'est pas moi qui aurait parlé de cartes marines ou d'Atlas. Je n'utilisais que des portulans, des "insulaires", des planisphères ou des mappemondes. Je disais que j'étais "sur zone". Je ne "jetais" pas l'ancre. Je "mouillais". Au besoin, "j'ancrais", comme Conrad conseille de le dire dans <em>Le miroir de la mer</em>. Pendant un temps, et comme les récits de voyage desquels je m'inspirais étaient souvent écrits en Anglais, j'ai envisagé de parler de miles, de pieds, de pouces. Mais ces mesures britanniques m'embrouillaient". </p>
<p>Ce texte fait partie des chroniques rassemblées dans <em>L'encre du voyageur</em>. </p>
<p><strong>Extrait de l'interview de Gilles Lapouge par Eric Phalippou</strong> (Revue numéro 955)</p>
<p><strong>Eric Phalippou</strong> : Il me semble que vous êtes sensible aux gens qui ont la nostalgie d’une langue perdue. En Inde, vous rencontrez dans la région de Goa un chauffeur de taxi qui, ébloui par votre pratique du portugais, ne veut plus vous lâcher à destination. Au fin fond de l’Amazonie, vous avez cette histoire avec deux dames qui se croient encore sous le Paris de la Belle Époque et qui minaudent et qui en rajoutent avec la madeleine de Proust. </p>
<p><strong>Gilles Lapouge</strong> : Je ne le cherche pas. C’est une chance extraordinaire, comme dans les voyages on en a. Surtout dans les voyages que je fais où j’en ai plus que les autres parce que je me perds complètement, parce que je n’y comprends rien. Alors je rencontre quelqu’un qui me raconte des choses que je cours vérifier. Ces deux dames, c’était du côté de Bélem, par hasard un Français qui vivait là m’a raconté leur histoire. Puis il m’emmène le lendemain dans sa voiture pour faire trente kilomètres et les voir... C’est vrai que les histoires de langues m’intéressent parfois sérieusement, parfois pour leur côté cocasse. Comme ce chauffeur de taxi, c’était émouvant d’une certaine manière, mais cocasse aussi. </p>
<p><strong>É. P</strong> : Paradoxal également, car les Portugais n’étaient plus en Inde en état de sainteté. </p>
<p><strong>G. L</strong> : C’était un type âgé et puis, même si on ne regrette pas, je suis persuadé qu’il y a une imprégnation et (c’est une expression banale que je vais employer) un côté proustien. Je suis persuadé que même parmi les fellaghas qui ont foutu les Français à la porte, qui les détestaient et qui les détestent, il doit y avoir encore comme une odeur de nostalgie... </p>
<p><strong>É. P</strong> : La nostalgie des langues perdues que vous comprenez si bien. Il y a en revanche une nostalgie que vous vous appliquez à dénoncer un bon quart de ce livre, c’est la nostalgie des paradis perdus. Vous la détestez parce que c’est une nostalgie qui génère des utopies. </p>
<p><strong>G. L</strong> : Les utopies, je les déteste de longue date. J’ai même écrit un livre sur l’histoire des utopies. C’est curieux d’ailleurs, ce livre que j’ai publié dans les années, oh ! je ne sais plus, il y a longtemps, pour dénoncer les utopies alors que j’étais comme maintenant encore plutôt de gauche, mais dans aucun parti, ne m’a valu à l’époque que des critiques. On était encore très idéologue en France et mes amis de gauche m’ont battu vraiment froid en me disant que j’avais écrit un livre fasciste, un livre contre le communisme. Heureusement, après on s’est aperçu que ce n’était pas si faux cette espèce d’horreur que j’ai des utopies. En ce qui concerne les nostalgies, c’est comme le cholestérol, il y en a une bonne et il y en a une mauvaise. La bonne, c’est l’anodine, celle des livres scolaires avec des petites vignettes où l’on voit l’eau qui coule, qui descend et qui remonte en nuages. La mauvaise, dont je crois je suis épargné, ce sont les gens qui disent : tout était mieux avant, maintenant les enfants sont désagréables, il n’y a plus de solidarité, tout ça. Ce qui est en partie vrai mais c’est un discours tellement rabâcheur, un peu ronchon, aigre, très amer, que je m’en méfie beaucoup. Quant à avoir de la nostalgie, je n’ai aucune limite sur ce point. Ça me plaît même assez d’être triste par nostalgie. </p>
]]></content:encoded>
</item>
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<title><![CDATA[Hommage à Anne Thébaud ]]></title>
<link>http://laquinzaine.wordpress.com/2007/11/26/hommage-a-anne-thebaud/</link>
<pubDate>Mon, 26 Nov 2007 10:19:04 +0000</pubDate>
<dc:creator>nadeau</dc:creator>
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<description><![CDATA[France Culture diffusera mercredi 28 novembre l&#8217;émission &#8220;Flaubert ou l&#8217;expérien]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>France Culture diffusera mercredi 28 novembre l'émission "<a href="http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/surpris/fiche.php?diffusion_id=57382&#38;pg=avenir&#38;PHPSESSID=5acd8faaaf98d8d77e34a2ac18931573">Flaubert ou l'expérience des limites</a>" par Anne Thébaud, de 22h15 à 23h30. L'occasion de réentendre la voix de cette collaboratrice de la <em>Quinzaine Littéraire</em>, qui nous a quitté le 9 septembre dernier, à 41 ans.<br />
L'occasion aussi, bien sûr, de réfléchir à l'influence sur la littérature française de celui qui a voulu écrire "le roman sur rien" avec <em>Madame Bovary</em>. </p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Le premier article d'Anne Thébaud paru dans la Quinzaine (juin 1995)]]></title>
<link>http://laquinzaine.wordpress.com/2007/11/08/le-premier-article-danne-thebaud-paru-dans-la-quinzaine-juin-1995/</link>
<pubDate>Thu, 08 Nov 2007 16:05:15 +0000</pubDate>
<dc:creator>nadeau</dc:creator>
<guid>http://laquinzaine.wordpress.com/2007/11/08/le-premier-article-danne-thebaud-paru-dans-la-quinzaine-juin-1995/</guid>
<description><![CDATA[Parmi les nombreux articles consultables sur la base archives de la Quinzainre littéraire, nous avo]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><em>Parmi les nombreux articles consultables sur la base</em> <a href="http://quinzaine-litteraire.net/quinzLittHome.php">archives</a><em> de la Quinzainre littéraire, nous avons choisi ce premier article paru dans le numéro 672 du 16 juin 1995.<br />
</em></p>
