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	<title>pipotexto &amp;laquo; WordPress.com Tag Feed</title>
	<link>http://wordpress.com/tag/pipotexto/</link>
	<description>Feed of posts on WordPress.com tagged "pipotexto"</description>
	<pubDate>Sat, 26 Jul 2008 11:14:45 +0000</pubDate>

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	<language>en</language>

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<title><![CDATA[Match nul.]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=47</link>
<pubDate>Wed, 16 Jul 2008 07:17:51 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
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<description><![CDATA[Le gamin joue sur la banquette arrière. Les pieds en l&#8217;air il frappe dans ses mains au rythme]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Le gamin joue sur la banquette arrière. Les pieds en l'air il frappe dans ses mains au rythme de la musique. Devant son père s'impatiente au volant. Il laisse pendre son bras gauche le long de la portière. On n'avance pas d'un pouce depuis cinq minutes. La rue est saturée des gaz d'échappement.<br />
Il tire sur sa clope et avale une longue goulée de bière. D'un geste nerveux il regarde sa montre et hoche la tête en soupirant de dépit. De la paume de sa main il frappe deux ou trois coups nerveux sur le volant. Sûr qu'ils vont être en retard et que le match aura commencé.<br />
D'un trait il vide sa canette qu'il envoie exploser sur le trottoir. Il tire une longue taffe sur sa clope, lève les yeux au ciel et maudit le sort ; puis brusquement, il explose de fureur, il se tourne vers la banquette arrière et hurle au visage du gamin.<br />
-« Jimmy bordel !! T'arrêtes tes conneries hein ! »<br />
La bouche ouverte, le gamin s'est arrêté net de frapper dans ses mains, il ne fait plus un geste. Son  père est resté un instant comme ça à le plomber du regard, histoire d'être sûr qu'il n'allait pas recommencer. Les bagnoles se sont mises à avancer et derrière eux les klaxons se font entendre. Il a gueulé un truc avec enculé dedans, enclenché la première et fait hurler le moteur. La bagnole a giclé brusquement pour s'immobiliser dans un crissement strident vingt mètres plus loin.<br />
De nouveau au point mort, il n'y a plus que le bruit des moteurs, et la fumée des pots d'échappement qui commence à piquer les yeux.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Xpérience]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=45</link>
<pubDate>Fri, 11 Jul 2008 06:43:19 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
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<description><![CDATA[Au volant, quelque part sur la route de la Poterie, entre Wimille et Boulogne sur Mer&#8230;.
Vendre]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Au volant, quelque part sur la route de la Poterie, entre Wimille et Boulogne sur Mer....<br />
Vendredi 27 juillet 2007, aux alentours de 13 heures, sur France Culture...</p>
<p>- <em>"</em>...<em>Si on rassemblait la totalité des vers de terre</em><em> existants, on obtiendrait une masse plus imposante que la masse de tous les autres animaux de la terre réunis...."<br />
</em><br />
OK ?</p>
<p>Maintenant fermez les yeux,  et <strong>VISUALISEZ</strong> cette gigantesque partouze de vers de terre......Vous  percevez les bruits de sucion ? Vous sentez sur vous le frôlement de tous ces corps humides ? Maintenant c'est vous qui êtes ver de terre, vous avez chaud, vous suez, vous glissez, et votre corps s'enchevêtre in<strong>EX</strong>tricablement aux autres corps, il n'y a plus de genres, plus de sexes, vous passez d'un corps à l'autre, vous goûtez à tous, vous même êtes goûté, par tous, par toutes, votre corps entier est érogène, chaque contact est une jouissance, vous glissez, encore, la pression des corps se fait de plus en plus dense, vous n'êtes plus qu'une longue plainte de plaisir, vous approchez du centre de la masse, tout s'obscurcit, et puis soudain, soudain une gueule s'ouvre devant vous, énorme, un gouffre vertigineux, des centaines de dents acérées, et vous voilà pris au piège des contractions de ces corps annelés qui vous conduisent inexorablement vers cet abîme, pas de réchappe, vous tombez, pardon Monsieur la route de la poterie ? </p>
<p> "<em>Pardon Monsieur, la route de la Poterie ?"<br />
</em><br />
- "Hein ?" (j'ouvre la vitre de ma bagnole) <br />
- "Pardon Monsieur, je cherche la route de la Poterie ?"<br />
- "Ah oui. Heu...Ben vous y êtes Madame."<br />
- "J'y suis ? Bien. Merci bien Monsieur. Au revoir."<br />
- "Madame ?"<br />
- "Oui ?"<br />
- "Vous saviez pour les vers de terre ?"<br />
- "Oui. Je vous ai sauvé la vie n'est-ce pas ?"<br />
- "Heu..Oui,  mais comment..."<br />
- "Ne cherchez pas, j'arrive toujours au bon moment."<br />
- "Vous êtes qui ? Une sorte d'ange gardien ?"<br />
- "Si on veut."<br />
- "Mais alors vous existez vraiment ? Je veux dire, ce n'est pas juste un truc de ma tante pour endormir mon oncle ?"<br />
- "Non, en effet, j'existe vraiment."<br />
- "Ben mince alors..."<br />
- "Oui hein...C'est tout ?"<br />
- "Heu..ben oui..c'est tout..."<br />
- "Allez au revoir Monsieur."<br />
- "Au revoir Madame."</p>
<p>Alors, me laissant seul au bord de la route, ange majestueux comme revenu des ténébres, elle a repris la direction du ciel.<br />
Ses grandes ailes noires ont giflé l'air, elle a pris de l'altitude et j'ai vu sa culotte.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Aujourd'hui (les chiens).]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=44</link>
<pubDate>Tue, 08 Jul 2008 14:29:35 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
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<description><![CDATA[Ce matin mon chef est venu me voir en remuant la queue. Il avait un service à me demander.
Il voula]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Ce matin mon chef est venu me voir en remuant la queue. Il avait un service à me demander.<br />
Il voulait que je le depanne de quelques croquettes. Evidemment je lui ai dit que je n'en avais plus.<br />
Il n'en a pas cru un mot et m'a pissé sur la jambe.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Vingt et quelques grammes (le poids de mon âme)]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=41</link>
<pubDate>Mon, 30 Jun 2008 23:24:16 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
<guid>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=41</guid>
<description><![CDATA[Mes affaires étaient prêtes et tenaient dans une petite valise. J&#8217;ai relu une dernière fois]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Mes affaires étaient prêtes et tenaient dans une petite valise. J'ai relu une dernière fois les résultats du labo, j'ai pris le chien, la bagnole et on est parti. J'avais ouvert la vitre côté passager pour que le clebs puisse sortir la tête dehors. J'ai fait comme lui jusqu'à ce que je n'y vois plus rien, tellement le vent me faisait pleurer les yeux. Je savais que j'étais en route pour ma dernière ballade et l'idée m'a traversé l'esprit de me remettre à fumer, et peut-être à boire aussi. Chienne de vie. - « Qu'est-ce que t'en penses Elwood ? Autant mourir en mauvaise santé non ? " Adopté. Bien sûr le clebs ne m'a pas répondu, mais à le voir dodeliner de la tête je peux dire que ça n'avait pas l'air de lui déplaire. Alors j'ai dodeliné de la tête aussi, par mimétisme, pour jouer avec lui ; du coup il a remis ça de plus belle avec sa gueule souriante, puis il s'est mis à aboyer, à japper plus exactement, wouf! Il m'a posé ses deux pattes avant sur l'épaule pour me lécher l'oreille. - " Haaa! Dégage! J'ai dit. Tu sens le coyote." Ça l'a calmé un peu et il s'est remis le museau à la fenêtre. On avait pris la route de la côte, c'était la fin de matinée et le vent d'ouest faisait rentrer la houle dans la baie en contrebas. La mer roulait des épaules et dans certains virages on prenait des embruns sur le pare-brise et sur la tronche. On a roulé deux heures comme ça, puis le clebs m'a fait comprendre qu'il avait besoin de se dégourdir les jambes. J'avais envie d'une bière ou deux, d'une clope ou deux. On s'est garé sur la place du bled, c'était l'automne mais l'arrière saison drainait encore pas mal de monde et les terrasses de bistrot étaient quasi pleines.   J'ai demandé à Elwood de s'asseoir et de rester tranquille. J'ai commandé une pression et un paquet de cigarettes. J'ai souri à ma voisine de table qui m'offrait une contre-plongée sur sa poitrine en se baissant pour ramasser son jeu de clés. Elle a semblé hésiter en croisant mon regard puis m'a rendu mon sourire, son mari occupé à compter la monnaie rendue par le serveur. J'ai redemandé une bière et rallumé une clope. J'ai pensé à Michelle, ma femme, qui en rentrant du boulot devait avoir trouvé la feuille du labo et constaté mon départ. Sûrement qu'elle pleurait un peu, qu'elle encaissait le coup et maudissait les crabes. J'ai payé mes bières et mes clopes, j'ai fait grimper Elwood dans la bagnole et nous sommes repartis. Le ciel se couvrait maintenant et il n'allait pas tarder à pleuvoir. Les arbres frissonnaient et commençaient à regret à céder quelques feuilles au vent. J'avais mal aux tripes, mais pas assez cependant pour m'ôter le goût de la route. Je décidais de rester sur la départementale et de contourner la ville, j'avais encore quelques heures devant moi avant la nuit pour chercher un endroit où dormir. Peut être chez Marcus. J'avais eu de ses nouvelles récemment et ce n'était pas la joie. Il avait repiqué au truc après dix ans d'abstinence. "Trop seul" avait-il lâché à sa soeur que je voyais de temps en temps. Pas de femme, pas d'enfant, même pas un clebs ; de fait sa seule compagnie devait être le fantôme des beaux jours avec Suzanne, partie un matin d'avril après qu'il avait tenté de la dérouiller, persuadé qu'elle le trompait, avec moi. Ce qui n'était pas faux, mais aussi très éthylique. Nous étions tellement ivres elle et moi qu'on est supposé avoir baisé. On s'est réveillés nus au matin dans mon lit, nos fringues éparpillées dans toute la chambre, mais sans plus aucun souvenir de la veille, une migraine atroce et un black-out total. La vodka. Au petit matin, vite rhabillée, Suzanne est rentrée chez elle. Marcus l‘attendait, ivre mort, sur le pas de la porte et le ceinturon à la main. A l'époque nous étions amis et voisins, et de ma fenêtre j'ai assisté éberlué à la scène. Suzanne qui rentre chez elle sous la menace d'une boucle de ceinturon brandi au ciel, Marcus qui hurle et qui chancelle ; et à peine dix minutes plus tard, Suzanne qui s'enfuit de chez elle, en courant, un vanity à la main, poursuivie par Marcus, boitant bas et se tenant les couilles. Il ne l'avait jamais rattrapée et il aurait comme dernière image d'elle, avant de s'évanouir sous la douleur de sa jambe brisée, la voiture de Suzanne qui démarre en trombe, et les reflets dorés du soleil sur une alliance qui plane un instant avant de disparaître dans la poussière.<br />
