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	<title>langue-maternelle &amp;laquo; WordPress.com Tag Feed</title>
	<link>http://wordpress.com/tag/langue-maternelle/</link>
	<description>Feed of posts on WordPress.com tagged "langue-maternelle"</description>
	<pubDate>Mon, 08 Sep 2008 09:49:29 +0000</pubDate>

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	<language>en</language>

<item>
<title><![CDATA[Grammaire fusionnelle du tout petit]]></title>
<link>http://toutpetits.wordpress.com/2008/09/06/grammaire-confusionnelle-du-tout-petit/</link>
<pubDate>Sat, 06 Sep 2008 12:53:05 +0000</pubDate>
<dc:creator>toutpetits</dc:creator>
<guid>http://toutpetits.wordpress.com/2008/09/06/grammaire-confusionnelle-du-tout-petit/</guid>
<description><![CDATA[Comme une langue étrangère ?
Imaginez que vous n&#8217;ayez, pour apprendre une langue inconnue, q]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Comme une langue étrangère ?<br />
<em>Imaginez que vous n'ayez, pour apprendre une langue inconnue, que des enregistrements sonores</em></strong>.<br />
Je dis bien, uniquement sonores. Pas des vidéos, où on repère toujours des locuteurs, des gens qui s'expriment, leurs mimiques, leurs gestes, leurs expressions…, un contexte, quelques éléments qui ont un rapport avec ce qui se dit. Ce serait mission impossible : même <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Fran%C3%A7ois_Champollion" target="_self">Champollion</a> déclarerait forfait…<br />
Car lui, Champollion, travaillait sur des <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Id%C3%A9ogramme" target="_self">idéogrammes</a>, des sortes de dessins stylisés qui veulent signifier un mot, une idée. Et des graphismes, on peut les recopier, les rapprocher, les repérer dans des séquences qui ont des similitudes.<br />
Mais des sons, du bruit : essayez de faire des repérages dans le fleuve des décibels d'une radio étrangère que vous entendez soudain !... Essayez de faire des rapprochements… Il faudrait découper la bande magnétique d'un enregistrement, faire un montage… Dur ! dur !</p>
<p><strong><em>C'est pourtant ce que doit faire un tout petit !<br />
Mais il y a une énorme différence : le tout petit aime passionnément la première locutrice, sa maman, qui lui parle, qui lui murmure, qui lui chante une merveilleuse musique : sa langue maternelle.<br />
</em></strong></p>
<p>Postulat : <em>Pour vite et bien apprendre une langue étrangère, il faut tomber amoureux/euse et être aimé/e d'un/e étranger/ère.</em><br />
<em>On aime la langue de qui vous aime, du pays qu'on aime et où on aimerait aller, revenir, de la civilisation qu'on aimerait mieux connaître…</em><br />
<em>Les meilleures motivations, les plus stimulantes, les plus efficaces, sont affectives.</em> Pour l'adulte, l'intérêt peut parfois suffire (du travail à l'étranger, la gloire pour Champollion).<br />
Vous comprenez pourquoi, après six années de Carpentier-Fialip, si vous n'avez pas pu faire d'échanges linguistiques, vous êtes toujours lamentablement nul en anglais. Alors qu'un bon petit coup de foudre, une bonne grosse amitié, vous auraient fait aimer viscéralement la musique du parler d'outre Manche.</p>
<p><strong><em>Le tout petit, lui, est un petit veinard : il a droit dès sa naissance au stage linguistique intensif</em></strong>, et il est – et restera - chez sa corres ! Et cette corres, Maman, qu'il connaissait déjà un peu à l'oreille depuis quelques mois avant même de naître, et tous ceux qui lui sont proches, l'aiment passionnément. Maman ne cesse de lui dire des mots doux, très doux, des mots d'amour. Et Bébé va faire des progrès foudroyants. C'est magique, ça marche à tous les coups…<br />
<strong><em>Les mamans, toutes les mamans, sont les meilleurs professeurs de leur langue, de leur culture.</em></strong><br />
Et Bébé, qui ne sait rien dire encore, très vite va essayer de « parler », de dire en retour des mots d'amour. Et, comme Bébé sent bien, sait bien, que tous ces bruits si doux que fait Maman, ça veut dire «  je t'aime, mon tout petit, je t'adore, tu es beau, comme je suis heureuse de t'avoir… » - c'est d'ailleurs souvent ce qu'effectivement elle dit…, -  maman, de son côté, sent bien, sait bien, tant les gestes, les mimiques, les regards sont éloquents, que les premiers sons émis par son bébé sont des déclarations d'amour.</p>
<p><strong><em>La relation entre la maman et son bébé est d'abord fusionnelle</em></strong>, cela va durer quelques semaines pendant lesquelles ils ne feront qu'un bloc et seront difficiles à séparer. Peu à peu, Bébé va trouver des sources d'intérêt autres que maman, on pourrait dire des intérêts transitionnels, qui vont lui faciliter les inévitables séparations.</p>
