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	<title>exil-exile &amp;laquo; WordPress.com Tag Feed</title>
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	<description>Feed of posts on WordPress.com tagged "exil-exile"</description>
	<pubDate>Sat, 26 Jul 2008 15:05:45 +0000</pubDate>

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<title><![CDATA[portes ouvertes sur l'exil - exil de saint-john perse (I)]]></title>
<link>http://anarkali.wordpress.com/?p=99</link>
<pubDate>Mon, 23 Jun 2008 16:54:40 +0000</pubDate>
<dc:creator>anarkali</dc:creator>
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<description><![CDATA[I
Portes ouvertes sur les sables, portes ouvertes sur l&#8217;exil,
Les clés aux gens du phare, et ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p style="padding-left:30px;">I</p>
<p style="padding-left:30px;">Portes ouvertes sur les sables, portes ouvertes sur l'exil,<br />
Les clés aux gens du phare, et l'astre roué vif sur la pierre du seuil :<br />
Mon hôte, laissez-moi votre maison de verre sur les sables...<br />
L'été de gypse aiguise ses fers de lance dans nos plaies,<br />
J'élis un lieu flagrant et nul comme l'ossuaire des saisons,<br />
Et, sur toutes grèves de ce monde, l'esprit du dieu fumant déserte sa couche d'amiante.<br />
Les spasmes de l'éclair sont pour le ravissement des Princes en Tauride.</p>
<p style="padding-left:30px;">--- Saint-John Perse, <em>Exil, </em>I</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://www.dormoy.com/Saint-John-Perse/index-Perse.htm" target="_blank"><img class="alignleft size-full wp-image-100" src="http://anarkali.wordpress.com/files/2008/06/perse1.jpg" alt="" width="209" height="320" /></a>Voici peut-être le plus riche et profond poème qu'il soit donné de lire sur l'exil ; Saint-John Perse s'est plus que quiconque identifié à l'exilé. En habitant cette condition, il s'en est fait son interprète le plus remarquable en en extirpant la contradiction, la précarité et la beauté.</p>
<p style="text-align:justify;">Diplomate brillant, proche collaborateur d'Aristide Briand, Alexis Léger suit une carrière remarquée au Ministère des Affaires Étrangères. Fervent partisan de la Politique des Pactes, il s'applique à maintenir la paix en contribuant au retrait des troupes françaises de la Rühr et à la conférence de Locarno en 1925. La résistance de Briand aux multiples changements de gouvernements de la IIIè République permet à Alexis Léger d'occuper un rôle proéminent dans la préservation de la paix, participant activement à la rédaction et la signature du pacte Briand-Kellog en 1928. Après la mort de Briand en 1932, il devient Secrétaire Général du Ministère, poste qu'il occupe sans discontinuer jusqu'en 1940, en poursuivant sa "pactomanie" avec différents pays pendant la décennie. Il prône la non-intervention dans la guerre d'Espagne et tente de s'opposer à Munich au démantèlement de la Tchécoslovaquie, sa véhémence auprès de Daladier à ce sujet le font passer pour un belliciste. À la suite d'intrigues de couloir au Quai d'Orsay, il est démis de ses fonctions en 1940, il part alors pour l'Angleterre d'où il rejoint les États-Unis. À la gloire parisienne succèdent la précarité et le dénuement à New York. Il est déchu de sa nationalité française par Vichy, son appartement est pillé par la Gestapo. Ce n'est qu'en 1941 que sa situation s'améliore sensiblement grâce à l'intervention d'Archibald MacLeish, directeur de la Bibliothèque du Congrès. C'est cette même année qu'est rédigé et publié <em>Exil, </em>l'année où le diplomate et l'homme public Léger s'efface et rejaillit dans le poète Saint-John Perse, où finalement l'exil géographique est l'évidence d'un exil plus profond d'une vie emplie d'honneurs et de succès.</p>
<p style="text-align:justify;">Néanmoins, le poème <em>Exil, </em>chant dense et complexe, écrit dans une révérence à la langue, est une introspection symbolique et fantasmagorique de l'exil. Les thèmes souvent repris sont l'errance, l'étrangeté, la mer et le sable, mais surtout la liberté et la poésie comme attributs des Princes de l'exil qui déclinent leurs odes sur ce mode hyperbolique.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette première strophe offre la reprise du thème du seuil d'où l'exilé commence son chemin, les portes ouvertes sont celles de l'horizon marin, de la navigation infinie. Le phare offre une figure étrange, ancré dans la terre, il résiste à la violence des éléments. Sa solidité et hauteur verticale servent de guide pourtant aux navigateurs en route ; la lumière qu'il projette éloigne des récifs. Il marque le seuil entre terre et mer, immobile dans le mouvement permanent, il est une borne de l'exil, pas d'une porte qui se mesure à l'horizon. L'hôte est une figure récurrente chez Perse, lui-même accueilli à cette époque par quelques mécènes américains, mais n'est-il pas cette personne dont les intentions ne peuvent être percées par l'exilé. Ne sommes-nous donc pas en dérangement ? L'hôte ne veut-il pas nous retenir, nous fixer ? Non que sa générosité soit factice, mais celle-ci est le trait d'une permanence du lieu, la marque que l'exilé lui, au contraire, ne peut être l'hôte, ne peut ouvrir les portes d'une maison qu'il ne voudrait pas bâtir pour lui-même, car celle-ci ne peut être qu'une "maison de verre dans les sables". Habitat hypothétique qui laisse transparaitre les étoiles, hôtes véritables de l'exil, qu'un toît priverait la vue. Le sable comme seul paillasse, ce seuil naturel entre le mouvant et l'immobile. Néanmoins, un seuil permanent que les saisons dans leur succession toujours répétée ne peuvent informer, ni déformer. L'ossuaire des saisons signale la fin de l'abondance qu'elles procurent, des évènements sans fin dont le cycle se révèle aussi changeant que son déroulement est stable. Ce n'est que sur la grève, ce lieu non-informé, que le seuil devient ce Janus sans visage, le seuil informe ; ce n'est que là que s'observe la naissance de l'exil, quand se sont retirés les émerveillements éclatants qui encombrent de sensations artificielles le cheminement poétique. Ce n'est qu'en ce lieu frontalier de la marche assourdissante du monde que nos ravissements cesseront d'être "les spasmes de l'éclair", que le "dieu fumant" désertera devant la désolation,</p>
<p style="text-align:justify;">que des sables du rien montera alors le chant pur de l'exil, seulement dédié au vent, compagnon inlassable de voyage.</p>
<p>---</p>
<p>Tauride : Ancien nom de la Crimée<br />
<a href="http://www.sjperse.org/index.html" target="_blank">Pour en savoir plus sur Saint-John Perse</a></p>
<p>---</p>
<p>Leonard Cohen - The Stranger Song</p>
<p style="text-align:center;"><span style='text-align:center; display: block;'><object width='425' height='350'><param name='movie' value='http://www.youtube.com/v/RLq7Aqd_H7g'></param><param name='wmode' value='transparent'></param><embed src='http://www.youtube.com/v/RLq7Aqd_H7g&rel=0' type='application/x-shockwave-flash' wmode='transparent' width='425' height='350'></embed></object></span></p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[attrapage par le talon et autres tourments]]></title>
<link>http://anarkali.wordpress.com/?p=95</link>
<pubDate>Sat, 21 Jun 2008 05:52:52 +0000</pubDate>
<dc:creator>anarkali</dc:creator>
<guid>http://anarkali.wordpress.com/?p=95</guid>
<description><![CDATA[Et avant de continuer sur la route de ces horreurs inférieures ou postérieures, pas tout à fait h]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><img class="alignleft" style="float:left;" src="http://anarkali.wordpress.com/files/2008/06/witold4.jpg" alt="" width="200" height="273" />Et avant de continuer sur la route de ces horreurs inférieures ou postérieures, pas tout à fait humaines, je dois expliquer, justifier, fonder, rationaliser et ordonner, extraire l'idée directrice dont découlent toutes les autres idées de ce livre et montrer la source originelle de toutes les tortures traitées et développées ici. Et je dois amener une hiérarchie des tourments et une hiérarchie des idées, commenter l'oeuvre de façon analytique, synthétique et philosophique afin que le lecteur sache où est la tête, où sont les pieds, le nez et le talon, pour qu'il ne dise pas sur un ton de reproche que je suis inconscient de mes propres buts et que, au lieu de marcher droit et ferme comme les plus grands écrivains, j'essaie ridiculement de m'attraper le talon.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais quelle est donc la torture principale et fondamentale ? La mère de tous les tourments ? Plus j'examine, observe et assimile, plus je constate avec netteté que le tourment principal et fondamental est simplement, semble-t-il, celui d'une mauvaise forme, d'un mauvais "extérieur", autrement dit celui des formules, des grimaces, des mines et des gueules : oui, voilà la source, l'origine, le point de départ et c'est de là que découlent harmonieusement toutes les autres souffrances, folies et afflictions. Mais peut-être faudrait-il dire plutôt que le tourment de base, essentiel, est tout bonnement celui qui nous vient des limitations que nous impose un autre homme, du fait que nous étouffons, suffoquons dans l'espace resserré et rigide où l'imagination d'autrui nous enserre. Ou peut-être la base du livre est-elle le tournant capital et meurtrier de la verdeur enfantine, des germes, feuilles et bourgeons,<br />
ou celui du développement et des obstacles au développement<br />
ou peut-être la souffrance de ne pas parvenir à former une vraie forme<br />
ou le tourment de voir constituer notre moi par autrui<br />
le tourment de la violence physique et psychique<br />
la torture de l'électricité produite par les tensions des relations humaines<br />
le tourment oblique et inexpliqué des déviations psychologiques<br />
la douleur marginale du gauchissement, de la distorsion, du ratage psychologique<br />
le tourment continuel de la trahison, le tourment de la fausseté<br />
la torture automatique des automatismes<br />
le tourment symétrique de l'analogie et le tourment analogique de la symétrie<br />
le tourment analytique de la synthèse et le tourment synthétique de l'analyse<br />
et peut-être la torture des parties du corps et de la perturbation des hiérarchies des différents membres<br />
la souffrance de l'infantilisme innocent<br />
du cucul, de la pédagogie, de la scolastique et de la scolarité<br />
de l'innocence et de la naïveté inconsolables<br />
de l'éloignement du réel<br />
des chimères, illusions, rêveries, fictions, sottises<br />
de l'idéalisme supérieur<br />
de l'idéalisme inférieur, obscur et clandestin<br />
des rêves de second ordre<br />
ou peut-être de l'étrange tourment de la médiocrité, du rapetissement<br />
le tourment de se porter candidat<br />
le tourment de solliciter<br />
le tourment de demander<br />
ou simplement la torture d'un effort et d'une tension au-dessus de ses propres forces, entraînant la torture de l'impuissance tant générale que particulière<br />
la douleur de la présomption et de la réclame<br />
la souffrance de l'humiliation<br />
le tourment de la grande poésie et de la patrie<br />
ou la torture obscure de l'impasse psychologique<br />
l'oblique tourment des ruses, des détours, des procédés interdits<br />
ou bien plutôt la torture de l'âge en général et en particulier<br />
le tourment de ce qui est démodé<br />
le tourment de ce qui est moderne<br />
la souffrance causée par l'apparition de nouvelles couches sociales<br />
le tourment des demi-intellectuels<br />
des non-intellectuels<br />
des intellectuels<br />
et peut-être simplement de l'inconvenance des petits intellectuels<br />
l'affliction de la sottise<br />
de la sagesse<br />
de la laideur<br />
de la beauté, des charmes et des grâces<br />
ou peut-être la torture d'une logique meurtrière et d'une sottise cohérante<br />
la douleur du ressassement<br />
le désespoir de l'imitation<br />
la torture ennuyeuse de l'ennui et de la répétition à l'infini<br />
ou peut-être le tourment hypomaniaque de l'hypomanie<br />
la torture inexprimable de l'inexprimable<br />
le mal non sublimé<br />
le mal au doigt<br />
à un ongle<br />
à une oreille<br />
aux dents<br />
la torture de la liaison, de la dépendance, de la pénétration mutuelle, de l'interdépendance de tous les tourments et de toutes les parties, ainsi que le tourment de cent cinquante-six mille trois cent vingt-quatre autres tortures et demie, sans compter les femmes et les petits enfants comme dit un auteur français du XVIè siècle.</p>
<p style="text-align:justify;">De quelle torture faire la torture fondamentale, originelle, et quelle partie prendre pour le tout, par quoi attraper le registre et que choisir parmi ces tourments et parties ? Maudites parties, je ne pourrai donc jamais me libérer de vous, oh ! quelle richesse de parties et de tourments ! Où donc est l'origine, la source, et faut-il prendre comme base le tourment métaphysique ou physique, sociologique ou psychologique ? Et pourtant je dois le faire, je ne peux pas ne pas le faire et j'y suis obligé, sans quoi le monde pensera que je suis inconscient de mes propres buts et que je pirouette sur mon talon.</p>
<p style="text-align:justify;">--- Witold Gombrowicz, <em>Ferdydurke,</em> 1937</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="aligncenter" src="http://anarkali.wordpress.com/files/2008/06/witold3.jpg" alt="" /></p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[quand on aime, on ne rêve à rien]]></title>
<link>http://anarkali.wordpress.com/?p=81</link>
<pubDate>Mon, 05 May 2008 01:24:01 +0000</pubDate>
<dc:creator>anarkali</dc:creator>
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<description><![CDATA[
Maria
Non, les hommes ne savent jamais comment il faut aimer. Rien ne les contente. Tout ce qu]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<p style="text-align:center;">Maria</p>
<p>Non, les hommes ne savent jamais comment il faut aimer. Rien ne les contente. Tout ce qu'ils savent, c'est rêver, imaginer de nouveaux devoirs, chercher de nouveaux pays et de nouvelles demeures. Tandis que nous, nous savons qu'il faut se dépêcher d'aimer, partager le même lit, se donner la main, craindre l'absence. Quand on aime, on ne rêve à rien.</p>
<p>--- Albert Camus, <em>Le malentendu, </em>Acte I, Scène IV</p></blockquote>
<p><img class="alignright alignnone size-full wp-image-83" style="float:left;" src="http://anarkali.wordpress.com/files/2008/05/index125.jpg" alt="" width="275" height="183" />Ainsi donc pour Maria, la voix de la sagesse dans <em>le malentendu, </em>l'augure ingénue qui prédit le malheur dans l'innocence de son amour, l'exil est masculin et le foyer féminin. Mon expérience personnelle lui donnerait raison, le sens commun ne verrait ici qu'une dichotomie grossière.</p>
<p>Cette réplique m'est restée néanmoins, plus pour sa typologie que pour sa sagesse. Y a-t-il deux types ? l'un voyageur, friand d'aventures et de détours pour atteindre des buts toujours évanescents et lointains ; l'autre attaché au foyer, dans la crainte de perdre ce qui est car sachant que la texture du présent est plus sensible et épaisse que les brumes hasardeuses de l'avenir. Savoir aimer serait donc aimer ce qui est, ne rien vouloir d'autre que soi-même ; le rêve ne serait qu'une élucubration aléatoire - le désir d'ailleurs couvrant mal le désamour du <em>hic </em>et du<em> nunc, </em>les seuls qui vaillent. Plutôt, l'amour de l'hypothèse n'est-il qu'une grande mystification cherchant à échapper le réel, à recouvrer le confort de la pratique discursive, du projet ; afin de remettre à plus tard l'expérience.</p>
