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	<title>histoires-de-castor &amp;laquo; WordPress.com Tag Feed</title>
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	<description>Feed of posts on WordPress.com tagged "histoires-de-castor"</description>
	<pubDate>Sat, 09 Aug 2008 00:44:50 +0000</pubDate>

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	<language>en</language>

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<title><![CDATA[Les religions toutes mélangées]]></title>
<link>http://castorpolitique.wordpress.com/?p=100</link>
<pubDate>Thu, 22 May 2008 19:53:22 +0000</pubDate>
<dc:creator>castorpolitique</dc:creator>
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<description><![CDATA[Castor est bon, Castor est honnête, Castor a deux enfants. L&#8217;un est petit, l&#8217;autre est ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Castor est bon, Castor est honnête, Castor a deux enfants. L'un est petit, l'autre est grand. Ils vivent dans une cabane vers Kamouraska, mangent à leur faim et dorment tout l'hiver. La normalité des choses qui doivent être est respectée et les voisins ne sont pas inquiets.</p>
<p>Castor cadet et Castor ainé partagent quelques idées malgré leur fraternité, des idées simples d'autres complexes, l'une d'elle est plus limpide que l'eau turquoise des lacs de moraine : ni Castor cadet ni Castor ainé ne pensent que le réchauffement climatique est une réalité, mais bien évidemment, il n'obligent personne à partager LEUR opinion sur ce point très précis et si controversé.</p>
<p>Les enfants de Castor sont libres de croire ou de ne pas croire, croit-on savoir dans les cercles éclairés, car après tout, n'ont-ils pas le droit d'avoir LEUR propre vérité sur la planète ? (1)</p>
<p>Quand au père, sur ce point, il a SA propre opinion, mais ne lâche rien, car pense savoir que ses enfants auxquels il tient  comme aux tympans de ses oreilles ont tort et bien tort, définitivement tort. Castor père serait-il un  dictateur en herbe, un anti-démocrate, un tyran en puissance ? Nous espérons que non, nous sommes bien trop gentil pour cela, à moins que... oui ? non ? pas toi ?</p>
<p>Les pulsions anti-démocratiques du père pestent en cadence contre google, tandis que la partie consciente de son moi cherche une autre solution pour enseigner à ses enfants la vérité, là où il aurait dû dire SA vérité, du moins, je le pense, moi, au moins, je suis un démocrate.</p>
<p>Il appelle donc ses petits, petits petits petits, et les emmène avec lui chez le magicien, mage et sage qui habite la montagne, et dont le petit barrage est orné de toutes sortes de choses, des moulins à eau, des pics et bêches volées aux hommes pour leur valeur symbolique et d'autres raisons particulières et générale de ce vieil animal.</p>
<p>Le père pose SA question. Les petits castors le regardent, surpris et charmés de voir que leur père commence à douter. La difficulté de la demande surprend le sage qui s'attendait plus ou moins à une question sur la durée de l'hiver, ou sur l'existence prochaine d'un été indien, i.e. une question plus concrète  à laquelle il aurait pu répondre facilement au vu de son expérience et toutes ses connaissances. Mais là ! Il réfléchit en silence puis s'enfonce dans sa hutte et revient avec une petite boîte en bois.</p>
<p>- Frappez votre lac, tous les trois trois fois trois fois avec votre queue, puis jettez-y la poudre de cette boîte, toutes ces indications étant écrites dessus, et attendez que les rides à sa surface de l'eau se soient dissipées. Posez votre question, trois fois de suite, et la réponse vous sera donnée trois fois. Allez maintenant, j'ai autre chose à faire qu'à m'occuper d'un futur qui ne me concerne pas !</p>
<p>Sur le chemin du retour, les pensées de bonheur et d'espérance traversent la petite famille comme les particules les plus lourdes, en rebondissant partout, ils sont tout heureux de pouvoir enfin dissiper les doutes qui commençaient à ronger leur famille, et vont en faire une charpie méconnaissable.</p>
<p>Arrivés au lac, un regard suffit pour des castors aussi décidés qui désirent en  finir et obtenir une réponse sûr réelle vraie. Définitive.</p>
<p>Ils écrasent vigoureusement leurs queue comme suggéré sur la boîte, si fort, que le bruit résonne dans toute la montagne et que les animaux les plus divers et les plus orginales ont un instant le désir de parcourir des milliers de kilomètre pour en trouver l'origine et les secrets.</p>
<p>Les castors attendent, impatients et confiants, courbés sur l'eau, que se dessine à sa surface la réponse à toutes leurs questions, quand arrive le Geai, si joyeux, si bruyant, si curieux et sans cesse étonné, qui s'intéresse à tout et vol constamment pour tout rapporter à ses congénères et à qui veut l'entendre. Il se perche sur une branche basse au-dessus des castors et les observe, attentif à toute originalité, mais pourquoi donc sont-ils dans cette position bizarre et penchée vers l'est comme en attente d'une je ne sais quoi qui serait une réponse de plus à une question inconnue ?</p>
<p>Les rides se sont dissipées, c'est l'heure critique, et Castor père pose la question :</p>
<p>- Le réchauffement climatique est-il une réalité ?</p>
<p>A la surface de l'eau, le geai est apparu, déçu de ne pas voir plus d'action ou de romance, le Geai qui ne se tient plus et frigulote de sa voix fière et qui vole dans de si nombreux foyer qu'elle ne peut être que la voix d'un dieu de la forêt vénéré :</p>
<p>- Bien sûr que non, JE n'ai rien remarqué de tel, pensez-vous ! Il fait aussi froid, sinon plus, que là où je suis né, car, comme vous le savez, mes parents m'ont élevé vers Boston et je suis venu m'installer ici pendant mon adolescence, et croyez le ou non, mais les habitants de Gaspésie avaient bien besoin d'un gars tel que moi, d'ailleurs regardez-vous, à poser ces questions idiotes, que  se serait-il passé si je n'avais été là ? JE me répête, c'est un non que je répond à cette question.</p>
<p>Le père, déçu décide de reprendre le rite pour la seconde fois, et pendant qu'ils frappent si furieusement l'eau de leur queue, une buse à épaulette  arrive, faisant fuir le Geai pas si bête quand il s'agit de son bien-être et de sa survie.</p>