<p><em><strong> La langue maternelle est d'abord à l'image de cette relation affective fusionnelle. La langue maternelle est une des composantes essentielles de cette relation affective fusionnelle. Mais, de même qu'on ne peut rester toute une enfance en fusion affective, on ne peut se contenter longtemps de quelques sons sans signification autre qu'affective, si éloquents soient-ils.</strong></em></p>
<p>Et c'est maman, le super prof de langue maternelle, qui va réussir à sortir avec son bébé de cette mélasse langagière trop sucrée où la compréhension s'englue.<br />
<strong><em>Comme les objets transitionnels chers à Winnicott vont aider Bébé à sortir d'une relation duelle pour oser partir à la conquête du monde ;<br />
de même, quelques mots transitionnels vont aider Bébé, avant même qu'il ne puisse parler, à découvrir dans l'océan, dans la mer sucrée de la langue maternelle, des îlots de sens, d'où il osera, tel un primitif sur sa fragile pirogue, partir à la conquête progressive du monde sonore du langage.</em></strong></p>
<p><em>Quelques-uns de ces mots : Maman, Papa, oui, non, le prénom de Bébé…<br />
En voici un autre, particulièrement précieux au moment du douloureux sevrage, qui est une véritable castration, la perte du sein maternel.<br />
</em></p>
<p><strong>Biberon : un mot exemplaire entre tous, déjà compris bien avant la parole.</strong><br />
Ce <strong><em>« biberon »</em></strong> va nous montrer comment il sort peu à peu du melting pot sonore et prend à mesure des significations de plus en plus précises.<br />
Pour le forger, pour le couler, il va falloir la convergence de flots répétés de données sensorielles, affectives, mnésiques : peu à peu son sens va s'affiner, sans cesse conforté par le contexte, par des repères temporels, de lieu, par des besoins, par des séquences devenant des habitudes.<br />
<strong>Essayons de représenter cela :</strong></p>
<p><a href="http://toutpetits.files.wordpress.com/2008/09/biberon5.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-456" title="biberon5" alt="" /></a><a href="http://toutpetits.files.wordpress.com/2008/09/biberon61.jpg"><img class="alignleft size-large wp-image-461" title="biberon61" src="http://toutpetits.wordpress.com/files/2008/09/biberon61.jpg?w=468" alt="" width="468" height="958" /></a></p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Clés de la réussite]]></title>
<link>http://traduire.wordpress.com/?p=15</link>
<pubDate>Mon, 09 Jun 2008 12:14:05 +0000</pubDate>
<dc:creator>Dorothee Rault</dc:creator>
<guid>http://traduire.wordpress.com/?p=15</guid>
<description><![CDATA[Un traducteur se qualifie en tant que professionnel 
-  s&#8217;il traduit exclusivement vers sa lan]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-size:12pt;"><span class="mceitemhiddenspellword"><span style="font-family:Calibri;">Un traducteur se qualifie en tant que professionnel </span></span></span></p>
<p><span style="font-size:12pt;"><span class="mceitemhiddenspellword"><span style="font-family:Calibri;">-  s'il</span></span><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;"> traduit exclusivement vers sa langue maternelle,</span></span></span></p>
<p><span style="font-size:12pt;"><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;">- s'il développe </span></span><span class="mceitemhiddenspellword"><span style="font-family:Calibri;">des</span></span><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;"> </span></span><span class="mceitemhiddenspellword"><span style="font-family:Calibri;">connaissances</span></span><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;"> </span></span><span class="mceitemhiddenspellword"><span style="font-family:Calibri;">profondes</span></span><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;"> </span></span><span class="mceitemhiddenspellword"><span style="font-family:Calibri;">dans</span></span><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;"> </span></span><span class="mceitemhiddenspellword"><span style="font-family:Calibri;">un</span></span><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;"> </span></span><span class="mceitemhiddenspellword"><span style="font-family:Calibri;">domaine</span></span><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;">,</span></span></span></p>
<p><span style="font-size:12pt;"><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;">- s'il suit l'évolution du domaine en question,</span></span></span></p>
<p><span style="font-size:12pt;"><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;">- s'il met à jour systématiquement ces connaissances,</span></span></span></p>
<p><span style="font-size:12pt;"><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;">- s'il travaille régulièrement sur des textes qui s'y rattache,<br />
</span></span></span></p>