<p>Il faut déjà vivre avant de projeter, il suffit d'aimer pour que le rêve s'évanouisse. Au sens des sempiternels insatisfaits et jaloux peut-être, pour qui nouveau rime avec mieux - le changement comme fin en soi... une dépendance à la rupture. Éternels infidèles à leur patrie, à leur foyer, à leurs attaches. L'horizon n'est jamais aussi lumineux que dans un voile qui en masque la ligne. Par le carreau, parfois, je ne vois rien d'autre que ce volume de temps indéterminé que je parcours solitaire - je ne sais faire que rêver, alors je rêve même le présent.</p>
<p>Mais Maria est cette douce sirène qui par son chant m'arrache de mon poteau enchaîné. Ne faisons-nous qu'imaginer ; et gagnés par nos songes, livrés tout entier à leurs variations infinies, nous ne cédons qu'avec réticence à la marche cadencée du quotidien. Je suis de ceux qui ne sorte du lit qu'à regrets, grimaçant et hésitant, affrontant les jours avec réserve, détestant un petit peu déjà leur trop-plein de réalité. Je demeure interdit par le fait que vivre soit chose si simple et si terrible. J'ai pourtant souffert bien plus par la pensée que par châtiment corporel ; il est donc davantage à craindre de ces minutes qui ne trouvent leur grâce que dans le léger - ô si infime - sentiment de transgression qui m'irrigue lentement. Je compte les moutons le matin pour savoir si ceux du soir ne se sont pas échappés pendant la nuit.</p>
<p>Peut-on accorder ces deux types ? Jan et Maria ? Moi et elle ? cet autre et celle-ci ? ou bien est-ce une ligne de fracture qui départage deux camps irréconciliables ? question puérile ; peut-être, mais qu'importe. Maria pose la question qui m'a toujours dérangé, à savoir s'il fallait se dépêcher d'aimer ou si les nouveaux devoirs, parfois factices, et les nouvelles demeures, parfois vides et lugubres, loin du "lit commun" ne donnaient pas au rêve dont ils étaient le produit un goût âpre et amer. La désillusion, ou le désenchantement, n'est pas chose aussi gratuite que l'imagination, et elle se mesure à l'aune des pertes qui s'accumulent dans ce temps ni vide ni homogène, mais plein de la fureur et du bruit qu'exclament nos volontés s'entrechoquant.</p>
<p>Et qu'au moment de vouloir donner la main, on ne fait que remuer l'air.</p>
<p>L'angoisse de l'amour est un des paradoxes de la liberté : car où y a-t-il plus de liberté ? sur nos terres fermes et fertiles ou sur nos radeaux précaires à la dérive. <a href="/2008/02/27/exil-et-ontologie-chez-nietzsche/" target="_blank">"Malheur si la nostalgie de la terre te saisit, comme s’il y avait eu là-bas plus de <em>liberté</em>, - il n’y a plus de «<em>terre</em>»!"</a> Serait-ce donc ma réponse à Maria, qu'au moins nos fragiles projets valent bien autant que le confort de l'amour. Auto-justification qui cache une secrète douleur solitaire ou bien projection chaotique d'une ligne de vie dans un tumulte qui ne fait sens que dans la différenciation que je lui oppose ?</p>
<p>J'oscille, un pied dans chaque camp, schizophrène ; trop entouré dans le lit commun et trop seul sur la paillasse de l'exilé.</p>
<p>---</p>
<p>Georges Brassens - Les Passantes (Antoine Pol/Georges Brassens) - Le Grand Échiquier (31.05.79)</p>
<p style="text-align:center;">[dailymotion id=xk1un&#38;v3=1&#38;related=1]</p>
<p style="text-align:left;">---</p>
<p style="text-align:left;">photo : (c) P. J. - <em>sans titre</em></p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[dès le premier instant, je fus amoureux de la catastrophe]]></title>
<link>http://anarkali.wordpress.com/?p=77</link>
<pubDate>Sun, 20 Apr 2008 16:37:51 +0000</pubDate>
<dc:creator>anarkali</dc:creator>
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<description><![CDATA[[...] Et, tandis que sur mon bateau je longeais les rivages allemands, français, anglais, toutes ce]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><img class="alignleft size-full wp-image-78" style="float:left;" src="http://anarkali.wordpress.com/files/2008/04/witold.jpg" alt="" width="147" height="194" />[...] Et, tandis que sur mon bateau je longeais les rivages allemands, français, anglais, toutes ces terres d'Europe figées dans la peur du crime encore enfoui paraissaient me crier : sois léger, sois insouciant ! Tu n'as aucune importance, aucun moyen d'action ! La seule chose qui te reste, c'est l'ivresse ! Et je m'enivrais à ma façon, pas nécessairement d'alcool ; je voguais, ivre, l'esprit presque entièrement obnubilé...</p>
<p>Puis les frontières éclatèrent, sautèrent les Tables de la Loi, et se débondèrent à flots les forces aveugles, et me voici ! Me voici, moi, seul en Argentine, coupé de tout, perdu, annihilé, anonyme. J'étais un peu excité, un peu effrayé. En même temps, quelque chose en moi me faisait saluer avec une émotion passionnée le coup qui m'anéantissait et m'arrachait aux assises de mon ordre acquis. La guerre ? La débâcle polonaise ? Le sort de ma famille ? Mes propres destinées ? Pouvais-je vivre tout cela, pouvais-je me faire du souci d'une manière "normale", moi qui avait tout su d'avance, qui l'avais déjà éprouvé bien avant ? Oui, je ne mens pas en disant que depuis des années je communiais dans mon coeur avec la catastrophe. Lorsqu'elle arriva, je me dis quelque chose qui était à peu près : - Ah, bon ! c'est arrivé ! et je compris que le temps était venu de mettre à profit la faculté de dire adieu, de rompre, de rejeter tout, que j'avais cultivée en moi. Rien n'avait changé, ce cosmos, cette vie qui m'emprisonnaient ne devenaient pas différents parce qu'un ordre défini de mon existence venait de s'achever. Pourtant, un frisson terrible naissait en même temps du sentiment que la violence libère, ce quelque chose d'innomé et d'informe dont j'avais senti la présence, cet élément dont je savais seulement qu'il est "inférieur", "plus jeune", "puîné", et qui déferlait maintenant - déluge dans la ténèbre violente et noire. Dès le premier instant, je fus amoureux de la catastrophe, que pourtant je haïssais, qui m'entraînait dans sa ruine universelle ; j'en fus amoureux et ma nature me la faisait saluer comme occasion de me lier à l'inférieur dans la ténèbre. [...]</p>
<p>--- Witold Gombrowicz, <em>Journal</em></p></blockquote>
<p>---</p>
<p><span class="txt4"><span class="remercie"> Photo :</span></span><em><span class="txt4"><span class="remercie"> Witold Gombrowicz, Tandil, Argentine, 1958. Cliché de Carlos Laurora.  Archives : Mariano Betelù</span></span></em></p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[nous devons demander quels sont nos nomades aujourd'hui, qui sont vraiment nos nietzschéens ? - conclusion : exil et nomadisation chez nietzsche]]></title>
<link>http://anarkali.wordpress.com/?p=75</link>
<pubDate>Sat, 19 Apr 2008 17:16:22 +0000</pubDate>
<dc:creator>anarkali</dc:creator>
<guid>http://anarkali.wordpress.com/?p=75</guid>
<description><![CDATA[- figures de l&#8217;exil chez nietzsche -
les esprits libres (VI) | dépassement de l&#8217;exil (V]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;">- figures de l'exil chez nietzsche -<br />
<a href="/2008/04/06/plutot-mourir-que-vivre-ici-les-esprits-libres-chez-nietzsche/" target="_blank">les esprits libres (VI)</a> &#124; <a href="2008/04/14/ce-quon-peut-aimer-chez-lhomme-cest-quil-est-transition-et-perdition-depassement-de-lexil-chez-nietzsche/" target="_blank">dépassement de l'exil (VII)</a> &#124; conclusion ; exil et nomadisation (VIII)</p>
<p style="text-align:left;">---</p>
<p>La philosophie nietzschéenne est celle du mouvement nécessaire avant que celui-ci ne soit volontaire - dans la nuance entre le passif et l'actif. Un mouvement qui ne cherche ni logique, ni but ; mais qui est celui d'une liberté affranchie de ce qui retient à l'immobile, à la terre ferme : la morale, la vérité, l'Identique. Ainsi, c'est une philosophie de la sédition que nous livre Nietzsche, d'une résistance contre la loi, l'institution, le contrat - toute idée de souveraineté qui ne soit pas celle de la Volonté de Puissance. Nietzsche abolit le sens donné à l'existence.</p>
<blockquote><p>Le « signifiant », c'est vraiment le dernier avatar philosophique du despote. Or si Nietzsche n'appartient pas à la philosophie, c'est peut-être qu'il est le premier à concevoir un autre type de discours comme une contre-philosophie. C'est-à-dire un discours avant tout nomade, dont les énoncés ne seraient pas produits par une machine rationnelle administrative, les philosophes comme bureaucrates de la raison pure, mais par une machine de guerre mobile. (1)</p></blockquote>
<p>La mobilité est la force constante de Nietzsche, en ce qu'elle veut déloger à chaque fois les convictions les mieux acquises, les maisons les plus solidement bâties pour renvoyer l'homme à sa solitude, qu'elle remplace une illusion confortable par une incertitude constante. Accepter cet état de fait revient néanmoins à ouvrir des perspectives infinies de trajectoires individuelles, un faisceau multiple de possibilités qui ne saurait être fixé ou limité par une autorité hétéronome. En ce sens, notre probité nous commande toujours de <em>dé-ménager</em> notre esprit, de l'altérer pour en provoquer le mouvement, en affirmer le caractère multiple. Ce mouvement n'est point nécessairement spatial, il n'engage pas le corps dans sa course. Nietzsche fut peut-être celui qui atteignit les plus hautes cimes, son corps n'en demeurant pas moins ce qui aura cloué son esprit pensant une décennie.</p>
<p>La <em>pensée nomade</em> de Nietzsche est toujours autant d'actualité, la circulation accrue des personnes, des biens et des idées a déraciné bien des hommes de leur habitat pour les confronter aux multiples lignes de fuite qui sont les leurs. Ce mouvement est de plus en plus rapide, inconfortable, précarise l'individu dans sa société. Le pouvoir et l'autorité ne trouvent plus la résistance qu'ils escomptaient car l'individu se meut rapidement à l'intérieur de lui-même, modifie ses allégeances au fil de son voyage. Il est de moins en moins fixé à un seul village, une seule idée, un seul dieu. Il <em>s'exile</em> dans la multiplicité des devenirs, se dé-sédentarise pour nomadiser à nouveau.</p>
<blockquote><p>On sait bien que dans nos régimes les nomades sont malheureux : on ne recule devant aucun moyen pour les fixer, ils ont peine à vivre. Et Nietszche vécut comme un de ces nomades réduits à leur ombre, allant de pension meublée en pension meublée. Mais aussi, le nomade, ce n'est pas forcément quelqu'un qui bouge : il y a des voyages sur place, des voyages en intensité, et même historiquement, les nomades ne sont pas ceux qui bougent à la manière des migrants, au contraire ce sont ceux qui ne bougent pas, et qui se mettent à nomadiser pour rester à la même place, pour échapper aux codes. [...] Voilà peut-être le plus profond de Nietzsche, la mesure de sa rupture avec la philosophie, telle qu'elle apparaît dans l'aphorisme : avoir fait de la pensée une machine de guerre, avoir fait de la pensée une puissance nomade. Et même si le voyage est immobile, même s'il se fait sur place, imperceptible, inattendu, souterrain, nous devons demander quels sont nos nomades aujourd'hui, qui sont vraiment nos nietzschéens ? (2)</p></blockquote>
<p>« Tous et personne! », s'écrierait Zarathoustra.</p>
<p style="text-align:left;">---</p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/02/27/exil-et-ontologie-chez-nietzsche/">figures de l'exil chez nietzsche (I) : exil et ontologie</a><br />
<a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/09/nous-avons-invente-l%e2%80%99idee-de-but-dans-la-realite-le-but-manque%e2%80%a6-exil-innocence-et-tragique-de-lexistence-chez-nietzsche/" target="_blank"> figures de l'exil chez nietzsche (II) : exil, innocence et tragique de l'existence</a><br />
<a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/19/le-chemin-en-effet-cela-nexiste-pas-exil-et-probite-chez-nietzsche/"> figures de l'exil chez nietzsche (III) : exil et probité</a><br />
<a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/23/o-solitude-solitude-ma-patrie-exil-solitude-et-voyage-chez-nietzsche/"> figures de l'exil chez nietzsche (IV) : exil, solitude et voyage</a><br />
<a href="/2008/03/30/jenseigne-aux-hommes-un-vouloir-nouveau-exil-et-amor-fati-chez-nietzsche/" target="_self"> figures de l'exil chez nietzsche (V) : exil et amor fati</a><br />
<a href="/2008/04/06/plutot-mourir-que-vivre-ici-les-esprits-libres-chez-nietzsche/" target="_self"> figures de l'exil chez nietzsche  (VI) : les esprits libres</a><br />
<a href="/2008/04/14/ce-quon-peut-aimer-chez-lhomme-cest-quil-est-transition-et-perdition-depassement-de-lexil-chez-nietzsche/" target="_self"> figures de l'exil chez nietzsche  (VII) : dépassement de l'exil</a><br />
figures de l'exil chez nietzsche (VIII) : conclusion ; exil et nomadisation</p>
<p>---</p>
<p>(1) Gilles 	Deleuze, <em>La pensée 	nomade</em>, in 	<em>Nietzsche 	aujourd'hui ?</em>, 	vol. 1 ''Intensités'', Paris, Union Générale 	d'Éditions, 10/18, 1973 ; p. 	173</p>
<p>(2) Gilles Deleuze, <em>La 	pensée nomade, </em>op. 	cit., p. 173</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[ils sont le rien absolu rêvant]]></title>
<link>http://anarkali.wordpress.com/?p=67</link>
<pubDate>Wed, 16 Apr 2008 03:56:21 +0000</pubDate>
<dc:creator>anarkali</dc:creator>
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<description><![CDATA[
Les exilés :
Ils viennent de tous les angles de l&#8217;exil
Avec pour seul bagage le rien
Ils son]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignnone size-medium wp-image-68" src="http://anarkali.wordpress.com/files/2008/04/morning_in_lahore.jpg?w=500" alt="" width="500" height="224" /></p>
<blockquote><p>Les exilés :<br />
Ils viennent de tous les angles de l'exil<br />
Avec pour seul bagage le rien<br />
Ils sont le rien absolu rêvant,<br />
Promise par quel hasard ?<br />
Sa plénitude.</p>
<p>Entassés dans les soutes des trains<br />
Des bateaux de fortune<br />
Des avions à tarifs réduits<br />
Ils sondent le monde de leur passage perpétuel<br />
Ils tournent mille fois autour du même point<br />
Un café récemment découvert s'habitue à leur présence<br />
Jusqu'au moment où les veines mêmes des banquettes se fatiguent d'eux.</p>
<p>Un garçon de café les balaie sans raison<br />
Ou bien c'est un gardien qui les chasse au matin<br />
Parfois on voit l'un d'eux au milieu des anges<br />
Musicien d'un orchestre ou chanteur ambulant<br />
Poète à l'ouvrage auteur<br />
En encyclopédie<br />
Et il attire à lui, cadavre, des fourmis affamées.</p>
<p>Haine<br />
De ses concitoyens d'exil<br />
Traître<br />
Disent-ils, et en effet il en est un :<br />
Ne devrait-il pas séjourner dans l'isoloir du silence, à jamais ?</p>
<p>Dans l'isoloir<br />
De l'échec le plus amer, à jamais ?<br />
Dans sa lancinance à l'instant renouvelée, à jamais ?</p>
<p>De leurs bouches s'envolent des rumeurs<br />
Autour desquelles se tisse leur destin noueux<br />
Et la tendresse que chacun d'eux porte pour l'autre<br />
Il ne la prononce que par-devers soi.</p>
<p>Théâtres encombrés de combats planétaires<br />
Abel et son frère en un même être<br />
Avec le coeur bifide comme le front de Janus.</p>
<p>Qui les a éloignés de la première source ?<br />
Qui ne les voit trébucher dans le moindre geste ?<br />
Hors d'eux-mêmes, qui donc chaque fois les expulse ?</p>
<p>--- Kadhim Jihad Hassan, <em>les exilés<br />
</em></p></blockquote>
<p><em>--- </em></p>
<p><em>(traduction de l<a href="http://www.jehat.com/Jehaat/Fr/Poets/Kadhim-Jihad-Hassan.htm" target="_blank">'auteur</a> en collaboration avec Serge Sautereau,<br />
publié dans </em>La<em> </em>Lettre Internationale, <em>n°31, hiver 1991-1992)</em></p>
<p>---</p>
<p>Photo : (c) P. J., <em>morning in Lahore</em></p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[ce qu'on peut aimer chez l'homme, c'est qu'il est transition et perdition - dépassement de l'exil chez nietzsche]]></title>