<p><strong>Contes acidulés</strong></p>
<p>Par Anne Thébaud</p>
<p>Liliane Giraudon<br />
Les animaux font toujours l'amour de la même manière<br />
P.O.L. éd., 118 p., 95 F</p>
<p>C'est un titre étrange que celui choisi par Liliane Giraudon pour son recueil de nouvelles. On n'y parle moins d'animaux que d'hommes. Les six histoires ont pour point commun des personnages solitaires dont la vie est un tissu d'amours qui se font et se défont. Tous sont " veuf (s) irréversible (s) " d'un passé déchiré et d'une mémoire douloureuse, " poursuivi (s) par un léger essaim de souvenirs. "</p>
<p>Les six récits s'organisent autour de thèmes récurrents qui donnent une unité au recueil. La réalité est bel et bien présente dans son concentré de questions essentielles : l'amour et le sexe, la mort, l'art comme issue salvatrice. La reprise de motifs plus concrets et poétiques établit des correspondances et lie les six nouvelles entre elles, qu'il s'agisse de broderie, de chasse, de rouge à lèvres, de fleurs ou d'oiseaux, de sang, etc.</p>
<p>Est-ce parce que " le sexe [...] ne se sépare jamais de la conscience du vide " qu'il est aussi présent dans la vie des personnages ? Ou bien plutôt parce que les pratiques différentes de l'amour dégagent un charme joyeux ? La sexualité des animaux est monotone : elle ne figure donc qu'en arrière-plan. Un étudiant de passage importune l'apicultrice de son érudition sur les cycles des abeilles. Mais ce n'est que prétexte à réminiscence : " cette manière d'articuler cycle m'a rappelé mon premier mari… " Seule la narratrice de La femme cuite évoque un souvenir d'enfance marquant : " Elle avait vu un chien noir monter sur un autre, plus clair et tout bouclé. [...] Un trouble jusqu'alors inconnu, diffus et extrêmement agréable s'était emparé d'elle puis l'avait quitté en même temps que les animaux qui étaient sortis du bouquet d'arbres où ils se tenaient. Elle était restée longtemps penchée sur la nuit grandissante et froide, ne comprenant pas cette sorte de visitation, serrant les genoux l'un contre l'autre et griffant doucement sa joue aux montants de brique. "</p>
<p><em>La parole du désir</em></p>
<p>La parole du désir est surtout celle des femmes. L'apicultrice se souvient de son beau-frère, " la chair entière de cet homme avait la séduction des fleurs les plus savantes. " Elle aime " le parfum de vanille " de son sexe, " cette sorte d'orchidée " dont elle rêve des heures durant, assise devant sa fenêtre au crépuscule. Dans l'attente, elle brode des orchidées sur une grande nappe jamais terminée mais " c'est dans la braguette de (l') amant qu'(elle) aim (e) à en piquer les tiges. " Pour s'excuser du nombre de ses hommes, une autre femme confesse que " c'est ça qui la fait vivre. Ces corps étrangers à l'intérieur de moi. Cette nourriture d'en bas. Du bas. " Les amours multiples semblent de règle parce qu'avec chacun, c'est différent et pareil. " Progresser dans la connaissance de l'amour ne pouvait s'accomplir qu'à travers la multitude. " Il est aussi des femmes qui s'aiment et se désirent comme la tante Octavie et l'Anglaise rousse, Maggy : comme la chanteuse Hélène Ziem choisie par son amante pour son prénom.</p>
<p>Au-delà de ces histoires de " foutre " et de " vase à foutre ", des ruptures et des deuils bouleversent la vie des personnages, encombrent l'existence de fantômes. Jef a nettoyé la volière où dormait son amante enfuie et y a laissé crever les plantes. Comme l'aimée, il n'absorbe plus de nourriture solide et maintenant il dort ailleurs. Victor ne parvient à oublier Clara et Nadia, ses deux épouses suicidées. " Ce sont elles qu'il cherche sous les peaux tièdes et parfumées. Ce sont elles qui, peut-être, le délivrent de l'horreur d'être vivant. " Par amour, il arrive même aux vivants d'entretenir une correspondance avec les défunts.</p>
<p>L'amour et le plaisir, l'amour et la mort évoquent le réel, un réel où rien n'est oblitéré : ni le sang, ni le viol. La grossesse et l'éventration ruinent le corps et la carrière d'une danseuse ; l'apicultrice est visitée par ses deux enfants avortés. Et pourtant, l'univers de Liliane Giraudon est imprégné d'une atmosphère merveilleuse qui s'apparente à celle des contes de l'enfance. Ces récits sont peuplés d'anges. Une fillette doit sa vocation de danseuse aux êtres ailés. Elle a toujours été fascinée par leur légèreté qui ne vient pas de " l'absence de sexe mais (d ') une certaine aptitude à se mouvoir. " Cette danseuse aime tout particulièrement les séraphins " parce qu'ils avaient six ailes, deux sur la face et deux sur les pieds. " Quant à l'apicultrice, elle voit soudain descendre du ciel un homme aux ailes déployées, " moitié-guêpe, moitié-ange "… Revisités par une vision moderne, les êtres surnaturels habitent le monde. Vampires, loups-garous, ogres assurent la " navigation entre dieux, animaux et sexes humains. "</p>
<p>Si les personnages communiquent avec les deux faces visible et invisible de la réalité, c'est par l'entremise de l'art. On ne cesse de danser, de chanter, de peindre, de lire ou d'écrire dans ces nouvelles ! Le souci des mots et du nom des choses occupe la première place. L'écriture est une " sorte de fatalité aussi légère que mécanique " qui s'apparente à " l'exercice vain de la prière ". Elle reste cependant l'une des " tâches les plus ardentes " à accomplir.</p>
<p>Visions poétiques et détails crus se juxtaposent et se repoussent en contrastes saisissants. Une saveur particulière naît de ce curieux mélange du tendre et du violent, du sang et du sucre, saveur légèrement ambivalente qui agace le palais comme les bonbons acidulés de l'enfance. </p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA["Sentinelle", dernier manuscrit d'Anne Thébaud]]></title>
<link>http://laquinzaine.wordpress.com/2007/11/08/sentinelle-dernier-manuscrit-danne-thebaud/</link>
<pubDate>Thu, 08 Nov 2007 15:43:56 +0000</pubDate>
<dc:creator>nadeau</dc:creator>
<guid>http://laquinzaine.wordpress.com/2007/11/08/sentinelle-dernier-manuscrit-danne-thebaud/</guid>