Je savais que je prenais un risque en me pointant chez lui, même après tant d'années. Mais après tout je lui devais bien ça. Au moins n'aurait-il pas à regretter de ne pas m'avoir pardonné, de ne pas être venu me voir ; ainsi nous nous serions revus et le soulager de ça allègerait ma conscience et m'aiderait à mourir en paix. Je pensais à tout ça quand une plume noire est venue s'accrocher au pare-brise ; pendant un bref instant j'ai frissonné, me demandant si mon coeur n'était pas irrémédiablement trop lourd pour la balance, si je n'avais pas perdu tout espoir d'atteindre les rives de la sérénité. Si, le moment venu, mon coeur n'allait pas être dévoré et mon âme perdue à tout jamais. Peut-être Marcus avait-il raison, j'étais son ami et j'avais foutu sa vie en l'air ; je devais payer. J'avais trahi, j'étais maudit, pourri jusqu'à la trogne et je méritais le plus profond des enfers. J'ai balayé ces pensées morbides d'un aller-retour d'essuie-glaces. Foutaises ! J'ai dit au chien, je vais mourir c'est déjà bien assez tu ne crois pas ? Ce qui se passe après c'est ce qu'on raconte avant, dans les églises et dans les livres, mais surtout dans la tête des vivants. C'est bien assez des peines d'une vie pour avoir à se soucier d'une présomption d'au-delà, fut-il menaçant. Ce sur quoi je me suis allumé une clope, aspirant la fumée bien au fond des poumons comme pour lever un peu plus haut mon poing brandi au ciel. La pluie et le jour se sont mis à tomber et j'ai tiré le chien par le collier pour le ramener à l'intérieur et fermer la vitre passager. Puis la pluie a redoublé de violence et ma conduite est devenue approximative, baladé par les rafales de vent je mordais le bas côté à chaque véhicule que je croisais. Je me suis traîné péniblement encore une demi-heure à quarante à l'heure, klaxonné par les types qui essayaient de me doubler comme par ceux qui arrivaient en face et me voyaient zigzaguer. Je me suis garé vite fait sur le premier parking, les mains crispées sur le volant, avec une douleur atroce aux tripes. J'ai soupiré dans le silence de l'habitacle comme après un atterrissage catastrophe, coupant le contact et détachant ma ceinture, des gouttes de sueur perlaient à mon front. J'ai jeté un oeil au passager. Elwood avait l'air de me dire de me calmer, que ce n'était pas si grave. Aussi je me suis trouvé bien prudent pour un type qui allait mourir. Le chien et moi avons attendu que ça se calme. J'ai mis la radio et un type nous a expliqué comment il avait réglé ses problèmes de succession en souscrivant à l'assurance <em>Partir tranquille</em>. Sur un autre canal une jeune fille expliquait que le pire n'était jamais sûr et qu'à condition de le vouloir vraiment, on pouvait décider de son avenir. Bien. J'ai coupé la radio et je me suis allumé une clope, j'ai pensé calmement à mon avenir et à ma succession. J'avais cinquante deux ans et les intestins en lambeaux - du papier à cigarette humide m'avait expliqué le toubib. Côté famille, un frère riche de ses affaires avec qui je n'avais plus de contacts depuis vingt ans, des parents morts et enterrés depuis longtemps et une fille qui achevait son adolescence en m'ignorant du silence des reproches, grimaçant chaque regard à mon adresse. Le fameux ordre des choses.<br />
La pluie avait cessé maintenant et nous avions repris la route. Le chien et moi approchions de chez Marcus. Marcus à qui j'avais présenté Suzanne, sa femme. Marcus avec qui j'avais usé ma jeunesse, Marcus qui avait toujours su se taire, me cautionner, même quand il y avait beaucoup à dire, même quand j'avais bousillé sa bagnole en la plantant dans celle de Cathy Millet qui baisait sur la plage avec ce connard de basketteur. Marcus qui au nom de ma simple présence mettait son mouchoir sur n'importe quelle fille à lever, pourvu qu'on aille pêcher le bar, pourvu qu'on aille fumer et rêver le soir sur la digue ; n'importe quelle fille jusqu'à Suzanne. Nous devions avoir vingt deux ans lui et moi et je connaissais Suzanne des cours de soutien en anglais que je prenais à la fac avec elle. Il ne m'avait pas fallu une semaine pour que je l'invite à venir prendre un verre un soir après les cours. Suzanne plus que jolie, Suzanne débordante de vie ; cinq minutes passées à ses côtés vous transformaient la journée ; elle était ce genre de fille dont émane cette énergie contagieuse qui vous laisse voir que rien n'est grave ici bas, qu'on peut tout oser et que tout va toujours s'arranger. Marcus devait nous rejoindre et sans son arrivée, je crois bien que j'allais essayer d'embrasser Suzanne. Juste avant qu'il n'entre, elle venait de me proposer un ciné à la séance de vingt et une heure. Pour tout dire, je m'y voyais déjà. La porte à tambour s'est activée, Marcus est apparu, Suzanne a cessé de me regarder et j'ai immédiatement senti une baisse sensible de mon champ magnétique. Ce salaud son sourire et ses yeux bleus. -"Salut!" a-t-il lancé se dirigeant vers notre table tout en recoiffant sa tignasse brune. -"Salut Marcus, je te présente Suzanne" j'ai dit. Il s'est assis en face d'elle, et moins d'un quart d'heure plus tard je prétextais un rendez-vous chez le dentiste histoire de m'éclipser. Le soir même, je voyais <em>Mission</em> seul et ils passaient la première de leurs dix années de nuit ensemble. Le temps a passé et même si certaines choses avaient bien sûr changé, nous nous voyions souvent et étions toujours amis. Jusqu'à ce matin d'avril. J'avais bien tenté d'aller le voir à l'hôpital - il était dans un sale état, il avait giflé Suzanne, ce qui avait eu pour effet de la mettre dans une fureur telle qu'elle lui avait brisé net le tibia d'un coup de clé à molette avant de lui planter son escarpin dans les burnes - mais les infirmières avaient dû intervenir, tentant de le calmer et me priant de quitter l'hosto et de ne plus revenir, tant il proférait - il hurlait il hurlait - d'insultes à mon égard. C'était il y a dix ans et je ne l'avais plus revu depuis, pas plus que lui n'avait revu Suzanne. Peu de temps après le départ de sa femme, il avait vendu la maison pour venir s'installer loin de tout et les seules nouvelles que nous avions de lui venaient de sa soeur Anne, la seule personne qu'il acceptait encore de recevoir autrement qu'avec des insultes.   Nous y étions. Je me suis garé un peu après la maison de Marcus, j'ai expliqué à Elwood qu'il fallait m'attendre sagement, que je tâtais le terrain, et que si tout allait bien, je revenais le chercher. J'ai parcouru la dizaine de mètres qui me séparait de la maison, à demi courbé par une terrible douleur au ventre. La pluie recommençait à tomber. J'ai sonné puis j'ai attendu tout en inspirant et expirant profondément l'air humide de ce début de soirée. De la lumière est venue de l'entrée, puis le son de sa voix. -" Qu'est-ce que tu veux ?" Je me suis trouvé con qu'il m'ait vu arriver, ça m'a coupé la chique. -"Discuter" j'ai fini par dire, mais ça sonnait plus comme une question. « Ouvre-moi Marcus, c'est important. » Puis j'ai ajouté « c'est important pour toi et c'est important pour moi, je suis malade, je vais bientôt y passer. » -« C'est pas trop tôt » il a répondu. Puis la porte s'est ouverte, me laissant voir un type bouffi, chauve et voûté qui avait dû être Marcus, il y a longtemps. Je me suis demandé si je lui faisais le même effet, si des larmes lui venaient aux yeux juste en me regardant, si j'avais autant dépéri que lui. Je n'ai pas eu de réponse. Il a tourné les talons et m'a invité à entrer et m'asseoir. -« Tu veux une bière ? » il a dit. J'ai acquiescé. Au moins sa voix était restait telle qu'elle. Ca m'a rassuré, c'était bien lui. - « Alors ? Je t'écoute ? » m'a-t-il lancé en me tendant ma bière. J'ai pris une gorgée, une bonne inspiration et je me suis lancé. -" J'ai une saloperie incurable dans le bide. Il ne me reste plus beaucoup de temps et je voulais qu'on se revoit, ne serait-ce qu'une fois pour mettre les choses au point. C'était il y a tellement longtemps et peut-être, si tu le veux bien, peut-être pourrait-on en parler, peut-être que pour maintenant, tu pourrais me pardonner. Peut-être que ce n'est pas trop demander et que ma demande n'est pas excessive, irréaliste ou je ne sais quoi de ce genre. Toi comme moi avons plus de cinquante ans aujourd'hui, et nous sommes sensés y être arrivé, nous sommes sensés être adultes Marcus, tu vois de quoi je parle ? Assez adultes au moins pour pardonner histoire que la vie soit malgré tout supportable ; supportable Marcus, je veux dire pas faite en permanence de ressentiments violents et d'envies viscérales de tout casser et d'envoyer le monde au diable se faire voir ; on ne peut pas se foutre sous le premier train qui passe non plus juste à constater que rien n'est parfait." J'ai fait une pause, bu une longue gorgée de bière. Marcus m'écoutait avec attention mais n'avait pas l'air de comprendre pourquoi je lui racontais tout ça. J'ai repris. -" Ca n'est arrivé qu'une fois Marcus, une seule petite fois. On était bourrés elle et moi, je peux même te dire que je ne me rappelle de rien. Je n'ai pas revu Suzanne, mais je suis certain qu'elle non plus ne se rappelle de rien. On avait descendu chacun une bouteille de vodka Marcus, t'imagines ? " Il a tourné la tête comme s'il avait vu une ombre furtive lui passer à côté, puis il a pointé son index vers moi. -"Suzanne ? T'es en train de me dire que tu couchais avec Suzanne ?" J'ai tourné brièvement la tête vers l'endroit qu'il semblait fixer - mais manifestement il n'y avait rien ici et son esprit était ailleurs - puis je lui ai de nouveau fait face. -"Quoi ? " J'ai dit, puis j'ai évité de bafouiller " Heu non, je ne couchais pas avec Suzanne, j'ai couché une fois avec Suzanne, c'est différent. Et puis quoi, tu le savais non ? " -"Non." il a dit d'une voix blanche. -"Oh ? " j'ai dit. -"Non. Je ne le savais pas." -" Tu déconnes Marcus! T'as essayé de la dérouiller quand elle est rentrée au matin. Vous vous êtes battus et elle t'a pété la jambe avec la clé à molette. Tu t'en souviens quand même ?" -" Oui je m'en souviens. Mais on ne s'est pas battus pour ça. J'étais très con et je n'ai jamais pensé que Suzanne puisse me tromper. Et sans vouloir être désagréable, encore moins avec toi. J'ai voulu la dérouiller parce qu'elle m'avait promis de ne plus picoler. Suzanne était