<link>http://anarkali.wordpress.com/?p=66</link>
<pubDate>Tue, 15 Apr 2008 02:41:20 +0000</pubDate>
<dc:creator>anarkali</dc:creator>
<guid>http://anarkali.wordpress.com/?p=66</guid>
<description><![CDATA[- figures de l&#8217;exil chez nietzsche -
les esprits libres (VI) | dépassement de l&#8217;exil (V]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;">- figures de l'exil chez nietzsche -<br />
<a href="/2008/04/06/plutot-mourir-que-vivre-ici-les-esprits-libres-chez-nietzsche/" target="_blank">les esprits libres (VI)</a> &#124; dépassement de l'exil (VII) &#124; <a href="2008/04/19/nous-devons-demander-quels-sont-nos-nomades-aujourdhui-qui-sont-vraiment-nos-nietzscheens-conclusion-exil-et-nomadisation-chez-nietzsche/" target="_blank">exil et nomadisation (VIII)</a></p>
<p style="text-align:left;">---</p>
<p align="justify">La tension de l'exil trouve son exutoire pour Nietzsche dans la réalisation d'un type nouveau, d'un type qui surpasse l'idée même de « type ». Le trajet infini du voyage prend tout son sens - l'humanité délivrée de l'<em>exil ontologique</em>:</p>
<blockquote><p>« l'homme est une corde tendue entre la bête et le Surhumain - une corde au-dessus d'un abîme. Danger de franchir l'abîme - danger de suivre cette route - danger de regarder en arrière - danger d'être saisi d'effroi et de s'arrêter court! La grandeur de l'Homme, c'est qu'il est un pont et non un terme; ce qu'on peut aimer chez l'Homme, c'est qu'il est <em>transition </em>et<em> perdition</em> » (1)</p></blockquote>
<p align="justify">Le sens de l'exil ne se dévoile qu'une fois le surhomme en place, il est l'horizon que les hommes ne peuvent pas voir. Il résout la tension que constitue la face-à-face permanent avec l'abîme : le mouvement prend tout son sens au moment où il devient <em>transition</em> et non plus <em>perdition.</em> Si le surhomme est la réalisation de l'avenir, il n'en est pas le progrès : il est la téléologie enfin dévoilée de l'exil. Apparaît alors une terre qu'il peut modeler par l'instrumentalisation de la masse humaine (2). Pour Nietzsche, cela signifie la re-création du monde comme une oeuvre d'art. La transfiguration totale du monde par le Surhomme implique la fin des interprétations et des évaluations : « la transmutation ne retenant plus que l'affirmation, place au sommet de la hiérarchie la valeur de pure affirmation, celle qui, à travers ses infinies différences, procure la plus haute différenciation de la Volonté de Puissance : l'Art (3) ». Ce n'est pas un sauvetage esthétique du monde auquel Nietzsche nous invite, mais la perspective enfin rendue que la connaissance est toujours dérivée de la création artistique première du monde, d'une science soumise à l'art-adéquation de la Volonté de Puissance:</p>
<blockquote><p>Le concept [la bonne nouvelle] est un pari sur la lointaine possibilité d'une compensation de ce type : « nous avons l'art pour que la vérité ne nous fasse pas périr » - ce qui signifie: nous avons la perspective du surhomme pour supporter l'insupportable vision de la condition humaine dévoilée. (4)<a name="sdfootnote4anc" href="#sdfootnote4sym"></a><sup><a name="sdfootnote4anc" href="#sdfootnote4sym"></a></sup></p></blockquote>
<p align="justify">Tout au long de l'oeuvre de Nietzsche, l'art s'oppose à la science, d'abord comme illusion puérile dans <em>Humain, Trop Humain</em> mais de plus en plus ensuite en opposition comme illusion nécessaire, instinct d'apparence et de non-vérité.  Il sert à l'exilé pour supporter le mensonge de la connaissance, refuser d'accoster aux différents ports qui se présentent à lui.</p>
<blockquote><p>Si nous n'avions pas donné notre approbation aux arts et inventé cette espèce de culture du non-vrai; la compréhension de l'universalité du non-vrai et du mensonge que nous offrent à présent les sciences - la compréhension de l'illusion et de l'erreur comme condition connaissante et percevante -, nous seraient totalement insupportable. La probité entraînerait le dégoût et le suicide. Mais aujourd'hui, notre probité possède une contre-puissance qui nous aide à éluder de telles conséquences: l'art, entendu comme la <em>bonne </em>disposition envers l'apparence. [...] Nous devons de temps en temps nous reposer de nous-mêmes en jetant d'en haut un regard sur nous-mêmes, et, d'avec un éloignement artistique en riant <em>sur</em> nous-mêmes ou en pleurant <em>sur</em> nous mêmes ; nous devons découvrir le <em>héros</em> et de même le <em>bouffon</em><strong> </strong>qui se cachent dans notre passion de connaissance, nous devons quelquefois nous réjouir de notre folie pour continuer à éprouver de la joie à notre sagesse! [...] (5)<sup><a name="sdfootnote5anc" href="#sdfootnote5sym"></a></sup></p></blockquote>
<p align="justify">L'art, s'il est <em>in fine</em> le privilège du surhomme, est toujours présent comme le contrepoids du tragique de l'existence, il est le comique du tragique, son absurde notoire. La superficialité de l'artiste passe pour de la déraison, mais pour Nietzsche, elle est une sagesse salutaire - l'homme se jouant de lui-même, le rire destructeur de la dernière croyance, celle en soi-même -: « nous aimons d'autant plus la nature que les choses s'y passent moins humainement, et l'art <em>quand</em> il est la fuite de l'artiste devant l'homme ou la moquerie de l'artiste envers l'homme, ou la moquerie de l'artiste envers lui-même (6) ». Sans faire oublier l'exil, il en estompe les maux, en transfigure la souffrance nécessaire. Il fait du chaos, un « chaos-mos », ce mot valise qui « en tirant dans deux directions à la fois [...] fait naître ce sens : le monde est le devenir-multiple du chaos et c'est la tâche de l'artiste d'ouvrir les yeux sur ce chaos et de le dire (7) ». Il s'agit donc pour lui de dessiner le nouvel infini, de moquer la connaissance et de renvoyer l'homme à son chaos - se faire l'avocat du diable contre la probité. De même, en renvoyant au traitement de l'apparence, l'art pousse toujours vers l'altérité, il figure ces <em>fleurs vénéneuses </em>baudelairiennes, la plongée <em>au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ? / Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau !</em>. -8-</p>
<blockquote><p><em>Notre nouvel « infini »</em> - Savoir jusqu'où s'étend le caractère perspectiviste de l'existence ou bien si elle a encore un autre caractère, si une existence sans interprétation, sans « sens » ne devient pas justement un « non-sens », si, d'autre part, toute existence n'est pas essentiellement <em>interprétante - </em>voilà qui ne peut être tranché, comme il est juste, même par l'analyse et l'examen de soi les plus acharnés et les plus minutieusement consciencieux de l'intellect: puisqu'en menant cette analyse, l'intellect humain ne peut éviter de se voir lui-même sous ses formes perpectivistes et <em>seulement </em>en elles. Nous ne pouvons contourner notre angle du regard : c'est une curiosité désespérée que de vouloir savoir quelles autres espèces d'intellect et de perspectives il <em>pourrait</em> y avoir : par exemple si d'autres êtres peuvent percevoir le temps de manière régressive ou bien de manière alternativement progressive et régressive (ce qui produirait une autre direction de vie et un autre concept de cause et d'effet). Mais je pense que du moins nous sommes loin, aujourd'hui, de la présomption ridicule considérant à décréter depuis notre angle que l'on ne peut <em>légitimement</em> avoir de perspective qu'à partir de cet angle-là. Le monde nous est bien plutôt devenu, une fois encore, « infini » : dans la possibilité qu'il <em>renferme en lui des représentations infinies. </em>Le grand frisson nous saisit une nouvelle fois - mais qui aurait donc envie de recommencer d'emblée à diviniser <em>ce</em> monstre de monde inconnu à la manière ancienne? Et d'adorer désormais <em>cette chose </em>inconnue comme « <em>l'être </em>inconnu »? Ah, cette chose inconnue comprend trop de possibilités, d'interprétation <em>non divines, </em>trop de diablerie, de sottise, de bouffonnerie d'interprétation, - notre propre interprétation humaine, trop humaine même, que nous connaissons... (9)<sup><a name="sdfootnote9anc" href="#sdfootnote9sym"></a></sup></p></blockquote>
<p align="justify">Le caractère interprétatif de l'existence ne peut se départir de perspectives illimitées sur le monde. L'affranchissement de la métaphysique a enfin libéré l'esprit de la <em>cage d'acier</em>, il s'agit désormais de ne pas se venir se recoucher à ses côtés. Il faut <em>tendre</em> et non plus <em>at-tendre, </em>être de façon permanente sur le départ puisque l'artiste « erre dans le défilé des images de soi et « squatte » tel ou tel habiter, jamais comme un bon locataire, toujours dans l'errance des personnes déplacées. Habiter en artiste n'est pas « habiter en poète », habiter en artiste est arpenter la zone d'un seuil (10) ».</p>
<p align="justify">
<p align="justify">Mais dans cet aphorisme, Nietzsche a l'intuition que le temps lui-même pourrait cesser d'être cette ligne qui toujours fuit et laisse derrière elle le passé. La pensée de l'Éternel Retour donne une nouvelle dimension à l'idée de l'exil, mais plus encore, une nouvelle perspective à toute idée de mouvement. Dans un suprême effort contre le nihilisme, Nietzsche veut se défaire de tout ce qui est figé, de ce qui est passé. Il veut résoudre la problématique de l'oubli  et de la mémoire : « L'homme ne peut-il rien oublier ? (11) ». Comment l'exil peut-il se défaire de la nostalgie, de son versant toujours négatif, « le ressentiment du vouloir contre le temps et son ''Cela fut'' (12) » ? Il faut pour cela un nouveau type de vouloir, <em>l'amor fati, </em>« l'a<em>cquiescement dionysiaque </em>au monde tel qu'il est, sans rien en ôter, en excepter, en sélectionner [...], l'état le plus haut qu'un philosophe puisse atteindre : avoir envers l'existence une attitude dionysiaque (13) ». Il s'agit de revenir ici à l'innocence du devenir dans sa plus pure expression, une volonté enfin exempte du « non » pour devenir philosophie du « oui ».</p>
<blockquote><p>Mais qu'affirmera ce « oui » ? Ce « oui » affirmera ce contre quoi se révoltait la volonté haineuse, à savoir le temps lui-même, en tant que passé déjà écoulé et en tant qu'action de passer, en tant que passage. Il faut que la Volonté de Puissance apprenne à « vouloir en arrière », c'est-à-dire à vouloir si profondément le passé et le passage que le passage s'abolira lui-même comme n'étant <em>que</em> passage, se changera en continuel passage, en passage toujours présent, en Éternel Retour. (14)<sup><a name="sdfootnote14anc" href="#sdfootnote14sym"></a></sup></p></blockquote>
<p align="justify">Vouloir tout ce qui est passé est donc vouloir tout ce qui est figé, c'est une fois affranchi de la terre, vouloir même cette terre. « Il semble que ce soit moins pour Nietzsche une loi qu'une possibilité, une hypothèse qui permet que les contraires soient ensemble affirmés : l'opposition entre l'amour comme activité de la volonté et le destin comme détermination purement passive de ce qui est déjà accompli se trouve précisément supprimée (15) ». Il n'y a plus de nécessité pour une volonté qui affirme son propre destin, exit les contradictions propres à l'exil entre liberté et déterminisme, entre affirmatif et négatif. Le mouvement et le temps en sont transformés, cette hypothèse incite à penser qu'il y a maintenant un retour possible, une Ithaque non pas à attendre mais qu'il nous suffit d'imaginer pour conférer une nouvelle valeur à ce voyage : l'Éternel Retour du Même - le passé contenu dans le futur, le futur dans le passé:</p>
<blockquote><p>A partir de cette poterne de l'instant une longue route, une route éternelle s'étend en <em>arrière </em>de nous; il y a une éternité derrière nous. [...] Tout ce qui <em>peut</em> arriver, entre toutes les choses, ne doit-il pas déjà être arrivé, s'être accompli, être passé? [...] Et toutes choses ne sont-elles as si solidement enchevêtrées que cet instant présent entraîne à sa suite <em>toutes </em>les choses futures? Et lui-même aussi <em>par conséquent? </em>(16)<sup><em><a name="sdfootnote16anc" href="#sdfootnote16sym"></a></em></sup></p></blockquote>
<p align="justify">L'Éternel Retour est donc cette pensée étrange que jamais l'exil ne s'achèvera, qu'il sera toujours répété, qu'il est lui-même contenu dans le futur - que nous fuyons plus avant pour revenir. Cela modifie la teneur même de ce voyage, il faut lui consacrer le plus grand vouloir, le vivre avec la plus grande intensité - l'aimer plein et entier - <em>Amor fati, </em>tel serait ainsi la devise de l'exilé :</p>
<blockquote><p>Je veux apprendre toujours plus à voir dans la nécessité des choses le beau : je serai ainsi l'un de ceux qui embellissent les choses. <em>Amor fati : </em>que ce soit dorénavant mon amour ! (17)<sup><a name="sdfootnote17anc" href="#sdfootnote17sym"></a></sup></p></blockquote>
<p>---</p>
<p style="margin-bottom:0;text-align:center;"><a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/02/27/exil-et-ontologie-chez-nietzsche/">figures de l'exil chez nietzsche (I) : exil et ontologie</a><br />
<a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/09/nous-avons-invente-l%e2%80%99idee-de-but-dans-la-realite-le-but-manque%e2%80%a6-exil-innocence-et-tragique-de-lexistence-chez-nietzsche/" target="_blank"> figures de l'exil chez nietzsche (II) : exil, innocence et tragique de l'existence</a><br />
<a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/19/le-chemin-en-effet-cela-nexiste-pas-exil-et-probite-chez-nietzsche/"> figures de l'exil chez nietzsche (III) : exil et probité</a><br />
<a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/23/o-solitude-solitude-ma-patrie-exil-solitude-et-voyage-chez-nietzsche/"> figures de l'exil chez nietzsche (IV) : exil, solitude et voyage</a><br />
<a href="/2008/03/30/jenseigne-aux-hommes-un-vouloir-nouveau-exil-et-amor-fati-chez-nietzsche/" target="_self"> figures de l'exil chez nietzsche (V) : exil et amor fati</a><br />
<a href="/2008/04/06/plutot-mourir-que-vivre-ici-les-esprits-libres-chez-nietzsche/" target="_self"> figures de l'exil chez nietzsche  (VI) : les esprits libres</a><br />
figures de l'exil chez nietzsche  (VII) : dépassement de l'exil<br />
<a href="2008/04/19/nous-devons-demander-quels-sont-nos-nomades-aujourdhui-qui-sont-vraiment-nos-nietzscheens-conclusion-exil-et-nomadisation-chez-nietzsche/" target="_self"> figures de l'exil chez nietzsche (VIII) : conclusion ; exil et nomadisation</a></p>
<p>---</p>
<p>(1) Nietzsche, 	<em>Ainsi parlait Zarathoustra</em>, Prologue, § 4</p>
<p>(2) C'est 	là le sens de la « grande politique » 	de Nietzsche, celle-ci ne peut être le fait que du surhomme, 	seul capable de création civilisationnelle.</p>
<p>(3) Michel 	Haar, <em>Nietzsche et la métaphysique</em>, p. 52</p>
<p>(4) Peter 	Sloterdijk, op. cit., p. 53</p>
<p>(5) Nietzsche, 	<em>Le Gai Savoir</em>, § 107</p>
<p>(6) Nietzsche, 	<em>Le Gai Savoir</em>, § 379</p>
<p>(7) Jean 	Borreil, <em>La raison nomade</em>, p. 87 - « chaos-mos » est 	un terme de James Joyce dans <em>Finnegans Wake</em> repris 	par Deleuze dans <em>Différence et Répétition.</em></p>
<p>-8- Baudelaire, 	<em>Les fleurs du mal</em>, 	CXXVI - le Voyage : <em>O 	Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l'ancre ! / 	Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons ! / Si le 	ciel et la mer sont noirs comme de l'encre, / Nos cœurs que tu 	connais sont remplis de rayons ! / Verse-nous ton poison pour 	qu'il nous réconforte ! / Nous voulons, tant ce feu nous 	brûle le cerveau, / Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, 	qu'importe ? / Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau !</em></p>
<p>(9) Nietzsche, 	<em>Le Gai Savoir</em>, § 374</p>