<p>Les castor posent de nouveau la question, et c'est l'image d'une buse qui leur  répond.</p>
<p>- Moi la buse puissante dont les épaulettes indiquent l'importance, moi qui commande et ordonne à tous les petits animaux des bois, que tous connaissent la réalité ! Chaque année, je pars au Mexique, de moins en moins longtemps et de moins en moins loin, car il fait  de plus en plus chaud. MON expérience est que le réchauffement climatique est MA vérité, JE l'ai vu de mes propres yeux et personne ne me convaincra du contraire.</p>
<p>Sur ces mots, la buse s'en va, déjà lasse de sêtre consacrée à ces infimes personnages, laissant la place au vieux corbeau retord, le vieux corbeau toujours gras quelque soit la saison et le climat, le seul que l'on entend encore croasser l'hiver venu, parmi les arbres qui craquent, le seul animal vivant ? se demande-t-on parfois.</p>
<p>Les castors retiennent leur souffle pour la dernière réponse donnée par un oiseau noire comme la nuit qui se reflète dans le clapoti des vagues minuscules.</p>
<p>- A vous de réfléchir, mais sachez néanmoins que ce point n'est pas affaire d'opinion et que vous devriez tomber d'accord, ou alors vous auriez tort même en ayant raison.</p>
<p>Le corbeau s'envole, les castors se regardent, car aucun n'a compris les paroles mystérieuses du corbeau dans l'eau.</p>
<p><strong>Les opinions et les vérités</strong></p>
<p>Le problème du réchauffement climatique est très intéressant car il mêle, comme souvent en politique, les faits, les projections, les conjectures et les opinions.</p>
<p>Le réchauffement climatique est un fait. Ce point est le plus facile à vérifier puisqu'il suffit d'observer la température moyenne de la terre pour s'en persuader.</p>
<p>Que l'homme soit responsable de la majeur partie du réchauffement climatique est aussi un fait scientifique, en dépit des déclarations fracassantes  qui attirent l'attention des journalistes malhonnêtes. Mais ce n'était pas un fait il y a 30 ans, seulement  une supposition, ou ce que l'on appelle parfois une conjecture.</p>
<p>Le réchauffement climatique va continuer, c'est un fait, quand à savoir en quelles proportions, c'est l'affaires de projections et de  conjectures.</p>
<p>Le réchauffement climatique est un mal, ceci est une opinion. Selon que l'on habite au Québec ou en Afrique, le point du vue diffère. Il dépend aussi de notre capacité à suffisamment mépriser certaines populations pour que leur disparition nous indiffère. On peut y arriver par le racisme, la malhonneteté intellectuelle (ce n'est pas de ma faute ou je ne savais pas), etc.</p>
<p>C'est une opinion qui dépend aussi de nos intérêts et de notre volonté à vouloir rester ignorant, mais aussi, il faut l'admettre, du pouvoir des dirigeants, car si on veut être convaincu du bienfait du réchauffement climatique, il faut quand même qu'une " autorité "  se dévoue pour nous convaincre et nous donner des arguments, vrais ou faux, peu importe.</p>
<p>Le réchauffement climatique pourrait s'emballer (2), c'est une conjecture, mais ses conséquences potentielles sont si graves --- destruction de l'humanité par exemple, qu'elle mériterait d'être traité comme un fait. Mais ceci n'est que mon opinion.</p>
<p>Les mots ont encore un sens et il s'agit de se méfier. Un fait ne peut être cru, et dans une discussion, tout  ne peut être affaire d'opinion. Un journaliste qui invite successivement des gens qui pensent que le réchauffement climatique est une réalité et d'autres qui n'y " croient " pas, n'est pas objectif, contrairement à ce qu'il tente de faire croire, il est tout simplement mauvais.</p>
<p>Les mots ont encore un sens, même si ils sont utilisés à tort et à travers comme  de simples effets de manche.</p>
<p>Alors... Le nombre d'ouragans va-t-il augmenter ? Les réfugiés climatiques vont-ils se compter par millions ? La température moyenne de la terre en 2100 sera-elle autour de 19°C ou autour de 60°C ?</p>
<p>Le réchauffement climatique doit-il être évité ou non ?</p>
<p>Où sont les faits, où sont les opinions ?</p>
<p>Regardons le cas de la modération des commentaires sur les journaux. Tous les modérateurs empêchent la publication d'un commentaires faisant l'apologie des crimes nazis et empêchent l'expression d'une opinion comme " il faut tuer tous les juifs ". Par contre, ils autoriseront la publication d'une affirmation fausse comme " la progéria n'est pas héréditaire ".</p>
<p>Ce qui est pris en compte n'est pas la véracité réelle ou supposée de l'affirmation mais ses conséquences et sa valeur morale.</p>
<p>Pourtant, les conséquences des affirmations qui nient le réchauffement climatique pourraient être énormes.</p>
<p>Il serait beaucoup plus juste et moralement défendable de ne pas publier un article complètement faux de Claude Allègre plutôt qu'un appel au racisme, ou même une glorification du marxisme (pouah ! Quelle horreur !).</p>
<p>(1) Claude Allègre vient de sortir un livre intitulé : <strong><em>Ma</em> vérité sur la planète</strong>.</p>
<p>(2) Il existe des phénomènes scientifiques très généraux que l'on appelle " effets de seuil ". Remplissez votre baignoire. Au début, l'eau monte tout doucement, mais quand elle arrive au bord, l'eau arrête de monter et se déverse dans votre salle de bain. On peut donc dire que le comportement du remplissage de la baignoire est régulier, jusqu'à un certain point où il change brutalement de comportement avec des conséquences désastreuses.</p>
<p>Ce système est encore simple à décrire, mais les effets de seuils sont nombreux dans les systèmes complexes, comme la terre, et très difficiles à prévoir. Il se pourrait qu'à partir d'un certain taux de gaz carbonique dans l'athmosphère, la température se mette à redescendre, à stagner, ou, plus probablement, à augmenter très rapidement jusqu'à détruire toute vie sur terre.,</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Communautarisme]]></title>
<link>http://castorpolitique.wordpress.com/?p=85</link>
<pubDate>Wed, 30 Apr 2008 07:46:26 +0000</pubDate>
<dc:creator>castorpolitique</dc:creator>
<guid>http://castorpolitique.wordpress.com/?p=85</guid>
<description><![CDATA[Ce texte est inspiré d&#8217;un fait réel.