dépressive et alcolo et ça faisait deux ans qu'elle ne touchait plus à la bouteille. Elle commençait tout juste à s'en sortir quand c'est arrivé. Alors quand j'ai vu qu'elle ne rentrait pas, j'ai compris qu'elle avait remis ça. Ca m'a rendu fou, tant d'efforts et de souffrance pour rien, et c'est pour ça que j'ai voulu la dérouiller. Seulement pour ça " il a ajouté. Il a posé les mains sur ses cuisses en soupirant bruyamment et de nouveau il a fixé l'ombre sur le sol à côté de lui. Il était livide. J'ai fini ma bière d'un trait et j'ai essayé de lui dire que j'étais désolé. -" Laisse tomber il a dit. C'est une trop vieille histoire et je t'ai pardonné depuis longtemps. Et d'ailleurs je me suis comporté comme un imbécile avec Suzanne. Ce n'est pas grave, de toutes façons plus rien n'est " Il est resté la bouche ouverte et s'est effondré en tombant du fauteuil. Sa tête est venue lourdement cogner le carrelage. -" Marcus! j'ai gueulé. Il gisait face contre terre. Je me suis accroupi à côté de lui, j'ai cherché son pouls sans le trouver. J'ai encore gueulé son nom, par réflexe. J'ai sorti mon portable et tenté d'appeler les secours. Pas de réseau. Manquait plus que ça. J'ai fait le tour de la baraque à la recherche d'un téléphone, mais c'était perdu d'avance, Marcus vivait en ermite et je n'ai rien trouvé. -" Foutue cambrousse!" Je suis sorti en courant pour ramener la voiture devant sa porte. J'ai ouvert la portière et trois blocs de mousse jaunâtres sont tombés mollement sur la route. Elwood. J'avais oublié le clebs dans la bagnole. Il avait ravagé l'intérieur de la voiture. Il avait gratté et creusé les fauteuils et la banquette arrière jusqu'à l'armature, il y avait des morceaux de mousse partout, il avait bouffé le caoutchouc du volant et du levier de vitesse. Tout était détruit. Pire encore, il avait vomi sur le tableau de bord et sur les siéges tout ce qu'il avait bouffé, il s'était vidé sur ce qui restait de banquette arrière ; l'odeur était pestilentielle, insupportable et je me suis alors tourné vers la route, l'estomac dans la gorge, pour vomir à mon tour. Je me suis essuyé la bouche dans un grognement puis j'ai appelé le chien pour qu'il sorte de là, il était allongé à l'arrière, dans sa merde sans bouger. J'ai ouvert la portière arrière, me suis bouché le nez d'une main et de l'autre j'ai réussi à le tirer par le collier. Il s'est effondré sur la route dans un bruit sourd. J'ai encaissé le coup mais le choc était rude et j'ai bien failli m'effondrer à mon tour. -" Mon chien merde ! " j'ai juré. J'ai claqué la portière et suis repassé devant, j'ai tourné deux fois le démarreur, sans autre résultat qu'un cliquetis sinistre. Je me suis penché machinalement sous le volant pour constater qu'Elwood avait aussi bouffé le faisceau du démarreur et que les fils pendaient sous le volant. C'était foutu. Je suis retourné chez Marcus. J'ai su en entrant - l'odeur acide de la mort - que tout était fini. Marcus était froid et raide sur le carrelage, le visage bleui. Je suis resté un moment dehors sous l'orage, au bord de la route, à espérer le passage d'une voiture, en vain. Marcus habitait le fond d'un cul de sac et personne ne viendrait plus à cette heure. Alors je me suis décidé à rentrer. Je suis retourné à l'auto, j'ai pris mon chien dans mes bras, luttant pour soutenir son poids et son odeur. Sa grosse tête pendait et balançait au rythme de mes pas. Un morceau de mousse dépassait du coin de sa gueule Ce con s'était étouffé. J'ai déposé Elwood à côté de Marcus puis j'ai étalé une couverture sur leurs corps. Ils ne craignaient plus le froid mais c'était moins difficile comme ça pour moi. Encore un truc de vivant. Je me suis réfugié dans la cuisine, et me suis fait un café. J'ai attendu l'aube, prostré sur une chaise sans plus oser bouger. J'étais toujours en vie, plus seul que jamais et j'avais mal au bide à en crever. J'ai passé la nuit à regretter de ne pas être armé. Marcus m'ayant pardonné, j'avais le coeur moins lourd. J'étais certain maintenant que mon âme pourrait traverser le Fleuve et atteindre l'autre Rive, je pouvais bien mourir.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Feu mon amour.]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=40</link>
<pubDate>Mon, 30 Jun 2008 22:59:07 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
<guid>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=40</guid>
<description><![CDATA[J&#8217;ai embrasé l&#8217;aube d&#8217;été.
Je ne me suis pas retourné.
Simplement je suis part]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>J'ai embrasé l'aube d'été.<br />
Je ne me suis pas retourné.<br />
Simplement je suis parti et tout s'est mis à cramer.<br />
Depuis le temps que ça couvait.<br />
Tout un hiver sous l'éteignoir mais ça n'a rien changé.<br />
Il a suffi que le vent du sud se lève, un tison dans la braise, et tout s'est accéléré.<br />
Je suis parti.<br />
Je ne me suis pas retourné.<br />
Derrière moi je l'entendais grésiller.<br />
J'ai continué à avancer ;<br />
beaucoup de bruit  - elle a fini par exploser - puis il n'y eut plus de bruit.<br />
Quelques cendres flottaient légères dans l'air tiède du matin.<br />
Enfin.<br />
Un jour nouveau, une saison nouvelle, et j'étais à l'air libre.<br />
Alors j'en ai profité, je ne m'en suis pas privé, j'ai embrassé l'aube d'été.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Sans déconner (cloud version): les matériaux.]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=36</link>
<pubDate>Tue, 17 Jun 2008 13:48:56 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
<guid>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=36</guid>
<description><![CDATA[
Des mots. Dans tous les sens. (ha ha&#8230;)
]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://pipobanjo.files.wordpress.com/2008/06/cloud_sans_deconner400.gif"><img class="alignnone size-full wp-image-37" src="http://pipobanjo.wordpress.com/files/2008/06/cloud_sans_deconner400.gif" alt="Sans déconner c\'est beau non ?" width="400" height="236" /></a></p>
<h6><span style="color:#c0c0c0;">Des mots. Dans tous les sens. (ha ha...)</span></h6>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Sans déconner.]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=34</link>
<pubDate>Tue, 17 Jun 2008 12:29:52 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
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<description><![CDATA[ - Ex.
 Sans déconner !? Sans déconner !? Je le crois pas ! T&#8217;es revenue ? Attends, je peu]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p> <strong>- Ex.</strong></p>
<p> Sans déconner !? Sans déconner !? Je le crois pas ! T'es revenue ? Attends, je peux pas le croire ! Je rêve... T'es r'venue ! Toi ! T'as fait tout ce chemin...Halala !! Toute cette route pour revenir ici !...Ben dis donc...Si on m'avait dit...Ha non vraiment je l'aurais pas cru ! <br />
 Je vais te dire, j'y pensais même plus hein ! J'avais fait une croix dessus. Tu parles, tout ce temps, tout ce temps...Je m'étais habitué tu sais, comment te dire...je suis resté un moment à me dire que t'étais plus là, hum...pas facile tu sais...pis là, depuis quelques mois je m'étais fait à l'idée que t'étais partie... Mais là !!! Tu me cueilles ! Sans déconner ! Ah ben merde alors ! J'en parlais encore hier soir avec ton frère, un mec bien ton frère d'ailleurs, je le dis d'autant plus que j'ai passé trois ans à le traiter de con, je lui disais que finalement tout n'était pas négatif dans la solitude. Tu sais qu'on se voit souvent avec ton frère ? Ouais, au moins une fois par semaine, je vais chez lui, il vient ici, on discute, on boit un coup. C'est un mec tranquille ton frère. Tout ce qu'il me faut. Tu te souviens au début je pensais qu'il était mou du bulbe ? Ben en fait pas du tout, il est assis et serein. Comme quoi...On se trompe sur les gens...Et plus encore sur les gens simples. Et toi ? Comment tu vas ? Ah !!! Au fait !! J'allais oublier, Pascal s'est marié ! Y a deux mois ! Tu le crois ça !? Avec Sandrine, la nana que t'avais insultée au resto le soir du nouvel an...Tu vois pas ? Mais si, tu disais qu'elle me faisait du rentre-dedans, une blonde, pas mal...Non pas elle, elle c'est Sylvie et tu l'avais giflée à la soirée des trente ans de Vincent. Non, non plus, c'est pas elle non plus ! Enfin c'est pas grave, juste que Pascal est heureux avec elle, ils sont cools ensembles... mouais...tu vois quoi... ...Ah j'en reviens toujours pas dis donc ! Toi ! Ici ce soir, deux ans après tout ça...Sans déconner ! Hein ! Ca fait drôle de te voir tu sais ... T'as pas changé, t'as l'air en forme même. Tu fais du sport ? Non ? Ben ça te va bien alors, erf ! ...Bon écoute, j'ai pas trop le temps là, je suis déjà à la bourre pour l'entraînement. Hein ? Non je suis désolé, je te fais pas rentrer, faut vraiment que j'y aille là...Allez je t'embrasse...Appelle-moi si tu restes un peu dans le coin. Bon ben ... Salut ! <br />
...Fait chier elle m'a mis en retard avec ces conneries. Je vais me faire chambrer moi...Pfff... Faudra que je pense à plus me marier moi... Merde ! Mes baskets! Elles sont où mes baskets ?</p>
<p>  .../...</p>
<p> <strong>- Potes.</strong></p>
<p> Rentre Luc ! Deux secondes et je suis à toi. Dès que je mets la main sur mes shoes. Putain !! Elles sont où ?? Sers toi à boire si tu veux, j'arrive. Ca y est ! Je les ai trouvées ! Tu sais où elles étaient ? Dans mon sac de sport. J'ai fouillé toute la baraque et elles étaient dans mon sac ! Ahlala, fais moi penser à acheter du phosphore. Ca va ? T'es prêt toi sinon ? OK. Tu bois rien ? T'as raison on est déjà en retard ; let's go ! On prend ta bagnole ? Ouais ça ira plus vite la mienne est dans le garage. En route ! <br />
...Dis donc c'est quoi cette odeur ? T'as mis du désodorisant ? Pouah !! C'est pas terrible, ça me file la gerbe ton truc. C'est où pour ouvrir le carreau ? Ca te gêne pas que j'ouvre ? Toutes façons c'est ça ou je dégueule sur tes sièges. Non je déconne, mais ça pue vraiment ton truc. On aurait dû prendre la mienne, si ça se trouve je vais être malade à l'entraînement. Je te jure, je me sens pas très bien. Bien la peine d'aller faire du sport pour être malade...Ca te fait rien à toi ? Tu sens rien ? T'as plus d'odorat c'est pas possible ! Un mélange de lavande et de quelque chose de pourri, tu sens pas ? ...Je vais descendre au feu là, je te rejoins à la salle. Ouais je préfère. Je vais faire le reste en courant ça me servira d'échauffement. Je comprends pas comment tu supportes cette infection. Allez, à tout de suite... <br />