<p><span style="font-size:12pt;"><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;">- </span></span><span class="mceitemhiddenspellword"><span style="font-family:Calibri;">s'il</span></span><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;"> refu</span></span><span class="mceitemhiddenspellword"><span style="font-family:Calibri;">se</span></span><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;"> </span></span><span class="mceitemhiddenspellword"><span style="font-family:Calibri;">des</span></span><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;"> </span></span><span class="mceitemhiddenspellword"><span style="font-family:Calibri;">commandes</span></span><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;"> </span></span><span class="mceitemhiddenspellword"><span style="font-family:Calibri;">de</span></span><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;"> </span></span><span class="mceitemhiddenspellword"><span style="font-family:Calibri;">traductions</span></span><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;"> </span></span><span class="mceitemhiddenspellword"><span style="font-family:Calibri;">dont</span></span><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;"> </span></span><span class="mceitemhiddenspellword"><span style="font-family:Calibri;">il</span></span><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;"> </span></span><span class="mceitemhiddenspellword"><span style="font-family:Calibri;">ne</span></span><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;"> </span></span><span class="mceitemhiddenspellword"><span style="font-family:Calibri;">maitrise</span></span><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;"> pas </span></span><span class="mceitemhiddenspellword"><span style="font-family:Calibri;">le</span></span><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;"> </span></span><span class="mceitemhiddenspellword"><span style="font-family:Calibri;">sujet</span></span><span class="mceitemhidden"><span style="font-family:Calibri;">.</span></span></span></p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[La littérature au détriment de l’essai]]></title>
<link>http://moustaches.wordpress.com/2008/03/15/la-litterature-au-detriment-de-l%e2%80%99essai/</link>
<pubDate>Sat, 15 Mar 2008 21:25:59 +0000</pubDate>
<dc:creator>soniachamkhi</dc:creator>
<guid>http://moustaches.wordpress.com/2008/03/15/la-litterature-au-detriment-de-l%e2%80%99essai/</guid>
<description><![CDATA[La blessure du chien errant, Carnet d’Irak (1991et 2003) De Hédi Khélil
&nbsp;


Au moment où S]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<h1 class="western"><font size="4">La blessure du chien errant</font><font size="4">,</font> Carnet d’Irak (1991et 2003) De <font size="4">Hédi Khélil</font></h1>
<p align="left">&#160;</p>
<h3 class="western"><font size="4"><br />
</font></h3>
<p>Au moment où Si Ridha Mellouli m’a téléphoné pour m’inviter à présenter le roman de si Hedi khélil, <i>La Blessure du Chien Errant, Carnet d’Irak (1991 et 2003),</i> j’étais entrain d’interviewer la plasticienne Amel Bouslama à propos de son exposition au Centre Culturel International de Hammamet. Alors que je saisissais ses réponses, je me suis aperçu d’un étrange tremblement dans sa voix. A ma grande surprise, Amel avait les yeux emboués de larmes. Je m’inquiète de son émoi soudain. Elle me désigne un numéro de Jeune Afrique qui traîne sur mon bureau. Sur la couverture du magazine la tristement célèbre soldat américaine Lyndie England tient un prisonnier irakien en laisse. En majuscule, en rouge et en gras, un titre pour toute légende : <i>« Les Chiens de Guerre »</i>. Mon amie pleure et je me sens absurdement coupable, je m’excuse au près d’elle de je ne sais quelle faute et propose de ranger, loin de sa vue, le magazine en question. Elle me dit <i>« ça ne fait rien, je dois savoir</i>. »</p>
<p style="text-indent:1.25cm;">Plus tard, je tente d’écrire ce texte. J’ai dans les oreilles  des aboiements et des cris et dans la tête les images d’un chien bâtard qui boite et d’un homme nu, tenu en laisse.</p>
<p align="justify">Je souhaite me cacher derrière l’écrit de Si El-Hédi, je cherche dans le roman le chapitre intitulé <i>Des animaux et des hommes</i> et plus particulièrement la section <i>Le chien et la poule.</i></p>
<p align="justify">A la page 110, un bref descriptif. Je cite : <i>« dans l’abri où nous sommes cachés, la nuit du samedi 22 mars, un visiteur inattendu : un vieux chien. Un jeune irakien veut le chasser, mais d’autres irakiens l’en dissuadent. Le chien se planque par terre, apparemment exténue et à bout de souffle. Je le fixe des yeux. Sa patte gauche est blessée. Il n’arrête pas de haleter. On lui apporte à boire et à manger, mais il reste récalcitrant. Est-il malade ? Est-il choqué ?</i></p>