<description><![CDATA[Plusieurs demandes nous sont parvenues concernant la date de la future publication du dernier manusc]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Plusieurs demandes nous sont parvenues concernant la date de la future publication du dernier manuscrit d'<strong>Anne Thébaud</strong>. Il sera publié sous le titre "<strong>Sentinelle</strong>" en janvier prochain aux Editions Maurice Nadeau (172 p. 16 euros) </p>
<p>Merci de votre intérêt pour un auteur et une collaboratrice de la Quinzaine dont la tragique disparition a bouleversé l'ensemble du Comité de rédaction de la Quinzaine littéraire, un comité dont elle était un membre actif depuis douze ans.</p>
<p>Elle avait publié - toujours aux Editions Maurice Nadeau - un récit autobiographique "<strong>Reliquaire</strong>" en février 2001 (voir compte rendu dans le N° 801 sur notre base d'<a href="http://quinzaine-litteraire.net/quinzLittASearch.php"><strong>archives</strong></a>) </p>
]]></content:encoded>
</item>
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<title><![CDATA[Un dossier Pierre Pachet dans "Les moments litteraires". Son dernier ouvrage "Devant ma mère" dans "La Quinzaine" par Laurent Margantin]]></title>
<link>http://laquinzaine.wordpress.com/2007/10/25/un-dossier-pierre-pachet-dans-les-moments-litteraires/</link>
<pubDate>Thu, 25 Oct 2007 09:46:45 +0000</pubDate>
<dc:creator>nadeau</dc:creator>
<guid>http://laquinzaine.wordpress.com/2007/10/25/un-dossier-pierre-pachet-dans-les-moments-litteraires/</guid>
<description><![CDATA[La revue en ligne les moments littéraires la revue de l&#8217;écrit intime (http://perso.orange.fr]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><strong>La revue en ligne <a href="http://perso.orange.fr/les.moments.litteraires/ ">les moments littéraires</a> la revue de l'écrit intime (http://perso.orange.fr/les.moments.litteraires/) consacre à  Pierre Pachet qui a signé en quarante ans dans la Quinzaine littéraire plus de <a href="http://quinzaine-litteraire.net/quinzLittASearch.php">400 articles</a>, un dossier dans son numéro 18.</strong></p>
<p>Nous reprenons la présentation des "Moments littéraires":</p>
<p><a href='http://laquinzaine.wordpress.com/files/2007/10/pachet.gif' title='pachet.gif'><img src='http://laquinzaine.wordpress.com/files/2007/10/pachet.thumbnail.gif' alt='pachet.gif' /></a></p>
<p>`Pour les amateurs de journaux intimes, Pierre Pachet est l’auteur d’une remarquable étude <em>Les baromètres de l’âme. Naissance du journal intime</em>. Un autre de ses livres a réjoui les lecteurs de récits autobiographiques, un livre au titre révélant une cassure sémantique et à la démarche singulière :<em> Autobiographie de mon père</em>. Dans ce livre, Pierre Pachet raconte, à la première personne du singulier, l’histoire de son père. C’est l’occasion de donner à son père la possibilité de parler comme il ne l’avait jamais fait. Comme souvent, l’auteur prend la place d’un autre pour comprendre ce qui se passe en lui.<br />
Né en 1937 de parents juifs d’origine russe, Pierre Pachet est écrivain, traducteur et critique littéraire. Il a enseigné la philosophie grecque et la littérature française à l'Université de Clermont-Ferrand et de Paris-VII ainsi que dans différentes universités étrangères.<br />
Le dossier que nous lui consacrons débute par un portait réalisé par sa fille Yaël Pachet, écrivain (<em>On est bien, on a peur, Mes établissements, Point de vue d’un lièvre mort</em>) et choriste à l'Opéra de Nantes. Il se poursuit par un entretien que l’auteur a accordé à la revue et une chronique d’Anne Coudreuse. Enfin, Pierre Pachet nous livre des notes prises de 2003 à 2006 au chevet de sa mère qui vit dans une institution spécialisée de soins pour grands vieillards. Elles ont servi de matériaux à son dernier livre <em>Devant ma mère</em> (Gallimard, 2007). Pierre Pachet indique que ces notes restituent « la perplexité ressentie devant le spectacle de cette pensée qui se défait, qui se trouve peu à peu dépossédée des instruments ou des savoirs avec lesquels nous appréhendons le monde, l’organisons, tentons d’y trouver une place pour nous-même ».</p>
<p><strong>Perdre langue</strong></p>
<p><strong>Quoi de plus terrible pour un écrivain (mais pour tout être humain en fin de compte) que d’affronter la perte du langage chez un être cher ? C’est ce qu’a vécu Pierre Pachet auprès de sa mère, dans un face à face angoissant à travers lequel on redécouvre, au milieu des décombres, ce qu’il appelle " l’humanité du langage ".</strong></p>
<p>par Laurent Margantin</p>
<p><strong>Pierre Pachet<br />
Devant ma mère</strong><br />
Stock éd., 174 p., 16 euros </p>
<p>Pendant quelques années, un homme assiste à la dégradation neurologique d'une femme autrefois capable de cacher ses émotions et ses peurs, et qui, peu à peu, perd tout contact avec le réel pour être engloutie par son monde intérieur. Sont ainsi décrites, de manière à la fois clinique et critique, les différentes étapes d'un processus de décomposition de soi, d'une personnalité, d'une histoire personnelle, et même d'un visage. </p>
<p>On relève d’abord l'absence aux autres, à la parole des autres. À la place, c'est une langue libérée des contingences extérieures qui se développe, une langue de la solitude. La très vieille femme - elle sera centenaire - est parcourue par un flux continu de mots, à l’écoute de ce que l’auteur appelle sa " radio intérieure ", laquelle diffuse des histoires apparemment lointaines, et qui sont en fait les siennes, dont celle d’un jeune homme en Lituanie, soudainement interrompue. Le fils essaye de la ramener à la surface : " Tu sais, tu m'as déjà raconté cette histoire, autrefois : c'est l’histoire de ton frère. Et si tu ne connais pas la suite, c'est parce que tu n'y étais pas ; tu ne connais que ce que ton frère t'en a raconté ". Cette voix étrangère n'est pas la sienne, elle la reçoit comme une parole inconnue - en russe, langue de sa jeunesse - et il s'avère qu'elle conduit la vieille dame à vivre dans un monde séparé des autres, puisque cette voix n'est plus générée par un commerce avec ses proches qu'elle a cessé d'entendre et même de voir. Le fait même qu'elle recoure au russe constitue une régression, en ce qu'elle se sert d'une langue qu'elle n'a plus enrichi depuis longtemps. Presque une langue morte en somme, qu'un vivant susurre au seuil de la disparition.</p>