Aaah ! Quel bonheur ! De l'air ! J'espère que ça l'a pas vexé ce con...Pis après tout hein...C'est pas de ma faute si elle pue sa bagnole... Salut les mecs ! Ouais, je sais, je suis en retard. C'est bon, ça fait que cinq minutes, vous me lâchez maintenant, merci. Demandez à Luc il vous dira. J'ai dû faire un kilomètre à pince tellement ça schlinguait dans sa caisse !...Bah Luc, le prend pas comme ça, je voulais pas te vexer...M'enfin quand même, si t'avais mis un rat mort sous mon siège c'était pareil. Ben non toi tu sens rien alors forcément ...Tu devrais soigner ton rhume et tu verrais que j'avais raison, ta caisse schlingue...Qu'est-ce que tu fais ? Tu te casses ? Bah non déconne pas, Luc ! Y va manquer quelqu'un pour le match ! Putain t'es susceptible toi hein ! Merde ! On est adultes, on peut se dire les choses quand même non ? Ouais ben c'est ça casse-toi , toutes façons pour ce que tu comptes dans l'équipe...Et pendant que tu y es, va laver ta bagnole ! Crapi va !!!......Quelle équipe de nazes ! Si ça continue je vais arrêter moi. Pis bonjour les copains hein, pas un pour me ramener chez moi. Déjà que j'ai joué pour deux, je me coltine cinq bornes à pinces. On m'y reprendra tiens ! Je joue franc jeu moi, c'est eux qui ne supportent pas la vérité. Y sont nuls y sont nuls, je vais pas dire le contraire pour leur faire plaisir quand même ! Merde !!  </p>
<p> .../... </p>
<p><strong>- Ami.</strong></p>
<p> Je t'ai dit que j'avais revu ta sœur avant-hier ? Si. Elle est venue sonner à la maison. Je le croyais pas dis donc. Quel culot hein, tu trouves pas ? Attend, après tout le cirque qu'elle m'a fait ? Se pointer comme ça, à l'improviste chez les gens ? Ben moi je trouve ça culotté. Note bien que ça ne m'étonne pas d'elle, au moins elle a pas changé, fidèle à elle-même la Françoise...en plus je sais pas trop ce qu'elle voulait. Je lui ai proposé d'entrer mais elle a pas voulu. Peut-être elle a eu peur que je lui saute dessus. Erf ! Si elle savait la pauvre...Comment je m'en contrefout de son cul. En plus elle a grossi. Elle a jamais été super canon, mais là avec son gros cul en plus, non vraiment, sans façons...Elle est pas venue te voir toi ? T'es son frère quand même ! Avec tout ce que t'as fait pour elle...Ah bon elle est passée chez toi aussi alors ? Remarque je dis ça comme ça, je m'en fous en fait, je tiens pas à le savoir...C'est plus mes oignons. Elle a dû geindre pendant toute la soirée, se lamenter sur son sort comme elle sait si bien le faire...Pis si elle t'avais parlé de moi tu me le dirais...Qu'est-ce qu'elle a dit ? Oh ? Sans déconner ? Et tu l'as crue ? Attend, c'est ma parole contre la sienne et tu hésites ?!<br />
Putain tu me déçois François, tu sais ça ? Tu me déçois beaucoup même !! Non, laisse tomber, je rentre chez moi ça vaut mieux. Tu peux te le foutre au cul ton bourbon !!! Non mais je rêve. Tous aussi tarés dans la famille hein !</p>
<p>  .../...</p>
<p> <strong>- Boulot.</strong></p>
<p> - "Allo ? Stéphane M. j'écoute ? Oui bonjour Monsieur le Directeur...Pour ce midi ?...Aucun problème. Ce sera prêt Monsieur le Directeur...Je vous en prie... Au revoir Monsieur le Directeur, bonne journée." <br />
Putain ! 10h30 ! Et l'autre crétin qu'est en congé. Toujours pour ma pomme les plans foireux.<br />
...Stéphane par ci, Stéphane, Stéphane il en a raz le bol de tout se taper dans le service. A chaque truc un peu spécial c'est moi qu'on appelle. Merde ! Suis trop con. Ah on sait le trouver Stéphane pour les urgences, et toujours pour avant-hier. Tout ça parce que je fais partie d'un service d'incapables et de fumistes... Bande de nazes ! Vous feriez quoi si j'étais pas là ? Pfff...Ca me dégoûte tiens ! ...Pis tout seul j'y arriverai jamais pour midi...Merde pourquoi j'ai dit oui à cette enflure de dirlo ?!!...Hé mais dis donc...C'est un cas d'urgence ce truc...Je m'en vais te le rappeler l'autre trouduc en congé ! Cas de force majeure, désolé mon pote. Tu oublies tes congés et tu rappliques fissa ! <br />
-"Allo ? Ouais c'est Stéphane M. là, salut vieux...Mauvaise nouvelle. Suis vraiment désolé crois le bien, mais ce connard de Directeur vient de me demander de t'appeler pour que tu reviennes à la boutique...Mais je lui ai dit figure toi, tu me connais. Il a rien voulu savoir...J'ai insisté pour faire le boulot tout seul, mais niet. Ah ça m'emmerde tu peux pas savoir...Ben ouais, comme tu dis, toujours les mêmes. T'inquiète va, on les aura...Ouais ben à tout de suite alors..."</p>
<p> .../...</p>
<p> <strong>- Sexe.</strong></p>
<p> Ca t'embête si j'éteins la lumière ? Hein ? Ben non comme ça, je préfère c'est tout...OK je t'explique, je sors à peine d'une histoire avec une nana alors...Ben le noir ça me rassure, je peux m'imaginer ce que je veux, tu comprends ? Ca te gêne pas au moins que je te parle de ça ? Je veux dire, faut pas que ça te bloque hein ?...Pis je vais te dire un truc, elle était vachement moins bandante que toi. En fait c'était une cérébrale. Un peu chiante pour tout dire. Bloquée. Elle savait que faire l'amour, pas baiser. J'en ai bavé tu sais. Jamais une pipe. C'est à peine si elle me caressait les couilles ! Tu vois le genre ?! En fait ça a duré avec elle parce que j'espérais toujours qu'elle allait changer, se lâcher une bonne fois. Merde ! Au pieu tout est permis non ? Faut pas d'autorisation pour bander quand même, sans déconner ?! Alors je l'ai lourdée. Tu veux savoir comment j'ai fait ? Ben en fait, je savais qu'on se voyait le soir, alors je me suis branlé toute la journée. Comme ça quand elle est arrivée chez moi, même Pénélope Cruz je l'aurais pas touchée ! Tu sais, sans le sexe, on y voit beaucoup plus clair. Les rapports humains deviennent plus simples, plus honnêtes. Du coup j'ai vite compris qu'elle me gonflait.<br />
Alors cassos ! Je l'ai virée aussi sec. Hein ? Ben qu'est-ce tu fais ? Mais déconne pas, je te dis tout ça justement parce que je sens bien que t'es pas comme elle ! Merde, t'avais compris quand même, non ? AAHH fait chier !!! Putain de vérité !!!  </p>
<p align="left">.../...<br />
 </p>
<p><strong>- Malade.<br />
</strong><br />
Hé ! C'est pas possible d'avoir autre chose que cette infâme purée sans sel Mohamed ? Ouais scuse, mais Jamel ou Mohamed c'est quand même dégueu ce que tu m'amènes. D'ailleurs tu peux rembarquer ton chariot j'y toucherai pas. Putain ça fait deux jours qu'on me sert de la merde tiède. Pas possible ça !...C'est le médecin qui décide ? Ben attend que je le vois ton toubib, y va m'entendre ! Crois moi ! Ouais c'est ça casse toi, pis ferme la porte qu'au moins j'essaie de me reposer, déjà qu'avec le bruit qu'il fait l'autre légume à côté...Ben je sais qu'il est fort malade, mais j'y suis pour rien non ? Il entend plus de toutes façons alors...Je peux dire ce que je veux ça changera rien...Tout ce fric qu'on paie pour rien...Y s'en sortira pas alors à quoi ça sert de s'acharner comme ça ? Vous attendez quoi ? Qu'il lui pousse des feuilles ?...Tiens François ! T'es venu ? Ben ça me fait plaisir j'te jure !...Non rien de grave rassure-toi, y m'auront pas encore cette fois ci HA HA ! Quoique, avec la merde qu'ils me servent à bouffer, erf ! Hein ? Ben non t'es le premier. Et à mon avis tu seras le seul. Comment t'as su au fait ? J'en ai parlé à personne...Ma mère ? T'as appelé ma mère ? Pourquoi faire ?...Putain ! C'est elle qui t'as appelé cette vieille folle ! Elle sait pas la fermer même quand on lui demande...Ah j'te jure...J'ai pas l'air con moi maintenant...Pourquoi ? Ben parce que si ça se trouve tu t'es senti obligé de venir et que t'avais pas envie, voilà pourquoi ! Comment je peux savoir si t'es sincère moi ?</p>
<p> .../...</p>
<p> <strong>- Mort.</strong></p>
<p>Quand il est mort, Stéphane M. a eu l'enterrement qu'il méritait.<br />
Cérémonie religieuse, église, curé, sermon, puis cimetière.<br />
Sa famille, ses amis ainsi que ses collègues étaient présents en nombre, tous avec à la main un petit paquet.<br />
Tous se sont recueillis, et tous, avant de partir, <br />
ont jeté leur petit paquet de merde sur sa tombe. </p>
<p>Et Dieu dit : « Ouais, c'est vrai qu'il était lourd ce con ».</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[La lumière du matin.]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=31</link>
<pubDate>Thu, 12 Jun 2008 15:19:50 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
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<description><![CDATA[Comme depuis six mois maintenant, je suis debout à l&#8217;aube, et pour faire d&#8217;un mal un bi]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Comme depuis six mois maintenant, je suis debout à l'aube, et pour faire d'un mal un bien, j'en profite pour descendre sur le port avant d'aller au bureau. Le jour qui se lève me fait l'effet d'une enclume qu'on m'ôterait de la poitrine, et d'un coup respirer devient singulièrement plus facile. Les jours secs, sans la pluie ni le vent, les matins clairs et lumineux, ça me plaît bien d'être là aux aurores, de perdre mon regard ici sur la jetée ou là sur le ponton, de le suivre du regard jusqu'à l'écluse. D'essayer de percer la surface de l'eau pour deviner ce qui s'y cache. Peut-être un poisson fait-il de même et tente de m'observer depuis le fond. Non ? Non. D'écouter le souffle des vagues qui courent le long de la coque des bateaux ou bien résonner là-bas sous les halles désertes le cri d'un chat qui décampe. Puis retomber le silence, comme une question posée par Dieu lui même.<br />
Les petits bateaux sont de retour de leur marée nocturne et comme souvent je me fais la réflexion que de toutes les espèces de poissons que je vois débarquer je n'en connais que deux ou trois au grand maximum. Une sole, un rouget ? Je pense à ça à cause  de mon  grand-père pêcheur, un type extra qui m'expliquait comme ça qu'il est important de connaître le nom des poissons parce que c'est comme ça que ça marche, les choses dont on ignore le nom finissent par disparaître ; et il ajoutait en souriant « au moins si on te présente une morue que tu saches la reconnaître. »<br />