Castor a un ami, un ami sans toit mais pas sans loi. Un]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Ce texte est inspiré d'un fait réel.</strong><br />
Castor a un ami, un ami sans toit mais pas sans loi. Une femme, deux enfants, l'un déjà né, l'autre à naître et encore sans maître. Cet ami presqu'canadien veut devenir presqu'parisien en déménageant dans l'immense ville figée et bourgeoise.</p>
<p>Cet ami rebondit comme une boule de billard, d'appartements insalubres en refus, de prix démesurés en prix inimaginables et pourtant imaginés. C'est l'errance et la tristesse, loin de sa femme et de ses enfants restés chez ses parents, regroupant ainsi trois générations dans la même maison en son pays, loin, très loin  au sud de Paris.</p>
<p>Il est pourtant bien intégré, n'allez rien imaginer, français on ne peut plus intégré. Il visite et visite encore, entre deux métros, du quatorzième au dix-huitième, près du canal, près de la seine, près de Montmartre, près de Vincennes et ne trouve rien de rien que l'attente et la queue qui n'aboutie jamais.</p>
<p>Castor ne sait pas comment cela se passe dans ces milieux là, son ami pas plus que lui ne sait que la famille et plus encore cherche avec lui. Les parents sont présents, c'est normal, c'est comme ça, sa femme aussi car attention ! ils ne sont pas polygames, une seule femme est assumée comme le veut la loi.</p>
<p>Ses parents, donc, envoient des courriers, électroniques parfois, pour l'aider, vers leurs amis et leur communauté qui, à 77%, vote pour les mêmes candidats, c'est vous dire s'ils se tiennent les coudes bien serrés, près du corps, par pudeur, par habitude, par Toutatis ou un autre identique mais solitaire.</p>
<p>Avec les personnes de même confession, ils s'organisent sur les sites ouèbes et les annonces de toute sorte, les annonces de locations immobilières en particulier, si bien qu'un espoir apparaît, une lumière au fond du tunnel, mais non, qu'allez-vous croire, ceci est une belle histoire, aucun décès à déplorer, juste un tunnel, juste une lumière, aucun danger.</p>
<p>Le mécanisme se met en branle, rapidement, efficacement, un appartement est trouvé, pas dans Paris, pas tout à fait, mais que faire d'autre qu'abdiquer un chouïa de fierté pour vivre normalement, comme les millions d'habitants d'île-de-France ?</p>
<p>La visite est programmée, le propriétaire et ses sept enfants sont rencontrés, l'appartement est à eux, ils vont bientôt déménager, tout va pour le mieux et de nouveau, l'ami de castor est heureux.<br />
Cette belle histoire de communautarisme et de ghettoïsation, Zemmour, comme Le Pen, l'aurait aimée, il aurait crié, il aurait tempêté, il aurait dénoncé ces individus qui se regroupent et se ressemblent dans leurs banlieues et s'assemblent, et s'entraident, ces familles nombreuses qui profitent tant de nos impôts si lourds à payer. La France, la douce France éternelle et vaillante qui résiste encore et encore à l'envahisseur, la douce France si belle et qui tient si bien sa place dans le concert des nations, cette France que nous aimons, toujours prète à se lever pour défendre la veuve et l'orphelin,</p>
<p><em>n'est-elle pas scandalisée de tous ces chrétiens qui se tiennent par la main ?</em></p>
<p>_________________________________________________________________________</p>
<p>Le communautarisme a bien des aspects, mais la critique du communautarisme, elle, n'en a qu'un, toujours négatif. Elle est aveugle et ne fait pas la différence entre la solidarité et les revendications égoïstes.</p>
<p>Regardons plus attentivement. Il existe des communautés de toute taille, la plus petite étant la famille, les plus grandes sont les communautés religieuses, étatiques (un état est une communauté), ou multi-étatiques (l'Europe, l'ONU, etc.). A chaque niveau, famille, ethnie, religion, état, chaque comportement communautaire doit être jugé selon les mêmes critêres, indépendemment de l'effet d'échelle qui donne l'impression qu'un regroupement national (la France) est "mieux" qu'un regroupement local (une banlieue).</p>
<p>Nos habitudes ont tendance à nous pousser à juger les communautés avant leurs comportements, et inconsciemment, à cause de notre histoire, nous préferons les états aux religions ou aux ethnies et aux tribus, en invoquant parfois un bizarre argument de rationnalité, le même qui fait que la guerre évoque, en nous, plus de réflexion qu'un attentat suicide.</p>
<p>La seule communauté qui ait une valeur morale "supérieure", c'est l'humanité.</p>
<p>Alors méfions nous de nos mots.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[La nature en politique]]></title>
<link>http://castorpolitique.wordpress.com/?p=46</link>
<pubDate>Fri, 11 Apr 2008 09:46:29 +0000</pubDate>
<dc:creator>castorpolitique</dc:creator>
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<description><![CDATA[Castor nature
Castor est bon, Castor est honnête, Castor a deux enfants. L’un est petit, l’autr]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Castor nature</strong></p>
<p>Castor est bon, Castor est honnête, Castor a deux enfants. L’un est petit, l’autre est grand. Ils vivent dans une cabane à Kamouraska, mangent à leur faim et dorment tout l’hiver. La normalité des choses qui doivent  être est respectée et les voisins ne sont pas inquiets.</p>
<p>Castor cadet joue parmi les tourbillons de la rivière, et les rapides, ses amis. La truite aussi est son amie. Mais pas son frère.</p>
<p>Truite surveille les maringouins. Elle attend que l’un d’eux tombe à l’eau, ils sont si maladroit ! Ils composent souvent son repas maintenant qu’elle est vieille et qu’elle n’arrive plus à attraper les délicieux alevins. Castor cadet la cherche. L’agilité et la gentillesse de Truite en font la meilleure des compagnons de jeu.<br />