<p>Le récit est motivé par un " intérêt presque scientifique ", mais surtout par le désir toujours patent de retrouver, au milieu de cet évanouissement, cette mère d'autrefois, toujours présente dans la mémoire du fils. Mais est-ce encore possible si la communication est définitivement interrompue, ou semble du moins l'être ? Pachet explore ainsi page après page - dans une écoute attentive, d'abord au domicile de sa mère, ensuite dans la chambre d’hôpital où elle a dû être internée - " ce qui reste de langage ", phrases hachées et incomplètes, sans cohérence apparente, désordonnées, à la recherche d'un sens qui surgirait, dans l’attente d’une éclaircie où un lien se rétablirait entre elle et lui. Lui qu'elle ne reconnaît plus comme son fils, mais au mieux comme l’un de ses fils, au pire comme son frère, son père ou même son mari décédé.</p>
<p>Pachet réfléchit sur la " dissidence " dans laquelle nous vivons tous, pris que nous sommes par un dialogue intérieur incessant (même dans le sommeil), dialogue qui, s'il n'est pas activé et nourri par un apport extérieur, peut finir par se couper de tout et de tous, et devenir cette langue de la solitude dont la vieille femme est la prisonnière. La question est posée de savoir si une personne ainsi séparée du dialogue avec les autres est encore un être humain à part entière. Sont notés puis analysés les mille signes qui semblent renvoyer le proche à l'inconnu, dans une espèce d'animalité qui pourrait autoriser le visiteur possesseur, lui, de ses mots et de sa mémoire à ne plus venir " perdre son temps " auprès d'une femme incapable de lui répondre. Et pourtant… Les pages les plus fortes de Devant ma mère sont celles où, soudain, un dialogue - même ténu, même bref - s'établit, au milieu du désastre. Il est alors question de rire et d'humour, déclenchés par le visiteur, devenu alors l'ultime dépositaire de l'humanité de sa mère, hors d'elle-même. En lisant cela, on pense à ses maisons désertées par un vivant enterré, peut-être trop vite enterré, et dont de nombreux objets et traces nous disent qu'il vit encore en nous, dans notre regard et notre pensée. C'est alors une forme de respect religieux qu'on développe, dans l'absence de l'autre, auprès des quelques reliques que sont des mots laissés derrière soi, comme des échos d'une vie disparue.</p>
<p><strong>EXTRAIT :</strong></p>
<p>En réalité à nouveau j'ai tort de désespérer, de croire que c'est fini.</p>
<p>Voici qu'aujourd'hui (27 avril 2006), comme je vais la voir et m'apprêtais à me tenir coi patiemment près de son lit, elle a les yeux fermés, trop de lumière me dis-je à tout hasard et je baisse le store à demi, en effet elle entrouvre les yeux. Je lui parle, elle ne réagit pas, mais voici qu'une phrase russe insensée sort de sa bouche, et je me résigne.</p>
<p>Alors une aide-soignante d'origine roumaine entre, énergique et active, portant les petits pots du goûter, et me propose de les faire manger à ma mère, à la cuiller. Mais d' abord elle entreprend de la stimuler. Elle se penche vers elle, écarte les cheveux de son oreille droite, et lui parle - en français - directement dans le conduit auditif, et assez fort. Bonjour madame Pachet ! - Bonjour.</p>
<p>Tiens ! elle réagit, et en français. Puis : Vous voulez manger ? Pas de réponse. Il faut manger, insiste-t-elle. Et, me désignant : Vous le reconnaissez ? Ma mère ne réagit pas. Mais l'aide-soignante insiste, me demande mon nom, s'adresse à ma mère dans l'oreille : Vous le reconnaissez ? C'est Pierre. - Pierre Pachet, dit alors distinctement ma mère.</p>
<p>Une fois la Roumaine sortie de la chambre, reprenant courage, je m'emploie à poursuivre l'entretien, et j'obtiens en effet des réactions assez appropriées à mes paroles, même si ce sont des réactions un peu automatiques.</p>
<p>Mais voici que sa parole s'émancipe de ce cadre conventionnel.</p>
<p>De façon un peu forcée, je m'essaie à rire en lui disant une banalité. Ce rire, elle le reprend, elle en subit la contagion. Comme un bébé, elle me renvoie mon rire, le fait sien. Bouffée de bonheur entre nous. Je lui ai imposé ce rire (que je m'étais imposé), elle me le rend avec une sorte de gratitude, et ce faisant elle se l'approprie. Je n'avais jamais éprouvé autant que devant cette femme qui est près de sortir de la vie combien le rire - qui précède historiquement le langage dans le développement visible de l'enfant - est porteur de langage, est l'un des fondements du langage. Le rire partagé - et le rire est sans doute essentiellement partage, même le rire dément d'un solitaire - m'apparaît subitement comme ce qui rend pensable de se comprendre : se comprendre soi-même, comprendre quelqu'un d'autre.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[La Quinzaine littéraire est de nouveau en deuil]]></title>
<link>http://laquinzaine.wordpress.com/2007/10/12/la-quinzaine-litteraire-est-de-nouveau-en-deuil/</link>
<pubDate>Fri, 12 Oct 2007 09:38:40 +0000</pubDate>
<dc:creator>nadeau</dc:creator>
<guid>http://laquinzaine.wordpress.com/2007/10/12/la-quinzaine-litteraire-est-de-nouveau-en-deuil/</guid>
<description><![CDATA[Le 9 septembre 2007, nous avons appris, par sa sœur,  le suicide d’Anne Thébaud. Elle avait quar]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Le 9 septembre 2007, nous avons appris, par sa sœur,  le suicide d’Anne Thébaud. Elle avait quarante et un ans.</p>
<p><a href='http://laquinzaine.wordpress.com/files/2007/10/thebaud_72_monier.jpg'><img src='http://laquinzaine.wordpress.com/files/2007/10/thebaud_72_monier.thumbnail.jpg' alt='thebaud_72_monier.jpg' /></a></p>
<p><strong>Anne Thébaud par Louis Monier</strong></p>
<p>Anne collaborait à La Quinzaine depuis  les années quatre-vingt-dix. Elle fit rapidement partie de notre comité de rédaction.  Nos lecteurs appréciaient ses articles, lucides et sensibles.<br />
Elle souffrait depuis quelques mois d’une crise de dépression qui nécessita plusieurs hospitalisations. Elle assista le 29 août à notre comité, prit deux ouvrages pour en faire la recension, nous la pensions guérie.<br />