Je pourrais me renseigner auprès des dames qui tiennent les échoppes de poissons mais à cet instant elles sont bien trop affairées à étaler la marée de la nuit pour que je ne les dérange, ce sera pour une autre fois ; je continue ma promenade matinale en direction du phare rouge, vers le rocher des otaries. Elles ne sont pas là tout le temps et une fois sur deux je me contente d'un grand bol d'air sur la plage avant de retourner m'enfermer la journée au bureau. Je longe le quai et dois me frayer un chemin au milieu d'un groupe de goélands affairés à dépecer le cadavre d'un gros poisson  - dont je ne connais pas le nom. C'est à peine s'ils daignent rompre le cercle de leur festin à mon passage, et même, ouvrant large son bec crochu le plus grand me crie dessus. Je ne la ramène pas trop et je presse le pas. Quand il m'arrive d'observer de trop près l'énorme bec jaune d'un grand goéland vorace, de me laisser déchiqueter par son œil fixe, je me dis que finalement il ne faudrait pas grand-chose  pour qu'à nouveau nous soyons des animaux traqués, gauches et désemparés. Qu'un de ces quatre matins une nouvelle hyper pollution va joyeusement détraquer tout ça et rendre ces bestioles agressives et nos ordinaires bien moins sereins. Les rats les insectes les oiseaux les araignées les chats les chiens. Quelques fois aussi je me dis qu'il serait bon que j'arrête de vivre seul et que ça commence à me tourner sur le ciboulot.<br />
Finalement me voilà arrivé au bassin, et je peux oublier ces maudits oiseaux. Je m'installe sur un rocher plat, les otaries sont là à batifoler dans la flotte. Elle sont deux, une grande et une petite, et c'est la petite qui mène a danse ; elle s élance, vive comme une torpille et giclant hors de l'eau, envoie sa congénère qui fait deux fois son poids valdinguer au bas du rocher ; allez, à la baille ! Elle revient à la charge et tente de lui mordre la nageoire ; elle lui passe dessus, dessous, sans que la grande semble-t-il, n'ait le temps de réagir. Je suis tellement absorbé par leurs ébats nautiques que je n'ai pas remarqué que je n'étais pas seul. Mon œil gauche vient de capter le mouvement léger d'une mèche de cheveux blond soulevée par le vent. Il y a une fille posée à dix mètres de moi sur ma gauche. Une fille en salopette jaune façon ciré de marins. Posée sur un rocher comme une statue, sauf qu'elle aurait le sourire et les joues rouges. Les deux otaries continuent leur ballet, plongent vers le fond et remontent à la surface, collées l'une à l'autre par le flanc. Maintenant elles agitent une nageoire hors de l'eau, toujours unies, nageant lentement le reste du corps à peine immergé affleurant la surface. J'adore ça, c'est aussi simple que magique, aussi puissant que fluide, évident et malgré tout énigmatique. Les voilà à présent toutes les deux sur leur rocher à regarder vers le ciel, joue contre joue, le regard perdu dans le lointain ; on pourrait jurer qu'elles songent à l'avenir (Du moins est-ce l'effet que ça fait, je suis sous le charme certes, mais encore lucide). De temps à autre je jette un œil en direction de la fille sur son rocher, je lui montre d'un signe de tête ostentatoire  que moi aussi j'apprécie beaucoup le spectacle et que bien sûr que je les ai vu comme ça toutes les deux à gamberger en regardant vers le ciel. Et moi aussi  je me pose la question du futur des otaries. Et puis brusquement leurs jeux changent. La fille aux joues rouges et moi comprenons qu'une de deux otaries est un mâle. Oups. Nous voilà elle et moi l'air de rien entrain de partager une intimité qui n'est pas la nôtre ; malgré cela nous restons un peu, histoire de ne pas se déballonner, le genre qui en a vu d'autre, prêt à chevaucher le naturel au grand galop ; puis les choses se précisent et nous voilà pour le coup vraiment de trop ; je regarde ma montre.  Hum hum,  sept heures trente, il est l'heure pour moi de remonter. Du coin de l'œil j'observe que la fille-statue elle aussi fait demi-tour et quitte son rocher.<br />
Après ça j'ai poursuivi  la balade de mon côté, jusqu'au phare rouge, mais franchement il n'y a pas grand-chose à voir de ce côté et le fond de l'air était même assez désagréable, parfumé d'une vieille odeur de poisson rance. Je n'ai pas traîné là, et à part un con de crabe tout mou que j'ai balancé à la flotte, c'était vraiment nul à chier. J'ai jeté un œil en repassant devant les otaries mais elles n'y étaient plus. Bof bof. Je ne me suis pas arrêté spécialement pour vérifier mais la fille au ciré n'était pas revenue non plus sur son rocher. Je dois remonter chez moi maintenant, il est l'heure pour le pain et je dois aller travailler. J'ai retraversé tout le port en longeant le quai. Les oiseaux étaient toujours là mais ils se sont écartés en se dandinant pour me laisser passer. Les premiers clients circulaient d'un étal à l'autre du côté des stands des pêcheurs. Une lumière particulière baignait cet endroit certains matins, animé d'une respiration  calme, comme apaisée ; un répit, avant que de nouveau ce monde pérenne ne se mette en branle ; j'ai pensé que peut-être la fille des otaries aimait ça aussi, le calme surnaturel et l'atmosphère ultramarine. Que pour y avoir goûté elle y reviendrait. Peut-être demain. De toutes façons, moi qui ne dors pas je serai là.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Coyote à foie jaune.]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=29</link>
<pubDate>Thu, 12 Jun 2008 09:58:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
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<description><![CDATA[Il fallait se lever et répondre à ce type aux cheveux gras.
Mais depuis tout petit, dans son plus ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Il fallait se lever et répondre à ce type aux cheveux gras.<br />
Mais depuis tout petit, dans son plus lointain souvenir, il avait toujours vécu avec la trouille. De tout, de vivre, de mourir, de s'endormir, de se lever, la trouille de boire, de fumer. Paralytique du courage, son fauteuil louvoyait entre les écueils nombreux de trente années de fuite à plat ventre. Il avait l'air d'un gamin, si timoré qu'il n'osait faire son âge, de peur de vieillir.<br />
Mais il avait vu John Wayne, et à la fin du film, le lâche, le coyote à foie jaune se rebellait, se mettait debout et affrontait de toutes ses tripes la brute épaisse qu'il terrassait d'un vieil uppercut des familles, sous les vivats de la foule qui n'avait jamais douté de lui, à croire qu'elle avait lu le scénario.<br />
Tout enfin devenait clair, il comprenait le sens profond de la vie.<br />
Et puis des castagnes, il en avait vu, de près même, et en règle générale, les combattants s'en tiraient à moindre frais, à peine écorchés, et surtout grandis ; les hommes sont debout. Plus d'une fois il avait failli intervenir, mais sa non-violence obligée l'en avait empêché, bien sûr bien sûr...<br />
Pourtant, dans certaines situations...la veuve, l'orphelin, les petits....Mais rien n'est simple...<br />
Il fallait se lever et répondre à ce type bruyant.<br />
Puis la confusion fit place à l'absolu. Il se rappela son nom et son père apparut.<br />
-"PAPA !! Qu'est-ce que tu fais là ?"<br />
-"FILS! Tu m'as appelé et je suis venu. En bon génie salvateur, j'arrive pour te guider dans ta quête du savoir. Mais résumons-nous, la question est, dois-tu :<br />
Un : Affronter de face le danger proposé et jouer le jeu de la brutalité ?<br />
Ou<br />
Deux : t'écraser comme une merde molle roulée dans la fiente ?<br />
Ni une ni deux, éclate lui la tête et tu seras un homme mon fils ; et souviens-toi, qui laisse faire le mal assiste le mal ! Sur ce, je te laisse à ta mission, sois fort et tu boiras à même le Saint Graal !<br />
Ah, j'oubliais, ta mère t'embrasse, Dieu te garde mon fils!"<br />
Il fallait se lever et répondre à ce débile énervé qui, sous le regard des amis, l'avait insulté et bousculé bien plus que de raison. Alors, debout très vite, blanc comme un linge et le front en sueur, il s'était jeté sur l'abruti de tout son poids que d'ailleurs il ne faisait pas ; s'en suit la pagaille des chaises renversées, le type qui l'évite et le laisse retomber durement, se cogner la tête sur le carrelage. Un corps humain gît sur le sol, face contre terre. Puis frénétiquement, le type qui lui martèle l'abdomen de dizaine de coups de pieds, d'une violence telle qu'il en reste inerte sur le sol, un courageux filet de sang aux commissures des lèvres.<br />
Son père demandera une autopsie qui révélera qu'il avait une faiblesse au niveau du foie, qu'il avait jaune et maintenant tuméfié.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Rassuré.]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=26</link>
<pubDate>Mon, 02 Jun 2008 22:28:40 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
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<description><![CDATA[Ha !
J&#8217;ai fait un horrible cauchemar. J&#8217;avais perdu mon sexe !
Je me suis réveillé e]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-size:10pt;font-family:trebuchet ms;">Ha !<br />
J'ai fait un horrible cauchemar. J'avais perdu mon sexe !<br />
Je me suis réveillé en sueur et fébrile mais ouf! finalement ce n'était qu'un mauvais rêve.<br />
J'ai tout de suite tâté de mes mains mon entre-jambes et oui! mon sexe était bien là, il était revenu. Mieux que ça, il y avait une petite clochette au bout. Digueling digueling.<br />
Avec ça c'est sûr que je ne risquais plus de le perdre.</span></p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Le vide à la place.]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=25</link>
<pubDate>Tue, 27 May 2008 14:07:35 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
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<description><![CDATA[Ca m&#8217;a pris comme ça, sans y penser vraiment, j&#8217;ai creusé sous ma dent. Comme ça pend]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Ca m'a pris comme ça, sans y penser vraiment, j'ai creusé sous ma dent. Comme ça pendant des semaines, à ravauder chaque soir dans la gencive.<br />
Enfin la dent s'est mise à bouger. Il ne m'a ensuite fallu qu'une soirée pour la déloger et c'en fut fini de mon agacement. J'étais soulagé, libéré. Je pouvais passer ma langue à l'endroit de la dent et sentir le goût métallique du sang. Une belle victoire mon pote.<br />
Et puis vint la douleur. D'abord le point lancinant d'une piqûre d'épingle, puis rapidement, l'embrasement, le feu d'un poignard cruel et dentelé qu'une machine de fer enfoncerait en tournant mécaniquement, très lentement dans la chair de ma mâchoire. Ce fut absolument insupportable, inhumain, la souffrance sans dilution, sa définition.<br />
Que n'y ai-je pensé ? Va savoir, peut-être la douleur me fait-elle me sentir plus vivant ?<br />
Peut-être. Mais plus sûrement, je suis capable de faire n'importe quoi, pas tout le temps, mais quelques fois.</p>
<p>Et maintenant qu'elle est partie je voudrais tant qu'elle revienne.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Toute une histoire.]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=24</link>
<pubDate>Sat, 24 May 2008 09:57:42 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
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<description><![CDATA[Rue de Ménilmontant.
- « Il va m&#8217;en faire toute une histoire c&#8217;est certain.
