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	<title>sentiment-national &amp;laquo; WordPress.com Tag Feed</title>
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	<description>Feed of posts on WordPress.com tagged "sentiment-national"</description>
	<pubDate>Sat, 26 Jul 2008 07:31:09 +0000</pubDate>

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<title><![CDATA["BEAUFORT" UN SUPERBE  ROMAN SUR LES SOLDATS ISRAELIENS AU LIBAN PAR RON LESHEM]]></title>
<link>http://ajhl.wordpress.com/?p=89</link>
<pubDate>Tue, 25 Mar 2008 16:51:06 +0000</pubDate>
<dc:creator>gblond</dc:creator>
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<description><![CDATA[Ce roman superbe , inspiré de très près par la réalité rapportée à l&#8217;auteur par le chef]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Ce roman superbe , inspiré de très près par la réalité rapportée à l'auteur par le chef de l'unité décrite dans le livre, décrit la vie d'une unité d'élite de l'armée israelienne qui garde le château de Beaufort, château médiéval occupé par le Hezbollah jusqu'à l'offensive menée au Liban par l'armée israelienne commandée par Ariel Sharon en 1982 et qui avait abouti, après avoir chassé le Fatah et Arafat de Beyrouth, à l'occupation du Sud Liban jusqu'en 2000, année du retrait volontaire de l'armée israelienne.</p>
<p>Le livre raconte avec une justesse de ton extraordinaire le monde intérieur et les rapports de ces soldats, entraînés à une guerre d'offensive et d'audace, contraints de s'enterrer dans des abris bétonnés et de subir passivement les bombardements et les attaques imprévisibles et meurtrières d'un ennemi qu'ils ne voient jamais.</p>
<p>Il décrit dans une langue exceptionnelle d'intensité et de vérité les sentiments d'amour profond, d'intensité affective qui lient ces jeunes gens, à peine sortis de l'adolescence, et dont la vie est risquée en permanence, à la merci d'une roquette ou d'un missile contre lesquels n'existent pas de parades. Seule la chance décide qui va vivre ou mourir.Le chef de l'unité à peine plus âgé que ses soldats, dévoré de l'envie de se battre, doit en permanence maintenir cette volonté de combattre qui est la fierté  de cette unité et qui se heurte aux conditions passives qui leur sont imposées par leur mission de garde, et qui s'amplifient quand la perspective d'un repli pour des raisons politiques se précise de plus en plus.</p>
<p>La coexistence des blagues juvéniles, des préoccupations amoureuses de cet âge, du sentiment d'être une avant garde vitale pour la protection d'Israel,avec l'excitation du combat, la rage contre un ennemi qui frappe en restant hors de portée, la détresse immense quand un copain- un ami plus proche que ne peuvent l'être tous les proches, quelqu'un pour qui on peut donner sa vie, et qui peut donner la sienne pour vous- est tué à quelques mètres de soi, tout cela crée un univers incommunicable au reste des mortels. L'intensité des sentiments , la force des liens créés dans un petit groupe, le langage commun qui les soude, mélange de formules consacrées, de code de complicité, la référence implicite à l'honneur qui impose au risque de l'existence la solidarité absolue ,le refus de l'abandon du blessé ou même du corps de l'ami mort, constituent un monde qui s'oppose à la vulgarité et à l'individualisme de la société banale pour laquelle ils se battent.</p>
<p>La décision politique du retrait du Liban va ébranler cette acceptation  du sacrifice possible en en remettant en cause la justification-pourquoi partir maintenant et pas avant-, en rendant impensable d'être  le dernier mort de cette guerre que le pays commence à désavouer.La pression médiatique des pacifistes, l'hystérie des mères, le lâche soulagement qui s'étend, ébranlent la conviction intérieure de ces jeunes qui se sentent isolés du pays qu'ils étaient prêts à défendre au prix de leur vie.</p>
<p>La fierté née de ces risques extrêmes survivra à  la fin de l'aventure, à la séparation du groupe, au souvenir des amis perdus, et à l'entrée dans la vie adulte et dans le quotidien.</p>
<p>Du livre, en attendant le film qui sortira prochainement, subsistera l'image de ces garçons , de leur courage évitant les phrases grandiloquentes, de leur capacité à se battre pour des valeurs que le pays n'est plus unanime à partager, et pour lequel ils illustrent la formule de Renan:"Une nation est une grande solidarité faite des sacrifices que l'on a faits et de ceux que l'on est disposés à faire".</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[La "religion civile" de la Shoah, concept nouveau de l'antisionisme]]></title>
<link>http://ajhl.wordpress.com/?p=86</link>
<pubDate>Tue, 18 Mar 2008 16:25:12 +0000</pubDate>
<dc:creator>gblond</dc:creator>
<guid>http://ajhl.wordpress.com/?p=86</guid>
<description><![CDATA[Un nouveau concept est en train de  se développer dans les milieux critiques de la politique israel]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Un nouveau concept est en train de  se développer dans les milieux critiques de la politique israelienne, en particulier dans les milieux intellectuels pacifistes , israeliens ou européens, qui se trouvent mis en porte à faux par la désaffection de la population israelienne pour le discours  oecuménique des pacifistes, devant la montée de la violence extremiste islamiste, et la confirmation de l'existence d'une frange palestinienne qui ne cache pas son refus d'admettre l'existence d'Israel, et qui revendique une guerre à mort.</p>
<p>Le livre de   georges Bensoussan,"Un nom impérissable", développe la thèse suivant laquelle le sionisme, privé de  "légitimité" par l'épuisement de l'idéal socialiste initial et  de  la mythologie de la construction d'un homme nouveau, tenterait d'en retrouver une en développant un nouvel appareil mythologique autour d'une identité victimaire, centrée sur l'évènement historique de la Shoah.</p>
<p>Ce livre rejoint la thèse de Esther Benbassa, "La souffrance comme identité" qui développe avec complaisance une thèse semblable :celle de l'autoperception du peuple juif comme communauté de souffrance, de la description de l'histoire juive comme "une vallée de larmes culminant dans l'holocauste",et de la définition du peuple juif par Hermann Cohen comme "peuple de la souffrance".</p>
<p>Le corollaire immédiat de cette thèse -et à mon avis  peut-être le  moteur même de la recherche-, c'est  que cette vision du monde  entraîne les Juifs dans une "tour d'ivoire morale" qui les rend insensibles... à la souffrance du peuple palestinien (présentée elle comme réelle a côté d'une sorte d'auto-apitoiement permanent sur un mythe de souffrance qui serait la face inversée d'une élection, donnant droit à tous les hors-droits imaginables-vieux mythe antisémite du peuple qui se croit non soumis aux obligations communes)</p>