Elle avait publié en 2001 Reliquaire que nous avions caractérisé comme " inclassable, insolite, monstrueux " et à propos duquel nous avions retrouvé dans nos notes d’édition : " Un vade mecum pour le lecteur pris du désir insensé de se sentir vivant. Peu de chances de succès. En avertir l’auteur ". Prévision réalisée : au 31 août 2007, 232 exemplaires vendus depuis la parution.<br />
Ouvrant au hasard Reliquaire : " "Jetez-vous dans l’écriture à corps perdu !" lui ordonne l’ogre bienveillant. Elle obéit, lâche prise, écrit comme on s’enfonce dans la mer, lentement, inexorablement, un pied devant l’autre, le corps plombé ". (p. 59)<br />
Ce 9 septembre Anne s’est jetée dans la Seine, son sac à dos lesté de trois pavés. Il est difficile à " l’ogre bienveillant " de ne pas se sentir coupable.</p>
<p>MAURICE NADEAU</p>
<p>**********************************************************************************</p>
<p><strong><em></p>
<blockquote><p>Fixer le noir<br />
par Anne Thébaud</p></blockquote>
<p></em><br />
</strong><br />
<em>Anne Thébaud s’est donnée la mort le 9 septembre. ? Elle nous avait remis il y a quelques mois un nouveau manuscrit, ouvrage qui devait succéder à Reliquaire (2001). ? Nous en donnons les premières pages.</em></p>
<p>Les fêtes de fin d’année sont passées. Des nappes de brume stagnent au-dessus du fleuve, on dirait des voiles de mariée que l’hiver a piétinés. Le temps file entre les doigts ou stagne en mare d’huile. Rares sont les occasions où il se montre prodigue, montgolfière gonflée à bloc qui s’élève dans les airs. Sans cesse elle se déçoit. Comment trouver la joie, la voie qui permette de vivre sans mentir, sans trahir celle d’autrefois ? Les lézardes du temps, elle les mesure à une amertume récente, encore ténue. Promesses non tenues, amitiés défaites, amours effilochées, ravaudées, sa mémoire les épingle avec la méticulosité maniaque d’un collectionneur de papillons. Ses rêves toujours répètent la première fois. Elle décompte les jours et les heures, croise les doigts, conjure les contretemps en égrenant des formules magiques de petite fille en mal de miracle. Elle s’applique à couvrir la trame de points sages. L’ennui passe en revue les jours serrés tels les soldats de plomb sous vitrine. À chaque fois qu’elle entame une nouvelle tapisserie, le cœur défaille. Car il en faut du courage pour envisager avec sang-froid tout ce temps à venir, dans l’inutile et futile travail d’aiguille qui trompe le désir en mal de devenir. Les promeneurs vont et viennent, des pastilles de couleur dansent entre les branches. Des conversations taquinent le temps, la braise d’une cigarette rougeoie. Le soir tombe, une fleur perd ses pétales. La vie est là. Le cœur s’abandonne à la présence qui palpite avant que la fatigue ne retire l’échelle. Devant l’immense plage vierge, elle suspend son pas, sent dans son dos un gros chien noir tapi dans l’ombre prêt, à la première défaillance, à bondir sur sa proie. Elle se tient à distance, sur le qui-vive. Le spectre passe son chemin. L’entame de la lumière est abrupte et franche comme une blessure ouverte. La soirée diffuse une douceur de buvard propice à la mélancolie. Le brouillard tombe sur le canal. Le corps pèse comme un sarcophage. Sur la table de nuit, une pile de livres, une carafe d’eau et une plaquette de somnifères. Tous les soirs, elle avale ses petites pilules pour dormir. Elle se roule en boule, déjà lasse du voyage. Des cernes lui endeuillent le visage. Du fond du précipice, ses souvenirs lancent des borborygmes, ses rêves décrivent des obsessions circulaires pareilles aux roues des fêtes foraines où prise de vertige, elle se raidit. Elle s’imagine ailleurs, dans un monde où le désir s’alimenterait de lui-même sans craindre les eaux croupies de l’habitude et la saveur saumâtre qui entame chaque trouvaille. Ce qui lui donne l’air si las, c’est la vie et ses aléas. Elle ne sait comment combattre le mal qui l’accapare. Elle rêve de poser sa tête contre l’épaule d’un ami ou de coller son oreille au coquillage qui réinvente la berceuse des origines. Elle se fatigue vite et grince des dents. Quand elle enrage, son corps se détraque. Elle se rue dans le premier café venu, livide se dirige vers les toilettes sans passer commande. C’est la grande vidange du ressentiment. À corps et à cri, elle réclame des raisons de vivre. Elle n’a pas demandé à naître. Elle contemple l’amas chaotique de ses apprentissages, se demande sur quel chaland charger reliques et souvenirs, pertes et profits accumulés sans distinction de genre. Elle aime le feu et la glace, les pluriels contradictoires, vire de bord sans prévenir. Le temps découvre ses récifs. Elle boit la tasse, dérape, vit en automate. C’est la débandade d’un esprit qui se rêve libre et sans limites. Le ciel est gris, la boîte aux let-tres vide. L’esprit mouline, le cœur chavire, promène sa lampe au-dessus du puits où gisent les débris. Il est tellement facile de se poser en victime, de cracher sur la vie. Elle dit rarement merci, laisse l’ennui anéantir le rêve fraternel. Le temps s’enténèbre, il n’est nulle part où aller. Elle trouve toujours un prétexte pour se distraire, a plus d’un tour dans son sac pour remettre à plus tard. On la croit tenace. C’est mal connaître son tempérament velléitaire. L’effort l’effraie. Par tous les moyens, elle fuit l’épreuve du feu, tout plutôt que d’affronter le blanc de la page. Elle s’épuise à simplement survivre, achète des livres qu’elle empile sans trouver la force de les ouvrir. Dans la lumière blafarde elle va son chemin, cherche un signe qui allège son fardeau, une trouée dans le cachot où l’angoisse la tient prisonnière. Elle dérive dans la ville, déniche des curiosités sans valeur dont elle s’entiche. Sa détresse ferait sourire ceux qui se sont arrangés avec la réalité, bricolé un bonheur de fortune sans exiger que les rêves tiennent leurs promesses. Chacun a mis de l’eau dans son vin. Elle reprend son chemin de pèlerin sans foi, dans le labyrinthe du désarroi espère croiser son sauveur. Elle guette la connaissance qui marie les contraires, amalgame les