Tout ça ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Rue de Ménilmontant.<br />
- « Il va m'en faire toute une histoire c'est certain.<br />
Tout ça pour un verre.<br />
Je n'ai pas couché avec ce type. Je n'ai pas couché avec ce type. Je vais lui dire ça, je n'ai pas couché avec ce type. J'ai simplement passé un moment dans ce bistrot de la rue Oberkampf. Le temps a passé, j'ai eu faim et nous avons pris un truc en brasserie. Un croque chacun. Et puis quoi, pour une fois qu'un type a de la conversation, tu peux comprendre ça non ? Où est le mal, je te le demande ? Nulle part, je suis d'accord. J'ai une vie sociale et quoi d'autre ? Je suis mariée ? Oui je sais merci de me rappeler mon handicap. C'est quoi cette histoire de mariage ? Un sacerdoce ? Je suis mariée alors il faut que j'oublie le goût de la cerise ? Et bien non, je suis mariée et je reste en vie...Tout bien réfléchi je vais plutôt le laisser parler, c'est plus simple, et comme d'habitude il fera les questions et les réponses...Bon voyons, quelle heure est-il ? ...20h30 ?! Mince, il est déjà si tard !»<br />
Elle remonte l'avenue de l'Ermitage.<br />
- « Mais pourquoi est-ce que j'ai accepté de rester ? Enfin, bien sûr je sais pourquoi je suis restée, la question est plutôt pourquoi est-ce que je n'ai pas résisté ? Je savais pertinemment que ça ne m'amènerait que des ennuis ces plans culs. Je devrais écouter Michelle plus souvent tiens, l'air de rien avec sa morale gris souris elle vit en paix. Maintenant j'ai tout gagné. Je vais me faire bazarder comme une vieille chose. »<br />
Elle soupire et s'essouffle un peu dans la montée. Elle fait une pause.<br />
- « Enfin quitte à se faire déplumer, autant que ce soit pour de bonnes raisons, j'aurais au moins eu tout ce plaisir ! Oh la dis donc l'artiste ! Il y a bien longtemps qu'on ne m'avait emmenée en fusée si près de Vénus. Et alors quelle prestance, quelle élégance dans le geste, ça je peux dire que ça été une chance de tomber sur pareil spécimen... »<br />
Elle pouffe et se remet en route.<br />
- « Après tout arrivera ce qui doit arriver. S'il me la demande, je la lui dirais la vérité. J'ai couché avec un type que j'ai rencontré à la gare en allant conduire les enfants. Je l'ai rencontré aujourd'hui même et j'ai couché avec lui dans les deux heures qui ont suivi. Parfaitement. Et après ? De quoi parle-t-on ? D'amour ou de possession ? »<br />
Cheminant elle arrive devant chez  elle et trouve Paul son mari qui fume une cigarette sur le pas de sa porte.<br />
- «  Bon sang ce que j'ai eu peur ! Emma, où étais-tu passée ? »<br />
Elle se plante devant lui, un instant reprend son souffle et pose fermement les mains sur les hanches.<br />
- « Alors c'est ça, je ne suis plus libre, c'est l'interrogatoire qui commence ? Il suffit que je m'absente pour devenir coupable »<br />
Il tourne la tête, exhale la fumée de sa cigarette et reprend.<br />
- « Emma s'il te plait, je ne t'ai rien dit de la sorte, c'est juste que... »<br />
Elle l'interrompt.<br />
-« Ecoute moi bien Paul, je vais te dire la vérité, je rentre tard parce que je suis allé à l'hôtel avec un type et que j'ai couché avec lui. Alors, qu'est-ce que tu en dis ? Ca te cloue non ? J'ai eu du plaisir avec un autre homme et je l'assume, sache-le. J'en ai marre de contrarier ma nature, je revendique mon animalité tout autant que mon humanité, comprends-moi bien Paul, je veux vivre, vivre toutes mes vies, ma vie d'adulte, ma vie d'enfant, je veux être une amie une amante une mère une enfant une fille comme une femme, je suis encore adolescente, je cherche encore, je suis peut-être bisexuelle aussi, comment savoir ? En tous cas ce que je sais c'est que je ne regrette pas ce que je viens de faire. Et si l'occasion d'aimer se pose à nouveau sur mon épaule je ne la laisserai pas s'envoler. »<br />
Elle reprend son souffle. Il pose doucement la main sur son épaule pour l'apaiser.<br />
- «  Emma, s'il te plaît, calme-toi. Ecoute-moi. Tu n'as rien fait de tout cela. Tu n'es pas allée à la gare, tu n'as pas rencontré d'homme et tu n'as couché avec personne.»<br />
- « Tu ne veux donc pas voir la réalité Paul ? C'est ma liberté de ton qui te gêne et tu me méprises ? Tu piétines mes idéaux simplement parce qu'ils existent ? C'est encore cette vieille jalousie qui te ronge l'esprit ? »<br />
- «  Emma...s'il te plaît...Ne m'oblige pas... »<br />
- «  Que je t'oblige à quoi ? A me virer ? A me foutre dehors ? C'est ça ? Et bien vas-y, fait-le, je ne renierai de toutes façons rien de mon amour de la vie ».<br />
-«  Il ne s'agit pas de cela et je ne vais pas te virer comme tu dis. Tu t'es endormie sur un banc dans un square et tu as rêvé, une fois de plus. C'est tout. Et ça n'a rien d'anormal. Tu as 77 ans Emma. Il faut l'accepter. »<br />
Elle reste interdite, la bouche ouverte.<br />
-« Allez, rentre maintenant, il commence à pleuvoir. »<br />
Paul prend Emma par le bras et l'aide à gravir les trois marches du perron.<br />
- « 77 tu es sûr ? »<br />
- «  Oui 77. Tu es née en mai 1929, l'année de la grande dépression. »<br />
- « Mais cet homme, ses cheveux, ses mains sur mes seins, la chambre d'hôtel, c'était si réel...J'ai encore son parfum sur moi... »<br />
Le soir tombe maintenant. Paul referme la porte du pavillon, se penche sur Emma et l'embrasse dans le cou.<br />
- «  Dans quel hôtel tu m'as dit ? »</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Une éternité de caillou.]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=22</link>
<pubDate>Wed, 14 May 2008 14:57:52 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
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<description><![CDATA[Je faisais grise mine et l&#8217;inventaire de la journée donnait à peu près ceci :
Une tondeuse]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Je faisais grise mine et l'inventaire de la journée donnait à peu près ceci :<br />
Une tondeuse à gazon zélée, une chanson épaisse et bouclée nappée de sirop d'érable, nombreuses motos rapides, un marteau-piqueur, un ballet aérien de cinq mouches inspirées, un bébé mitoyen très contestataire, un moteur thermique à échappement libre à l'essai dans un garage à proximité, ainsi qu'une chemise de sueur collée à la peau.<br />
Adoncques j'ai eu mon saoul de cette frénésie urbaine et je suis parti m'allonger sur le sable d'une plage déserte, comme avaient dû être désertes toutes les plages du début du monde. La danse et le chant du ressac, une douzaine de mouettes éternelles qui planent, qui balancent leurs étrons et qui piaillent. Je pourrais parier qu'il y avait des mouettes au début du monde.<br />
Je vois mal le tableau d'une scène de plage avec la mer et pas de mouettes dans l'azur. Et puis après s'être compliqué les doigts à créer le sable pendant des jours, je ne vois pas ce qui arrêterait qui que ce soit de créer une simple douzaine de mouettes par plage, ou bien alors est-ce que la mesquinerie existait déjà ? Avant les mouettes ?<br />
Enfin me voilà sur cette plage du commencement avec quelques oiseaux primitifs pour tournoyer au-dessus de l'eau et, pendant quelques minutes, l'espérance de vivre en paix, d'une humeur massacrée certes, mais au moins débarrassé des philistins à moteurs et des motards furieux. J'ai pu croire allongé nu sur mon drap de bain jaune paille, avoir semé cette civilisation bruyante, celle-là même qui derrière le sourire des loisirs de plein air vous taillade les tympans sans comprendre le mal qu'elle vous fait, sirène aveugle qui n'entend pas votre douleur (de fait, elle ne peut, elle est sourde à son propre fracas).<br />
L'enfer n'est pas pavé de bonnes intentions, il est sonorisé par un bidet.<br />
Toujours est-il qu'étendu là au milieu de presque rien, moi j'avais mon reste, et c'était drôlement bonnard de n'avoir aux oreilles que le chant de la nature. Avec ça j'avais bien l'impression d'avoir perdu dix kilos de stress. Mais bien sûr.<br />
Mais bien sûr il a fallu qu'un type sur l'eau ait l'envie généreuse de faire hurler le moteur de son Jet Ski. Bye bye le décor début ère quaternaire, retour à la modernité. Le rustre allait et venait du rivage vers le petit large en faisant un boucan de tous les diables à ouvrir la poignée de gaz de son engin démoniaque. Encore une fois, je pouvais gueuler, c'était pour les mouettes, lui de toutes façons n'entendait que son plaisir. Tant pis je me suis dit, le sort s'acharne, soyons beau joueur, la civilisation a gagné, sauvage que je suis j'ai perdu, je rentre dans ma hutte.<br />
Mais pas si simple de rentrer, peut-être qu'aujourd'hui une mouche m'a piqué, je suis toujours agacé ; à moins que ce ne soit à cause de la chaleur, ou bien de cette soudaine demande de divorce, - cela lui aurait-il coûté de me prévenir de son départ ? - me voilà fort peu considéré, loin s'en faut. Et du coup dépité je frappe et creuse le sable de mon pied. Et finis par me cogner sur un galet, un très beau galet même, plat lisse et poli, s'excusant presque de m'avoir heurté le pied. Pour peu que l'on s'intéresse au destin des galets, celui-ci avait dû avoir une histoire patiente à travers les âges tant ses courbes étaient arrondies et ses surfaces planes. Sûr qu'il inspirait le respect et les longs ricochets celui-là. Je me suis baissé pour l'adopter et immédiatement à ma main son contact lisse et dense m'a rasséréné. J'ai avancé en direction de la grève dans l'espoir d'un peu de fraîcheur, à défaut de silence. Les pieds dans l'eau tiède, mon beau galet plat à la main, j'ai vu arriver vers moi le type au jet ski et son boucan insupportable, qui enclenchait son énième virage pour rejoindre une énième fois le large.<br />
C'est à ce moment précis où il relançait sa machine pour repartir, quasiment à l'arrêt à dix mètres de moi, le galet fermement calé entre le pouce et l'index, que dans un réflexe de jeunesse mon bras s'est tendu, mes jambes se sont légèrement fléchies et mon buste a entamé un lente et précise rotation de quarante cinq degré vers l'arrière ; c'est à ce moment unique dans l'histoire de cette plage que d'un geste vif et ample, d'un retour rapide de mes épaules face à l'horizon, j'ai balancé mon somptueux galet au raz de l'eau pour le voir en quatre bonds imperfectibles propulsé direct à cinquante centimètres au cul du scooter. A cet instant je ne peux pas dire que je n'en avais pas envie, ça non, j'en rêvais même ; mais la journée m'avait déjà apporté son lot de déceptions, et je n'osai y croire. C'est pourtant ce qui arriva, le dernier bond du galet le vit disparaître dans la tuyère du jet ski dans un horrible fracas de métal martelé par la pierre qui torpilla l'hélice du moteur. J'ai instinctivement levé les bras au ciel en signe de victoire et entamé au bord de l'eau la danse du hasard. Au moment même d'ailleurs où le type se retournait pour comprendre ce qu'il était entrain de lui arriver. J'ai dû crier de joie ensuite quand le moteur s'est engorgé puis a finalement calé. Silence marin. La machine s'est immobilisée un instant, une des mouettes a poussé un cri strident en tournoyant au-dessus de nous, jusqu'à ce qu'une vague ne renverse l'équipage inerte et n'envoie paître son cavalier piteux à la baille. Plouf.<br />
De l'eau jusqu'à la taille, le type s'est relevé, visiblement hébété, puis il s'est mis dans l'idée de me courir après. Il était en rage et me hurlait dessus, m'intimant de venir le rejoindre pour me faire avaler mes ancêtres. Pitre éclaboussé de ridicule, Il frappait l'eau de ses poings jusqu'à ce qu'à force de gesticulations il ne s'affale à nouveau et re-plouf.<br />
J'ai ri comme un possédé en courant jusqu'à l'arrêt de bus et le chauffeur dut me croire ivre tant je titubais sous l'effet des pintes de rires. Assis dans le fond je bénissais ce bon vieux galet d'avoir résisté à l'usure du temps, de s'être refusé la facilité à devenir sable de plage, d'avoir su attendre, stoïque et muet des milliers d'années durant, sans rien céder de ses convictions depuis l'aube des temps, pour enfin trouver sa place dans le monde.<br />
Et paf! Dans la turbine de l'autre cuistre à moteur.<br />
Cette aventure m'avait redonné le sourire et avant de rentrer chez moi je me suis arrêté en ville prendre quelques bières en terrasse. J'avais du temps maintenant. Deux ans qu'elle était partie avec ce con et sa moto. Bof bof. Deux ans pour un homme ça valait bien une éternité de caillou.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Les sièges vides (autour de nous).]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=21</link>
<pubDate>Wed, 07 May 2008 09:27:30 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
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<description><![CDATA[Petits ou grands,
Allers-retours ou allers simples,
(J&#8217;apprends qu&#8217;il faut faire avec ç]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Petits ou grands,</p>
<p>Allers-retours ou allers simples,</p>
<p>(J'apprends qu'il faut faire avec ça)</p>
<p>Les gens voyagent.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Humanité (les amants retrouvés).]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=20</link>
<pubDate>Thu, 24 Apr 2008 13:29:31 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
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<description><![CDATA[Après quelques temps, ils se retrouvent, dans la même chambre d&#8217;hôtel.