<p>Il y a dans la façon dont certains se font les procureurs implacables du sionisme sur le plan des idées, la poursuite du refus fondamental de ce sionisme qui ne peut plus actuellement s'exprimer ouvertement. Comme ils n'osent pas remettre en cause le fait accompli du sionisme, ce qui conduirait à l'idée gauchiste  d' un état démocratique bi -national dont tout le monde sent bien qu'il est un nonsens même plus politiquement correct,  ils expriment leur rejet de ce nationalisme par des critiques de tout et de son contraire.</p>
<p>On reproche au sionisme d'avoir ignoré la Shoah, et après, de lui donner une place trop importante. On lui reproche d'avoir nié la faiblesse juive, et après on  lui reproche d'identifier les juifs à cette faiblesse. On lui reproche sa dureté, de ne faire que des victimes autour de lui, et maintenant , de larmoyer sur les souffrances juives.</p>
<p>Finalement, rien ne trouve grâce  aux yeux de ces  historiens, qui rejoignent les "nouveaux historiens "israeliens dans leur travail de 'déconstruction" qui leur permet d'être aussi vierges de toute compromission morale que remarqués pour leur "courageux anticonformisme".</p>
<p>Leur conceptions générales, plus ou moins orientées par une construction intellectuelle "de gauche", ne sont pas vraiment compatibles avec un mouvement nationaliste comme le sionisme; ce nationalisme ne peut trouver aucune place dans leurs grilles de lecture, et  si ils  l'admettent du bout des lèvres pour ne pas se couper des peuples et des autorités morales qui le comprennent intuitivement , cette acceptation les met en contradiction avec tous leurs schémas de pensée, ce qu'en tant que intellectuels, ils supportent particulièrement mal.</p>
<p>L'identité juive ne se résume pas à la persécution, la culture juive est une des plus anciennes et des plus importantes du monde , mais, politiquement, le destin juif a été un destin d'angoisse et de négation , de persécution et d'exclusion, dont les Lumières n'ont pas suffi à les extraire. On ne peut oublier que les raisons de la naissance du rêve sioniste ont été les conditions épouvantables d'existence des Juifs de l'Est, et les poussées d'antisémitisme en Europe Occidentale.C'est le fait politique du nationalisme juif qui est inadmissible pour des gens qui ne peuvent admettre que la lutte des classes ou la révolution comme issue  moralement concevable à un malheur politique. Le nationalisme, sauf pour les pays colonisés, ne rentre pas dans leurs cadres de pensée</p>
<p>Le fondement de la légitimité de l'Etat Israelien reste là:L'antisémitisme polonais de 1967 qui a conduit à l'émigration les derniers juifs ou presque de Pologne date quand même de 20 ans après la naissance d'Israel,il n'y aplus de vie possible pour les juifs dans le monde arabe; comme le disait le rabbin Eisenberg:"Tout ça n'est pas grave. Il n'y a de danger pour les Juifs que dans deux endroits: Israel et la Diaspora.</p>
<p>La bataille qui s'engage dans la période actuelle entre Israel et ses adversaires, est au moins autant une bataille dans le champ des idées que dans le domaine des armes. Le combat des Arabes depuis le début de l'existence d'Israel est celui d'une affirmation de l'illégitimité de celui-ci, au nom de la légitimité ( apparue ensuite) du nationalisme palestinien.Or, ces deux légitimités sont égales, c'est pourquoi il faudra un compromis,faute de quoi on s'acheminera vers une lutte à mort .</p>
<p>Présenter les juifs comme des oppresseurs impitoyables et en même temps larmoyant sur leur sort, vise à les déconsidérer et à les déligitimer  dans une opinion déja très orientée par la victimisation médiatique   du peuple palestinienà laquelle participent les démagogues variés du monde antioccidental,qui usent et abusent de la vision moralisatrice qui est si efficiente dans le monde occidental et pas du tout dans le leur.</p>
<p>La société israelienne vit certainement une crise morale et politique avec l'accentuation de ses lignes de division internes, mais elle veut continuer à vivre;</p>
<p>Le sens de son existence est d'abord le droit qu'elle a d'exister en vertu du principe du droit des peuples à disposer d'eux mêmes, qui est exactement aussi valable pour eux que pour les anciennes colonies parvenues à l'indépendance, et d'affirmer leur identité dans cette liberté. La contestation de ce droit, directe ou camouflée, doit être combattue sans relâche, y compris chez ceux qui cherchent à plaire à tout le monde , même à leurs ennemis.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[IDENTITE SIONISTE ET IDENTITE DIASPORIQUE ]]></title>
<link>http://ajhl.wordpress.com/?p=59</link>
<pubDate>Fri, 25 Jan 2008 14:59:18 +0000</pubDate>
<dc:creator>gblond</dc:creator>
<guid>http://ajhl.wordpress.com/?p=59</guid>
<description><![CDATA[                           Compte rendu de lecture du livre remarquable de Georges Ben Soussan : ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>                           Compte rendu de lecture du livre remarquable de Georges Ben Soussan : "Un nom impérissable", paru en janvier 2008</p>
<p>Après "Europe, une passion génocidaire" qui étudiait les éléments qui dans toute l'Europe avaient fait le lit  de l'extermination industrielle par les Allemands du peuple juif européen, G. Bensoussan se penche sur les rapports qui se sont établis entre le sionisme et Israël d'une part, et la Shoah et la Diaspora d'autre part, et sur l'évolution de la représentation que les israeliens se sont fait d'eux mêmes  au fil du temps sur ces points.</p>
<p>Il remet en mémoire la première attitude des membres du Yishouv (présence juive en palestine avant l'établissement de l'Etat Hébreu), et l'incompréhension teintée de mépris et parfois de haine vis à vis de la Diaspora qui existait à cette époque parmi ses membres.</p>
<p>"L'opposition à la diaspora s'est transformée pour moi_ ces temps-ci, en haine! Je la hais comme on hait l'infirmité dont on a honte et pour le traitement de laquelle on est prêt à sacrifier sa vie",écrit Itzhak Tabenkin, grande figure du sionisme ouvrier ...</p>
<p>Chantre du sionisme nietzschéen,  Berdichevski jugeait que" le judaisme rabbinique avait asséché une religion vivante en un peuple d'apeurés, corseté dans un rituel affadi et abstrait... "Beaucoup estimeront, à cette époque,que la Shoah a définitivement fait perdre à l'Exil, sa légitimité. "L'image du Juif, victime passive offrant son cou à l'assassin, contredit frontalement l'idéal sioniste ,comme si l'idéal de rédemption avait été miné par cette déréliction sans pareille". Face à elle, l'idéologie pionnière du "sabra" ne pourra plus faire illusion. Plus tard, quand la catastrophe sera redécouverte par la parole des enfants de rescapés voyageant sur les lieux de l'extermination, l'identité israelienne réifiée sous la forme du sabra volera en éclats pour laisser la place à une identité marquée aussi par la  peur et le silence. Alors s'imposera le souvenir d'une inquiétude omniprésente, et qui depuis longtemps déja, minait le rêve de rédemption. Comme si par cette angoisse fichée au coeur de l'existence juive, la Shoah avait à jamais corrompu le sionisme. C'est par le biais du voyage en Europe que des enfants israeliens, à partir des années 1980, en viendront à retrouver, voire réhabiliter la diaspora dans le rejet de laquelle ils avaient été élevés."</p>