<p>(10) Jean 	Borreil, op. cit., p. 82</p>
<p>(11) Nietzsche, 	<em>Le livre du 	philosophe,</em> § 66</p>
<p>(12) Nietzsche, 	<em>Ainsi parlait Zarathoustra</em>, II, <em>De la 	rédemption</em></p>
<p>(13) Nietzsche, 	<em>Fragments posthumes</em>, 	FP 16 [32]</p>
<p>(14) Michel 	Haar, op. cit., p. 55 - pour une présentation de l'Éternel 	Retour, cf. Haar, pp. 54-64 et Karl Löwith, <em>Nietzsche: 	Philosophie de l'éternel retour du même</em></p>
<p>(15) Michel 	Haar, op. cit., p. 60</p>
<p>(16) Nietzsche, 	<em>Ainsi parlait Zarathoustra</em>, III, <em>De la vision et 	de l'énigme</em>, § 2</p>
<p>(17) Nietzsche, 	<em>Le Gai Savoir</em>, op. cit., § 276, p. 226</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[le camp est l'espace qui s'ouvre quand l'état d'exception commence à devenir la règle]]></title>
<link>http://anarkali.wordpress.com/?p=60</link>
<pubDate>Sat, 12 Apr 2008 05:43:02 +0000</pubDate>
<dc:creator>anarkali</dc:creator>
<guid>http://anarkali.wordpress.com/?p=60</guid>
<description><![CDATA[La survivance politique des hommes n&#8217;est pensable que sur une terre où les espaces auront ain]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><a href="http://anarkali.files.wordpress.com/2008/04/68-etranger.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-61" style="float:right;" src="http://anarkali.wordpress.com/files/2008/04/68-etranger.jpg" alt="" width="150" height="225" /></a>La survivance politique des hommes n'est pensable que sur une terre où les espaces auront ainsi été "troués" et topologiquement déformés, et où le citoyen aura su reconnaître le réfugié qu'il est lui-même.</p>
<p>--- Giorgio Agamben, <em>Moyens sans fins</em></p></blockquote>
<p>Les élucubrations de Giorgio Agamben me laissent souvent indifférents. L'idée du camp comme "<em>paradigme même de l'espace politique</em>" ou comme "<em>évènement qui marque de façon décisive l'espace politique de la modernité</em>" me décroche à peine un sourire. Sa définition de l'état d'exception comme "<em>ordre spatial nouveau et stable"</em> réveille difficilement une connexion synaptique.</p>
<p>Toutefois, j'ai une certaine sympathie pour certains de ses développements, qui me semblent assez fertiles quand rapportés à une pensée de l'exil comme condition politique potentielle.  Il a une véritable justesse de vue sur les espaces intersticiels de la "vie", notamment le gouffre abyssal entre l'homme et le citoyen. C'est ainsi que son court chapitre sur Hannah Arendt et son essai <em>"We, refugees"</em> est plein d'à-propos sur cette contradiction qui veut qu'au moment qu'un individu de type lambda devrait se sentir le plus enveloppé par la couverture douce et chaude des Droits de l'Homme universels, c'est-à-dire quand son propre État lui refuse la "protection" de ceux-ci, il tombe dans un no man's land juridique qui le met à la merci du premier boucher venu. L'identité, imparfaite mais cohérante, entre homme et citoyen fait véritablement du réfugié une condition politique limite dans un système d'État-nations. L'immigration clandestine ne pose pas un autre problème ; d'où l'idée de réhabiliter le peuple contre la nation, de faire que l'espace ne coïncide avec aucun territoire national homogène afin que nos racines ne soient plus un fondement politique, un critère de distinction entre ami et ennemi, un foyer où luisent les miroirs aux alouettes.</p>
<p>"<em>Le camp est l'espace qui s'ouvre quand l'état d'exception commence à devenir la règle." </em>S'il me semble qu'il s'agit là de poudre aux yeux sur la véritable nature de l'état d'exception (le croisement Schmitt/Benjamin a ses limites) et que j'aimerais lui donner empiriquement tort ; les centres de rétention administratifs, les zones d'attentes aéroportuaires, et la ministérialisation du nationalisme m'incitent à chaque fois à ne pas prendre Giorgio trop à la légère et à discerner, entre deux concepts ostentatoires, quelques lueurs de discernement tragique de l'histoire contemporaine.</p>
<p>---</p>
<p><a href="http://anarkali.wordpress.com/files/2008/04/plan_coquelle.png" target="_blank"><img class="alignleft" style="float:left;" src="http://anarkali.wordpress.com/files/2008/04/plan_coquelle.png" alt="" width="150" height="208" /></a><em>Le plan du centre de rétention de Coquelles, où on juge sur place (Pas-de-Calais, France) - cliquez pour agrandir. Observer attentivement la disposition des bâtiments où le "tribunal" est coincé entre la DST, le stand de tir et le chenil.</em></p>
<p><em>haut : Affiche de Mai 68 - illustration de l'idée d'un peuple (camarade) ensemble celle d'une nation (étranger).<br />
</em></p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[l'exil est rond]]></title>
<link>http://anarkali.wordpress.com/?p=55</link>
<pubDate>Fri, 11 Apr 2008 18:38:53 +0000</pubDate>
<dc:creator>anarkali</dc:creator>
<guid>http://anarkali.wordpress.com/?p=55</guid>
<description><![CDATA[&#8220;L&#8217;exil est rond
Un cercle, un anneau :
tes pieds en font le tour,
tu traverses la terre]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><img class="alignleft" style="float:left;" src="http://anarkali.files.wordpress.com/2008/04/neruda.jpg" alt="" width="157" height="200" />"L'exil est rond<br />
Un cercle, un anneau :<br />
tes pieds en font le tour,<br />
tu traverses la terre,<br />
Et ce n'est pas la terre<br />
Le jour s'éveille et<br />
Ce n'est pas le tien,<br />
la nuit arrive :<br />
Il manque tes étoiles<br />
Tu te trouves des frères,<br />
Mais ce n'est pas ton sang."</p>
<p>--- Pablo Neruda, <em>Chants libre d'Amérique latine</em></p></blockquote>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[hors d'Ithaque]]></title>
<link>http://anarkali.wordpress.com/?p=38</link>
<pubDate>Tue, 08 Apr 2008 05:09:58 +0000</pubDate>
<dc:creator>anarkali</dc:creator>
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<description><![CDATA[
Pendant vingt ans il n&#8217;avait pensé qu&#8217;à son retour. Mais une fois rentré, il comprit]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><img class="alignleft size-full wp-image-46" style="float:left;" src="http://anarkali.wordpress.com/files/2008/04/buste_dali-kundera.jpg" alt="Buste de Joella Lloyd - Salvador Dali - 1934" width="200" height="302" /><br />
Pendant vingt ans il n'avait pensé qu'à son retour. Mais une fois rentré, il comprit, étonné, que sa vie, l'essence même de sa vie, son centre, son trésor, se trouvait hors d'Ithaque, dans les vingt ans de son errance. Et ce trésor, il l'avait perdu et n'aurait pu le retrouver qu'en racontant.</p>
<p>--- Milan Kundera, <em>L'ignorance</em></p></blockquote>
<p><em></em></p>
<p><em>buste de joella lloyd - salvador dali - 1934</em></p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[ils ne savent pas...]]></title>
<link>http://anarkali.wordpress.com/?p=45</link>
<pubDate>Mon, 07 Apr 2008 14:24:16 +0000</pubDate>
<dc:creator>anarkali</dc:creator>
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<description><![CDATA[Ils ne savent pas qu&#8217;ils ne vont plus revoir
Les vergers d&#8217;exil et les plages familière]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><img class="alignleft alignnone size-full wp-image-47" style="float:left;" src="http://anarkali.wordpress.com/files/2008/04/schehade.jpg" alt="Georges Schehadé (1905-1989)" width="140" height="190" />Ils ne savent pas qu'ils ne vont plus revoir<br />
Les vergers d'exil et les plages familières<br />
Les étoiles qui voyagent avec des jambes de sel<br />
Quand la nuit est triste de plusieurs beautés</p>
<p>Ils oublient qu'ils ne vont plus entendre<br />
Le vent de la grille et le chien des images<br />
L'eau qui dort sur la couleur des pierres<br />
La nuit avec des violons de pluie</p>
<p>Tant de magie pour rien<br />
Si ce n'était ce souvenir d'un autre monde<br />
Avec des oiseaux de chair dans la prairie<br />
Avec des montagnes comme des granges<br />
Ô mon enfance ô ma folie</p>
<p>--- Georges Schehadé, <em>Les Poésies</em></p></blockquote>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[plutôt mourir que vivre ici - les esprits libres chez nietzsche]]></title>
<link>http://anarkali.wordpress.com/?p=44</link>
<pubDate>Sun, 06 Apr 2008 19:56:31 +0000</pubDate>
<dc:creator>anarkali</dc:creator>
<guid>http://anarkali.wordpress.com/?p=44</guid>
<description><![CDATA[- figures de l&#8217;exil chez nietzsche -
exil et amor fati (V) | les esprits libres (VI) | dépass]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p align="center">- figures de l'exil chez nietzsche -<br />
<a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/30/jenseigne-aux-hommes-un-vouloir-nouveau-exil-et-amor-fati-chez-nietzsche/" target="_blank">exil et amor fati (V) </a>&#124; les esprits libres (VI) &#124; <a href="2008/04/14/ce-quon-peut-aimer-chez-lhomme-cest-quil-est-transition-et-perdition-depassement-de-lexil-chez-nietzsche/" target="_blank">dépassement de l'exil (VII)</a></p>
<p align="justify">---</p>
<p style="margin-bottom:0;" align="justify">Si Zarathoustra écarte ses disciples et les met en garde, le message de Nietzsche s'adresse bien à une caste particulière mais jamais nommée, à ceux qu'il invite avec lui au voyage. Nietzsche consacre de nombreux aphorismes au type d'homme nouveau que sa philosophie annonce. L'exilé volontaire est d'abord un homme de la solitude, du renoncement à tout foyer, mais un homme qui aime ce destin et en affirme la nécessité. Mais quels sont ces destinataires prêts à tout renoncer sans autre gain qu'une liberté de l'esprit qui ne peut se fonder nulle part:</p>
<blockquote class="western"><p><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>il n'existait et ne pouvait exister aucun destinataire adéquat pour cet « Évangile ». Il faut en chercher la cause dans l'économie interne du nouveau message, qui exige, en contrepartie de l'accès à son privilège de proclamation, un prix disproportionné. [...] Ce n'est pas un hasard s'il a immédiatement poussé son premier proclamateur à se désolidariser de l'humanité passée et actuelle. Il exige de tout disciple potentiel une abstinence tellement radicale par rapport aux formes traditionnelles de l'illusion utile à la vie et du soulagement bourgeois que celui-ci se retrouverait livré à lui-même et en proie à un dégrisement invivable s'il devait sérieusement se rallier au nouveau message. (1</span></span></span>)<sup><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span><a class="sdfootnoteanc" name="sdfootnote1anc" href="#sdfootnote1sym"></a></span></span></span></sup></p></blockquote>
<p style="margin-bottom:0;" align="justify"><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>L'ambiguïté demeure de connaître les destinataires du message nietzschéen, ses sous-titres eux-mêmes entretiennent le mystère, « livre pour tous et pour personne » (2)</span></span></span><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span> ou « prélude à une philosophie de l'avenir » (3)</span></span></span><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>. La préface à </span></span></span><em><span style="text-decoration:none;"><span>Humain, trop humain </span></span></em><span style="text-decoration:none;"><span>(4)</span></span><sup><em></em></sup><em><span style="text-decoration:none;"><span> - </span></span></em><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>« un livre pour les esprits libres » - est sur ce point le meilleur condensé de la vision de Nietzsche de l'esprit libre, un esprit qui franchit les stades de l'exil ici exposés. </span></span></span></p>
<p style="margin-bottom:0;font-style:normal;text-decoration:none;" align="justify">
<p style="margin-bottom:0;font-style:normal;text-decoration:none;" align="justify">Néanmoins, le philosophe est lui-même désinvolte, sa philosophie n'est qu'une idiosyncrasie de l'exil – ces esprits libres sont autant d'albatros, de compagnons de voyage, que le philosophe modèle au fil de la dérive:</p>
<blockquote class="western"><p><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>C'est ainsi donc qu'une fois, lorsque j'en ai eu besoin, j'ai pour mon usage </span></span></span><em><span style="text-decoration:none;"><span>inventé</span></span></em><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span> aussi les « esprits libres » à qui est dédié ce livre de découragement et d'encouragement tout ensemble [...] : des « esprits libres de ce genre, il n'y en a jamais eu, - mais j'avais alors, comme j'ai dit, besoin de leur société, pour rester de bonnes humeurs parmi des humeurs mauvaises (maladie, isolement, exil, </span></span></span><em><span style="text-decoration:none;"><span>acedia</span></span></em><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>, inactivité) : comme de vaillants compagnons et fantômes, avec lesquels on babille et l'on rit, quand on a l'envie de babiller et de rire, et que l'on envoie au diable, quand ils deviennent ennuyeux, - comme dédommagement des amis manquants. (5</span></span></span>)<sup><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span><a class="sdfootnoteanc" name="sdfootnote5anc" href="#sdfootnote5sym"></a></span></span></span></sup></p></blockquote>
<p style="margin-bottom:0;" align="justify"><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>Pourtant, Nietzsche fait constamment parler l'esprit libre (6)</span></span></span><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>, il s'en sert comme d'un paravent pour avancer masqué et détailler sa proposition philosophique. Au sens de Deleuze, l'esprit libre est un personnage conceptuel, dont la ''validité'' ne tient qu'en ce qu'il englobe de façon malléable les affirmations nietzschéennes. Nietzsche incite son lecteur à constamment veiller sur ses interprétations, à ne pas se laisser séduire par le charme de son écriture : « À supposer que cela aussi ne soit que de l'interprétation – vous mourrez d'envie de faire cette objection ? - eh bien, tant mieux. -</span></span></span><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span> » (7). L'exil est toujours singulier, c'est un instinct qui par nature échappe à toutes les catégories, qui combat sa propre identité. Le sens de la désinvolture nietzschéenne est que la liberté ne s'affirme que dans le pouvoir interprétatif, que l'esprit libre est celui qui a traversé le </span></span></span><em><span style="text-decoration:none;"><span>grand affranchissement </span></span></em><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>:</span></span></span></p>
<blockquote class="western"><p><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>C'est une instigation, une impulsion qui s'exerce et se rend maîtresse d'eux comme un ordre; une volonté, un souhait s'éveille, d'aller en avant, n'importe où, à tout prix; une violente et dangereuse curiosité vers un monde non découvert flambe et flamboie dans tous les sens. « Plutôt mourir que vivre </span></span></span><em><span style="text-decoration:none;"><span>ici </span></span></em><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>» - ainsi parle l'impérieuse voie de la séduction : et cet « ici », ce « chez nous » est tout ce qu'elle a aimé jusqu'à cette heure! Une peur, une défiance soudaines de tout ce qu'elle aimait, un éclair de mépris envers ce qui s'appelait pour elle le « devoir », un désir séditieux, volontaire, impérieux comme un volcan, de voyager, de s'expatrier, de s'éloigner, de se rafraîchir, de se dégriser, de se mettre à la glace, une haine pour l'amour, peut-être une démarche et un regard sacrilège en </span></span></span><em><span style="text-decoration:none;"><span>arrière</span></span></em><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>, là-bas, où elle a jusqu'ici prié et aimé, peut-être une brûlure de honte sur ce qu'elle vient de faire, et un cri de joie en même temps pour l'avoir fait, un frisson et d'ivresse et de plaisir intérieur, ou se révèle une victoire – une victoire? Sur quoi? Sur qui? Victoire énigmatique, problématique, sujette à caution, mais qui est enfin la </span></span></span><em><span style="text-decoration:none;"><span>première</span></span></em><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span> victoire: - voilà les maux et les douleurs qui composent l'histoire du grand affranchissement. (8</span></span></span>)<sup><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span><a class="sdfootnoteanc" name="sdfootnote8anc" href="#sdfootnote8sym"></a></span></span></span></sup></p></blockquote>