- &#8221; As-tu pris]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Après quelques temps, ils se retrouvent, dans la même chambre d'hôtel.</p>
<p>- " As-tu pris d'autres amants depuis moi ?"<br />
- " Et bien non. Toi ?"<br />
- " Non plus."<br />
- " Tu crois que c'est ça la fidélité ?"<br />
- " Hmmm je crois pas. Après tout, j'ai continué de faire l'amour à ma femme."<br />
- " Ah oui. Comme moi avec mon mari. Et ça compte ça ?"<br />
- " Bah non finalement t'as raison, c'est des conneries tout ça. Ce qui compte c'est que tu sois là. Viens."</p>
<p>Ils s'embrassent.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[A-t-elle tremblé ?]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=19</link>
<pubDate>Wed, 23 Apr 2008 13:33:21 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
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<description><![CDATA[C&#8217;était un vendredi en fin d&#8217;après-midi. Il lisait, installé dans son bain à clapote]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>C'était un vendredi en fin d'après-midi. Il lisait, installé dans son bain à clapoter doucement, absorbé par une nouvelle de Cheever.  Il y avait juste ce qu'il faut de soleil pour tiédir et colorer la lumière de la pièce. En partant ce matin Emma lui avait annoncé qu'elle avait à faire, elle rentrerait tard. De fait il était seul dans une maison calme, il savourait ces instants suspendus et légers, les appréciant à leur juste valeur. Si juste d'ailleurs que ça ne dura pas. Un grondement sourd se mit à vibrer sous le plancher, comme si un monstrueux téléphone se mettait à sonner sous terre. La perceuse du voisin pensa-t-il et il se remit à lire en essayant de rester sourd au bruit qui insistait. Il cligna des yeux tout en tournant la page de son bouquin et c'est à ce moment que ça a commencé. D'abord il perçut une faible vibration dans le sol. Une simple impression, quelques ondes à la surface de l'eau du bain ; puis rapidement il n'eut plus de doute, c'est toute la maison qui tremblait. Le grondement sourd enfla brutalement jusqu'à devenir  une vrille insupportable qui lui déchirait les tympans. Sous l'effet de surprise il s'agrippa aux rebords de la baignoire, serra les dents et lâcha son livre qu'il regarda s'abîmer dans l'eau. Les vibrations s'accentuèrent encore et le plancher se mit à gondoler à ce point qu'il eut l'idée d'une chose énorme et vivante qui creusait sa route sous la maison. Il se prit un savon et une bouteille de shampoing sur le crâne ; puis le gros bocal en verre des sels de bains l'évita de peu qui vint se briser sur le sol en dispersant des morceaux de verres partout alentour. A présent il entendait toute la maison partir en morceau, le vaisselier du premier explosa au sol, brisant dans sa chute les verres et carafes de cristal. Les huisseries grinçaient, les planchers gémissaient, les escaliers se tordaient ; toutes sortes d'objets dévalaient des étagères et des placards, se cassaient, se brisaient, quand d'autres plus solides rebondissaient ou cognaient au sol ; de la bibliothèque à l'étage au dessus de lui il reconnut le bruit des livres s'affalant en rafales. Rien ne semblait pouvoir résister, les fenêtres explosaient, des lézardes couraient aux murs, l'air lui-même commençait à devenir irrespirable tant il y avait de poussière de plâtre et de torchis. La peur lui arrachait des larmes maintenant et il gémissait des sons aigus qui disaient non comme un enfant. Toutes les fioles de la salle de bains étaient à terre, et le parfum de sa femme lui monta au nez qui le ramena à l'état de conscience. Il entendit du sous-sol son chien hurler à la mort. Pendant tout ce temps qui lui parut une vie il était resté tétanisé, agrippé à sa baignoire.<br />
Puis tout s'arrêta, comme une déflagration. Sous l'effet d'un courant d'air, une fenêtre claquait encore sur son châssis, il n'entendit bientôt plus qu'elle. Le fracas avait enfin cessé et le silence qu'il croyait ne plus jamais connaître était revenu.<br />
D'abord il est resté comme impassible, immobile, n'osant pas relever la tête de peur que tout ne recommence. Puis rien d'autre ne se passant que du temps, il entreprit de se lever et de sortir du bain. Il dû se tenir aux murs pour parcourir les quelques  mètres qui le séparait de ses habits. Il était hagard et le moindre de ses mouvements lui réclamait une concentration d'alpiniste. Ses vêtements étaient trempés d'avoir baigné dans toutes sortes de liquides, gel douche, eau, parfum -l'idée le traversa brièvement qu'il avait peut-être choisi le parfum d'Emma trop capiteux tant son cœur se  soulevait à en respirer les effluves concentrées. Ses pieds se mirent à saigner d'avoir piétiné les tessons de verre jonchant le sol. Il  enfila son pantalon en équilibre instable ; en appui sur ses pieds meurtris il chuta et s'entailla profondément les paumes des mains en se rattrapant à la vasque couverte des éclats du miroir. Son esprit choqué ressentit la douleur mais ne su qu'en faire, il ne cria pas. Pêle-mêle il lui vint à l'esprit qu'il allait falloir changer le sac de l'aspirateur avant de tout nettoyer, qu'il fallait vite sortir d'ici et qu'il n'avait pas mis de crème hydratante sur ses jambes ce qui allait le faire souffrir tant sa peau était sèche. Enjambant les restes de ce qui avait été sa vie, évitant avec précautions les marches devenues pourries de l'escalier, il finit tout de même par arriver jusqu'à la porte d'entrée de ce qui avait été sa maison. Alors que tout n'était plus que trous, déchirures, murs à demi affalés et fenêtres cassées, il se fit la remarque que celle-ci était toujours debout et bien fermée. Mieux que cela, quelqu'un sonnait à la porte. Dans le capharnaüm de ses esprits, Il parvint à distinguer une silhouette au travers du verre dépoli de la porte. Il se mit à espérer que quelqu'un avait prévenu le secours et que les pompiers sonnaient aux portes des maisons encore debout afin de porter assistance aux rescapés. Dans un dernier effort avant de s'effondrer sur un brancard, il atteint la porte qui s'ouvrit sur un type des postes qui ne souriait pas.</p>
<p>-« Monsieur Delair ? »<br />
Il ne répondit pas, le regard fixé sur le type qui fouillait dans une sacoche en bandoulière.<br />
L'autre insista.<br />
-« Vous êtes bien Monsieur Daniel Delair ? »<br />
Finalement il réagit à l'énoncé de son nom. Il marmonna quelque chose qui avait dû signifier oui mais qui s'était fait mâchouillé plusieurs fois avant de sortir de sa bouche ouverte.<br />
-« Excusez-moi, vous vous sentez bien Monsieur ? »<br />
Oui bafouilla-t-il encore, ce faisant qu'il tournait la tête lentement à gauche puis à droite, découvrant une rue qu'il pensait ravagée et qui somme toute ressemblait à ce qu'elle devait être. Lentement il reprenait ses esprits et sortait de sa commotion. Petit à petit son regard se faisait moins fixe et ses pensées moins figées.<br />
-« Vous avez senti le tremblement de terre ? » demanda-t-il au type des postes.<br />
L'autre lui posa la main sur l'épaule et lui demanda s'il avait besoin d'aide.<br />
-«  C'est rien il dit pour répondre au type. Je me suis endormi et vous m'avez réveillé en sursaut. Je faisais un mauvais rêve. Je vais bien merci de vous inquiéter.» L'autre eut l'air soulagé et lui sourit.<br />
-«  Je préfère ça dîtes donc. Vous m'aviez l'air complètement à l'ouest. Vous pouvez signer ici, j'ai un télégramme pour vous. »<br />
Il signa, prit le télégramme, salua le type des postes et referma la porte. D'un coup d'œil au rez-de-chaussée, il vit que la maison n'avait rien. Il n'en revenait pas mais il avait rêvé, il avait tout imaginé. Il entendit son chien hurler au sous-sol. Bon sang il en avait oublié le clébard. Il descendit presque rapidement maintenant qu'il avait recouvré toutes ses facultés. A peine eut-il ouvert la porte que son chien se précipita à l'étage.<br />
Il remonta lui aussi, et dû crier pour calmer le setter qui furetait partout, montait et descendait les étages, passait d'une pièce à l'autre, bloquait net et tendait l'oreille, puis repartait de plus belle en gémissant. Au bout de dix minutes, le clebs finit malgré tout par se calmer.<br />
Tout était calme de nouveau. Il fit néanmoins un tour à la salle bains histoire de chasser définitivement les quelques images de son apocalypse encore présentes à son esprit. Il se rassura bientôt à  trouver chaque chose à sa place, la serviette sur le porte-serviette, le savon.<br />
Il était maintenant plus de vingt et une heure, la télé bourdonnait et installé dans son fauteuil, il pensa à Emma qui n'allait certainement plus tarder à rentrer. Il était impatient de lui faire partager son cauchemar, sûr qu'elle allait se foutre de lui et de ses frayeurs imaginaires. Du coup il se souvint du type de la poste et de son télégramme.<br />
-« Mince le télégramme ! » lâcha-t-il. Il le tira de la poche arrière de son jean et l'ouvrit.<br />
C'était Emma. Elle était dans un avion pour New Delhi. Elle le quittait. Elle voulait autre chose. Elle s'excusait.<br />
Il reposa lentement le télégramme sur la table basse. Effondré dans le fauteuil, il garda l'œil fixé sur une petite tâche brunâtre qui semblait y dessiner un continent. Le chien à ses pieds se leva d'un coup et quitta la pièce tête et queue basse. Alors de nouveau il perçut le grondement sourd monter des fondations de la maison. Il sut que cette fois qu'elle n'y résisterait pas.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Le secret]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=18</link>
<pubDate>Tue, 22 Apr 2008 08:38:36 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
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<description><![CDATA[Le soir tombe sur une sale journée, elle pose sa tête sur ma poitrine.