<p>Ben Soussan décrit en effet l'absence de possibilité "d'écouter le discours des survivants dans l'Israel des années 1950, pris dans un discours de rejet del'être juif faible,et dans une apologie de l'"homme nouveau" qu'il s'agissait de créer par l'abolition du Juif classique,, qui rejoignait parfois les discours antisémites. Ce discours était , dans son essence, calqué sur le discours bolchevik de création d'une identité nouvelle rédemptrice et révolutionnaire, qui devait effacer la honte du mode de vie antérieur. A la limite, il se tenait un discours soutenant que les survivants étaient les pires , qui ne devaient leur survie que à leur dureté et à leur égoisme- dans une dénégation de ce qu'étaient les véritables mécanismes qui faisaient que certains survivaient et d'autres pas (la résistance physique, la résilience psychique créée par le maintien de croyances fortes, le soutien des réseaux organisés politiques et militants,la possession d'aptitudes paradoxalement  appréciées par les bourreaux nazis, etc.)</p>
<p>Ainsi, le" Juif nouveau" de l'ethos sioniste, qui voulait faire une "page blanche" est il "une illusion aussi absurde que tous les rêves d'"homme nouveau" qui ont jalonné le siècle . La conséquence en avait été le silence qui s'était abattu sur les rescapés, qui éprouvaient ce que les amputés appellent les"douleurs fantômes", un sentiment inconsolable de perte et de vide."</p>
<p>C'est ce que Aaron Applefeld appellera le divorce entre le sionisme et la diaspora en disant, à propos de la littérature: "La littérature hébraïque a divorcé de la question juive, du secret juif, elle a adopté le "canaanisme", l'eretzisraeliut (israelianité);</p>
<p>Ben Soussan développe l'idée que le refoulement des images de faiblesse incluses dans ce récit des rescapés cheminait souterrainement dans le corps national du nouvel Etat, entretenant le sentiment d'une menace existentielle qui perdure. La guerre de 1973, vécue malgré la victoire encore plus brillante que celle de 1967  comme ayant fait frôler la disparition de l'Etat Juif, les menaces d'aneantissement proférées par l'Iran et les mouvements extrêmistes islamiques  de plus en plus proches des centres vitaux israeliens, font ressentir aux israeliens que ils ne sont pas, malgré leur force, à l'abri définitivement d'une catastrophe aussi ample que celle des juifs européens."L'existence juive,qu'on croyait avoir normalisée en Israël,s"avère donc toujours précaire et comme suspendue au dessus du gouffre;</p>
<p>Pour Ben Soussan, c'est le procès Eichmann qui marque un tournant décisif dans la conscience des israeliens de n'être pas étrangers à la vie juive,et qui lui fait retrouver ses racines juives dont le sionisme entendait l'éloigner. Le pays est tout entier l'oreille collée aux transistors pendant les mois que dure le procès. Le choc est énorme et la question de ne pas trahir et de  ne pas dénigrer toutes ces souffrances des tout proches change le regard des Israeliens et  le procès marque "le retour de l'identité israélienne vers le peuple juif;</p>
<p>"Parallèlement, si la Shoah prend de plus en plus d'importance , si elle est perçue comme une histoire de plus en plus singulière, c'est aussi que le voeu antique des fondateurs qui entendaient faire de l'Etat Juif un état comme les autres a échoué;parce que le conflit inter-étatique qui l'oppose à ses voisins n'est pas de nature classique, mais porte sur le droit même à exister et sur la légitimité de l'Etat. Venu du plus profond du monde arabe, et plus encore de la "rue arabe", ce rejet renvoie l'Etat d'Israël, qui avait cru naïvement à une normalisation de l'histoire juive, à la solitude historique dont le sionisme avait prétendu le libérer.</p>
<p>A partir de là,les perspectives changent: la Shoah a atteint l'être juif comme essence. Elle a touché en conséquence tous les Juifs .C'est là un facteur d'unification de la société israelienne qui ramène dans le giron collectif ces juifs laïques qui vont faire du souvenir de la tragédie l'axz d'une "religion civile" de la nation et le ciment idéologique d'un monde en danger;"</p>
<p>"La religion civile et l'Histoire  comme substitut de la foi, n'ont rien de neuf dans l'histoire du sionisme, elles lui sont même consubstantielles, étroitement liées à cette identité sécularisée du judaïsme que fut le sionisme des origines. Pour avoir tôt compris que le déclin du religieux commandait de redéfinir la nation par la culture et par l'histoire, Ahad Ha'am est sans doute le père de cette religion séculière; A la culture et à l'histoire,Eliezer ben Yehouda ajoutera la langue.</p>
<p>L'idéal étatique,qui soutint le Yishouv et le jeune état israélien, demeurait étranger aux  Juifs venus des pays arabes qui restent attachés au judaïsme traditionnel et à la pratique religieuse. A lui seul, l'Etat   ne peut guère tenir lieu de transcendance, même s'il pouvait jadis figurer un idéal capable de galvaniser des juifs d'Europe, formés à cette histoire, pétris de culture politique européenne et bons connaisseurs de la Révolution Française.</p>
<p>La nouvelle religion civile qui gravite autour de la Shoah marque le déclin du sionisme socialiste des origines et du monde fondateur.</p>
<p>Par ailleurs de nombreux cercles dirigeants sont conscients que, privés de toute base religieuse juive, leurs enfants et audelà d'eux, les nouvelles générations se montreront demain incapables de justifier l'existence d'un Etat Juif, incapables de légitimer les sacrifices que l'état de guerre incessant    aux frontières ne manquera pas d'exiger;</p>
<p>Au fur et à  mesure que le nationalisme  israelien , dans les années 70, se ressource autour de la religion, la religion civile de la nation juive, elle, se centre de plus en plus autour de la Shoah . La légitimité de l'Etat Juif s'ancre de plus en plus dans le martyrologe. Tout comme l'histoire juive, en particulier dans les milieux laïques, devient la justification première de l'Etat d'Israël.</p>
<p>L'enseignement du Yishouv,en 1943, se rattachait déja à cette idée que les horreurs vécues par les juifs nécessitaient la force pour se défendre:"Nous nous sentons les fils d'un peuple malheureux qui a été mis à mort pour sa faiblesse, déclarait Israël Galili, chef de la Haganah..Un peuple sans bouclier, qui n'a pas d'armes pour se défendre, ne peut pas s'attendre à  ce que les autres lui portent secours;un peuple frivole, qui fait confiance aux délibérations morales de l'humanité, est un peuple suicidaire..;Des profondeurs des crématoires et des tombeaux monte l'ordre  à tout homme d'Israël:être une force."</p>