Et elle conte si bien et est si savante que, dans la forêt, sa sagesse est légendaire. Même les ours noirs avides et toujours affamés l’épargnent, elle et elle seule parmi les gras poissons, les maskinongés et les saumons, et préfèrent lui demander conseil, la météo, et les meilleurs coins pour le miel. Très peu de poissons savent où trouver les abeilles, c’est une qualitée qui paraît souvent suspecte, et les habitants de la rivière la croient un peu sorcière. Les naïfs, les niais.<br />
Castor cadet cherche Truite et la trouve enfin, près du rocher aux indiens, sous la berge surplombante de terre noire et de racines mêlées. Immobile. Que fait-elle ? se dit-il.<br />
- Bonjour grand-mère truite.<br />
- Bonjour mon enfant, répond-elle en chuchotant.<br />
- Voudrais-tu jouer avec moi ?<br />
Truite chasse, elle a faim de tout ce qu’elle n’a pas attrapé la veille. Par malchance. Ou à cause du froid qui revient, plus féroce qu’un millier de truites affamées, et qui commence déjà à tuer les insectes nés de l’été.<br />
- Je ne peux pas venir, j’ai faim. Et puis à mon âge, je ne peux pas nager comme au matin de ma vie. Trouve quelqu’un d’autre. Ton frère par exemple.<br />
- Mais, Truite, tu sais bien que je ne peux pas jouer avec mon frère !<br />
Truite cesse un instant de surveiller les moustiques pour se concentrer sur le jeune bièvre. Elle est curieuse, Castor cadet a souvent des idées originales et farfelues, des idées de castor ingénu, ou des idées humaines, car il côtoie bien trop les hommes pour une pensée saine.<br />
- Comment ça ?<br />
- Je ne peux pas, deux frères ne peuvent pas jouer ensemble.<br />
Un joli mouvement ondulé retourne la truite, le corps abaissé, la queue presqu’à l’air. Elle le regarde, sévère.<br />
- Et nous, crois-tu que nous pouvons être ensemble, toi castor, moi poisson ?<br />
- Bien sûr que non, c’est différent ! Mais deux frères ne peuvent pas jouer ensemble, calmement et sans bagarre, ce ne serait pas naturel.<br />
Un spasme musculaire envoie Truite à deux pieds au dessus de l’eau, où elle retombe violemment. Aïe silencieux. Elle est furieuse, et rosie, d’un joli rose saumon. La température monte, le petit coin d’eau calme se réchauffe et s’échauffe et de la vapeur d’eau s’échappe et s’élève, lentement, dans le ciel, à la surprise des grenouilles qui avaient prédit le beau temps pour une semaine encore, un mois peut-être.<br />
- La nature, dit-elle, la nature a bon dos !<br />
La nature fraternelle serait l’état de lutte permanente, la rivalité, ou la haine, que sais-je ! La nature fraternelle serait de ne jamais jouer de concert ?<br />
Quoique l’on pourrait penser, Castor cadet n’est pas effrayé. Enfin. Si peu. Truite est son amie. Et puis. Il est si sûr de lui ! Il opine du chef et des dents, il a raison, c’est évident !<br />
- Tu penses donc que la nature est un guide, un fil d’Ariane dont il ne faudrait pas t’écarter, de peur de te perdre, d’errer... Mais d’errer où ? D’être malheureux, pas heureux ?<br />
Tu voudrais que ta famille agisse comme des boules de billard qui vivent leur vie et suivent leur propre trajectoire, indépendantes, en s’ignorant, sauf quand elles se heurtent, violemment.<br />
Elle semble se calmer, Castor cadet est très gêné. Se faire réprimander de la sorte par la truite si sage n’est pas une expérience agréable. Surtout quand elle a tort. Foi de castor.<br />
- Il est difficile de connaître la nature, puisque par nature, nous sommes influençables, éducables. Alors, qu’est-ce qui est de nature, et qu’est-ce qui est de culture, tout cela n’a pas d’importance.<br />
- Mais Truite...<br />
Truite l’interrompt à coups de bulles.<br />
- Laisse moi finir. Un jour peut-être, tu comprendras que ce sont tes désirs et tes aspirations qui sculptent ton monde. Celui que je te vois construire ne me plaît pas. Maintenant, je te laisse, car jamais les poissons ne doivent frayer avec les castors. C’est une rêgle d’or.<br />
D’un bond magnifique, Truite saute le rocher aux indiens, et le quitte, alors que Castor cadet crie et regrette déjà ses paroles. Non pas de les avoir pensées, mais de les avoir dites. Castor cadet vient de perdre une amie. Pourquoi ? Pourquoi ? Il se laisse emporter par le courant, inerte, la queue flasque et les poils abattus. Parmi les rapides qui étaient ses amis. Tout ce temps qui lui paraît si long passe et le voilà maintenant dans l’étang de son père, il dérive et pleure, triste. Ne comprenant pas le comportement de Truite. Elle parle à tous les animaux des bois. Pourquoi pas à lui ? Castor cadet la hait. Castor cadet est en colère.<br />
Dans la hutte, son père est là et se repose. Castor cadet raconte tout. C’est si rare. Son père qui l’aime l’écoute attentivement,<br />
confortablement installé sur le sol, les yeux à demi fermés.<br />
- Cadet. Je ne suis pas content. D’où te vient cette idée que deux frères ne peuvent pas jouer à l’unisson ? Tu as tort, crois-moi. Tu dois extirper cette idée absurde de ta tête, te faire pardonner par ton frère, foi de castor. Je crois aussi que Truite a raison. Jamais je n’ai parlé à un poisson, ni mon père, ni ma mère. Vous êtes trop différents, la nature t’as fait castor, et castor tu resteras. Truite ne peut être ton amie, mes parents et moi l’avons toujours évitée. Regarde la parler aux ours féroces et chasseurs, n’est ce pas le signe de sa perfidie, de sa sournoiserie, de sa fourberie ?<br />
Cadet regarde son père, incrédule. Tout cela n’a aucun sens !<br />
- Jamais, jamais !<br />
Castor s’enfuit, nager, nager, nager encore. Il frappe l’eau de sa queue. De plus en plus fort. Selon un vieux code castor qui remonte à la nuit des temps, ou du moins, à très très longtemps.<br />