Elle s&#8217;apaise, elle m]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Le soir tombe sur une sale journée, elle pose sa tête sur ma poitrine.<br />
Elle s'apaise, elle me dit que c'est ici sa maison. Je sens l'odeur de ses cheveux.<br />
Ses deux bras m'enlacent, et comme elle ressert son étreinte,<br />
elle ne sent pas que moi aussi je tremble.<br />
Elle se repose sur mon cœur tout autant qu'elle le réchauffe.<br />
Tout est là.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Extra.]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=17</link>
<pubDate>Tue, 22 Apr 2008 08:36:06 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
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<description><![CDATA[Je suis entré chez Edwards le boucher de la rue Monty.
Un ancien rugbyman. Un tueur. A peu près au]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Je suis entré chez Edwards le boucher de la rue Monty.<br />
Un ancien rugbyman. Un tueur. A peu près autant d'humour qu'un pneu rechapé mais une viande extra.<br />
-« Bonjour ! Qu'est-ce que je peux vous servir ? »<br />
-« Deux côtes de sport s'il vous plait. »<br />
-« Alors deux côtes de sport pour le monsieur, vous les voulez dans le filet, dans le panier ou dans la surface ? »<br />
-« Mettez les plutôt dans le filet, elles ont l'air bien servies. »<br />
-« Voilà. Et avec ça ? »<br />
-« J'aurais voulu deux steaks à chier s'il vous plait. »<br />
-« Et deux steaks à chier...Il vous faut autre chose ? »<br />
-« Oui deux tronches de cake fumés. »<br />
-« Voilà. Elles sont un peu de travers ça ira quand même ? »<br />
-« Ca ira oui. Et deux escalopes de dingue. »<br />
-« Et deux escalopes de dingue. »<br />
-« Ce sera tout merci. Je vous dois combien ? »<br />
-«Dix sept mille euros, et vingt cinq centimes. Je ne vous ai pas compté le papier crépon »<br />
-« Merci  Gareth. »<br />
-« Je vous demande pardon Monsieur ? »<br />
-« Hmmm... Rien. C'était juste pour plaisanter. Un jeu de mot avec votre nom, merci Gareth pour cigarette. »<br />
-« Je m'appelle Edwards Monsieur, et je ne fume pas. Au revoir Monsieur et bonne journée. »<br />
-« Au revoir Edwards. »<br />
Vraiment extra.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Homme mûr (souvent tomber de l'arbre)]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=16</link>
<pubDate>Wed, 16 Apr 2008 13:58:09 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
<guid>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=16</guid>
<description><![CDATA[Quarante cinq ans.
Une balle à mille rebonds posée sur une table dans une pièce exigüe.
Considé]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Quarante cinq ans.<br />
<em>Une balle à mille rebonds posée sur une table dans une pièce exigüe</em>.<br />
Considérons que les conditions météorologiques de la pièce sont ordinaires et que personne ne s'avise de bousculer la table ; les choses peuvent tout à fait paraître stables et posées, maitrisées voire.<br />
Mais bien sûr, la tentation est forte de jouer avec cette balle ; et d'ailleurs, elle est faite pour ça.<br />
Et bing! C'est parti, dans les coins, dans tous les sens, Pof! Sur le plafond, elle redescend, tape un angle, la voilà qui accélère et part rebondir là-bas sur...Cling! La vitre est brisée.<br />
Quand ce n'est pas l'oeil de mamie qui est poché.<br />
La tentation est forte certes, mais les conséquences souvent malheureuses.<br />
Quarante cinq ans donc, et la sagesse d'une balle à mille rebonds posée sur une table dans une pièce exigüe.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Boulogne sur Mer]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=15</link>
<pubDate>Tue, 15 Apr 2008 11:23:44 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
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<description><![CDATA[L’œil à peine ouvert, j’entends les mouettes crier au dessus de la ville.
« Pauvre de vous ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p class="MsoNormal" style="font-size:10pt;font-family:arial;">L’œil à peine ouvert, j’entends les mouettes crier au dessus de la ville.<br />
« Pauvre de vous ! Pauvre de vous ! »<br />
Comme sémaphores de leur détresse, les marins ont allumé de grands brasiers sur le port.<br />
Au même moment, sur la plage près des dunes, les renards se régalent des poissons pris dans les filets des pêcheurs à pieds que la marée découvre. Il fallait se lever plus tôt.<br />
La concurrence est rude et les animaux sauvages.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Quand il est content.]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=14</link>
<pubDate>Tue, 15 Apr 2008 06:55:50 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
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<description><![CDATA[La fille qui part vers la salle de bains s&#8217;appelle Anita (Anita est nue).
Anita la jolie fille]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p class="de">La fille qui part vers la salle de bains s'appelle Anita (Anita est nue).<br />
Anita la jolie fille souriante est (nue) dans la salle de bains.<br />
Anita la jolie fille souriante qui est (nue) dans la salle de bains ne le sait pas encore,<br />
mais elle vient de passer sa dernière nuit dans ce lit.<br />
Elle ne le sait pas et n'y songe pas un instant. Anita lui a dit qu'elle l'aimait.<br />
Mais il a rencontré Dany.<br />
Alors Anita va se rhabiller et sortir de la salle de bains.<br />
Et caetera.</p>
<p>Il s'en veut et peste contre celui qui a fait le dosage. Qui donc a eu la main lourde à ce point ?<br />
-"Bon sang! se dit-il, visiblement attristé d'à nouveau être le bourreau.<br />
Ca n'aurait pas été très difficile d'en mettre un peu moins non ?"<br />
(Il évoque là sa propension à la conquête, tribut hormonal argue-t-il)</p>
<p>La porte qui claque le soulage et déjà il pense à autre chose.<br />
Le soleil fait danser des petites étoiles à travers les vitres de sa chambre.<br />
Content de vivre, il sourit. Il remue la queue aussi.</p>
]]></content:encoded>
</item>
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<title><![CDATA[Transit.]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/2008/04/02/transit/</link>
<pubDate>Wed, 02 Apr 2008 14:58:02 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
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<description><![CDATA[Il n&#8217;y a pas longtemps qu&#8217;il est là.
Il souffle dans ses mains, il se souvient.
Mainten]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div><span style="font-size:10pt;font-family:arial;">Il n'y a pas longtemps qu'il est là.<br />
Il souffle dans ses mains, il se souvient.<br />
Maintenant il est au pied du mur.<br />
Blotti contre ces pierres d'un autre âge,<br />
il se protège du vent.<br />
Il n'y a pas longtemps qu'il est là<br />
mais il sait déjà qu'il ne restera pas.<br />
Pas longtemps.<br />
Il neige maintenant.</span></div>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Jouons]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/?p=12</link>
<pubDate>Fri, 28 Mar 2008 08:52:02 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
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<description><![CDATA[Hier soir encore il est venu et j&#8217;ai gagné. Encore. Je gagne à chaque fois. Il vient, nous ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<div><span style="font-size:10pt;font-family:arial;">Hier soir encore il est venu et j'ai gagné. Encore. Je gagne à chaque fois. Il vient, nous discutons, nous jouons et je gagne. 3 à 1 hier soir, et sans forcer. Le secret de la gagne à ce jeu c'est la concentration et, même si ses entames sont propres, il finit toujours par se déconcentrer. Je lui parle d'autre chose, de son genou brisé, des factures à payer ou du rapport d'autopsie et ça ne manque pas, il relâche la pression, petit à petit mais aussi sûrement qu'une lame entaille l'abdomen, il cède. Il devient moins précis, plus bavard. Je le vois s'agiter dans le fauteuil, ces tics le reprennent - il se pince le nez, j'entends siffler sa respiration par sa bouche ouverte ; quelques fois même à son front perle un goutte de sueur. Alors j'attends, très peu en fait, et je gagne.<br />
Je gagne je gagne je gagne!  Toujours moi qui gagne !<br />
Toutes ces victoires sont presque indécentes et chaque fois je me dis qu'il ne reviendra plus, que je l'ai assez humilié. Mais malgré cela il revient, homme de peu de fierté (Il m'est arrivé, simplement en fermant les yeux, de le voir lever vers moi ses yeux implorant mon pardon, son corps rouge annelé et velu rampant dans la vase).<br />
Alors de nouveau nous jouons. De nouveau je le domine, et de nouveau je gagne.<br />
Je sais que ce n'est pas exactement ce qu'il raconte autour de lui.<br />
Il se plaît à dire à qui veut l'entendre que ses visites sont autant de victoires éclatantes et que sa maîtrise est magistrale. Que son adversaire le déçoit, qu'il triomphe sans gloire. Je sais cela.<br />
Il me méprise.<br />
Pauvre de lui et de son attitude. Le pauvre perdant!<br />
Pour ma part je n'y vois que la justification de son malaise, la pénible mise en scène de ses névroses.<br />
Le symbole de son impuissance vitale. Calmement.<br />
Soit. Que cet hideux ver de vase persiste à imaginer que la distance m'empêche de connaître ses velléités.<br />
De toutes façons j'évite d'aborder le sujet, tant le sujet m'est pénible. L'idée même de l'évoquer avec lui me ruine le moral. Je n'ai plus de patience. Il me déprime bien plus sûrement qu'une overdose de laudanum.<br />
De fait je dois bien me l'avouer, je préfère rester seul, je n'ai plus aucune raison de continuer à supporter cet individu. Constatons. Peu de conversation, monomaniaque du je, flatulent satisfait de son oeuvre, vaniteux péremptoire et menteur menteur menteur, trois fois menteur.<br />
Que n'ai-je passé l'hiver à subir son manque d'altitude ?<br />
Ma décision est prise, dès demain je ferai en sorte que cela cesse, j'irai voir l'infirmier et le prierai de signifier à ce sinistre personnage que sa simple présence liquéfie mes selles et que je ne souhaite plus jouer avec lui.<br />
A moins que nous ne jouions à autre chose, une dernière fois ?<br />
Le voilà qui arrive. Il sourit.</span></div>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[John Fante et Richard Brautigan. ]]></title>
<link>http://pipobanjo.wordpress.com/2008/03/20/john-fante-et-richard-brautigan/</link>
<pubDate>Thu, 20 Mar 2008 14:40:01 +0000</pubDate>
<dc:creator>pipobanjo</dc:creator>
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<description><![CDATA[Quand j&#8217;avais vingt ans je savais ce que je voulais.
Je voulais passer mes journées à lire J]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Quand j'avais vingt ans je savais ce que je voulais.<br />
Je voulais passer mes journées à lire John Fante et Richard Brautigan.<br />
Et je me moquais bien des motards et des filles enlacées à leur taille,<br />
tout autant que des boîtes de nuits rances et des jeunes filles en sueur.<br />
C'était moi le sacré veinard qui avait trouvé le bon filon.<br />
C'était moi l'heureux homme.<br />
J'étais le serrurier et j'avais le passe qui ouvrait les portes de l'esprit libre et sauvage.<br />
Celui-là même qui refusait la fuite dans la frénésie de la danse ;<br />
alors ni une ni deux, je me suis installé dehors sur la terrasse,<br />
et j'ai lu.<br />
Il pouvait bien faire chaud cet l'été là, moi j'étais le seul,<br />
au milieu de nulle part, et ça baignait.</p>
]]></content:encoded>
</item>

</channel>
</rss>