<p style="margin-bottom:0;font-style:normal;text-decoration:none;" align="justify">Les esprits libres sont pour Nietzsche ceux qui ont compris le sens de son message qui est de refuser toute patrie, un impératif de mouvement qui jamais ne se retourne, ni ne s'arrête: on retrouve ici la joie de la liberté nouvellement conquise et la souffrance d'avoir laissé la terre aimée – la nostalgie. Les esprits libres sont des exilés avec une vision, avec une tension, un but. « Nous autres, esprits libres, qui devenons ce que nous sommes» : nous qui, exilés, nous exilons toujours plus loin, qui faisons nôtre l'incertitude, le risque et l'infini qui parsèment notre chemin.</p>
<blockquote class="western"><p><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>Nous autres: personne n'est exempt de cette recherche difficile, personne n'y est confronté tout seul, et personne n'y est identique. Le désir d'émancipation est toujours le fait d'un rapport aux autres : c'est la diversité effective dans laquelle nous sommes plongés qui nous arrache au solipsisme propre à toute illusion d'identité. (9)</span></span></span></p></blockquote>
<p style="margin-bottom:0;" align="justify"><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>C'est dans l'altérité que se forme l'esprit libre, car il s'exile toujours d'un passé, d'un état de servitude antérieur (10</span></span></span>)<span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>. Il reconnaît également dans la diversité et la pluralité l'ordre hiérarchique du monde, il admet que ce fut là sa vocation, que c'est la lutte des instincts qui le poussent toujours plus avant : </span></span></span></p>
<blockquote class="western"><p><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>Notre vocation nous maîtrise, quand même nous ne la connaissons pas encore; c'est l'avenir qui dicte sa conduite à notre aujourd'hui. Étant donné que c'est le </span></span></span><em><span style="text-decoration:none;"><span>problème de la hiérarchie</span></span></em><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span> dont nous avons le droit de parler, que c'est </span></span></span><em><span style="text-decoration:none;"><span>notre</span></span></em><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span> problème, à nous autres esprit libres : aujourd'hui, au midi de notre vie [...] (11</span></span></span>)<sup><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span><a class="sdfootnoteanc" name="sdfootnote11anc" href="#sdfootnote11sym"></a></span></span></span></sup></p></blockquote>
<p style="margin-bottom:0;" align="justify"><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>L'esprit libre représente la </span></span></span><em><span style="text-decoration:none;"><span>qualité </span></span></em><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>de l'</span></span></span><em><span style="text-decoration:none;"><span>exil ontologique </span></span></em><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>laissé en suspens, il en représente la plus forte intensité, le versant le plus affirmatif. Il est sans cesse en mutation, sans cesse s'élevant vers plus </span></span></span><em><span style="text-decoration:none;"><span>haut, </span></span></em><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>voyant plus </span></span></span><em><span style="text-decoration:none;"><span>loin</span></span></em><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span> que tous les autres, toujours dans la suppléance et l'excès par rapport au commun. L'esprit libre s'est affranchi de la pesanteur, il est un nouveau type d'homme pour un nouveau type de connaissance : </span></span></span></p>
<blockquote class="western">
<p style="margin-bottom:0;" align="justify"><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>Il faut être </span></span></span><em><span style="text-decoration:none;"><span>très léger </span></span></em><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>pour pousser sa volonté de connaissance jusqu'à un point si lointain et comme au-delà de son époque, pour se créer des yeux qui puissent embrasser des millénaires et ajouter à cela du ciel pur dans ces yeux! Il faut être détaché de bien des choses qui justement nous oppressent, nous freinent, nous plaquent au sol, nous rendent lourds, nous, Européens d'aujourd'hui. (12)</span></span></span></p>
</blockquote>
<p style="margin-bottom:0;" align="justify"><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>Ce qui le </span></span></span><em><span style="text-decoration:none;"><span>distingue, </span></span></em><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>ce qui le </span></span></span><em><span style="text-decoration:none;"><span>hiérarchise</span></span></em><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>, c'est un sentiment, une pulsion, une conscience aigüe de soi, plutôt qu'un désir de domination ou la recherche consciente de puissance. Les esprits  libres ne forment pas de groupe homogène ni même hétérogène, ils ne sont que des points isolés qui ne peuvent coaliser leurs forces ou projeter communément leurs volontés. L'esprit libre est anti-politique, il est hors de toute cité :</span></span></span></p>
<blockquote class="western">
<p style="margin-bottom:0;" align="justify"><span>Mais nous, philosophes nouveaux, [...] nous enseignons l'éloignement vers l'étranger dans tous les sens, nous creusons des abîmes tels qu'il n'y en a jamais eu, nous voulons que l'homme devienne plus méchant qu'il ne l'a jamais été. En attendant nous vivons aussi nous-mêmes étrangers et cachés les uns aux autres. Il nous sera nécessaire, pour bien des raisons, d'être des solitaires, et même de porter des masques; - nous serons donc malhabiles à rechercher ceux qui nous sont semblables. (13)</span></p>
</blockquote>
<p style="margin-bottom:0;" align="justify"><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>À ceux qui ont passé le grand affranchissement, il n'est pas de terre promise. Les esprits libres n'ont pas le « pouvoir » d'échapper par eux-mêmes à l'</span></span></span><em><span style="text-decoration:none;"><span>exil ontologique</span></span></em><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>, ils sont seulement ceux qui en affirment de façon la plus tonitruante sa grandeur et qui en repoussent toujours plus loin les horizons. Ils sont les héros tragiques de la philosophie nietzschéenne, ceux qui en ont éprouvé les joies et les souffrances, les infinis et les limites : </span></span></span></p>
<blockquote class="western">
<p style="margin-bottom:0;" align="justify"><em><span>L'héroïsme</span></em><span> – L'héroïsme consiste à faire de grandes choses (ou à ne pas faire quelque chose, mais avec grandeur) sans se sentir en concurrence avec d'autres, </span><em><span>en avant </span></em><span>des autres. Le héros porte en lui le désert et le saint parvis aux limites infranchissables, où qu'il aille. (14)</span></p>
</blockquote>
<p style="margin-bottom:0;" align="justify"><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span>Nietzsche met en scène le dépassement de ce héros, il en fait le héraut d'un nouveau type d'homme, d'un Surhomme, qui est la fin de l'exil : l'affirmation pleine et entière de la vie, origine et fin, aurore et crépuscule. Car le Surhomme relève d'une ontologie renouvelée, qui n'est plus humaine : « le Sur-homme n'accomplirait pas l'humanité mais ce qui, en elle, est plus originaire qu'elle, la Volonté de Puissance : il serait l'accomplissement non pas de l'essence de l'homme, mais de l'essence de la vie</span></span></span><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span> » (15). En d'autres termes, il ne découvre pas une nouvelle terre, ni ne s'</span></span></span><em><span style="text-decoration:none;"><span>accomplit</span></span></em><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span> dans l'exil ; il explose l'</span></span></span><em><span style="text-decoration:none;"><span>exil ontologique</span></span></em><span style="font-style:normal;"><span style="text-decoration:none;"><span> car le Surhomme est celui qui sur terre est chez lui.</span></span></span></p>
<p style="margin-bottom:0;text-align:left;">---</p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/02/27/exil-et-ontologie-chez-nietzsche/">figures de l'exil chez nietzsche (I) : exil et ontologie</a><br />
<a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/09/nous-avons-invente-l%e2%80%99idee-de-but-dans-la-realite-le-but-manque%e2%80%a6-exil-innocence-et-tragique-de-lexistence-chez-nietzsche/" target="_blank"> figures de l'exil chez nietzsche (II) : exil, innocence et tragique de l'existence</a><br />
<a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/19/le-chemin-en-effet-cela-nexiste-pas-exil-et-probite-chez-nietzsche/"> figures de l'exil chez nietzsche (III) : exil et probité</a><br />
<a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/23/o-solitude-solitude-ma-patrie-exil-solitude-et-voyage-chez-nietzsche/"> figures de l'exil chez nietzsche (IV) : exil, solitude et voyage</a><br />
<a href="/2008/03/30/jenseigne-aux-hommes-un-vouloir-nouveau-exil-et-amor-fati-chez-nietzsche/" target="_self"> figures de l'exil chez nietzsche (V) : exil et amor fati</a><br />
figures de l'exil chez nietzsche  (VI) : les esprits libres<br />
<a href="2008/04/14/ce-quon-peut-aimer-chez-lhomme-cest-quil-est-transition-et-perdition-depassement-de-lexil-chez-nietzsche/" target="_self"> figures de l'exil chez nietzsche  (VII) : dépassement de l'exil</a><br />
<a href="2008/04/19/nous-devons-demander-quels-sont-nos-nomades-aujourdhui-qui-sont-vraiment-nos-nietzscheens-conclusion-exil-et-nomadisation-chez-nietzsche/" target="_self"> figures de l'exil chez nietzsche (VIII) : conclusion ; exil et nomadisation</a></p>
<p style="margin-bottom:0;text-align:center;">
<p style="margin-bottom:0;" align="justify">---</p>
<div id="sdfootnote1">
<p class="sdfootnote">(1) Peter 	Sloterdijk, <em>La compétition des bonnes nouvelles - Nietzsche évangéliste</em>, p. 49</p>
</div>
<div id="sdfootnote2">
<p class="sdfootnote">(2) Nietzsche,<em> Ainsi parlait Zarathoustra</em></p>
</div>
<div id="sdfootnote3">
<p class="sdfootnote">(3) Nietzsche, 	<em>Par-delà bien et mal</em></p>
</div>
<div id="sdfootnote4">
<p class="sdfootnote">(4) Ré-écrite 	en 1886, soit après la publication de <em>Ainsi parlait 	Zarathoustra</em> et de <em>Par-delà bien et mal.</em></p>
</div>
<div id="sdfootnote5">
<p class="sdfootnote">(5) Nietzsche, 	<em>Humain, trop humain</em>, I, <em>Préface</em>, § 	2</p>
</div>
<div id="sdfootnote6">
<p class="sdfootnote">(6) Par 	ailleurs, le reste de la préface est consacré aux 	conditions d'émergence de l'esprit libre, de son cheminement.</p>
</div>
<div id="sdfootnote7">
<p class="sdfootnote">(7) Nietzsche, 	<em>Par-delà bien et mal</em>, § 22</p>
</div>
<div id="sdfootnote8">
<p class="sdfootnote">(8) Nietzsche, 	<em>Humain, trop humain</em>, I, <em>préface</em>, § 	3</p>
</div>
<div id="sdfootnote9">
<p class="sdfootnote">(9) Antonia 	Birnbaum, <em>Nietzsche : les aventures de l'héroïsme</em>, p.87</p>
</div>
<div id="sdfootnote10">
<p class="sdfootnote"><span style="background:transparent none repeat scroll 0;">(10) cf. </span><span style="background:transparent none repeat scroll 0;">dépassement de l'exil (VIII)<br />
</span></p>
</div>
<div id="sdfootnote11">
<p class="sdfootnote">(11) Nietzsche, 	<em>Humain, trop humain</em>, I, Préface, § 7</p>
</div>
<div id="sdfootnote12">
<p class="sdfootnote">(12) Nietzsche,<em> Le Gai Savoir</em>, § 380</p>
</div>
<div id="sdfootnote13">
<p class="sdfootnote"><span style="background:transparent none repeat scroll 0;">(13) Nietzsche, </span><em><span style="background:transparent none repeat scroll 0;">Fragments posthumes, </span></em><span style="background:transparent none repeat scroll 0;">FP 36 [17]</span></p>
<p class="sdfootnote">(14) Nietzsche, 	<em>Humain, trop humain</em>, II, <em>Le voyageur et son 	ombre</em>, § 337</p>
</div>
<div id="sdfootnote14">
<p class="sdfootnote">(15) Michel 	Haar, <em>Nietzsche et la métaphysique,</em><span style="font-style:normal;"> </span>p. 50</p>
</div>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[j'enseigne aux hommes un vouloir nouveau - exil et amor fati chez nietzsche]]></title>
<link>http://anarkali.wordpress.com/?p=42</link>
<pubDate>Mon, 31 Mar 2008 00:52:42 +0000</pubDate>
<dc:creator>anarkali</dc:creator>
<guid>http://anarkali.wordpress.com/?p=42</guid>
<description><![CDATA[- figures de l&#8217;exil chez nietzsche -
exil, solitude et voyage (IV) | exil et amor fati (V) | l]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p align="center">- figures de l'exil chez nietzsche -<br />
<a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/23/o-solitude-solitude-ma-patrie-exil-solitude-et-voyage-chez-nietzsche/" target="_blank">exil, solitude et voyage (IV)</a> &#124; exil et amor fati (V) &#124; <a href="2008/04/06/plutot-mourir-que-vivre-ici-les-esprits-libres-chez-nietzsche/" target="_blank">les esprits libres (VI)</a></p>
<p align="justify">---</p>
<p align="left">L'enseignement des vertus de la solitude chez Nietzsche s'accompagne de l'amour de cette solitude. Il s'agit désormais, après avoir rompu les amarres, d'apprécier la navigation, de la vouloir ; c'est le sens de la vie qui s'affirme elle-même dans son devenir. Si la figure de l'esprit libre s'affirme de plus en plus chez Nietzsche à partir du <em>Gai Savoir</em>, Nietzsche entend bien le guider vers un ailleurs, l'inciter à s'élever au-dessus de toute pesanteur, se départir du scepticisme et du désespoir de la condition d'exilé, de la nostalgie : « j'enseigne aux hommes un vouloir nouveau : vouloir consciemment la route que l'homme a parcourue en aveugle, la juger bonne et ne plus s'en écarter furtivement, comme font les malades et les moribonds (1)». On retrouve ici la tension nietzschéenne entre l'innocence du devenir, l'illusion du libre-arbitre, et le vouloir conscient, la force évaluatrice et interprétative toujours autonome, entre le crépuscule de la métaphysique et les conditions d'affirmation d'un nouveau but, d'une nouvelle volonté. C'est à ce dilemme que se heurte Camus :</p>
<div>
<blockquote><p>Si le destin n'est pas orienté par une valeur supérieure, si le hasard est roi, voici la marche dans les ténèbres, l'affreuse liberté de l'aveugle. Au terme de la plus grande libération, Nietzsche choisit donc la plus grande dépendance. « Si nous ne faisons pas de la mort de Dieu un grand renoncement et une perpétuelle victoire sur nous-mêmes, nous aurons à payer pour cette perte. » Autrement dit, avec Nietzsche, la révolte débouche sur l'ascèse. (2)</p></blockquote>
</div>