<p align="justify"><i>A l’heure où nous nous préparons à dormir, vers le coup de minuit, je le trouve plongé, au couloir de l’abri, dans un profond sommeil. Sur sa crinière, est déposé un pépin orange. Qui l’a mis ? Au réveil à 6h, je ne le retrouve pas . où est-il ? »</i></p>
<p align="justify">Je viens de vous transcrire la totalité du texte consacré au chien errant. Un tel paragraphe peut-il déterminer le titre d’un roman. Ce titre désigne t-il réellement le vieux chien sus-cité ? Je ne le crois pas ! je pense que le chien errant désigne un tout autre actant, je crois même qu’il désigne l’auteur.  Pardonne-moi mon hardiesse Si El-Hédi, mais j’ai comme l’intuition qu’une voix en toi  a déclaré : <i>je suis un chien errant</i> et j’entends:  « je suis réduit à être un chien errant ».</p>
<p align="justify">Pour dissiper tout malentendu, je tiens à préciser que cette parole écrite est forcément symbolique ou métaphorique. Si El-Hédi n’est pas un prisonnier de guerre tenu en laisse mais l’universitaire, l’auteur et l’écrivain  qu'il est, semble trouver dans cette figure la quintessence de <i>sa condition humaine</i> pour emprunter une célèbre formule de Malraux.</p>
<p>Et parce que toute histoire personnelle significative rejoint forcément la grande Histoire collective le voilà symboliquement, tels les corps nus des prisonniers irakiens amoncelés face à l’objectif de leurs tortionnaires, soudé à l’histoire des irakiens, traités délibérément comme des chiens.</p>
<p align="justify">Comme tout un chacun le sait, <i>La Blessure du Chien Errant</i> est écrite en langue française. Pourtant Si El-Hédi écrit parfaitement en arabe.</p>
<p align="justify">Est-ce parce que c’est plus tolérable de dire <i>« nous sommes des chiens,  errants ou en laisse »</i>, c’est selon, que de dire : « <font face="Tahoma">نحنا كلاب </font>» que Si El-Hédi a choisi l’exil linguistique ?</p>
<p align="justify"> Encore une fois pour lever toute ambiguïté, je tiens à préciser tout de suite que Si El-Hédi ne fait pas dans son roman le procès des Américains -ou de l’armée de la coalition- qu’il ne désigne même pas par le terme de colonisateurs, je pense même que c’est plutôt du procès de Saddam Hussein -et au delà de lui de la figure même de certains leaders arabes- qu’il s’agit. D’une manière implicite et par moments explicite, l’auteur dit clairement que bien avant les Américains et leurs Alliés, Saddam, les hommes de son régime et leurs barbouzes, traitaient les Irakiens comme des chiens.</p>
<p align="justify">&#160;</p>
<p align="justify">Dans son roman, l’auteur ne condamne pas l’action américaine, sa violence barbare, ses bombardements aveugles et ses innombrables « bavures » comme ils disent et il esquisse à peine les raisons évidentes de la guerre menée contre l’Irak. Et alors que cette sale guerre est franchement épouvantable, c’est même par un bien tiède paragraphe que Hédi Khélil achève son roman. Il écrit : <i>« Est-ce utile de dire que l’occupation de Bagdad m’a chagriné et endolori ?</i> » Et pour conclure, il affirme : « <i>Les irakiens vont, enfin connaître une vie normale. La hantise des guerres est anéantie. Les bars et les boites de nuit vont rouvrir. Les vols seront rétablis. Le dinar va retrouver sa vigueur. Le confort auquel se sont accoutumés les Irakiens même pendant les années de guerre contre l’Iran va reprendre ses droits. Beaucoup d’exilés irakiens regagneront leur pays. La vie sera certainement plus agréable. Mais dans un pays humilié, sous-scellé et dont les richesses vont être régentées par les vainqueurs, la nostalgie aura –telle la même saveur qu’avant et les retrouvailles auront-elles la même chaleur d’antan ? ».</i></p>
<p>Et alors que cette lecture fort partielle et effroyablement froide me révolte fortement,  je trouve paradoxalement du courage dans cette entreprise risquée, menée par l’auteur et susceptible de mille et une interprétations, de mille et un procès.</p>
<p align="justify">Pardonnez-moi ce qui peut s’apparenter à du cynisme mais l’Histoire prouve que le dédain de la dignité humaine est une démarche naturelle chez l’Occupant quand il fait face à la moindre résistance. Souvenez-vous, il y a à peine quelques décennies du Vietnam, de l’Algérie et encore aujourd’hui de la Palestine, pour ne citer que ceux là.</p>
<p align="justify">Mais là où c’est intolérable, c’est lorsque un peuple est asservi, spolié de sa dignité par ses propres représentants, ses propres gouverneurs.</p>
<p align="justify">Je crois qu’au delà de toute polémique sur les convictions politiques de l’auteur, car le roman ne peut que convoquer cette lecture politique, il faudrait consentir à lui reconnaître ce courage de dire la toute première humiliation du peuple irakien, celle qui explique en amont et en aval le sort tragique d’un peuple, à bien des égards, révélateur des autres peuples arabes.</p>