<p>Mais ce que souligne Ben Soussan, c'est que ce renversement d'attitude israelien conduit à une héroïsation  de la Shoah, qui reste coupée de toute la vie diasporique antérieure, et à une identité fondée sur le repli sur soi et la conviction que l'antisémitisme est éternel, sans analyse des facteurs historiques qui  ont déterminé son existence,son maintien, et son exaspération dans certaines périodes, de même que  ils ont déterminé la montée en Europe d'expériences et de courants de pensée qui ont rendu possibles l'extermination en Allemagne.; Ainsi se développe selon lui une vision "insulaire" de l'identité, encourageant le thème du "peuple qui habite seul".</p>
<p>La position de Ben Soussan est d'ailleurs ambigue sur ce plan, car si il critique la religion laïque de la Shoah qui centre sur celle ci l'identité juive, et fait du Juif, par essence,celui qui, est elu par le mal qu'est l'antisémitisme, il critique également la position des "néosionistes", c'est à dire les antisionistes modernes, qui nient la spécificité de la volonté de tuer les juifs et  réduisent  cette histoire au cas général des crimes contre l'humanité. Ce débat entre l'attitude repliée et sur la défensive, et l'attitude "universaliste" est un des plus vieux débats du monde juif.</p>
<p>La conclusion de &#60;ben Soussan, c'est que l'Etat Juif a changé de signification ,que" le désastre a cimenté l'hétéroclite nation israelienne," et que,"quand les murs de la foi chancellent,  l'Histoire vient au secours des juifs "perdus":l'assise de l'identité juive traditionnelle migre de la foi à la "mémoire"; le coeur  historique de la nation ne se situe plus dans le bâtiment des archives sionistes, mais à Yad Vashem, lieu de la mémoire de la Shoah.</p>
<p>.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[COMMENT JE SUIS DEVENU FRANCAIS, UN LIVRE DE JACQUELINE REMY]]></title>
<link>http://ajhl.wordpress.com/2008/01/07/comment-je-suis-devenu-francais-un-livre-de-jacqueline-remy/</link>
<pubDate>Mon, 07 Jan 2008 06:40:35 +0000</pubDate>
<dc:creator>gblond</dc:creator>
<guid>http://ajhl.wordpress.com/2008/01/07/comment-je-suis-devenu-francais-un-livre-de-jacqueline-remy/</guid>
<description><![CDATA[&#8220;Un pays, c&#8217;est un peu comme une famille. On est souvent trop près, ou trop loin pour s]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>"Un pays, c'est un peu comme une famille. On est souvent trop près, ou trop loin pour savoir le regarder Comment dessiner cette identité française que nous ne savons plus définir. Coment s'imprègne-t-on peu à peu d'un pays, comment se défait on insensiblement de sa nationalité d'antan pour en épouser une autre, à quel moment la bascule s'opère, quelle relation énigmatique garde-t-on avec son lieu de naissance", c'est ce qu'a cherché à éclairer J.Remy dans ce livre d'interviews qui cherche, par ce détour,à répondre à ces questions: le concept d'identité nationale a-t-il encore du sens; par quelle subtile alchimie nous sentons nous appartenir  à un pays à moins que cela soit lui qui nous appartienne dès lors que nous décidons d'en prendre possession?"</p>
<p>"Tout se passe comme si la France traversait une profonde crise existentielle, comme si elle ne savait plus qui elle est ni quels ressorts l'animent Attribuer un porte- feuille ministériel à l'identité nationale, c'estun peu comme instaurer un secrétariat d'Etat au vice ou à  la vertu. L'identité nationale ne se fixe ni ne se fige. Elle ne relève pas d'un gouvernement, sauf dans les régimes totalitaires, mais de l'histoire d'un pays, de son éthique collective, de l'éducation qu'il entend donner  aux générations qui préparent son  avenir. Ce sont ces valeurs qui font tenir les Français ensemble, celles de la République, héritées des Lumières: laïcité, égalité entre les hommes et les femmes, liberté de pensée et d'expression. Les Français l'oublient parfois,et, tout à leur individualisme, ne savent plus quel projet ils ont en commun."</p>
<p>"Vivre ici quand on est né ailleurs, épouser la nationalité française quand on est issu d'un autre pays, c'est un peu comme aimer deux êtres à la fois".</p>
<p>A travers les témoignages de ces 20 personnalités , souvent connues, qui témoignent, Jacqueline Remy nous fait mesurer qu'un homme ou une femme ne peut être résumé à sa nationalité, de même qu'il ne peut l'être à son son sexe, à son âge, à son ethnie, à sa religion, à son origine sociale ou géographique. On sait aussi qu'un changement de nationalité ne peut se résumer à une formalité juridique ni à  une équation politique. Adopter un pays, sa langue, son peuple, c'est l'embrasser. Une histoire de parfums, de saveurs, de beautés, de culture, d'idéaux, d'icônes et de héros, de paysages et de rencontres."</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[QU'EST CE QU'UNE NATION? RELEXIONS SUR LE TEXTE FONDAMENTAL DE ERNEST RENAN (1882)]]></title>
<link>http://ajhl.wordpress.com/2007/12/30/quest-ce-quune-nation-relexions-sur-le-texte-fondamental-de-ernest-renan-1882/</link>
<pubDate>Sun, 30 Dec 2007 16:40:31 +0000</pubDate>
<dc:creator>gblond</dc:creator>
<guid>http://ajhl.wordpress.com/2007/12/30/quest-ce-quune-nation-relexions-sur-le-texte-fondamental-de-ernest-renan-1882/</guid>
<description><![CDATA[&#8220;Les nations sont quelque chose d&#8217;assez nouveau dans l&#8217;histoire. L&#8217;antiquit]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>"Les nations sont quelque chose d'assez nouveau dans l'histoire. L'antiquité ne les connut pas; l'Egypte, la Chine, l'antique Chaldée ne furent à  aucun degré des nations. C'étaient des troupeaux menés par un fils du Soleil, ou un fils du Ciel. Il n'y eut pas de citoyens égyptiens, pas plus que de citoyens chinois. L'antiquité classique eut des républiques et des royautés municipales, des confédérations de républiques locales, des empires. Elle n'eut guère de nations au sens ou nous l'entendons. La Gaule, l'Espagne, l'Italie, avant leur absorption dans l'empire romain, étaient des ensembles de peuplades, souvent liguées entre elles, mais sans institutions centrales, sans dynasties."</p>
<p>Qu'est ce qui caractérise les différents états  issus de la brisure de l'empire carolingien, selon Renan ? C'est la fusion des populations qui les composent. Deux faits  contribuent essentiellement  à ce résultat:L'adoption du christianisme par les envahisseurs germaniques, qui empêche une distinction  vainqueurs/vaincus par la religion, et l'oubli par les conquérants de leur propre langue (Renan reviendra plus loin sur la nécessité de l'oubli pour forger les nations.). "De ce fait, le moule qu'imposèrent ces envahisseurs devint le moule même de la nation et "France" devint le nom d'un pays ou n'étaient entrés qu'une infime minorité de Francs. Au bout d'une ou deux générations, les envahisseurs ne se distinguaient plus du reste de la population; leur influence n'en avait pas moins été profonde; ils avaient donné au pays conquis une noblesse, des habitudes militaires, un patriotisme qu'il n'avait pas auparavant."</p>