<p align="left">Le sentiment de l'absurde de Camus provient de l'absence de Dieu, de l'obscurité du hasard de son existence : « La vie ne pose pas la question à laquelle s'attend l'homme qui pense. De ce décalage naît le sentiment d'être ''étranger" (3)». Pour Nietzsche, la seule ascèse de l'homme libre est sa probité, qui est la garante de cette liberté, qui la fonde et la maintient. Camus préfère la révolte à ce qu'il perçoit comme un nihilisme stérile. Il oublie le projet affirmatif nietzschéen pour n'en retenir la critique de toute téléologie. Il en reste pour ainsi dire à l'<em>exil ontologique, </em>négatif,<em> </em>sans s'engager dans le deuxième temps de l'exil volontaire et affirmatif. Camus cherche trop à arrimer une téléologie au coup de marteau, à le transformer en outil <em>pour, </em>en intention. Or dès <em>Humain, trop humain, </em>Nietzsche ne fait pas mystère de ses intentions:</p>
<div>
<blockquote><p><em>Le voyageur -</em> Celui qui veut seulement, dans une certaine mesure, arriver à la liberté de la raison n'a pas le droit pendant longtemps de se sentir sur terre autrement qu'en voyageur, - et non pas même pour un voyage <em>vers </em>un but dernier ; car il n'y en point. [...] Il faut qu'il y ait toujours en lui quelque chose du voyageur, qui trouve son plaisir au changement et au passage. [...] Nés des mystères du matin, ils songent à ce qui peut donner au jour, entre le dixième et le douzième coup de cloche un visage si pur, si pénétré de lumière, si joyeux de clarté, - ils cherchent la <em>philosophie d'avant-midi.</em> (4)</p></blockquote>
</div>
<p align="left">Se révolter contre son destin serait pour Nietzsche un contre-sens malheureux, car ce serait oublier que l'homme n'habite la terre qu'en exilé, qu'il n'a pas prise sur l'espace, ni sur le temps.</p>
<p align="left">Le mouvement projette l'homme dans une altérité constante, se figer en une identité, même négative, c'est se rêver un foyer et une Ithaque ; c'est dépasser l'illusion pour le tangible, la morale - ce serait succomber au nihilisme dont Nietzsche nous met constamment en garde - :</p>
<div>
<blockquote><p>Ceux qui prétendent défendre la valeur absolue des choses ne font que reconduire le passé, le « traîner un peu plus loin à travers le temps ». Plus encore, ils ne vivent même pas au présent, tant ce passé les domine. Ainsi, la connaissance de soi-même s'engage dans une rupture avec cette surdétermination venue du passé. [...] Pour s'émanciper des sentences morales, il faut se désintéresser de son identité : seuls ceux qui se considèrent comme inconnu pourront se découvrir comme différents de ce qu'ils étaient jusqu'alors. (5)</p></blockquote>
</div>
<p align="left">L'amour du destin, où comment aimer la perpétuelle découverte de soi, accepter « cette interminable nomadisation sur place dans laquelle il y a toujours quelque chose à voler, à prendre, c'est-a-dire à apprendre, c'est-à-dire à traduire et à transcrire pour son compte (6)». Le mouvement est un enrichissement toujours potentiel, il est aussi toujours l'abandon de l'autre que nous étions la seconde précédente. Comme Nietzsche semble le suggérer à plusieurs reprises, le monde ne crée pas éternellement du nouveau (7), c'est donc que toute addition requiert soustraction, toute création exige la destruction (8). Mais du conflit émerge l'excès ; la violence et la destruction ne tendent pas vers le néant en ce qu'elles suppléent l'altération du présent, « relance l'activité inventive du devenir (9) ». Le devenir suggère la destruction du même pour l'autre, le renoncement de l'un pour le pluriel. De plus, si ce monde n'est fondé que sur le coup de dés de l'enfant, et que sa combinaison est nécessaire - soit complète et inaltérable -, il ne peut y avoir de manque, tout est pure contingence de ce Hasard, « nul n'y commande, nul n'y obéit, nul n'y transgresse (10)». L'homme est donc fondamentalement ouverture au monde - il n'est pas d'esprit libre par nature.</p>
<div>
<blockquote><p>la liberté des « esprits libres » se révèle dénuée de toute propriété, de toute caractéristique qui permettrait de la définir, <em>elle ne désigne que l'épreuve singulière de la non-évidence du commun : l'épreuve toujours à recommencer de la séparation et de la fragmentation</em> qui constitue la vie collective à partir de son indétermination même. Le type « libre esprit » est sans limite, mais désigne l'altération possible de ce qu'il y a d'arbitraire dans ce qui nous est déjà donné comme universel. C'est cette altération qui transforme quelqu'un en un libre esprit, et c'est à travers elle que s'actualise l'héroïsme de l'émancipation. Un libre esprit n'est pas un héros, il le devient. L'héroïsme émancipateur <em>ne circonscrit ni ne qualifie ceux qui sont libres, mais désigne l'excès impropre de la contingence plurielle sur l'identique comme le lieu même de toute liberté singulière</em>. (11)</p></blockquote>
</div>
<p align="left">Émancipation est ici à prendre dans un sens non-téléologique, elle n'est pas émancipation <em>vers</em>, mais émancipation<em> de </em>; elle est le trait de l'homme qui <em>s'exile</em>, qui en affirmant sa condition d'exilé, gagne sa liberté d'esprit en éprouvant l'altération du même, non comme une défaite, mais une victoire. Une prémisse de l'<em>amor fati</em> (12) comme joie de l'impitoyable destin qui toujours nous transforme, et du même coup, nous libère de l'identique pour le singulier pluriel qu'est le devenir.</p>
<p align="left">Cette joie est donc celle des récipiendaires du message nietzschéen, des <em>esprits libres</em> et des <em>nouveaux philosophes</em> qu'il appelle de ses voeux. Ce sont eux les hérauts héroïques qui transfigureront cette liberté en grandeur, qui des tréfonds solitaires en extirperont la noblesse et tendront vers des cimes encore jamais atteintes - du crépuscule à l'aurore :</p>
<div>
<blockquote><p>En effet, nous, philosophes et « esprits libres », nous sentons, à la nouvelle que le « vieux dieu » est « mort », comme baignés par les rayons d'une nouvelle aurore ; notre coeur en déborde de reconnaissance, d'étonnement, de pressentiment, d'attente, - l'horizon nous semble enfin redevenu libre, même s'il n'est pas limpide, nos navires peuvent de nouveau courir les mers, courir à la rencontre de tous les dangers, toutes les entreprises risquées de l'homme de connaissance sont de nouveau permises, la mer, <em>notre</em> mer, nous offre de nouveau son grand large, peut-être n'y eut-il jamais encore pareil « grand large ». (13)</p></blockquote>
</div>
<p>---</p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/02/27/exil-et-ontologie-chez-nietzsche/">figures de l'exil chez nietzsche (I) : exil et ontologie</a><br />
<a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/09/nous-avons-invente-l%e2%80%99idee-de-but-dans-la-realite-le-but-manque%e2%80%a6-exil-innocence-et-tragique-de-lexistence-chez-nietzsche/" target="_blank"> figures de l'exil chez nietzsche (II) : exil, innocence et tragique de l'existence</a><br />
<a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/19/le-chemin-en-effet-cela-nexiste-pas-exil-et-probite-chez-nietzsche/"> figures de l'exil chez nietzsche (III) : exil et probité</a><br />
<a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/23/o-solitude-solitude-ma-patrie-exil-solitude-et-voyage-chez-nietzsche/"> figures de l'exil chez nietzsche (IV) : exil, solitude et voyage</a><br />
figures de l'exil chez nietzsche (V) : exil et amor fati<br />
<a href="/2008/04/06/plutot-mourir-que-vivre-ici-les-esprits-libres-chez-nietzsche/" target="_self"> figures de l'exil chez nietzsche  (VI) : les esprits libres</a><br />
<a href="2008/04/14/ce-quon-peut-aimer-chez-lhomme-cest-quil-est-transition-et-perdition-depassement-de-lexil-chez-nietzsche/" target="_self"> figures de l'exil chez nietzsche  (VII) : dépassement de l'exil</a><br />
<a href="2008/04/19/nous-devons-demander-quels-sont-nos-nomades-aujourdhui-qui-sont-vraiment-nos-nietzscheens-conclusion-exil-et-nomadisation-chez-nietzsche/" target="_self"> figures de l'exil chez nietzsche (VIII) : conclusion ; exil et nomadisation</a></p>
<p align="center">
<p align="justify">---</p>
<p>(1) Nietzsche, 	<em>Ainsi parlait Zarathoustra</em>, I, <em>de ceux de 	l'autre monde</em></p>
<p>(2) Albert 	Camus, <em>L'homme révolté, </em>in <em>Essais</em>, p. 480-481</p>
<p>(3) Pierre 	Boudot, <em>Nietzsche et 	l'au-delà de la liberté </em>; pp. 	65-66</p>
<p>(4) Nietzsche, 	<em>Humain, trop humain</em>, I, § 638</p>
<p>(5) Antonia 	Birnbaum, <em>Nietzsche, les aventures de l'héroïsme</em>, pp. 89-90</p>
<p>(6) Jean 	Borreil, <em>La raison nomade</em>, p. 35</p>
<p>(7) cf. 	notamment, <em>Le Gai Savoir</em>, §109</p>
<p>(8) cf. 	<em>infra</em></p>
<p>(9) Antonia 	Birnbaum, op. cit., p. 179</p>
<p>(10) Nietzsche, <em>Le Gai Savoir</em>, § 109</p>
<p>(11) Antonia 	Birnbaum, <em>op. cit.</em>, p. 179 - (nous soulignons)</p>
<p>(12) Ce 	terme est étroitement lié à la pensée de 	l'Éternel Retour</p>
<p>(13) Nietzsche, 	<em>Le Gai Savoir</em>, § 343</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[ô solitude, solitude ma patrie ! - exil, solitude et voyage chez nietzsche]]></title>
<link>http://anarkali.wordpress.com/?p=39</link>
<pubDate>Sun, 23 Mar 2008 18:18:31 +0000</pubDate>
<dc:creator>anarkali</dc:creator>
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<description><![CDATA[- figures de l&#8217;exil chez nietzsche -
exil et probité (III) | exil, solitude et voyage (IV) | ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p align="center">- figures de l'exil chez nietzsche -<br />
<a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/19/le-chemin-en-effet-cela-nexiste-pas-exil-et-probite-chez-nietzsche/" target="_blank">exil et probité (III)</a> &#124; exil, solitude et voyage (IV) &#124; <a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/30/jenseigne-aux-hommes-un-vouloir-nouveau-exil-et-amor-fati-chez-nietzsche/" target="_blank">exil et amor fati (V)</a></p>
<p align="justify">---</p>
<p align="justify">C'est tout le sens de la philosophie nietzschéenne, de son écriture, de son ton et de ses développements, que de provoquer, de pousser à la réflexion, au mouvement. Si Nietzsche produit une critique radicale des <em>balourds, </em>de <em>l'esprit de pesanteur</em>, c'est pour mieux célébrer l'élévation, la légèreté, la <em>danse</em> du philosophe. Le sens de l'affirmation nietzschéenne repose dans les multiples invitations au voyage que l'oeuvre égrène, et qui s'incarne dans le périple prophétique de Zarathoustra. Car sur la <em>qualité </em>de cet exil, Nietzsche le veut le plus haut, avec une intensité toujours nouvelle. Comme l'a affirmé Deleuze, Nietzsche est un philosophe de la pensée nomade, qui s'enrichit des contrées traversées sans jamais pouvoir se sédentariser dans aucun habitat: pour beaucoup un cinquième évangéliste (1) annonciateur de la bonne nouvelle qui n'a pas encore atteint le commun des mortels. Quel serait sinon le sens de ce <em>nous</em> de nombreux aphorismes ? Pourquoi cette interpellation ?</p>
<blockquote><p>[...] parce que nous sentons dans l'appel de la liberté l'instinct le plus prononcé de notre esprit et qu'en opposition avec les intelligences liées et enracinées nous voyons presque notre idéal dans une espèce de <em>nomadisme</em> intellectuel - pour me servir d'une expression modeste et presque dénigrante. (2)</p></blockquote>
<p align="justify">Puisque nous sommes tous propulsés sur l'océan infini, il s'agit désormais pour le philosophe de se faire voyageur. Le trait le plus saillant de cet instinct est de s'extirper du troupeau, d'affirmer sa singularité, sa valeur. La vie sage et tranquille du penseur - du <em>chinois de Königsberg -</em> n'est pas celle de ces philosophes voulus par Nietzsche :</p>
<blockquote><p>La sagesse: pour le peuple, cela semble être une espèce de fuite, un moyen dangereux, mais le véritable philosophe - à ce qu'il nous semble, mes amis? - vit de manière « non-philosophique » et « non-sage », et surtout imprudente, et il ressent le fardeau et le devoir de cent tentatives et tentations de vie: - il se risque constamment, il joue le jeu dangereux. (3)</p></blockquote>
<p align="justify">Il est clair que cette bravoure est bien plus celle de l'esprit que celle du corps. Le risque permanent implique de se détacher de tous les préjugés et de toute morale, de regarder le devenir en face.</p>
<p align="justify">Il n'y a d'autre voie pour Nietzsche que la solitude. L'exil exige un détachement radical de tout groupe et de toute société, car la croyance en les autres n'est finalement qu'une sorte de pitié à leur égard ou le respect d'une morale surannée : « Qui s'écarte de la tradition est victime de l'exception; qui reste dans la tradition en est l'esclave. C'est toujours à sa perte qu'on s'achemine dans les deux cas ». (4) La morale forte et chevaleresque qu'admire Nietzsche est bien celle des héros solitaires : les apôtres sont à Nietzsche bien plus suspects que le Christ. Tel est le message que délivre Zarathoustra:</p>
<blockquote><p>Je m'en vais seul à présent, mes disciples. Vous aussi, allez-vous-en loin d'ici et partez seuls. Telle est ma volonté. En vérité, c'est moi qui vous le conseille : éloignez-vous de moi et défendez-vous contre Zarathoustra. Et encore mieux, ayez honte de lui. Peut-être vous a-t-il trompés. [...] Vous dites que vous croyez en Zarathoustra ? Mais qu'importe Zarathoustra ? Vous croyez en moi ? Mais qu'importent tous les croyants ! Vous ne vous étiez pas encore cherchée quand vous m'avez trouvé. Ainsi font tous les croyants, c'est pourquoi toute croyance importe si peu. Maintenant, je vous ordonne de me perdre et de vous trouver ; et quand vous m'aurez tous renié, alors seulement je reviendrai parmi vous. (5)</p></blockquote>
<p align="justify">La solitude est donc le passage obligé vers une plus grande connaissance de soi, un prélude nécessaire à l'élévation. Elle est consubstantielle de l'homme qui <em>s'exile</em> du monde et des autres, en ce sens qu'il sera toujours étranger. Il n'y a plus alors de terre accueillante ou de foyer pour l'esprit libre:</p>
<blockquote><p>Ô solitude, solitude ma <em>patrie! </em>J'ai trop longtemps vécu à l'étranger, en étranger pour ne pas te revenir avec larmes. [...] Ô Zarathoustra, je sais tout, et que tu t'es senti <em>plus abandonné, </em>toi <em>l'unique, </em>dans la multitude, que tu ne fus jamais auprès de moi. Une chose est l'abandon, une autre est la solitude; <em>voilà </em>ce que tu as appris maintenant, et que chez les hommes tu te sentiras toujours un étranger, un barbare: - étranger et barbare même quand ils t'aimeront; car ce qu'ils veulent avant tout, c'est qu'on les <em>ménage</em>! (6)</p></blockquote>
<p align="justify">Ainsi est l'exilé, éternel étranger parmi les hommes. Mais ce dénuement est justement sa richesse, car elle assure sa liberté à l'esprit. Cependant, l'exil implique la nostalgie de l'impossible retour :</p>
<blockquote><p>Hélas ! Où pourrais-je encore monter dans ma nostalgie ? Du haut de tous les sommets je cherche du regard le pays de mes pères et de mes mères. Mais je n'ai trouvé de patrie nulle part, je ne suis jamais qu'un passant dans toutes les villes, et en partance sur tous les seuils. Ils me sont étrangers, ils me sont une dérision, ces hommes d'à présent vers qui mon coeur, naguère, m'appelait, et je suis banni de toutes les patries des pays des pères et des mères. Je n'aimerai donc plus que <em>le pays de mes enfants, </em>l'île inconnue au coeur des mers lointaines ; c'est sur elle que je mettrai le cap, sans me lasser. Le réparerai dans la personne de mes enfants le fait d'avoir été l'enfant de mes pères ; et je dédommagerai tout l'avenir - de <em>ce </em>présent. (7)</p></blockquote>
<p align="justify">Nietzsche dessine ici une destination au voyage du philosophe, le lointain espoir que le futur réalisera ses promesses, que enfin le devenir ne soit plus lesté par le passé. Le passé doit s'excuser d'être passé, il doit cesser de se figer et contraindre le futur. (8) Mais, cette ambitieuse vision se paie du bannissement de la terre ; le présent n'est plus désormais que cette maison d'un instant dont l'on arpente le seuil sans répit:</p>