<p align="justify">&#160;</p>
<h1 class="western">L’exil linguistique</h1>
<p align="justify">Du coup, j’avance timidement une hypothèse qui puisse éclairer le choix de Si El-Hédi de ce que j’ai qualifié précédemment par <i>exil linguistique</i>.</p>
<p align="justify">Je crois que celui qui se désigne métaphoriquement par <i>le chien errant</i>,  a symboliquement changé de langue, comme en tenterait vainement de changer de peau,  pour s’accorder une parole autre que celle autorisée par le père, que celui-ci ait fondé une famille ou une nation.</p>
<p>A la langue maternelle, il a préféré l’exil linguistique pour ne pas mourir de mutisme, asphyxié par une muselière invisible. Pour ne pas avoir à tourner sept fois sa langue dans la bouche afin éviter de prononcer ce qui pourrait se retourner contre lui, il a choisi l’écart d’une <i>langue autre</i>. Cette langue que l’on se hâterait à tort de considérer comme la langue de l’Autre Occidental est en réalité la langue littéraire du <i>Tout Autre</i> : du marginal, du errant, du vaincu, du solitaire.</p>
<p>Il me souvient même que lors d’un débat on a reproché à SiEl-Hédi de citer dans son roman Genet réduit bizarrement à un étranger, c’est – à dire un « non arabe ». Or, Genet est l’autre de la pensée occidentale. Qu’importe dans quelle langue, quelle grammaire, quelle syntaxe  la voix d’un auteur se déploie. Il y a deux types de langues, celle de la soumission et celle de la liberté.</p>
<p>Et quelque soit la langue, toute voix créatrice est issue, presque d’une manière biologique, de plusieurs années d’étranglement. Et, lorsque l’on se sent étranglé par sa propre langue maternelle par simple décret sociétal, c’est à dire politique et culturel, il faut bien s’arracher à l’envoûtement de la toute première langue murmurée par la mère!</p>
<p>On pourrait spéculer en disant que Si El-Hédi aurait pu dire les mêmes choses en arabe. Mais le fait est là, c’est grâce à <i>cet écart</i>, à cette ingratitude symbolique aux origines, que la langue de l’auteur se délie. J’ai dit précédemment qu’il tente de renouveler sa peau. Mais encore aurait-il fallu qu’il se désignât par un tout autre animal, le serpent par exemple. Or, dans cette <i>langue du tout autre</i>, et non pas du culturellement autre comme on la réduit souvent, Si El-Hédi raconte plutôt son parcours personnel d’errance et non point de renaissance.</p>
<p>Ce parcours intime, pour la première fois raconté à la première personne du singulier est d’une teneur telle qu’il risque de froisser bien des pudeurs.</p>
<p>Dans la section 6, à la page 64, si El-Hédi écrit : <i>« Qu’est-ce qui me reste des guerres dont j’ai été le témoin, proche ou lointain ? Des corps, rien que des corps. Une moue, un rictus, un tremblement de paupières. Des pas chaotiques et frénétiques d’hommes coincés dans un abri pas sûr, comme les courses d’une mouche dans une chambre aux portes et fenêtres fermées. Le regard si appelant d’une femme, telle la flamme d’une lampe, qui vient peut-être quérir un frisson de désir. »</i></p>
<p align="justify">Mon ami Mouheddine Béjaoui, qui écrit également en français, a publié un texte sur les auteurs arabes qui s’expriment dans la langue de Voltaire où il dit <i>que tout humain strangulé, ouvre naturellement sa bouche à la recherche de l’air et sa langue sort pointue comme «une langue de vipère plus pour narguer l’étrangleur que pour lui lancer un venin mortel ». </i></p>
<p align="justify">&#160;</p>
<p align="justify">Alors on pourrait diverger longuement sur les positions intellectuelles de l’auteur à propos des guerres d’Irak. Son attitude quelque peu ambiguë, car délibérément pas suffisamment explicitée semble même le provoquer. Seulement voilà, il me semble que la motivation réelle de l’auteur n’est finalement pas celle de raconter L’Irak, mais plutôt celle de se raconter et d’enlacer le corps opulent de la littérature.</p>
<p align="justify">&#160;</p>
<h1 class="western">La littérature au détriment de l’essai</h1>
<p align="justify">D’ailleurs dans son avant propos, Si El-Hédi le confesse. Je cite : <i>« ce livre n’est pas une chronique de la guerre, mais de la vie des gens pendant la guerre. Ses motivations et sa portée ne sont pas circonstancielles et conjoncturelles. Si tel était le cas, je ne l’aurais certainement pas écrit. »</i></p>
<p>Mais plus que cela, à y voir de plus près et si on se limitait à une rigoureuse lecture textuelle,  - et non pas celle, intertextuelle et contextuelle, évidemment nettement plus prolifiques,- ces C<i>arnets d’Irak entre 1991 et 2003</i> ne reprennent ni des événements, ni des discours, ni des révélations et encore moins des analyses des deux guerres.</p>