<p>"L'oubli, et je dirai même l'erreur historique, sont un facteur essentiel de la création des nations, et c'est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger. L'investigation historique, en effet, remet en lumière les faits de violence qui se sont passés à l'origine de toutes les formations politiques, même de celles dont les conséquences ont été les plus bienfaisantes. L'unité se fait toujours brutalement: la réunion de la France du Nord et de la France du Midi a été le résultat d'une extermination et d'une terreur continuée pendant près d'un siècle."</p>
<p>Mais là où la France a réussi, d'autres ont échoué. "Loin de fondre les éléments divers de ses domaines, la maison de Habsbourg les a tenus distincts et souvent opposé les uns aux autres. Or l'essence d'une nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun, et aussi que tous aient oublié bien des choses. Aucun citoyen français ne sait s'il est burgonde, alain, taïfale, visigoth; tout citoyen français doit avoir oublié la Saint Barthelemy, les massacres du Midi du 13ème siècle."</p>
<p>Mais qu'est ce donc qu'une nation , s'interroge Renan.</p>
<p>Pourquoi la Hollande est elle une nation, tandis que le Hanovre ou le Grand Duché de Parme n'en sont pas. Comment la France persiste -t-elle à être une nation, alors que le principe (dynastique) qui l'a créée n'existe plus. C'est la gloire de la France d'avoir, par la Révolution Française, proclamé qu'une nation existe par elle-même.</p>
<p><i>La question de la race</i></p>
<p>Renan s'inscrit en faux contre toute tentative de fonder la nation sur la race, comme le font en particulier les pangermanistes de l'époque."C'est là, dit-il, une très grande erreur, qui si elle devenait dominante, perdrait la civilisation européenne. Autant le principe des nations est juste et légitime, autant celui du droit primordial des races est étroit et plein de danger pour le véritable progrès."</p>
<p>"La considération ethnographique n'a été pour rien dans la constitution des nations modernes. La France est celtique, ibérique, germanique. L'Allemagne est germanique, celtique et slave. L'Italie est le pays où l'ethnographie est la plus embarrassée. Gaulois, Etrusques, Pelasges, Grecs , sans parler de bien d'autres éléments s'y croisent dans un indéchiffrable mélange."</p>
<p>"La vérité est qu'il n'y a pas de race pure et que faire reposer la politique sur l'analyse ethnographique, c'est la faire porter sur une chimère. Les plus nobles pays , l'Angleterre, la France, l'Italie, sont ceux où le sang est le plus mêlé. L'Allemagne fait elle à cet égard exception? Est elle un pays germanique pur? Quelle illusion! Tout le Sud a été gaulois. Tout l'Est, à partir de l'Elbe, est Slave. Et les parties que l'on prétend réellement pures le sont elles réellement? Pour les anthropologistes, la race a le même sens qu'en zoologie. Or l'étude des langues et de l'histoire ne conduit pas aux mêmes divisions que la physiologie. L'apparition de l'individualité germanique dans l'histoire ne se fait que très peu de siècles avant Jésus Christ. Apparemment, les Germains ne sont pas sortis de terre à  cette époque. Avant cela, fondus avec les Slaves dans la grande masse indistincte des Scythes, ils n'avaient pas leur individualité à part. Le Français n'est ni un Gaulois, ni un Franc, ni un Burgonde. Il est ce qui est sorti de la grande chaudière où, sous la présidence du roi de France, ont fermenté ensemble les éléments les plus divers"</p>
<p>"Le fait de la race, capital à l'origine, va donc toujours perdant de son importance. L'histoire humaine diffère essentiellement de la zoologie. La race n'y est pas tout, comme chez les rongeurs ou les félins, et on n'a pas le droit d'aller par le monde tâter le crâne des gens, puis les prendre à la gorge en leur disant:"Tu es de notre sang;tu nous appartiens". En dehors des caractères anthropologiques, il y a la raison, la justice, le vrai, le beau".</p>
<p>On ne peut qu'être frappé de la netteté de la pensée de Renan et du caractère prémonitoire de sa réfutation des arguments développés ultérieurement par les nazis, qui en fait mettaient leurs pas dans ceux des pangermanistes qui les avaient précédés.</p>
<p><i>La question de la  langue</i></p>
<p>" Ce que nous venons de dire de la race, il faut le dire de la langue."</p>
<p>"La langue invite à se réunir; elle n'y force pas. Les Etats-Unis et l'Angleterre, l'Amérique espagnole et l'Espagne parlent la même langue et ne forment pas une seule nation . Au contraire, la Suisse, si bien faite, puisqu'elle a été faite par l'assentiment de ses diverses parties, compte trois ou quatre langues. Il y a dans l'homme quelque chose de supérieur à la langue, c'est la volonté. La volonté de la Suisse d'être unie, malgré la variété de ses idiomes, est un fait bien plus important qu'une similitude souvent obtenue par des vexations."</p>
<p>"La considération exclusive de la langue a, comme l'attention trop forte donnée à la race, ses dangers, ses inconvénients. Quand on y met de l'exagération, on se renferme dans une culture déterminée, tenue pour nationale; on se limite, on se claquemure. On quitte le grand air qu'on respire dans le vaste champ de l'humanité pour s'enfermer dans des conventicules de compatriotes. Rien de plus mauvais pour l'esprit; rien de plus fâcheux pour la civilisation. N'abandonnons pas ce principe fondamental , que l'homme est un être raisonnable et moral, avant d'être parqué dans telle ou telle langue, avant d'être un membre de telle ou telle race, un adhérent de telle ou telle culture. Avant la culture française, la culture allemande, la culture italienne, il y a la culture humaine. Voyez les grands hommes de la Renaissance: ils n'étaient ni français, ni italiens, ni allemands; Ils avaient retrouvé, par leur commerce avec l'antiquité, le secret de l'éducation véritable de l'esprit humain".</p>
<p><i>La question de la religion </i></p>
<p>"A l' origine, la religion tenait à l'existence  même du groupe social. Le groupe social était une extension de la famille. La religion, les rites étaient des rites de la famille. La religion d'Athènes, c'était le culte d'Athènes même. Elle n'impliquait nulle théologie dogmatique. Ce n'était déjà plus vrai dans l'Empire romain, avec les persécutions en particulier des Juifs par Antiochus Epiphane pour les amener au culte de Jupiter Olympien."</p>