<blockquote><p>Que se passe-t-il quand l'habiter devient l'hétérogène des locataires, de leur peu d'identité et de leur peu de qualités ? [...] ce sont de mauvais habitants qui préféreront toujours leurs enjeux, mêmes dérisoires à ceux de la communauté de l'être-ensemble des mortels ; de mauvais habitants qui, au ménagement et à l'aménagement, préfèrent de toute évidence le déménagement. (9)</p></blockquote>
<p align="justify">Le <em>dé-ménagement </em>qu'implique la solitude est à la fois la gaieté d'esprit du mouvement et du devenir en même temps que nostalgie et souffrance. La vie ne peut se défaire de la perte, de l'abandon de ce qui devient immédiatement passé. Le philosophe court donc d'illusion en illusion, de masque en masque, son instinct de connaissance toujours contrarié par le nouveau. La vie n'est pas une maison patiemment construite de briques de connaissances pour abriter l'esprit arrivé à maturité. Tout savoir acquis n'est qu'une illusion que l'affirmation de la vie chaotique contredit, mais c'est une illusion nécessaire : « l'instinct de la connaissance, parvenu à ses limites, se retourne contre lui-même pour en venir à la critique du savoir. La connaissance au service de la vie la meilleure. On doit vouloir même l'illusion - c'est là qu'est le tragique ». (10) L'esprit est non-seulement en-dehors ou au-dessus du commun, il est aussi seul face à lui-même. Sloterdijk livre une des interprétations les plus profondes du paradoxe qu'est cette solitude idiosyncratique:</p>
<blockquote><p>Le cinquième « Évangile » part d'une oeuvre de destruction des illusions à laquelle il n'existe pas de parallèle. Il respecte la norme du Gai Savoir, qui est en réalité le savoir le plus désespéré qu'on ait jamais lancé; il suppose un niveau de désenchantement qui descend à des profondeurs quasi suicidaires. Il correspond à peu près à une mort endogène par déception. Nietzsche n'a jamais douté du fait qu'il existait un lien de production indissoluble entre son dépérissement chronique et sa lucidité sans précédent sur les choses psychologiques et métaphysiques. Sa propre existence était pour lui « l'expérimentation du découvrant », il considérait ses souffrances comme les traites de ses découvertes. Et plus il remboursait, plus ses visions et ses états l'éloignaient des communautés humaines existantes. Il dérivait de plus en plus loin, vers une situation d'externalité inexorable par rapport aux conventions mensongères de la société. Il regardait en prenant toujours plus de distance les idoles du peuple, du marché et de la caverne. Avec son mythe privé des hyperboréens (11), il décrivait son séjour dans le froid comme un exil joyeux et volontaire. Il n'avait pas le droit de croire qu'il y détenait un point de départ partagé avec des lecteurs contemporains. Il lui était encore moins permis de supposer qu'il pourrait trouver des disciples qui apprendraient leurs leçons dans des conditions analogues. De là la référence obstinée de Nietzsche à sa fatale solitude; de là le regard sur le monde comme « une porte donnant sur mille déserts, vides et froids » (12)</p></blockquote>
<p align="justify">La <em>fatale solitude</em> de Nietzsche n'est point misanthropie ; seulement, la croyance que nous sommes semblables est le début d'une morale humaniste, d'une égalitarisation de statuts intrinsèquement uniques et hiérarchiques. Elle est le signe d'une décadence que l'homme du devenir doit fuir:</p>
<blockquote><p>« Car chez nous, la solitude est une vertu, en tant qu'inclination et penchant sublime à la propreté, qui devine l'inévitable malpropreté nécessairement attachée à tout contact des être humains - « en société » -. Toute communauté rend, d'une manière ou d'une autre, en un lieu ou un autre, à un moment ou un autre - « commun ». (13)</p></blockquote>
<p align="justify">Nietzsche reproche à l'homme son hypocrisie, sa volonté d'être identique aux autres, de se croire un individu de droits égaux, de refuser d'affirmer sa singularité pleine et entière - en quelque sorte, de ne pas être le héros de son existence, en nier la souffrance pour préférer le confort du dernier homme. Car la vie ne peut s'aliéner ni à une morale, ni à une science, elle ne peut être dans le nihilisme passif ; elle a besoin de la pensée pour s'affirmer. Comme le remarque Deleuze : « penser signifierait ceci : <em>découvrir, inventer de nouvelles possibilités de vie</em>» (14) :</p>
<blockquote><p>Ce que ces vies ont de surprenant, c'est que deux instincts ennemis, qui tirent dans des sens opposés, semblent être forcés de marcher sous le même joug : l'instinct qui tend à la connaissance est contraint sans cesse à abandonner le sol où l'homme a coutume de vivre et à se lancer dans l'incertain, et l'instinct qui veut la vie se voit forcé de chercher sans cesse à tâtons un nouveau lieu où s'établir. (15)</p></blockquote>
<p align="justify"><em>Vouloir l'illusion, chercher à tâtons un nouveau lieu où s'établir</em>, Nietzsche a affirmé très tôt dans son oeuvre ce qui le poursuivra sans cesse tout au long de son oeuvre. Le caractère irréductible de la lutte des instincts nous pousse non seulement à l'isolement mais bien plus à l'acceptation de celui-ci, à s'élever au-dessus de cette lutte, et en affirmer le caractère nécessaire. Alors l'homme aimera son destin, joie et souffrance - <em>amor fati.</em></p>
<p align="justify">---</p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/02/27/exil-et-ontologie-chez-nietzsche/">figures de l'exil chez nietzsche (I) : exil et ontologie</a><br />
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figures de l'exil chez nietzsche (IV) : exil, solitude et voyage<br />
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<p align="center"><a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/30/jenseigne-aux-hommes-un-vouloir-nouveau-exil-et-amor-fati-chez-nietzsche/"></a></p>
<p align="justify">---</p>
<p>(1) En 	plus de Peter Sloterdijk, cf. Eric Blondel, <em>Nietzsche, le 	Cinquième Évangile, </em>Paris, 	Bergers &#38; Mages, 1980.</p>
<p>(2) Nietzsche, 	<em>Humain, trop humain</em>, II, <em>Opinions 	et sentence mêlées</em>, 	§211</p>
<p>(3) Nietzsche,<em> Par-delà bien et mal</em>, § 205</p>
<p>(4) Nietzsche, 	<em>Humain, trop humain</em>, I, § 552</p>
<p>(5) Nietzsche, 	<em>Ainsi parlait Zarathoustra,</em> I, <em>De la vertu qui donne, </em>§<em> </em>3</p>
<p>(6) <em>I</em><em>bid.</em>, 	III, <em>le retour au pays</em></p>
<p>(7) <em>Ibid.</em>, 	II, <em>du pays de la culture</em></p>
<p>(8) cf. le thème de 	l'Éternel Retour (VII)</p>
<p>(9) Jean 	Borreil, <em>La raison nomade</em>, p. 85</p>
<p>(10) Nietzsche, 	<em>Le livre du 	philosophe,</em> § 37</p>
<p>(11) Nietzsche, 	<em>L'Antéchrist</em>, § 1</p>
<p>(12) Peter 	Sloterdijk, <em>La compétition des bonnes nouvelles – Nietzsche évangéliste</em>, p. 50</p>
<p>(13) Nietzsche, 	<em>Par-delà Bien et Mal</em>, § 284</p>
<p>(14) Gilles 	Deleuze, <em>Nietzsche et la philosophie</em>, p. 114 - 	(Deleuze souligne)</p>
<p>(15) Nietzsche, 	<em>La</em> <em>philosophie à l'époque de la tragédie 	grecque</em>, cité dans Deleuze, <em>Nietzsche et la 	philosophie</em>, pp 	114-115</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[il ne saurait y avoir d'exil sous le firmament car rien n'y est étranger à l'homme]]></title>
<link>http://anarkali.wordpress.com/?p=36</link>
<pubDate>Fri, 21 Mar 2008 16:12:21 +0000</pubDate>
<dc:creator>anarkali</dc:creator>
<guid>http://anarkali.wordpress.com/?p=36</guid>
<description><![CDATA[Intrigue et exil étaient deux choses intimement mêlées pour les Anciens. Sénèque en fit l]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://anarkali.wordpress.com/files/2008/03/seneca.png" alt="sénèque" align="left" height="214" width="200" />Intrigue et exil étaient deux choses intimement mêlées pour les Anciens. Sénèque en fit l'amère expérience en étant relégué de Rome en 41 par l'empereur Claude sur injonction de sa femme Messaline, sous prétexte d'adultère avec Julia Livilla, sœur d'Agrippine. Il y sera finalement rappelé en 49 par cette même Agrippine, devenue entre-temps la quatrième femme de l'empereur Claude (qui avait succédé à Caligula, frère d'Agrippine) pour être le précepteur de son fils Néron. Mais la proximité du pouvoir fut son bourreau, et sans qu'aucune preuve ne fut jamais apportée, Sénèque se trouva pris dans la conjuration de Pison contre l'empereur Néron et fut condamner à mourir en 65.</p>
<p>Il écrira ses <i>Consolations </i>pendant son exil corse, exposant sa philosophie stoïcienne en face de sujets tels que l'exil, la mort, et la souffrance. Dans la première de celle-ci, adressée à sa mère Helvia, Sénèque décrit l'exil comme partie du mouvement et du déplacement humain au même titre que l'émigration ou le voyage qui fait que beaucoup partagent les traits de l'exilé. Cette définition <i>a minima</i> de l'exil en recouvre une dimension essentielle : celle du mouvement dont il faut s'accommoder. Si il est un point que Sénèque nous rappelle constamment, c'est de ne pas se perdre dans la nostalgie de la terre perdue, ni de croire que chaque lieu puisse être un foyer potentiel.</p>
<blockquote><p>Maintenant que nous avons écarté le jugement du plus grand nombre, qui se laisse influencer par les apparences et qui est prêt à croire n'importe quoi, examinons ce qu'est l'exil. Eh bien ! c'est un changement de lieu.<br />
--- Sénèque, <i>Consolations à Helvia, ma mère</i>, VI, 1</p></blockquote>
<p>Sénèque écarte d'abord le jugement de la majorité, qui juge l'exil comme une situation "sinistre et détestable", pour faire la démonstration des principes stoïciens de sagesse et de détachement. Ainsi, à ceux qui lui disent qu'être privé de sa patrie est chose bien pénible, il rétorque qu'il suffit de constater combien sont nombreux ceux qui délaissent leur terre natale pour trouver gloire ou richesse, pour remplir les obligations d'une charge publique, pour servir une amitié ou un goût pour les vices. L'exilé trouve donc souvent douceur dans sa nouvelle situation.</p>
<p>De plus, la mobilité de l'homme est insatiable, et il est bien délicat de parler de l'essence d'un peuple tant les guerres, colonisations et exodes furent incessants.</p>
<blockquote><p>Tu auras peine à trouver une seule terre qui soit jusqu'à maintenant habitée par sa population d'origine : ce ne sont que métissages et greffes successives. Les populations se sont succédées les unes aux autres ; tel a convoité ce que tel autre a dédaigné ; tel fut chassé de l'endroit d'où il avait expulsé tel autre. Telle est la volonté du destin : que rien ne bénéficie d'une Fortune éternellement stable.  (VII, 10)</p></blockquote>
<p>L'exilé est donc un grain de sable dans l'immense mouvement de population que provoque le destin des peuples ; il ne saurait trouver en sa peine une saveur particulière ou une douleur singulière. En outre, la tristesse ne saurait sourdre de ce déplacement, car si l'exilé est détaché de ses biens, il emporte avec lui ses biens le plus précieux : ses vertus. La hauteur d'âme est indifférente à la nature du sol foulé.</p>
<blockquote><p> [...] il a été, dis-je, voulu que seules nos possessions sans valeur soient à la merci d'autrui. Tout ce que l'homme possède de meilleur échappe à toute emprise humaine et ne peut être ni donné, ni volé. (VIII, 3, 4)</p></blockquote>
<p>Si les biens et les possessions matérielles sont à la merci du destin, elle ne sauraient constituées le niveau le plus élevé d'accomplissement. La contemplation des desseins célestes ne dépend pas du lieu ou de l'ancrage de l'individu. L'exil répond donc des circonstances et de la <i>fortune, </i>il ne se décide point plus qu'il ne s'accepte et même se désire.</p>
<blockquote><p>Ainsi, plein d'entrain et la tête haute, hâtons-nous d'un pas alerte là où nous portent les circonstances, parcourons tous les pays du monde ! Il ne saurait y avoir d'exil sous le firmament car rien n'y est étranger à l'homme. (VIII, 5)</p></blockquote>
<p>Sénèque dégage une philosophie positive de l'exil : le déracinement nous détache des considérations matérielles et engage notre âme à la contemplation du commun sous tous les cieux. Le dénuement nous ouvre les yeux sur la nécessité et la contemplation permet l'appréciation de la liberté de l'âme, détachée de toute entrave. Dans une image proche de <a href="/2008/03/02/restless-in-rest/" target="_blank">Gibran</a>, Sénèque célèbre l'insaisissabilité de l'âme, s'élevant toujours plus haut vers les cieux.</p>
<blockquote><p>elle [l'âme] ne peut jamais être exilée car elle est libre, apparentée aux dieux et participe de l'infini dans l'espace et dans le temps ; sa pensée en effet parcourt la totalité du ciel, elle se déploie dans la totalité du passé et du futur. Ce misérable corps, prison et chaîne de l'âme, est malmené de-ci de-là ; c'est sur lui que pèsent les châtiments, les agressions, les maladies. Mais ce qui est certain, c'est que l'âme est, quant à elle, sacrée et éternelle et que nul ne peut mettre la main sur elle. (XI, 7)</p></blockquote>
<p>La position stoïque d'acceptation du destin comme signe de liberté me semble éminemment proche de <a href="/2008/03/19/le-chemin-en-effet-cela-nexiste-pas-exil-et-probite-chez-nietzsche/" target="_blank">Nietzsche</a> et de l'idée d'<i>amor fati. </i>Sans vouloir faire de comparaison anachronique, remarquons que ces deux courants dépassent la simple acceptation des circonstances (résignation, réaction) pour l'adhésion à leur nécessité, elle-même condition d'une liberté intangible. Et cette liberté n'a rien à voir avec la capacité physique de déplacement, mais la liberté d'évaluation et de jugement qu'elle soit contemplative pour Sénèque, ou affirmative-formative de valeurs pour Nietzsche. Sénèque adresse un réquisitoire contre ceux qui veulent voir la fatalité dans l'exil ; la liberté n'est point là où on l'attend.</p>
<p>À la différence de l'exil tel que rendu par <a href="/2008/02/11/je-mincline-devant-louragan/" target="_blank">Ovide</a> ou se mêlent un désespoir tragique et la mélancolie inconsolable de Rome, Sénèque fait preuve presque de pragmatisme en évaluant les avantages et inconvénients, en dégageant les traits de l'exil qui en font une expérience de liberté. De manière fondamentale, c'est dans l'évaluation de l'exil que repose sa nature, non  dans sa fatalité.</p>
<p>---</p>
<p>(1) Image extraite des <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Nuremberg_Chronicle" title="wikipedia - Nuremberg Chronicle (en)" target="_blank">Chroniques de Nuremberg</a>, incunable de 1493 rédigé par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hartmann_Schedel" title="wikipedia - Hartmann Schledel" target="_blank">Hartmann Schledel</a>, se voulant une histoire illustrée du monde.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA["le" chemin, en effet ; cela n'existe pas ! - exil et probité chez nietzsche]]></title>
<link>http://anarkali.wordpress.com/?p=35</link>
<pubDate>Wed, 19 Mar 2008 19:10:34 +0000</pubDate>
<dc:creator>anarkali</dc:creator>
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<description><![CDATA[- figures de l&#8217;exil chez nietzsche -
exil, innocence et tragique de l&#8217;existence (II) | e]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p align="center">- figures de l'exil chez nietzsche -<br />
<a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/09/nous-avons-invente-l%e2%80%99idee-de-but-dans-la-realite-le-but-manque%e2%80%a6-exil-innocence-et-tragique-de-lexistence-chez-nietzsche/" target="_blank">exil, innocence et tragique de l'existence (II)</a> &#124; exil et probité (III) &#124; <a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/23/o-solitude-solitude-ma-patrie-exil-solitude-et-voyage-chez-nietzsche/" target="_blank">exil, solitude et voyage (IV)</a></p>