genres et les _espèces, confond le masculin et le féminin, l’homme et la bête. Cette façon qu’elle a de tout mêler sans discernement. L’émoi toujours la ramène à la confusion, au grand transbordement de l’ancêtre dans ses bras. Elle reconnaît ses frères dans les simples d’esprit à l’œil vague, qui se réveillent la nuit, en nage. Comme eux, elle se tord les mains, poursuit d’impossibles chimères qui crèvent en migraines. Elle s’arc-boute, conteste les figures tutélaires. Il lui plaît de croire que son père en secret l’approuvait. Pour se prouver qu’elle existe, elle résiste, va à l’encontre de son penchant craintif. Tel le poseur de mines, elle jubile à proportion du chaos qu’elle favorise. Les ruines seules la réjouissent. Elle rue dans les brancards mais finira le ventre gonflé par les eaux de la Seine, méduse collée au couvercle du ciel. À moins qu’elle ne moisisse dans un asile, les seins fanés, l’esprit congestionné par le désarroi. Ces manies qu’elle a d’animal qui se traque. De l’espérance, il ne reste que le trognon. Elle a les yeux qui s’éteignent à force de fixer le noir. L’eau froide dont elle s’asperge lui coupe le souffle, lui rougit les yeux sans tarir les larmes. Elle se déteste de tant se décevoir, voudrait consentir à la vie ordinaire mais son poing toujours se crispe. Si elle disparaissait, on s’en apercevrait à peine tel un cierge soufflé par un courant d’air. </p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Jean Chesneaux nous a quitté le 23 juillet 2007 - Collaborateur de la Quinzaine littéraire depuis le tout début (1966) il se définissait ainsi en juin 1976]]></title>
<link>http://laquinzaine.wordpress.com/2007/08/02/jean-chesneaux-nous-a-quitte-le-23-juillet-2007-collaborateur-de-la-quinzaine-litteraire-depuis-le-tout-debut-1966-il-se-definissait-ainsi-en-juin-1976/</link>
<pubDate>Thu, 02 Aug 2007 12:19:54 +0000</pubDate>
<dc:creator>nadeau</dc:creator>
<guid>http://laquinzaine.wordpress.com/2007/08/02/jean-chesneaux-nous-a-quitte-le-23-juillet-2007-collaborateur-de-la-quinzaine-litteraire-depuis-le-tout-debut-1966-il-se-definissait-ainsi-en-juin-1976/</guid>
<description><![CDATA[
Aux historiens et aux autres,
Jean Chesneaux pose quelques questions 
 article paru le numéro 234 ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><a href='http://laquinzaine.wordpress.com/files/2007/08/chesneaux_blog2.jpg' title='chesneaux_blog2.jpg'><img src='http://laquinzaine.wordpress.com/files/2007/08/chesneaux_blog2.jpg' alt='chesneaux_blog2.jpg' /></a></p>
<p><strong>Aux historiens et aux autres,<br />
Jean Chesneaux pose quelques questions</strong> </p>
<p><em> article paru le numéro 234 de </em>la Quinzaine littéraire <em>du 1er juin 1976. (422 articles de Jean Chesneaux sont accessibles sur notre base "<a href="http://quinzaine-litteraire.net/quinzLittHome.php">Archives</a>" par <a href="http://quinzaine-litteraire.net/quinzLittAbonnement.php">abonnement</a> ou achat à l'article)<br />
</em></p>
<p><em>Notre ami Jean Chesneaux publie dans la "Petite collection Maspero" un essai :</em> Du passé faisons table rase ? <em>où, dans la ligne des initiatives prises par le groupe Forum Histoire (voir la</em> Q.L. <em>n° 199) il remet en cause non seulement le rôle et la fonction des historiens universitaires (y compris les historiens marxistes), mais aussi et surtout le concept, "histoire" (sous ses aspects scientifique et mythique) en tant que "science du passé". Professeur à Paris VII (Jussieu), connu pour ses travaux sur la Chine et le Vietnam, Jean Chesneaux a appartenu durant vingt et un ans au parti communiste. Après mai 1968 il prend ses "distances à la fois vis à vis du parti communiste et de l'institution historienne" au cours d'une démarche 'qui allie la réflexion personnelle à la pratique des luttes populaires. Dans la présentation de son ouvrage, il définit ainsi son projet :</em></p>
<p>"Cet essai sur le savoir historique est écrit par un professionnel (in)confortablement installé dans sa chaire et sa situation. Pourtant, il ambitionne d'aller au delà des réflexions générales sur l'histoire que publient maints « collègues" depuis quelques années, toujours à l'intérieur du discours intellectuel et du "territoire" de l'historien. Quelle place tient le savoir historique dans la vie sociale ? Joue t il en faveur de l'ordre établi ou contre lui ? Est il un produit hiérarchisé, qui descend des spécialistes vers les "consommateurs, d'histoire" à travers le livre, la télé ou le tourisme ?</p>
<p>Ou est il d'abord enraciné dans un besoin collectif, un rapport au passé agissant dans tout le corps social, et dont les recherches spécialisées ne seraient qu'un aspect parmi d'autres ? Toutes ces questions sont politiques.</p>
<p>J'ai donc essayé de les aborder en termes directement politiques, à partir d'une réflexion d'ensemble fondée sur le refus du capitalisme, à partir en même temps de la pratique sociale, des luttes concrètes auxquelles j'ai pu participer depuis quelques années. Disons à partir d'une position marxiste et communiste, quelles que soient l'imprécision et l'ambiguïté de ces deux termes. Quels que soient aussi les handicaps que représentent, pour mener à bien cette réflexion politique, ma qualité d'universitaire et l'isolement social qui est la contrepartie de mes privilèges. J'ai essayé à la fois de réfléchir sur les problèmes les plus fondamentaux du savoir historique   sur le caractère scientifique de la connaissance historique, sur l'objectivité et les limites des documents et des techniques, sur les rapports de l'événement et de la longue du¬rée, sur l'insertion de l'histoire dans l'espace géopolitique et dans le monde naturel, sur tout ce qui empêche l'histoire humaine d'être réellement universelle...   et de penser historiquement la société dans la¬quelle nous nous débattons tous. C'est pourquoi, ici, les rappels politiques de l'actualité concrète et des luttes militantes sont aussi fréquents, sinon plus, que les références livresques aux écrits des autres historiens. Ces luttes constituent le terrain privilégié, à partir duquel la réflexion historique devient possible ; ce sont elles, et elles seules, qui la rendent nécessaire et légitime, qui en sont la raison d'être profonde.</p>