<p align="justify">Dans son roman Hédi khélil  raconte plutôt les gens qu’il a rencontré d’abord pendant ses trois années d’enseignement du français à l’Université d’Al-Mustansiryâ de Bagdad, entre 1989 et 1991, ensuite, ceux, croisés ou retrouvés lors de son retour en Irak entre le 12 et le 31 mars 2003. Et lorsque par leur intermédiaire, le texte concerne directement Saddam, les deux guerres, celle de 1991 et celle de 2003, l’auteur opte pour  une écriture absolument dénotative qui se refuse non seulement toute analyse, toute interprétation mais qui se donne dans une forme de transcription fidèle et neutre. Or, évidemment, <i>toute fenêtre est un cache</i> pour emprunter une figure cinématographique de Bazin qui s'avère tout à fait juste pour tout texte, filmique soit-il ou littéraire. Car l’auteur ne consigne point toutes les paroles entendues, en dévoilant quelques unes, il voile forcément bien d’autres.</p>
<p align="justify">De bout en bout, Hédi Khélil maintient une écriture presque ascétique. Une écriture épurée rendue à son expression la moins expansive, non seulement rétive à tout sentimentalisme mais qui épouse souvent une forme subversive de cynisme distant.</p>
<p align="justify">Et c’est là, je crois tout l’enjeu littéraire de ce récit. Je crois que sa provocation ultime pour un lecteur arabe -et également francophone-, ce n’est point le fait qu’il soit écrit dans la langue de Voltaire mais dans un style qui rompt définitivement avec cette longue histoire d’un lecteur arabe rompu à la rhétorique. Car en prenant le risque de dénuder son récit de tout bémol de figures, Hédi Khélil heurte son lecteur au sein même de ses structures imaginaires.</p>
<p align="justify">Sans détours métaphoriques, sans figures romanesques, sans déplacements et associations syntagmatiques, Hédi Khélil raconte son individualité, son intimité. Et l’on se doute fort bien, celle ci- concerne sa sexualité, son lent célibat, et cette confession qui fait mal qu’il est étranger à lui même.</p>
<p align="justify">En effet, si jusqu’au milieu du récit, le texte de Si El-Hédi semble tenir grâce à ce menu fil romanesque  qu’est Hélène la rebelle chrétienne qui traverse ses années studieuses pour rejoindre l’insoutenable dérive de l’Irak déchu et  colonisé, dès que celle ci disparaît, dans l’exil et dans un couvent, l’on ne sait plus pourquoi il écrit et pourquoi on continue à le lire.</p>
<p align="justify">&#160;</p>
<p align="justify">Face à l’absence de toute interprétation intellectuelle mais voire de toute manifestation affective, toute mesure ou démesure du cœur  pour un sujet pourtant brûlant, un sujet qui ébranle la pensée, nécessite une quête de Sens, l’affirmation ne serait-ce que d’une idée  et d’un élan du cœur, l’agacement pointe.</p>
<p align="justify">Aujourd’hui, je sais encore mieux pourquoi j’aime pourtant le roman de Si El-Hédi.</p>
<p align="justify">&#160;</p>
<h1 class="western">Une autobiographie à peine déguisée</h1>
<p align="justify">Parce qu’il ose dire dans le dénuement de la langue son désarroi profond. Parce qu’il est douloureux et honnête. Un paradigme secret se tisse : la frustration, l’exil, la perte de repères, la fatigue et l’épuisement du sens. Et c’est en cela que <i>Le chien errant</i> rejoint les chiens en laisse: Fallait-il attendre l’arrivée des américains pour enfin reconnaître que nous sommes réduits à presque rien?</p>
<p align="justify">&#160;</p>
<p align="justify">Au dos du livre, Si El-Hédi confesse <i>: « Qu’est-ce que je suis allé faire en Irak ? Me guérir définitivement d’un pays que j’aime beaucoup ? Retrouver des visages que j’ai connus ou à peine effleurés ? Conjurer, au contact de la guerre, mes propres angoisses et peurs ? Suis-je revenu pour ne plus revenir ? Ou suis-je parti pour y rester pour toujours ? »</i></p>
<p>C’est en définitive cela la vérité de ce roman : celle d’un auteur qui se raconte. Une autobiographie. Un texte fait des confidences littéraires d’un homme de cinquante ans qui a le courage, la sincérité de se dire, de se mettre à nu. Que cet homme soit journaliste, universitaire, essayiste ne peut évidemment qu’éclairer, par le haut, le désarroi morale de toute une génération et permettez-moi la généralisation , ce parcours est à bien des égard représentatif  d’une perte de sens et de vision pour une la grande sphère géographique et culturelle que constitue le monde arabe.</p>
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<p align="justify">Aussi que son témoignage participera, au-delà de toute polémique, parmi d’autres, à retranscrire ce moment tragique de notre histoire est une évidence mais ce que je retiens par-dessus tout, et ce qui me touche le plus c’est ce courage de battre en brèche les discours consensuels et ce désir de trouer les paradigmes identitaires pour revendiquer sa part de quête et de métamorphose. Et aux inconditionnels de la spécificité culturelle arabe, comme d’ailleurs tout inconditionnel de l’idée même de l’identité, il est certainement de bon aloi de rappeler ce que toute identité donnée une fois pour toute, charrie comme immobilisme, comme refus de la différence, et comme pétrification de l’être.</p>