- Je veux que tout soit comme avant, je veux mes amis d’antan ! Pardonne-moi frère, pardonnez-moi amis de la rivière ! Il frappe des heures durant, sous sa queue, un creux, l’eau se retire, elle si sensible, et demande de sa petite voix rendue rauque par l’humidité :<br />
- Que t’ai-je fais Castor cadet pour me frapper ainsi ? T’ai-je jamais noyé ? Ne t’es-tu pas toujours amusé chez moi ?<br />
Castor cadet va pour répondre, violemment, car après tout, il n’est pas content, lorsque des bulles apparaissent, et Truite sort la tête de l’eau.<br />
- Laissez, dit-elle. Je vais m’en occuper, Castor cadet va arrêter, n’est-ce pas mon petit ?<br />
Subjugué, inquiet aussi qu’elle ne disparaisse, Castor cadet se tait, malgré qu’il en ait.<br />
- Alors Castor ?<br />
- Je m’excuse Truite, je veux que tout le monde soit mon ami, même mon frère.<br />
- C’est bien, mais comprends que je ne t’oblige pas à aimer ton frère, même si tu devrais, car je le connais et je ne vois aucune raison de le détester. Demande-toi avant tout si tu ne peux pas changer, et ce que tu préfères. En politique familiale, tu es responsable de tes choix, jamais tu ne pourras t’excuser.<br />
- J’ai compris Truite,</p>
<p><em>le castor est libre de choisir ses amis.<br />
</em></p>
<p><strong>L'obsession naturelle</strong></p>
<p>L’état de nature de l’homme fait fantasmer les philosophes comme les politologues.</p>
<p>Pour Hobbes, il consiste en la guerre perpétuelle de tous contre tous, justifiant ainsi les gouvernements forts et coercitifs, voir la guerre entre les états, qui a tout prendre, serait le moins pire des choix :</p>
<blockquote><p><em>en tout temps les rois et les personnes détentrices de l’autorité souveraine, en raison de leur indépendance, s’envient en permanence et se mettent dans l’état et l’attitude des gladiateurs, pointant leurs armes l’un vers l’autre (...). Mais, puisque par ces moyens ils protègent les entreprises de leurs sujets, cette situation n’engendre pas la même misère qui accompagne la liberté des individus particuliers.</em></p></blockquote>
<p>Au contraire, Rousseau pense que l’état de nature est un âge d’or et que seule la civilisation corrompt, rendant l’homme violent et avide. Il en conclu que le meilleur des régimes est la démocratie, et donc, par définition, un état faible où la préservation de la sphère des droits individuels implique une limitation précise du pouvoir de l’état.</p>
<p>La troisième théorie politique concernant l’état de nature est la moins connue et pourtant la plus répandue. Elle affirme avec force, constance et intransigeance, à toutes les époques et dans toutes les cultures, que le régime politique, social et économique en place est le seul valable car naturel, le « car »apparaissant ici comme un cheveu sur la soupe, une improbabilité statistique, une idiotie, puisqu’on est bien obligé d’avouer que si tous les régimes sont naturels, alors aucun ne l’est.<br />
En occident, cette théorie justifia pendant lontemps la royauté de droit divin. Aujourd’hui, c’est le libre marché qui est l’instrument de la volonté divine : <em>The free market (...) was a perfectly designed instrument to reward good Christian behavior and to punish and humiliate the unrepentant</em> . Une interprétation simpliste de la théorie de l’évolution permet, en ce domaine, de réconcilier croyants et incroyants, « la lutte pour la vie » devenant la libre concurrence, prouvant ainsi que, quand on veut, on peut... être con.<br />
Le premier problème quand on fait de la politique n’est pas de savoir ce que l’on pense, mais pourquoi on le pense.</p>
<p><strong>Biblio : </strong><br />
A lire : Gordon Bigelow, Let there be the markets.</p>
<p>On trouve facilement l'article sur Internet, il est court et passionnant.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Waterboarding]]></title>
<link>http://castorpolitique.wordpress.com/?p=42</link>
<pubDate>Thu, 03 Apr 2008 08:18:12 +0000</pubDate>
<dc:creator>castorpolitique</dc:creator>
<guid>http://castorpolitique.wordpress.com/?p=42</guid>
<description><![CDATA[Castor est bon, Castor est honnête, Castor a deux enfants. L&#8217;un est petit, l&#8217;autre est ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Castor est bon, Castor est honnête, Castor a deux enfants. L'un est petit, l'autre est grand. Ils vivent dans une cabane à Kamouraska, mangent à leur faim et dorment tout l'hiver. La normalité des choses qui doivent être est respectée et les voisins ne sont pas inquiets.</p>
<p>Cette fin de semaine, Castor cadet reçoit son cousin américain. Il a son âge et mesure deux pouces de plus que lui. Ses bras sont énormes. Il lui a expliqué, il est "bodybuildé". Un mot nouveau pour un corps nouveau. Castor cadet n'est pas sûr d'aimer.</p>
<p>Castor américain apprend le français de France à l'école, et il ne connaît, ni le français, ni l'anglais, de Gaspésie, mais... Une petite explication s'avère nécessaire. Une toute petite qui ne mettra pas en péril les capacités de concentration du lecteur.</p>
<p>Un linguiste de Gaspésie a tout expliqué. Il a écrit une thèse trop longue que je l'ai lue avec abnégation et persévérance.  En quelques mots, il dit ceci : l'anglais de Gaspésie est incompréhensible pour un anglais, le français de Gaspésie est incompréhensible pour un Français, mais les Anglais de Gaspésie et les Français de Gaspésie se comprennent entre eux. Le linguiste en est sûr, absolument sûr, une langue nouvelle est en train d'émerger sous ses yeux écarquillés, un petit miracle de l'évolution dont on pourrait faire une langue internationale, un symbole d'espoir et de renouveau pour l'infini diversité des univers. Il l'imagine déjà, cette langue nouvelle devrait s'appeler espéranto de Gaspésie. C'est un beau rêve pour un futur hypothétique. En attendant, l'anglais et le français de Gaspésie continuent leur lente dérive vers l'incompréhensible.</p>