<p>"De nos jours, la situation est parfaitement claire. Il n'y a plus de masses croyant d'une manière uniforme. Chacun croit et pratique à sa guise, ce qu'il peut, comme il veut. Il n'y a plus de religion d'Etat; on peut être français, anglais, allemand, en étant catholique, protestant, israélite, en ne pratiquant aucun culte. La religion est devenue chose individuelle; elle regarde la conscience de chacun";</p>
<p><i>La question des intérêts</i></p>
<p>"La communauté des intérêts est assurément un lien puissant entre les hommes. Suffit elle à faire une nation? Je ne le crois pas. Elle fait les traités de commerce. Il y a dans la nationalité un côté de sentiment. Elle est âme et corps à la fois; un"Zollverein" n'est pas une patrie."</p>
<p><i>La question de la géographie </i></p>
<p>"La géographie est  un des facteurs essentiels de l'histoire. Peut on croire cependant, comme le croient certains partis, que les limites d'une nation sont écrites sur la carte et que cette nation a le droit de s'adjuger ce qui est nécessaire pour arrondir  certains contours, pour atteindre  telle montagne, telle rivière, à laquelle on prête une sorte de faculté limitante à priori ? Je ne connais pas de doctrine plus arbitraire et plus funeste. Avec cela, on justifie toutes les violences. On parle de raisons stratégiques. Rien n'est absolu; il est clair que des concessions doivent être faites à la nécessité. Mais il ne faut pas que ces concessions aillent trop loin. Autrement, tout le monde réclamera ses convenances militaires, et ce sera la guerre sans fin  (Par rapport au Proche Orient, quelle prémonition!).</p>
<p>"Non, ce n'est pas la terre plus que la race qui fait une nation. La terre fournit le substratum, le champ de la lutte et du travail; l'homme fournit l'âme. L'homme est tout dans dans la formation de cette chose sacrée qu'on appelle un peuple. Rien de matériel n'y suffit. Une nation est un principe spirituel, résultant des complications profondes de l'histoire, <b>une famille spirituelle</b>, non un groupe déterminé par la configuration du sol."</p>
<p>Que faut il donc de plus que la race, la langue, les intérêts, l'affinité religieuse, la géographie, les nécessités militaires pour créer ce principe spirituel?</p>
<p><i>Conclusion </i></p>
<p>"Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, les constituent. L'une est dans le passé, l'autre est dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis . La nation, comme l'individu, est l'aboutissant d'un long passé d'efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est, de tous les cultes, le plus légitime. Les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des  grands hommes , de la gloire, voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. On aime en proportion des sacrifices qu'on a consentis, des maux qu'on a soufferts. On aime la maison qu'on a bâtie et qu'on transmet.</p>
<p>Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiments des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposés à faire encore. Elle suppose un passé; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible: le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune.</p>
<p>L'existence d'une nation est donc un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation perpétuelle de la vie.</p>
<p>Les volontés humaines changent; mais qu'est ce qui ne change pas ici-bas ? Les nations ne sont pas quelque chose d'éternel. Elles ont commencé, elles finiront . La confédération européenne, probablement les remplacera (!!!). Mais telle n'est pas la loi du siècle où nous vivons. A l'heure présente, l'existence des nations est bonne, nécessaire même. Leur existence est la garantie de la liberté, qui serait perdue si le monde n'avait qu'une loi et qu'un maître."</p>
<p>"Par leurs facultés diverses, souvent opposées, les nations servent à l'oeuvre commune de la civilisation. Toutes apportent une note à ce grand concert de l'humanité, qui, en somme, est la plus haute réalité idéale que nous atteignions.</p>
<p>Je me résume, Messieurs. L'homme n'est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des montagnes. Une grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de coeur, crée une conscience morale qui s'appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu'exige l'abdication de l'individu au profit d'une communauté, elle est légitime, elle  a le droit d'exister."</p>
<p>Commentaires</p>
<p>On ne peut qu'être admiratif devant la beauté de la langue, la clarté de vues et d'expression de Renan face au problème complexe de l'idée de Nation. La liberté de pensée qui est la sienne et qui se manifeste dans la façon dont il arrive à la fois à envisager le caractère  fini de l'existence des nations,  à penser avec un siècle d'avance l'avènement d'une communauté européenne qui remet en cause  le contenu de la notion de nation, et à éviter le piège d'un idéal de suppression des nations dont il formule très bien le risque   de totalitarisme qu'il décrit avant la naissance du terme, montre la profondeur de la réflexion qui est la sienne.</p>
<p>Tous les débats actuels sur l'idée de nation sont déjà présents dans la façon dont il écarte, les uns après les autres , tous les présupposés "essentialistes" des courants ultranationalistes: idée  de race chez les pangermanistes et leurs émules nazis, idée de frontières naturelles ou de frontières de" sécurité ", dans les conflits du Proche Orient, idée d'union  douanière soutenue par certains tenants d'une Europe minimale, idée de fermeture sur sa culture "nationale" contenue dans  certains comportements communautaristes.</p>
<p>L'idée d'un concert des nations ou chacune d'entre elles a sa partition à jouer pour faire progresser l'humanité contredit les prétentions de chacune à être le peuple élu .</p>
<p>Mais c'est dans la partie "positive" de son étude du concept de nation qu'il est le plus magistral.</p>
<p>D'abord, par sa définition  de la nation comme une "famille spirituelle", il met l'accent sur le fait que ce sont des visions du monde qui sont partagées, et non des déterminations héréditaires, ce qui est prouvé en France par la possibilité pour les émigrants d'acquérir la nationalité française.  Cette famille spirituelle est composée par l'adhésion aux valeurs véhiculées par la société française: démocratie et république, laïcité et droits des femmes, liberté de pensée, d'expression et de critique, séparation des pouvoirs, mais aussi  qualité de l'existence, sophistication des produits, niveau élevé de la culture, variété des paysages et des types humains, etc.</p>
<p>Rien à voir avec un quelconque "Volksgeist" .</p>
<p>Mais ce n'est pas seulement une adhésion intellectuelle dont il s'agit. C'est également une adhésion affective: c'est l'entrée dans une famille, une affaire de coeur et de sentiment, qui fait que en France,( et dans les autres pays aussi bien sûr), les gens "aiment la France , tombent amoureux de la France (voir le livre de Jacqueline Remy: "Comment je suis devenu français", livre d'interviews de personnes, plutôt connues, qui ont pris la nationalité française).</p>