<p align="justify">Et c'est probablement ce questionnement qui est le vrai motif, non seulement de ce roman mais de toute littérature.</p>
<p align="justify">En choisissant d’écrire un roman et non point un essai, je crois que c’était cela le choix fondamental de si Hédi. Se libérer de la cohérence du discours pour  enlacer le sans fond de toute vérité littéraire. Et en faisant cela, dans cet exercice périlleux de l’écriture, il y a le plus grand attribut de l’homme : le désir d’exister. Dans son merveilleux texte <i>Des trois métamorphoses </i>extrait de <i>Ainsi parlait Zarathoustra</i>, l’inégalable Nietzsche explique le parcours de l’homme épris de  liberté. Cet homme habité par « le sentiment d’existence » comme disait J.J. rousseau, se métamorphose, de chameau en lion, et de lion en enfant, pour pouvoir être affirmatif, pour prononcer le « oui » sacré indispensable à la création.</p>
<p align="justify">Dans ce texte, <i>Des trois métamorphoses</i>. Nietzsche écrit :</p>
<p align="center"><i>« Je vous énonce trois métamorphoses de l’esprit : comment l’esprit se mue en chameau, le chameau en lion et le lion, enfin, en enfant.</i></p>
<p align="center"><i>Il y a beaucoup de pesants fardeaux pour l’esprit robuste, aimant à porter de lourdes charges et que le respect  habite : c’est un pesant fardeau qu’aspire sa force, au fardeau le plus lourd.</i></p>
<p align="center"><i>Qu’est-ce qui est lourd ? demande l’esprit habitué aux lourdes charges, et le voici qui s’agenouille, pareil au chameau, il veut qu’on le charge bien.</i></p>
<p align="center"><i>Qu’est-ce qui est le plus lourd, ô héros ? interroge l’esprit habitué aux charges pesantes, que je m’en charge, moi, et que je me réjouisse de ma force.</i></p>
<p align="center"><i>N’est-ce pas cela : s’abaisser pour faire souffrir son orgueil ? n’est-ce pas cela : faire éclater sa folie pour se moquer de sa sagesse ?</i></p>
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<p align="justify"> S’étant allégé des lourdes charges des discours bien pensants, Hédi Khélil tel l’enfant de Nietzsche se contente d’affirmer son désir de création. Son désir de littérature. Et que l’on s’entende bien le rapport de la littérature à la pensée n’est pas de l’ordre de l’exclusion. L’une est l’autre participe évidemment de cette même foi en le Symbolique. Mais là où l’une s’attache à la cohérence et à l’unicité, l’autre se nourrie des méandres de l’affect et de l’appel du néant.</p>
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<p align="justify">Ayant déjà assisté à une préalable séance de débat autour de ce Roman de Hédi Khélil, <i>La Blessure du Chien Errant</i>, je peux affirmer que son roman ne cesse de susciter de sérieuses et tenaces polémiques.</p>
<p align="justify">Ceci me réconforte dans l’idée que nous sommes face à un vrai texte littéraire. A ce que Roland Barthes par opposition au texte lisible appelle le <i>scriptible.</i></p>
<p align="justify">Car tel qu’il le souligne dans  <i>S/Z</i>, la question fondatrice de toute approche critique du texte littéraire est la suivante: <i>quels textes accepterais-je d’écrire (de ré- écrire), de désirer, d’avancer comme une force dans ce monde qui est le mien ?</i></p>
<p align="justify">L’auteur répond que<i> Ce que l’évaluation trouve, c’est cette valeur-ci : ce qui peut être aujourd’hui écrit (ré-écrit) : le scriptible. Pourquoi le scriptible est-il notre valeur ? ajoute Barthes « Parce que l’enjeu du travail littéraire c’est de faire du lecteur, non plus un consommateur, mais un producteur du texte ».</i></p>
<p align="justify">Aujourd’hui face à<i> La Blessure du Chien Errant</i> de Hédi Khélil je ne suis pas face à un texte lu mais non écrit : un texte <i> lisible</i>. Puisque je ne suis plus une simple lectrice. J’espère même avoir échappé à la tentation de l’interprétation, c’est-à-dire à la tentation  de donner au roman de Hédi Khélil un sens plus ou moins fondé, plus ou moins libre, mais d’avoir au contraire tenter d’apprécier de quel pluriel il est fait pour écrire à mon tour un texte éphémère qui échappe je l’espère à tout système fermé y compris celui de l’idéologie et de la critique savante.</p>
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<title><![CDATA[La langue maternelle]]></title>
<link>http://toutpetits.wordpress.com/2008/01/14/la-langue-maternelle/</link>
<pubDate>Mon, 14 Jan 2008 22:42:51 +0000</pubDate>
<dc:creator>toutpetits</dc:creator>