<p align="justify">---</p>
<p align="left">L'<em>exil ontologique,</em> défini jusqu'à maintenant comme le déracinement de toute métaphysique, ne pourrait être complet sans que l'individu lui-même ne soit en perpétuel exil de lui-même. S'il n'y a pas de vérité au-dehors, il n'y en a pas non plus en-dedans: la critique radicale du sujet prévient toute constitution d'espaces saufs sur lesquels reposer. <strong>Il n'y a pas de telle chose qu'une chose en soi, tel est le sens de la probité nietzschéenne.</strong> Le sujet grammatical, de même que le sujet logique ou rationnel, ne sont que des illusions qui masquent la lutte incessante des pulsions. Le mouvement nécessaire empêche toute certitude ; c'est une ruse de l'esprit, une perversion, que de vouloir faire des semblables un identique: « ce ''je pense'' présuppose que je compare mon état du moment à d'autres états que je connais en moi pour établir ainsi ce qu'il est». (1)</p>
<p align="left">Cette remise en question permanente du sujet appelle la méthode généalogique nietzschéenne qu'il faut non seulement étrenner avec le monde mais aussi et surtout avec soi-même: « Lorsqu'on est arrivé à se trouver soi-même, il faut s'entendre à se perdre de temps en temps - pour se retrouver ensuite: en admettant, bien entendu que l'on soit un penseur. Car il est préjudiciable à celui-ci d'être toujours lié à une seule et même personne ». (2)</p>
<div>
<blockquote><p>Avancer dans « la connaissance de soi » n'est possible que si l'on ne cherche plus à s'identifier à un idéal général, si l'on ne se mesure plus à un devoir-être posé comme étant valable dans tous les cas. Se connaître soi-même exige donc d'abord de percevoir l'inadéquation du soi à toute identité stable. Nous cessons d'être soumis à l'opinion là où nous cessons de comprendre « nos » actions comme des cas subsumés sous une loi absolue, ordonnés à un idéal dicté par le passé. Nous passons hors du « on » en considérant nos actions comme des faits à chaque fois singuliers, ne pouvant se comparer, n'attestant d'aucune régularité. (3)<sup> </sup></p></blockquote>
</div>
<p align="left">Cette méthode du perspectivisme radical envers soi-même rentre sans cesse en contradiction avec son objet: l'instinct de connaissance, la tension vers le vrai, le stable, l'un. C'est bien cette tension que traduit l'exil, que cet exil soit sur un océan ou dans un labyrinthe sans issue.</p>
<div>
<blockquote><p>La recherche de la vérité ne peut avoir de sens que <em>méthodo-génétique. </em>Aussi l'homme labyrinthique cherche-t-il en lui-même un inventeur de méthode (<em>son Ariane) </em>et une généalogie (<em>ce qu'il aimerait nous dire)</em>. [...] Le fil du labyrinthe projeté par l'homme est seul radicalement légitime, car il est la méthode de découverte à l'intérieur du labyrinthe. Quant à l'exposé de la découverte, il ne peut être que fallacieux, car il s'ordonne selon un idéal d'exposé (la logique). Pour chercher et découvrir, la méthode est essentielle : elle permet de créer, mais encore faut-il elle même la créer. La difficulté est grande, car la méthode s'avère menteuse si elle régit <em>a priori </em>la forme qu'elle prendra : aucune méthode <em>a priori</em> n'est valable ni pour créer ni pour former. <em>Les méthodes viennent à la fin</em>: après l'errance, mais celle-ci ne s'achève guère. (4)</p></blockquote>
</div>
<p align="left">Comprendre l'exil comme une méthode serait donc en-soi un contre-sens, car c'est dans cet exil, singulier, qui n'est un que dans le multiple, que gît la méthode qui ne se dévoile qu'en cours de chemin. La connaissance qui erre ne dispose de rien pour mesurer, sauf peut-être ses refus. Si elle s'aide de principes et de règles, c'est toujours sans les prendre pour acquis. Rien ne peut prédire la route, aucun instrument d'aucune science ne peut légitimement en tracer les aléas, en délimiter l'improvisation. C'est donc à tâtons, sans boussole, que le mouvement se produit, dans l'erreur qui s'ignore encore: « La science définit la « vérité », mais c'est plutôt l'homme qui se définit au moyen d'erreurs : l'homme ne découvre pas la « vérité » celle-ci n'<em>existe pas</em> mais elle est créée par l'homme<sup> </sup>(5) ». La connaissance n'obéit à aucun repère préalable, elle « ne s'acquiert plus en triomphant de l'erreur ; errer revient à ''essayer, accepter provisoirement'' (6) ». L'esprit ne doit pas trouver dans la précarité sa satisfaction car ce serait là trahir le sens de ce mouvement même :</p>
<div>
<blockquote><p>Ne pas rester lié à sa propre rupture, à cette voluptueuse distance et étrangeté de l'oiseau qui s'enfuit toujours plus haut pour voir toujours plus au-dessous de lui: - le danger de la créature ailée. Ne pas rester lié à nos propres vertus et devenir, comme totalité, victime de quelqu'une de nos particularités, par exemple de notre « hospitalité » : ce qui est le danger des dangers pour les âmes riches de nature élevée, prodigues d'eux-mêmes, presque indifférentes envers elle-mêmes, et qui poussent la vertu de libéralité jusqu'au vice. On doit savoir <em>se préserver : </em>la plus forte mise à l'épreuve de l'indépendance. (7)</p></blockquote>
</div>
<p align="left">Ne pas être hospitalier à soi-même, car l'esprit est trop longtemps resté engourdi sur la terre en admirant l'horizon. Au moment où l'exil commence, toute idée de foyer s'évapore. « Alors commencent le temps des réprouvés, la quête exténuante des justifications, la nostalgie sans but, ''la question la plus douloureuse, la plus déchirante, celle du coeur qui se demande : où pourrais-je me sentir chez moi ?'' (8)». Pour parler comme Deleuze, la perspective n'est constituée que de lignes de fuites. « Errer consiste à se défaire de l'obligation de l'identique: on prend les choses pour autre chose qu'elles-mêmes pour s'aviser ensuite des différences que leur semblant produit. [...] L'errance n'aboutit pas au néant, elle n'aboutit pas ». (9)</p>
<p align="left">Ainsi, au contraire du voyage d'Ulysse, l'exil prive de toute possibilité de retour, elle rompt avec l'idée d'un salut quelconque, d'une émancipation ou même d'une bouée arrimée à un point : « Le devenir seul importe et son innocence ». (10)</p>
<p align="left">Si le devenir trace le cercle de la nécessité, l'homme est absolument libre comme puissance d'interprétation, comme évaluateur suprême des morales et des valeurs. Nietzsche dit-il autre chose en affirmant qu'« en l'homme s'unissent <em>créature</em> et <em>créateur</em> : en l'homme il y a de la matière, du fragment, de la profusion, de la glaise, de la boue, de l'absurdité, du chaos ; mais en l'homme, il y a aussi du créateur, du sculpteur, de la dureté du marteau, de la divinité spectatrice et du septième jour : - comprenez-vous cette opposition ? » (11)</p>
<p align="left">L'homme exilé n'est pas l'homme impuissant et passif, ce n'est pas le dernier homme, ni celui du nihilisme réactif. Il est ce Janus étrange, qui ne se modèle que par l'intensité qui traverse ses pulsions et ses instincts : l'<em>exil ontologique </em>ne dit rien sur la <em>qualité </em>de cet exil. C'est bien là où Nietzsche rend ses armes à l'homme, où il s'arrête devant toute définition de ce qu'est la dérive parfaite. Il ne peut qu'inciter les hommes à s'engager sur <em>un</em> chemin de l'exil, à sortir du port pour embarquer, à s'échapper des carcans de la terre ferme, à l'esprit de pesanteur.</p>
<div>
<blockquote><p>Malheureux aussi ceux dont le destin est d'<em>attendre, </em>ils me répugnent, tous ces gabelous, boutiquiers, rois et autres factionnaires ou laisser-pour-compte. En vérité, moi aussi, j'ai appris à attendre, mais à n'attendre que <em>moi-même. </em>Et surtout j'ai appris à me tenir d'aplomb, à marcher, à courir, à sauter, à grimper, à danser. [...] J'ai pris bien des routes et bien des moyens pour accéder à ma vérité, j'ai usé de plus d'une échelle pour parvenir à la hauteur d'où mon regard parcourt mes lointains espaces. C'est toujours à contrecoeur que j'ai demandé mon chemin, j'y ai toujours répugné. Je préfère interroger les chemins eux-mêmes, et les essayer. Essayer et interroger - c'est ma façon d'avancer, et en vérité il faut aussi <em>apprendre</em> à répondre à de pareilles questions. C'est là mon goût. Ce goût n'est ni bon ni mauvais, c'est mon goût; je n'en ai pas honte et n'en fais pas mystère. Voilà - c'est là <em>mon </em>chemin; - et vous, où est le vôtre? C'est ce que je réponds à ceux qui me demandent « le<em> </em>chemin ». <em>Le</em> chemin, en effet - cela n'existe pas! (12)<sup> </sup></p></blockquote>
</div>
<p align="left">La méthode généalogique ne vise pas un discours de vérité, mais invite chacun à découvrir sa vérité, ses goûts, à former ses jugements. C'est bien l'infini liberté que recouvre l'<em>exil ontologique</em> que de pouvoir évaluer cette liberté, sans demander ni rendre de comptes.</p>
<div>
<blockquote><p>Je passe parmi les hommes comme parmi des fragments d'avenir - de cet avenir dont j'ai la vision. Et tout mon rêve et tout mon effort, c'est de réunir et d'assembler en un tout ce qui n'est que débris, énigmes et horribles hasards. Et comment supporterais-je d'être homme, si l'homme n'était aussi poète et déchiffreur d'énigmes et rédempteur de hasard ? (13)</p></blockquote>
</div>
<p align="left">Cette double définition de l'homme est également celle de son exil, car ce dernier ouvre la possibilité de son dépassement. C'est d'ailleurs tout le sens de la philosophie affirmative nietzschéenne, que cet exil soit un voyage, que cette tension engendrée par le mouvement permanent puisse trouver un exutoire. Que l'homme ne soit plus exilé mais <em>s'exile</em>.</p>
<p align="left">---</p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/02/27/exil-et-ontologie-chez-nietzsche/">figures de l'exil chez nietzsche (I) : exil et ontologie</a><br />
<a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/09/nous-avons-invente-l%e2%80%99idee-de-but-dans-la-realite-le-but-manque%e2%80%a6-exil-innocence-et-tragique-de-lexistence-chez-nietzsche/" target="_blank"> figures de l'exil chez nietzsche (II) : exil, innocence et tragique de l'existence</a><br />
figures de l'exil chez nietzsche (III) : exil et probité<br />
<a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/23/o-solitude-solitude-ma-patrie-exil-solitude-et-voyage-chez-nietzsche/"> figures de l'exil chez nietzsche (IV) : exil, solitude et voyage</a><br />
<a href="/2008/03/30/jenseigne-aux-hommes-un-vouloir-nouveau-exil-et-amor-fati-chez-nietzsche/" target="_self"> figures de l'exil chez nietzsche (V) : exil et amor fati</a><br />
<a href="/2008/04/06/plutot-mourir-que-vivre-ici-les-esprits-libres-chez-nietzsche/" target="_self"> figures de l'exil chez nietzsche  (VI) : les esprits libres</a><br />
<a href="2008/04/14/ce-quon-peut-aimer-chez-lhomme-cest-quil-est-transition-et-perdition-depassement-de-lexil-chez-nietzsche/" target="_self"> figures de l'exil chez nietzsche  (VII) : dépassement de l'exil</a><br />
<a href="2008/04/19/nous-devons-demander-quels-sont-nos-nomades-aujourdhui-qui-sont-vraiment-nos-nietzscheens-conclusion-exil-et-nomadisation-chez-nietzsche/" target="_self"> figures de l'exil chez nietzsche (VIII) : conclusion ; exil et nomadisation</a></p>
<p align="center"><a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/23/o-solitude-solitude-ma-patrie-exil-solitude-et-voyage-chez-nietzsche/"></a></p>
<p align="left">---</p>
<p align="left">(1) Nietzsche, 	<em>Par-delà bien et mal, </em>§16. À 	rapprocher de l'aphorisme 114 du <em>Gai Savoir</em></p>
<p align="left">(2) Nietzsche, 	<em>Humain, trop humain</em>, II, <em>Le voyageur et son 	ombre,</em> § 306</p>
<p align="left">(3) Antonia 	Birnbaum, <em>Nietzsche : les aventures de l'héroïsme</em>, p. 88</p>
<p align="left">(4) Angèle 	Kremer-Marietti, <em>L'homme labyrinthique</em>, p. 12-13</p>
<p align="left">(5) <em>Ibid.</em>, 	p. 234</p>
<p align="left">(6) Antonia 	Birnbaum, op. cit., p. 140</p>
<p align="left">(7) Nietzsche, 	<em>Par-delà bien et mal</em>, §41</p>
<p align="left">(8) Albert 	Camus, <em>L'homme révolté, </em>in <em>Essais,</em> p. 480</p>
<p align="left">(9) Antonia 	Birnbaum, op. cit., p. 144</p>
<p align="left">(10) Angèle 	Kremer-Marietti, op. cit., p. 68</p>
<p align="left">(11) Nietzsche, 	<em>Par-delà Bien et Mal, </em>§225</p>
<p align="left">(12) Nietzsche, 	<em>Ainsi parlait 	Zarathoustra</em>, III, 	<em>De l'esprit de 	pesanteur</em> - cf. <em>Le 	Gai Savoir</em>, 	§120: « c'est 	de ton but, de ton horizon, de tes pulsions, de tes erreurs et en 	particulier des idéaux et des fantasmes de ton âme que 	dépend la détermination de ce que doit signifier la 	santé même pour ton corps. »</p>
<p align="left">(13) Nietzsche, 	<em>Ainsi parlait Zarathoustra</em>, II, <em>De la 	rédemption</em></p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[nous avons inventé l’idée de "but" : dans la réalité le "but" manque… - exil, innocence et tragique de l'existence chez nietzsche]]></title>
<link>http://anarkali.wordpress.com/?p=34</link>
<pubDate>Mon, 10 Mar 2008 04:31:12 +0000</pubDate>
<dc:creator>anarkali</dc:creator>
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<description><![CDATA[- figures de l&#8217;exil chez nietzsche -
exil et ontologie (I) | exil, innocence et tragique de l]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p align="center">- figures de l'exil chez nietzsche -<br />
<a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/02/27/exil-et-ontologie-chez-nietzsche/">exil et ontologie (I)</a> &#124; exil, innocence et tragique de l'existence (II) &#124; <a href="http://anarkali.wordpress.com/2008/03/19/le-chemin-en-effet-cela-nexiste-pas-exil-et-probite-chez-nietzsche/" target="_blank">exil et probité (III)</a></p>
<p align="justify">---</p>
<p align="left">La lutte entre l'instinct de conservation qui nous rattache à la terre ferme et la situation d'exil ontologique qui rompt à chaque fois les ponts, est celle de l'esprit dont Nietzsche évalue constamment le degré de liberté et de force. « Dans ce monde débarrassé de Dieu et de ses idoles morales, l'homme est maintenant solitaire et sans maître. Personne moins que Nietzsche, et il se distingue par là des romantiques, n'a laissé croire qu'une telle liberté pouvait être facile (1)». Le tragique de l'existence, l'absurde en quelque sorte, est bien que cette liberté toujours questionne les raisons de sa nécessité et cherche à s'enchaîner à quelque morale, à contraindre cette nécessité en la rendant contingente d'un autre idéal, d'une essence quelconque qui la précèderait.</p>
<div>
<blockquote><p>L'innocence du devenir, dès qu'on y consent, figure le maximum de liberté. [...] La pensée profonde de Nietzsche est que la nécessité des phénomènes, si elle est absolue, sans fissures, n'implique aucune sorte de contrainte. L'adhésion totale à une nécessité totale, telle est sa définition paradoxale de la liberté.(2)</p></blockquote>
</div>
<p align="left">Mais, il ne faut jamais perdre de vue que cette nécessité n'obéit nullement à une loi, qu'elle ne renvoie jamais à un unique, à une source. Cette nécessité est celle de l'exil en tant qu'elle nous renvoie toujours face à l'irréductibilité du multiple:</p>
<div>
<blockquote><p>Que signifie « innocence » ? Quand Nietzsche dénonce notre déplorable manie d'accuser, de chercher des responsables hors de nous ou même en nous, il fonde sa critique sur cinq raisons, dont la première est que « rien n'existe en dehors du tout ». Mais la dernière, plus profonde, est que « il n'y a pas de tout » : « il faut émietter l'univers, perdre le respect du tout ». L'innocence est la vérité du multiple.(3)</p></