<p>Revenons-en aux deux cousins, pour qui, rien n'est perdu ! Castor américain a l'habitude des langues étrangères, car il apprend aussi l'anglais d'Angleterre. Ils communiquent, par gestes et en articulant profondément, les dents rangées sur le côoté pour ne pas gêner, tant il est vrai qu'il suffit de vouloir s'amuser pour être capable de parler toutes les langues de la terre, passées, présentes et futures --- la faim marche aussi.</p>
<p>Les cousins castors jouaient au sommet de la colline, dans la neige qui recouvrait encore les dalles rondes, plus haut, bien plus haut que les falaises de granit et leurs fissures droites et profondes qui, dit-on parmi les faucons, s'enfoncent jusqu'au centre de la Terre. Le père de Castor cadet chuchote autre chose : Les faucons volent trop souvent dans les orages, ils doivent recevoir quelques décharges électriques qui leur met la tête dans les nuages.</p>
<p>Castor cadet et Castor américain jouent. Castor cadet est  impressionné, il n'avait jamais vu de castor monter aux arbres ! Ni sauter, ni courir ainsi. Il pense : le cousin américain est plus adroit qu'un ours. Boules de neige, courses et coupes de bois, l'Américain gagne toujours et c'est normal. Il est plus fort, plus grand et plus adroit.</p>
<p>Castor cadet s'amuse un peu, s'amuse beaucoup, mais voudrait gagner un peu, comme tous les enfants, comme tous les parents. Il pourrait demander à Castor l'aîné de l'aider. Il est plus grand, bientôot mature, déjà bedonnant. Mais c'est son frère, et si il y a une chose qui transcende les espèces, c'est bien celle-là, l'impossibilité pour deux frères de s'entraider.</p>
<p>Castor cadet réfléchit. Il a déjà vu son oncle aider son père, pourtant ils sont frères. Mais ils sont adultes aussi. Castor cadet comprend : il ajoute la fraternité à la longue liste des qualités qui disparaissent à l'âge adulte.</p>
<p>Castor cadet se souvient, car il est vrai que la Gaspésie est au Québec et qu'au Québec, on a bonne mémoire, et  qu'on se souvient beaucoup, partout, de tout. Il avait vu, en cachette bien sûr, à la télé, parler Miss Teen Caroline du sud, ce qui lui donne une idée, une illumination qui va le sauver.</p>
<p>Le lendemain matin, les castors cousins s'amusent dans l'eau de la retenue, plongeons et pirouettes nautiques sont les deux mamelles des jeux des castors aquatiques. Avant le dîner, Castor cadet fait semblant d'être fatigué, il se repose sur le bord de la rivière et propose, nonchalamment, un jeu un peu différent. Il demande : connais-tu la capitale de l'Angleterre ? Castor américain dit "Paris" ! Celle de la France ? Castor américain dit non. Celle de la Chine ? Castor américain dit non.  Castor cadet saute sur ses pieds en rigolant : tu ne connais rien dit donc ! Et il chante, rien de rien, rien de rien...</p>
<p>Qu'a-t-il fait là ! Son cousin a perdu la face ! Pauvre Castor cadet qui avait oublié l'histoire-proverbe de son père : <i>Les Français pensent que les Chinois ne supportent pas de perdre la face, les Chinois pensent que  les Américains ne supportent pas de perdre la face, et  les Américains pensent que les Français ne supportent pas de perdre la face. Le Castor sage est prudent et évite de provoquer les Français, les Chinois et les Américains.</i></p>
<p>Mais c'est trop tard maintenant. Le cousin américain est en colère, il ronge un peu tout, les arbres et les cailloux, puis court sur le bord de la rivière qu'il se met à frapper furieusement avec sa queue musclée. Il pense et est : Castor cadet a triché, nécessairement, on l'a aidé, forcément. Il doit savoir, c'est vital, un tel échec ne doit pas se reproduire, car il remettrait en question son leadership, sa domination, son rôle de guide pour les castors de Gaspésie.</p>
<p>Castor américain a une idée. Le président de chez lui, un chrétien compatissant, dit de temps en temps à ses agents : mettez les méchants dans l'eau et vous en ferez un délateur tout chaud. Le cousin américain l'a entendu, le waterboarding est efficace et sûr. Il regarde Castor cadet et l'attrape au collet, puis d'un mouvement efficace de judo, lui met la tête sous l'eau. Pour noyer un castor, il faut un moment, c'est un problème, alors il attend, il attend, puis au bout dudit moment, lui sort la tête.</p>
<p>- Alors ?</p>
<p>- Alors quoi ?</p>
<p>- Tu sais très bien de quoi je parle !</p>
<p>Et plouffe, la tête dans l'eau. Castor américain rêve un peu, il aime être chef, mais il ne savait pas que c'était si amusant de noyer les gens ! Il n'entend pas Castor père et Castor père américain qui arrivent dans son dos, lentement d'abord, en devisant, puis rapidement, en courant. Il se sent soulevé et bousculé. Que fais-tu pauvre innocent, crient les parents. Il a triché, pleurniche Castor musclé. Ce n'est pas une raison pour le torturer ! C'est pas de la torture, continue de pleurer le cousin, c'est Bush qui l'dit !</p>
<p>Pendant qu'il s'explique, de manière un peu embrouillée, Castor cadet écoute, reprend son souffle et se souvient de sa peur. Il ne connaît pas ce Bush, mais il sait une chose maintenant qu'il enseignera à ses futur enfants :</p>
<p><i>Rigoles pas d'Bush, y pourrait prendre la mouche.</i></p>
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<title><![CDATA[Castor climatique]]></title>
<link>http://castorpolitique.wordpress.com/?p=27</link>
<pubDate>Sun, 30 Mar 2008 21:12:30 +0000</pubDate>
<dc:creator>castorpolitique</dc:creator>