<p>Ensuite, c'est par sa  définition de la Nation comme une "conscience morale". L'acquisition de la nationalité ou le patriotisme tout simplement est inséparable de la notion d'une dette envers la collectivité, actuelle et passée. Envers le passé, même si on ne l'a pas partagé (dans le cas des personnes qui acquièrent ou ont acquis plus ou moins récemment la nationalité) parce que le passé est comme il le dit,  un capital social partagé par  tous les membres de la Nation ( la gloire, c'est à dire le renom, la valeur attribuée collectivement aux tenants de cette identité, mais aussi la culture longuement accumulée dans le creuset dont il parle, la longue sédimentation d'intelligence et de travail collectif qui aboutit à  la chance extrême que constitue le fait d'être  français dans le monde actuel, sur tous les plans). Envers la collectivité actuelle, qui maintient l'effort soutenu pendant des millénaires, et qui elle même, doit consentir à des sacrifices pour ne pas dilapider le "capital" culturel, scientifique, artistique , juridique, intellectuel et politique, et finalement humain constitué depuis si longtemps.</p>
<p>Ces conceptions de la Nation éclairent mieux  quelques uns des débats actuels:</p>
<p>L'acquisition de la nationalité française apparait ainsi légitimement comme devant être demandée, c'est à dire le résultat d'une déclaration d'adhésion à ses valeurs fondamentales, et non acquise automatiquement par des étrangers qui ne s'en aperçoivent parfois même pas. Les modalités étant évidemment à réfléchir soigneusement.</p>
<p>La raison en est ce que dit Renan, et qui paraît très juste: une nation n'existe que tant qu'elle est portée par l'adhésion de ses membres et leur acceptation de faire des sacrifices pour son maintien. Si  des personnes adhérentes d'autres cultures et d'autres valeurs que celles de la nation française ne reconnaissent pas celles ci, il y a un risque que au lieu de s'ajouter et de se féconder , elles minent  le maintien de cet effort, déjà contrarié par l'évolution des moeurs.</p>
<p>On peut dire la même chose pour la nation israëlienne : si les Israëliens eux mêmes ne croient plus en la finalité de leurs efforts, si l'image valeureuse qu'ils ont d'eux mêmes, minée par le conflit avec le peuple palestinien, se défait, et si les élites ne défendent plus la signification de leur effort, si les classes populaires se sentent abandonnées, alors un grave danger de disparition de cette nation existera.</p>
<p>Quelle place donner à partir de cette vision de la Nation aux peuples en Diaspora ? Encore une question qui n'a pas fini de faire couler de l'encre.</p>
<p>Georges Blond</p>
<p><i> </i></p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[SARKOZY, LA LAICITE ET L'IDENTITE NATIONALE]]></title>
<link>http://ajhl.wordpress.com/2007/12/24/sarkosy-la-laicite-et-lidentite-nationale/</link>
<pubDate>Mon, 24 Dec 2007 11:19:53 +0000</pubDate>
<dc:creator>pl</dc:creator>
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<description><![CDATA[Le discours prononcé par Sarkozy lors de son voyage au Vatican marque clairement une rupture avec l]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Le discours prononcé par Sarkozy lors de son voyage au Vatican marque clairement une rupture avec la conception de la laïcité défendue par les chefs d'Etat français  dans la dernière génération.</p>
<p>Ceci pour une double raison: d'abord parce que la référence au christianisme comme source fondamentale de l'identité française constitue un virage  par rapport au souci constant des responsables politiques français de distinguer  d'une part,l'identité politique et citoyenne des Français, qui ne découle pas de la religion, mais au contraire de la lutte pour échapper au pouvoir politique de l'Eglise, et renforcer la séparation du politique et du religieux, et d'autre part, l'identité culturelle, qui elle, est bien liée  partiellement, aux valeurs religieuses et à l'imprégnation des mentalités par la référence fondamentale au christianisme.</p>
<p>Giscard d'Estaing et Chirac, dont on ne peut contester l'appartenance au monde chrétien , ont pourtant bataillé pour éviter  la référence au christianisme dans les textes constitutionnels de l'Europe. La laïcité est au contraire, dans sa dimension d'exclusion du religieux du champ politique, une dimension fondamentale de l'identité française, qui d'ailleurs la différencie en effet de la plupart des Etats européens.</p>
<p>Mitterrand, lui, qui avait relancé la guerre scolaire dans sa tentative  d'attaque contre le secteur privé de l'enseignement, avait aiguisé le conflit en prenant le parti d'une accentuation de la lutte contre l'influence éducative de l'Eglise, rompant l'équilibre institué depuis des décennies.</p>
<p>Le deuxième point qui introduit une rupture importante, c'est le parti pris appuyé de défense de la religion évoquée comme une source  indispensable de moralité et opposée  à l'athéisme, décrit comme un système de croyance instable, menacé par les idéologies  et donc présentant un danger de "fanatisme", ce qui ne manque pas de sel quand on voit la façon dont tous les intégrismes nourrissent les forces de haine et de violence les plus puissantes de l'époque. L 'Etat, s'il considère que la religion est un élément primordial de la société qui doit être soutenu, ne la considère plus comme un élément de la vie privée de chaque citoyen, une affaire de conscience personnelle, mais comme un élément d'une stratégie éducative qu'il doit promouvoir.</p>
<p>Il est peu probable  que Sarkozy veuille rallumer la guerre de la laïcité, et que des mesures mettant gravement en danger la laïcité soient prises, mais c'est clairement un nouvel état d'esprit qui se met en place. Rétrospectivement, on comprend encore mieux la mise en place du conseil des institutions musulmanes. On retrouve une conception bonapartiste, qui pense que la religion est  un moyen de stabilisation et de contrôle des populations qui  justifie de déléguer une partie de l'encadrement à l'appareil des religions.</p>
<p>Dire que "les racines de la France sont essentiellement chrétiennes" est à la fois vrai et faux. Car le  christianisme a été effectivement le fond de la pensée collective française pendant des siècles, mais  toute la culture française ne s'y réduit pas. Le fond celte préchrétien, l'influence énorme de la culture gréco-latine, le rôle décisif des lumières, et surtout, toute la modernité qui s'est développée hors de la religion,le faible rôle de  cette religion dans la production artistique et culturelle contemporaine, font que rabattre l'identité française sur son passé religieux exprime en fait un choix et non un constat objectif.</p>