<p>Presque tous les "collègues" acceptent et même revendiquent de vivre en état de personnalité dé¬doublée. En tant qu'historiens, ils sont neutres, objectifs, scientifiques ; le militant anti impérialiste pourra donc cohabiter à l'intérieur de l'institution avec l'ex communiste ayant gagné les bonnes grâces de la C.I.A. et ayant su rentabiliser habilement ses voltes face. Mais chacun, en tant que personne "privée", est consi¬déré comme ayant droit à des "options" politiques que ses collègues respecteront par principe, et qui en tout cas ne sont pas censées avoir d'incidence sur son "travail scientifique". Ici, ce cloisonnement conventionnel est délibérément re¬fusé, bousculé.</p>
<p>Dans cette tentative pour clarifier politiquement les problèmes du savoir historique, je me suis appuyé à la fois sur l'héritage théorique du marxisme, non comme dogme, mais comme création continue (notamment avec Gramsci), sur les acquis de la révolution chinoise, quelles que soient ses contradictions ("lutte entre les deux lignes") et ses réticences à formuler théoriquement ses positions sur maints problèmes, et enfin sur l'expérience concrète du gauchisme occidental, New Left américaine ou "après-¬mai" de France. Le moment arrive où il vaut la peine d'essayer de ra¬masser, de remembrer tous ces ac¬quis et toutes ces expériences, et ma critique du savoir historique académique espère y contribuer un peu. Sûrement de façon partielle et provisoire. Mais sûrement pas à la façon des doctrinaires dont le dis¬cours marxiste tourne sur lui même inlassablement, nourri complaisamment de citations théoriques et de références livresques, loin des luttes populaires et de leurs sommations concrètes. Sûrement pas non plus à la façon de ces demi soldes du gauchisme intellectuel, dont la dérision cynique et la morgue destructrice sont insupportables ; de "ces désenchantés qui se réfugient dans une métaphysique de la révolte, qui prétendent fuir les dogmatismes en jetant Marx avec les eaux sales de la Kolyma, et que le refus de l'idéalisme soi disant prolétarien oblige à se jeter dans les machines dési¬rantes ou l'illumination mystique", comme le disent si bien nos cama¬rades de Révoltes logiques.</p>
<p>Pour qui écris tu ? dit Lu Xun. C'est là "une question fondamentale, une question de principe", dit une affiche qu'on achète dans n'importe quelle librairie de Pékin. Pourtant, bien peu d'historiens commencent leurs ouvrages en essayant de définir leur projet. Il leur paraît évident qu'ils s'adressent d'abord "à leurs pairs" (M. de Certeau), puis au public "cultivé", disponible avec bonne volonté et respect pour s'instruire auprès de ceux qui "font de l'histoire".</p>
<p>Ici, je m'adresse bien sûr aux autres historiens. Et surtout à ceux qui sont mal à l'aise dans la corporation, dans l'institution universi¬taire en général, parce qu'ils sont mal à l'aise dans la société capitaliste, sans nécessairement être à l'aise dans les structures "organisées" de la gauche ou de l'extrême gauche. Les intellectuels en conflit plus ou moins latent avec l'ordre établi ont leur place dans le combat commun. Depuis la fin pitoyable de ces militants arrogants qui, vers 1970, pratiquaient le terrorisme "anti intello" et la culpabilisation, notamment dans les milieux "maos", une page est tournée. Pas plus que les autres intellectuels, les historiens ne peuvent attendre la disparition de la culture bourgeoise et de la société bourgeoise pour s'interroger sur leur domaine propre (ici l'histoire) comme, enjeu de luttes, politiques. A condition de ne pas rester entre eux, confortablement.</p>
<p>L'histoire est en effet un savoir intellectuel qui touche des milieux très larges : des millions d'élèves face à leur manuel, de téléspectateurs choisissant leur programme, de lecteurs de revues populaires,  de touristes visitant un château ou une cathédrale. Bien sûr, c'est d'abord à eux que je devrais m'adresser, pour parler un peu avec eux de tous les pièges du discours historique. Mais ce n'est guère qu'un voeu pieux, tant est rigide l'enfermement des intellectuels dans notre société (mis à part ceux qui plaisent aux puissants de la presse ou de la télé). Les portes invisibles de nos universités sont aussi hermétiquement fermées que celles des usines, des grands ensembles ou des blocs hospitaliers.</p>
<p>Le passé est à la fois un enjeu, des luttes et un élément constitutif du rapport des forces politiques. Pourtant, au sein du "mouvement" au sens américain du terme, c'est à dire de tous ceux qui luttent à leur manière contre le système, qu'ils soient militants "organisés" ou francs tireurs, on ne se soucie pas toujours des pièges du discours historique dominant. On chante "du passé, faisons table rase !", mais on accepte trop facilement les fausses évidences  du savoir historique, le découpage chronologique par tranches, le goût du récit au passé, l'autorité de l'imprimé, la dissociation, des documents et des problèmes, ou l'utilisation non critique des travaux des spécialistes. J'es¬père encourager ceux qui participent à toutes ces luttes, ouvriers ou écologistes, femmes ou Occitans, à rompre avec ces automatismes du savoir historique dominant. C'est à eux de construire eux mêmes  leur rap¬port au passé, sur la base bien sûr des acquis communs, mais tout au: tant en s'appuyant sur leur expé¬rience propre et leurs besoins propres, leur passé formant un des ancrages de leur 'réflexion fonda¬mentale. Renverser le rapport hiérarchique entre passé et présent, entre spécialistes et non spécialistes de l'histoire, pour savoir de quelle histoire a besoin aujourd'hui la lutte révolutionnaire!"</p>
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<title><![CDATA[Jean Chesneaux - Bibliographie]]></title>
<link>http://laquinzaine.wordpress.com/2007/08/01/jean-chesneaux-bibliographie/</link>
<pubDate>Wed, 01 Aug 2007 16:04:48 +0000</pubDate>
<dc:creator>nadeau</dc:creator>
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<description><![CDATA[