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<description><![CDATA[Castor est bon, Castor est honnête, Castor a deux enfants. L&#8217;un est petit, l&#8217;autre est ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Castor est bon, Castor est honnête, Castor a deux enfants. L'un est petit, l'autre est grand. Ils vivent dans une cabane vers Kamouraska, mangent à leur faim et dorment tout l'hiver. La normalité des choses qui doivent être est respectée et les voisins ne sont pas inquiets.</p>
<p>Castor n'est pas né de la dernière neige. De la précédente non plus. Castor a vécu. Son éducation est plutôt traditionnelle, il a écouté son père et son père a écouté son grand-père, et ainsi,  de génération  en génération, de comparaison en comparaison, sa famille a castoriquement prouvé deux points :</p>
<ul>
<li>Le terre se réchauffe et se réchauffera dans les décennies à venir.</li>
<li>L'activité humaine est la cause principale du réchauffement climatique, confirmant ainsi la supériorité du castor sur l'homme.</li>
</ul>
<p>Oh ! Bien sûr ! des cassandres castors et bien d'autres encore, affirment, d'un air docte de théologien catholique, que la cause principale du réchauffement climatique est le méthane qui s'échappe des lacs castors, et qu'il faut cesser de construire des barrages, et que la planète est bien trop fragile. Que veulent-ils?  Si nous cessons, les ours viendront nous chercher dans nos maisons, ce sera l'apocalypse, la fin du monde castor, une grande perte pour les castoridés. Vraiment n'importe quoi.</p>
<p>D'autres castors, mais là c'est pour rigoler, accusent les taches solaires comme les anciens Grecs auraient accusé les colères des dieux, superstitieusement et pour ne pas culpabiliser.</p>
<p>Enfin, le dernier, qui se targue de scientifisme humain, et qui se tient toujours sur ses deux pattes pour imiter les hommes, Castor allègre qu'il se nomme, voit dans la tectonique des plaques et ses mouvements imperceptibles, la cause d'un réchauffement qui s'accélère. Ce dernier est si plaisant que Castor père va souvent discuter avec lui. Après une journée épuisante, un fou rire est toujours bon à prendre, surtout sur un sujet si sérieux.</p>
<p>Pour ses enfants par contre, c'est beaucoup plus difficile à comprendre. La nouvelle génération ne fait plus aveuglément confiance à ses aïeux, et c'est tant mieux pense Castor. Ses enfants disent :</p>
<p>- Souviens-toi papa, l'hiver dernier fut très froid, et l'été très pluvieux. Ce n'est pas possible que la terre se réchauffe, tu dis n'importe quoi, t'es si bougon qu'on dirait un vieux saumon ! D'ailleurs, Castor allègre dit le contraire! En plus, c'est un scientifiste ! Tu vois papa?</p>
<p>Castor père est frustré, comment leur expliquer? Cette question le taraude à tour de bras, mais un jour, il a une idée, lumineuse, presque médiatique! Il propose à ses enfants de faire une recherche sur Google,  de montrer que cette remise en question du réchauffement est une propagande, que les castors sceptiques ne sont que des menteurs, des affabulateurs. Les enfants répondent, chiche! Tout le monde pense avoir raison, c'est la loi.</p>
<p>- On va d'abord faire une recherche en anglais, vous le savez, il y a plus de pages et plus de travaux. Vous verrez.</p>
<p>Castor père tape avec ses grosses pattes, lentement, il est de la génération précédente, arrêtez de vous moquer. Il écrit  propaganda, global, warming ". D'un air triomphant, il appuie sur entrée et, erreur! Il a raté la touche visée, sa patte est trop grosse, en plus elle est palmée. Essayez pour voir de travailler avec des palmes, c'est pas si facile, j'ai déjà essayé! La seconde tentative réussit, au grand étonnement des enfants qui croyaient leur père incompétent, en informatique cela va de soit, car,  en ce qui concerne la construction de barrages, il est le meilleur à des lieux de castor à la ronde.</p>
<p>Ô rage, Ô désespoir! Alors que le père déchiffre péniblement, les enfants s'exclament en riant :  on avait raison, on avait raison! La propagande c'est de dire que le réchauffement climatique existe!  T'es trop nul papa! Et ils rigolent, de concert, ce qui est rare, n'oublions pas qu'ils sont frères. Castor père est un peu fâché, car en effet, la première page de résultats ne concerne que des sites chrétiens ou d'extrême droite, américains, qui font du réchauffement de la propagande communiste anti-capitaliste et anti-patriotique. Castor ne voit pas le rapport, Castor est naïf.</p>
<p>Mais Castor ne baisse pas les bras. Il crie. Les enfants, tout cela c'est parce que les Américains sont bien trop croyants, nous allons maintenant regarder en français, vous rigolerez moins petits chenapans! Ils acquiescent en riant, ils sont si sûrs d'eux maintenant, persuadés que la francophonie n'est pas mieux lotie.  Castor frappe, vigoureusement, ils vont voir ce qu'ils vont voir, se dit-il, tout bas, car ils n'est plus sûr de rien.</p>
<p>Il a bien raison de se méfier car le second résultat est identique au premier. Les enfants s'en vont jouer, tout excités de leur victoire, chantant à tue-tête : le réchauffement est une légende, une communo-propagande!</p>
<p>Castor est abattu. Comment lutter? Ces hommes sont pas malins, ils ont tout  gâché avec leur Internet. Castor se demande même maintenant si il avait raison ou tort. Finalement, il comprend, les plus fort sont devant sur Google, même quand ils ont tort.</p>
<p><i>En opinion aussi, on ne prête qu'aux riches.</i></p>
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<title><![CDATA[Castor capitaliste]]></title>
<link>http://castorpolitique.wordpress.com/?p=19</link>
<pubDate>Thu, 27 Mar 2008 11:53:27 +0000</pubDate>
<dc:creator>castorpolitique</dc:creator>
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<description><![CDATA[Castor est bon, Castor est honnête, Castor a deux enfants. L&#8217;un est petit, l&#8217;autre est ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Castor est bon, Castor est honnête, Castor a deux enfants. L'un est petit, l'autre est grand. Ils vivent dans une cabane vers Kamouraska, mangent à leur faim et dorment tout l'hiver. La normalité des choses qui doivent être est respectée et les voisins ne sont pas inquiets.</p>