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<description><![CDATA[La langue maternelle, « ce doux ramage humain », la langue universelle du cœur que comprennent to]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p style="margin-bottom:0;"><b>La langue maternelle, « ce doux ramage humain », la langue universelle du cœur que comprennent tous les nouveaux-nés</b></p>
<p style="margin-bottom:0;">Quand il naît, le tout petit bébé quitte un monde protégé, tiède et confortable : il était jusqu’alors dans un milieu liquide, où tout de la violence du monde extérieur était atténuée : les bruits (mais il reconnaissait parfaitement et depuis belle lurette la chaude voix de maman et la forte voix de papa – dans son dernier mois de son bail intra utérin, bébé passerait dit-on 95% de son temps à « écouter », les voix en particulier) ; bien amortis aussi les chocs, les secousses… : on ne fait pas mieux qu’un utérus comme « waterbag »… ; quant aux écarts de température : un petit 37 quasi constant, parfaite la clim… C’était le paradis, ça ne pouvait pas durer…</p>
<p style="margin-bottom:0;">A peine poussé son 1<sup>er</sup> cri, Petit-Bout est assailli de sensations déplaisantes : quel froid au sortir du hammam à 37 ! que de bruit ! on a déréglé la sono…, et cette lumières, ces sunlights !, et puis on le tourne, on le retourne, on le frotte, on l’explore, parfois on le pique au talon, déjà la souffrance…</p>
<p style="margin-bottom:0;">Par bonheur, dans ce monde hostile où ce petit d’homme n’aurait seul aucune chance de survivre, il y a un havre de paix, de sécurité, de réconfort après tant d’épreuves : les bras de maman, sa tiédeur, et surtout son odeur, unique, et sa voix, reconnue, si apaisante.</p>
<p style="margin-bottom:0;">Oui, pour ce tout petit si vulnérable, ce sont des sensations qui déjà vont le rassurer, le structurer, commencer à le réconcilier avec ce monde si violent, où tout n’est que fluctuations si longtemps imprévisibles, un monde qu’il va falloir dès maintenant commencer à « lire », à déchiffrer, à connaître et reconnaître pour lui donner du sens :</p>
<p style="margin-bottom:0;"><i><b>L’odeur de maman</b></i>, sa carte 	d’identité : Il faut savoir qu’un nouveau né 	encore tout gluant, placé sur le ventre de maman se met à 	ramper, est capable, seul, guidé par son odorat, d’atteindre un sein et de se mettre à téter, à aspirer 	ce merveilleux nectar qu’est le lait maternel, lui qui était 	nourri-branché en permanence et qui n’avait pour entraîner 	ses instincts de succion et de déglutition que ses doigts (le 	pouce déjà souvent préféré) et le 	liquide amniotique.</p>
<p style="margin-bottom:0;"><i><b>La voix de maman</b></i>, maman fatiguée 	souvent, mais toujours émue de voir enfin ce tout petit 	d’elle, et qui se met à lui « parler », 	à lui dire des choses qu’elle seule sait lui roucouler, lui 	murmurer comme en confidence. Oui dans ces premiers contacts, le 	langage humain est bien un ramage, comme le dit si joliment Paul 	Osterrieth, fait de petits bruits, de petits rires, de petits mots 	décousus, de vocalises amoureuses. Au total, ce long message 	de bienvenue est un monologue amoureux, assurément longuement 	mûri, révé, mais c'est aussi le duo de deux coeurs en harmonie.</p>
<p style="margin-bottom:0;">Toutes les mères, humaines comme animales, ont cette infinie douceur pour accueillir leurs petits, et toutes savent les envelopper dans un bain de chaude tendresse faite de tiédeur, d’affection, de langage amoureux.</p>
<p style="margin-bottom:0;">Cette langue d’accueil des tout petits est universelle, et c’est cette qualité commune d’amour qui fait que des femelles animales savent élever des petits qui ne sont pas de leur espèce et parfois même des petits Mowgli des Indes, des petits Victor de l’Aveyron. Nous reparlerons bien sûr, longuement des « enfants sauvages ».</p>
<p style="margin-bottom:0;">Alors, qui que nous soyons pour ce nouveau-né, parents proches ou lointains, visiteurs, voisins, amis de la famille, intervenants dans les premiers jours de son existence, sachons bien que tous nos comportements positifs compteront pour son équilibre présent et ultérieur et que tout cela pèsera pour compenser les souffrances, les frustrations, les épreuves qui ne manqueront pas.</p>
<p style="margin-bottom:0;">Cette langue maternelle c’est celle du cœur, celle qui n’a pas besoin d’être comprise, c’est la langue des mères à leurs bébés, celle que peu à peu elle leur apprendra, elle et son entourage ; c’est la langue du pays où on naît, où on passe son enfance. C’est cette musique ineffable qui émeut tant les exilés, les prisonniers, quand soudain ils l’entendent dans le brouhaha à peine perçu des étrangers.</p>
<p style="margin-bottom:0;">Demain, je vous parlerai d’une autre langue, sans doute aussi précieuse à un enfant que sa langue maternelle, cette langue que j’appelle la langue grand-maternelle.</p>
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