Si Jean Chesneaux a chroniqué plus de quatre cent articles (!!!) dans la Quinzaine littéraire, il]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><a href='http://laquinzaine.wordpress.com/files/2007/08/chesneaux_blog.jpg' title='Jean Chesneaux'><img src='http://laquinzaine.wordpress.com/files/2007/08/chesneaux_blog.jpg' alt='Jean Chesneaux' /></a></p>
<p>Si Jean Chesneaux a chroniqué plus de quatre cent articles (!!!) dans <em>la Quinzaine littéraire</em>, il a aussi publié un grand nombre d'ouvrages qui ont - à leur tour - été chroniqués, en voici la liste :</p>
<p>Jean Chesneaux	<strong><em>L'Asie orientale aux 19e et 20e siècle</em></strong>	PUF (Nouvelle Clio)	Chroniqué par 	Pierre Souyri	QL n° 028	15 mai 1967<br />
Jean Chesneaux	<strong><em>Le Vietnam, études de politique et d'histoire</em></strong>	Maspero	Chroniqué par 	Madeleine Rebérioux	QL n° 054	16 juillet 1968<br />
Jean Chesneaux	<strong><em>Du passé faisons table rase ?</em></strong>	Maspero (Petite Collection)	Chroniqué par 	Françoise Gaillard	QL n° 234	1er juin 1976<br />
Jean Chesneaux	<strong><em>Le mouvement paysan chinois (1848-1949)</em></strong>	Seuil (Points-Histoire)	Chroniqué par 	Daniel Hémery	QL n° 240	9 septembre 1976<br />
Jean Chesneaux	<strong><em>Le PCF, un art de vivre</em></strong>	Maurice Nadeau (Les lettres nouvelles)	Chroniqué par 	Ilios Yannakakis	QL n° 340	16 janvier 1981<br />
Jean Chesneaux	<strong><em>Transpacifiques. Observations et considérations diverses sur les Terres et Archipels du Grand Océan</em></strong>	La Découverte	Chroniqué par 	Alban Bensa 	QL n° 487	1er juin 1987<br />
Jean Chesneaux	<strong><em>Modernité-Monde. Brave Modern World</em></strong>	La Découverte	Chroniqué par 	Michael Löwy	QL n° 546	1er janvier 1990<br />
Jean Chesneaux	<strong><em>La France dans le pacifique de Bougainville à Mururoa</em></strong>	La Découverte	Chroniqué par 	Jean-Paul  Besset	QL n° 597	16 mars 1992<br />
Jean Chesneaux	<strong><em>Habiter le temps passé, présent, futur : esquisse d'un dialogue politique</em></strong>	Bayard	Chroniqué par 	Jean Lacoste	16 novembre QL n° 704<br />
Jean Chesneaux	<em><strong>L'Art du voyage</strong></em>	Bayard	Chroniqué par 	Jacques Neefs	QL n° 764	16 juin 1999<br />
Jean Chesneaux	<em><strong>Carnets de Chine</strong></em>	La Quinzaine Littéraire-Louis Vuitton (Voyager avec?)	Chroniqué par 	Jacques Neefs	QL n° 764 16 juin 1999<br />
Jean Chesneaux	<strong><em>Jules Verne, un regard sur le monde</em></strong>	Bayard	Chroniqué par 	Christian Robin	QL n° 805	1er avril 2001Jean Chesneaux	<em><strong>L'engagement des intellectuels 1944 - 2004</strong></em>	Privat	Chroniqué par 	Bertrand Leclair	QL n° 891 1er janvier 2005</p>
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</item>
<item>
<title><![CDATA[Le premier article de Jean Chesneaux paru dans la "Quinzaine"]]></title>
<link>http://laquinzaine.wordpress.com/2007/07/31/le-premier-article-de-jean-chesneaux-paru-dans-la-quinzaine/</link>
<pubDate>Tue, 31 Jul 2007 10:37:42 +0000</pubDate>
<dc:creator>nadeau</dc:creator>
<guid>http://laquinzaine.wordpress.com/2007/07/31/le-premier-article-de-jean-chesneaux-paru-dans-la-quinzaine/</guid>
<description><![CDATA[Il y a 41 ans  !
Où va la Chine ?
(Quinzaine littéraire du 1er avril 1966)
par Jean Chesneaux
Char]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a 41 ans  !</p>
<p><strong>Où va la Chine ?</strong></p>
<p>(<a href="http://www.quinzaine-litteraire.presse.fr/">Quinzaine littéraire</a> du 1er avril 1966)</p>
<p>par Jean Chesneaux</p>
<p>Charles Bettelheim<br />
La construction du socialisme en Chine.<br />
Maspéro éd.</p>
<p>René Dumont<br />
La Chine surpeuplée, Tiers Monde affamé.<br />
Le Seuil éd.</p>
<p>Robert Guillain<br />
Dans trente ans, la Chine.<br />
Le Seuil éd.</p>
<p>Ces ouvrages sont bien différents à beaucoup d'égards. Le premier est un travail d'économiste, dont le caractère un peu technique apparaît principalement dans les études consacrées à “ la planification et la gestion des unités de production ”, aux “ systèmes de rémunération dans les communes populaires ” (1), à la politique des prix, mais qui s'ouvre et s'achève par deux chapitres d'un très grand intérêt général : “ cadres généraux de la planification chinoise ”, “ style spécifique de la construction du socialisme ”. Le second est une enquête agronomique, dont le noyau central (un carnet de voyage dans cinq régions rurales typiques) est précédé d'une assez longue étude de seconde main sur l'évolution de la politique agraire chinoise depuis 1949, et se prolonge par des réflexions générales dans le style paradoxal et poignant que connaissent bien les lecteurs de René Dumont. Le troisième est construit comme un reportage journalistique classique, signé par un maître du genre.</p>
<p>Leur ton diffère autant que leur structure. Sans aller jusqu'aux outrances récentes de Jules Roy, dont il est plus charitable de négliger dans cette chronique le cri un peu forcé de “ papillon qui tapait du pied ”, René Dumont s'est visiblement entendu assez mal avec ses interprètes et informateurs chinois, et conte ses impatiences à son lecteur par le menu. Charles Bettelheim s'en tient à une analyse théorique sereine et à un ton pondéré, qui ne font guère place au souvenir personnel et au détail concret ; mais il sait formuler avec une fermeté discrète des interrogations qui conduisent souvent à des critiques implicites : “ risque ” de dogmatisme et de dépérissement de la démocratie socialiste, que comporte l'actuel style de construction du socialisme chinois (pp. 173 - 175) ; opposition entre les exigences à long terme de la division socialiste internationale du travail et le mot d'ordre de Pékin “ compter sur ses propres forces ”, etc. Robert Guillain, auquel ses précédents écrits n'avaient guère fait une réputation de propagandiste de la Chine populaire (“ les fourmis bleues… ”), réussit ce tour de force de relater les analyses et les données qu'on lui a proposées là bas sur un ton parfaitement ambivalent, en évitant à la fois de les critiquer et de les prendre à son compte.</p>
<p>Pourtant ces trois ouvrages sortent également du lot ; ils tranchent sur la série fastidieuse des livres hâtifs qu'a inspirée la Chine de