<p>Un jour parmi d'autres, Castor tranchait un arbre parmi d'autres. A puissants coups de ses dents aigues et blanches. Rapidement, efficacement, comme son père avant lui, son grand-père et tous ses ancêtres depuis la nuit des temps, ainsi que le veut l'expression.</p>
<p>La chute de l'érable, c'en était un, créa une trouée nouvelle dans la forêt, un point de vue nécessaire, un lieu initiatique.  Le monde s'étalait sous ses pieds, avec ses lacs, son Saint-Laurent,  son autoroute. Il admira le paysage comme seul un castor savait le faire. Debout, appuyé contre sa grosse queue plate, les mains sur la bedaine, confortable et heureux à la fois. Sur la gauche, tout près d'un échangeur, les couleurs vives d'une publicité pour Bell Canada accrochèrent son regard. Une publicité qui vantait un meilleur chez-soi. Cette publicité l'interpellait, le remuait au plus profond de lui-même, dans son intimité si intime qu'elle ne pouvait qu'être exprimée, criée, gueulée, hurlée. Il soupira.</p>
<p>Sa petite famille aussi avait droit à un meilleur chez-soi. N'étaient-ils pas libres ? Il s'enfla de colère en imaginant la scène. Quoi, je suis un Castor, différent ? Quoi ? On me refuse le téléphone, la télé, le câble, Internet ? Non. Ce serait Castoricide, liberticide, propriéticide. En un mot. Icide. Ou Acide. Il ne se souvenait plus.</p>
<p>Troublé par tout ce qu'on pourrait lui refuser, mais en aucune façon oublieux de ses devoirs de père de famille, il finit son chantier et rentra chez lui alors que s'allumaient les premières étoiles. Ses enfants se chamaillaient dans l'eau de la retenue. Il les observa, attendri. N'étaient-ils pas mignons. Alors ? N'avaient-ils pas droit, eux aussi, de profiter de la société de consommation ?</p>
<p>Il réfléchit toute la nuit. Que pouvait-il inventer pour améliorer le quotidien qui lui semblait tout à coup si terne ? Il avait déjà tant à faire pour nourrir ses enfants et préparer un logement décent. L'hiver approchait, et avec lui les longues veillées sous terre, les nuits froides et les craquements des arbres qui gèlent. Ses petits faisaient toujours des difficultés pour s'endormir et la magie d'Internet aurait été la bienvenue. Il devait trouver de l'argent...</p>
<p>Ou bien demander à ses enfants ? Quelle idée lumineuse ! Il allait les faire travailler ! Il s'endormit sur cette pensée le sourire aux dents de devant, la queue détendue.</p>
<p>Au matin, branle-bas de combat ! Les enfants furent appelés devant le père sage et qui décide. Il leur tint ces propos : mes enfants, vous êtes grands, il est temps pour vous de comprendre la valeur de l'argent. Nous vivons bien, entre nous, mais si nous n'allons pas au monde, le monde viendra à nous, et nous ne saurons rien de ses intentions. Je vais donc vous donner l'occasion de faire un pas vers l'âge adulte, non, ne me remerciez pas.</p>
<p>Il les emmena vers la nouvelle trouée dans la forêt. Voyez-vous l'écran, tout là-bas, près de l'autoroute ? Qu'en pensez-vous ? Oh, Papa, ce s'rait trop cool s'enthousiasma l'aîn\'e. Moé-si, moé-si, zézaya le plus petit.</p>
<p>Castor se dressa sur sa queue. Qu'il était grand, qu'il était impressionnant ! Le père dit : vous allez à la ville voisine gagner de l'argent et je donnerai vingt pièces à celui d'entre vous qui en rapportera le plus. Avec cet argent, je pourrai relier notre petit abri à Bell et ses merveilles. Ce fut un beau discours, soyez en sûr, applaudi par tous les animaux qui l'avaient entendu : le geai, le lombric, les pics et un jeune orignal qui passait par là. Les arbres même, qui ne portaient pourtant pas Castor dans leur coeur, admirèrent le ton et l'élan qui fit de lui, et à partir de cet instant, l'animal le plus charismatique de la forêt.</p>
<p>Il leur fit quelques dernières recommandations en les regardant droit dans les yeux. Puis il les observa se dandiner dans la direction qu'il leur avait indiquée, triste et fier à la fois.</p>
<p>L'hiver venait de déposer son premier manteau blanc lorsqu'il les vit tous deux revenir, l'aîné, devant et droit, le cadet derrière, et fatigué. Il était si heureux de les revoir qu'il ne posa aucune question et prépara un festin d'écorces fraîches et grasses, et de feuilles colorées aux formes et aux goûts multiples.</p>
<p>Alors que les estomacs se remplissaient et que la présence du père rassurait le plus jeune, les enfants explosèrent en un concert de récits de plus en plus colorés, de plus en plus joyeux. Ils étaient chez eux. Dans la brousse. Certes. Mais chez eux.</p>
<p>Ils avaient travaillé, surtout l'aîné qui était fort et sûr. Le plus jeune avait fait son possible, mais il était encore un enfant, castor de surcroît, non syndiqué. Il n'avait pas les muscles qui permettent de réclamer son dû et n'avait survécu que d'aumônes et de pitié. Seul l'aîné avait eu droit à des salaires décents, il avait même confortablement gagné sa vie. Le père, qui était juste, car il faut l'être, lui remit les vingt pièces promises.</p>
<p>Le total permit à l'aîné de faire installer Internet. Le père, qui était encore juste, ne pouvait laisser le plus jeune en profiter. Mais les encouragments de l'aîné et l'assurance du père que l'année suivante serait différente lui mirent du baume au coeur.</p>
<p>Castor ne manquait jamais une occasion de faire part de son expérience et de sa sagesse. Il expliqua à Petit Castor qu'il avait appris la première leçon capitaliste.</p>
<p><i>Si tu es fort, on t'aidera, et si tu es faible, aides-toi.</i></p>
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