<p>En fait, on a le sentiment que le fond de la pensée de Sarkozy, c'est que dans l'époque de perte des repères et des valeurs que nous vivons, seule la religion a le pouvoir de structurer les individus et les rapports sociaux, en tout cas beaucoup plus que l'athéisme, décrit comme ouvert à toutes les dérives . Or, c'est justement ce qui se produit de moins en moins: la religion est de moins en moins structurante pour les individus, et fonctionne de plus en plus comme une nébuleuse de croyances vagues, ou chacun fait son marché, et qui n'assure plus la cohésion intérieure ni collective des individus.Dans le combat pour le maintien des valeurs de la civilisation occidentale,  la position qu'il prend se ramène pratiquement à un appel à une sorte de "réarmement moral" qu'il lance -on se rappelle de l'usage de ce terme dans la lutte contre le communisme, à l'époque de la guerre froide-.</p>
<p>Ceci est inquiétant quand on fait le parallèle avec l'idéologie des chrétiens d'extrême droite aux USA, et leur conviction totale d'être les seuls détenteurs des valeurs morales, avec les lectures délirantes qu'ils font du monde moderne, et les conclusions politiques qui en découlent.</p>
<p>La laïcité n'est ni "le combat contre toutes les religions", ni  "le respect de toutes les religions", elle est la séparation du domaine politique et du domaine du religieux, considéré comme étant du ressort de la vie privée de chacun. C'est cette atténuation de la limite entre vie privée et vie publique qui est porteuse de dangers pour la démocratie. Dans son idée, du temps ou il était ministre de l'Intérieur, de modifier la loi de 1905 qui dispose que "la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte", il y avait déjà en germe la contestation de ce principe fondamental de la démocratie française.</p>
<p>Refuser de donner un pouvoir à l'Eglise n'est en rien "ignorer l'héritage  éthique, spirituel, religieux de son histoire ", "commettre un crime contre ce mélange d'histoire, de patrimoine, d'art et de traditions populaires qui imprègnent si profondément notre manière de vivre et de penser". Inversement, reconnaitre cet héritage n'implique nullement de donner aux Eglises les moyens d'établir et de renforcer actuellement leur influence sur une population dont 10 % seulement se déclarent pratiquants réguliers et près d'un quart incroyants.</p>
<p>Les sourires remplis de satisfaction des hiérarques de l'Eglise qui ont entendu le discours de Sarkozy montrent qu'ils apprécient à sa juste valeur le soutien que leur apporte ce nouveau compagnon de route. L'actualité récente, avec la conversion de  Tony Blair au catholicisme, montre que un homme politique peut à la fois avoir des convictions religieuses fortes et ne pas les traduire par une subordination de son action au soutien actif à une Eglise.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[MANIFESTATIONS SPORTIVES ET SENTIMENT NATIONAL]]></title>
<link>http://ajhl.wordpress.com/2007/10/10/manifestations-sportives-et-sentiment-national/</link>
<pubDate>Wed, 10 Oct 2007 11:22:50 +0000</pubDate>
<dc:creator>pl</dc:creator>
<guid>http://ajhl.wordpress.com/2007/10/10/manifestations-sportives-et-sentiment-national/</guid>
<description><![CDATA[MANIFESTATIONS SPORTIVES ET SENTIMENT NATIONAL
&nbsp;
A propos d’un match de rugby&#8230;
&nbsp;
L]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p class="MsoNormal">MANIFESTATIONS SPORTIVES ET SENTIMENT NATIONAL</p>
<p class="MsoNormal">&#160;</p>
<p class="MsoNormal">A propos d’un match de rugby...</p>
<p class="MsoNormal">&#160;</p>
<p class="MsoNormal">La mobilisation des esprits autour du match de rugby<span>  </span>France /Nouvelle Zélande, l’identification à un groupe de « héros » ( quant ils gagnent), la charge émotionnelle placée dans ce combat symbolisant des « vertus françaises » et l’écho énorme rencontré par cette manifestation ouvrent la question de ce qui est mis en jeu dans ces manifestations du sentiment national ,sur un mode tellement affectif.</p>
<p class="MsoNormal">&#160;</p>
<p class="MsoNormal">Plusieurs idées peuvent se dégager :</p>
<p class="MsoNormal"><span>  </span>L’identification collective à des « vertus nationales » ( courage guerrier, combativité, inspiration opposée à la simple force physique) produit une réappropriation<span>  </span>de valeurs qui résonnent chez les individus. L’histoire de France est remplie d’exemples d’héroïsme, de dévouement collectif qui ont imprégné l’inconscient de chacun, contribué à modeler les idéaux, inscrit les contours de vertus nationales (courage guerrier, panache, esprit frondeur,attachement aux libertés, variété et complémentarité des types humains). Ces exemples ont produit une grandeur historique et un mode d’être qui ont joué un rôle dans le modelage de l’humanité.</p>
<p class="MsoNormal">Le sport apparaît alors comme une revanche sur la baisse objective de l’importance du mode ( ou du modèle) français dans l’évolution du monde, malgré la lutte menée pour ne pas s’incliner .(Cela dit, les mêmes manifestations émotionnelles existent dans des pays qui ne sont pas confrontés<span>  </span>à une phase de déclin)</p>
<p class="MsoNormal"><span> </span>Il y a également une nostalgie des moments historiques ou toute une nation bande ses forces dans une épreuve décisive ( guerre, politique économique,défense de certaines conceptions).C’est justement parce que la mobilisation des forces paraît impuissante face à l’ordre économique qui la domine que cette nostalgie s’exaspère.</p>
<p class="MsoNormal"><span> </span>Or une part de l’identité de chacun est engagée dans ce qui nous a été , tout au long de notre apprentissage de l’histoire de France à l’école, présenté comme une image des Français aux yeux de l’Histoire Universelle, image dont nous bénéficions, mais envers laquelle nous avons également une dette.</p>
<p class="MsoNormal">I l y a là un patrimoine commun, dont nous touchons une part petite, mais très importante car elle participe à l’image humainement valorisée que nous recevons à notre arrivée dans le monde, à charge pour chacun de ne pas la transmettre diminuée aux générations suivantes.</p>
<p class="MsoNormal">Lors de la distribution des qualités et des défauts, des chances et des malchances, que la  Providence effectue à chaque naissance,personne n’a tous les avantages ;mais chacun peut s’appuyer sur ces « qualités » individuelles (intelligence,force,beauté, caractère, habileté,etc.. ), mais aussi sur des qualités collectives (statut et qualités des parents, réputation de la famille, représentations concernant un pays, etc..) qui constituent un avantage identitaire,et surtout un préjugé favorable qui peut être un atout important dans l’existence (les enfants « sympathiques » ont ainsi, statistiquement, des meilleurs résultats scolaires que les autres.)</p>
<p class="MsoNormal"><span> </span>L’Histoire personnelle est intriquée avec l’Histoire collective, pour le meilleur et pour le pire( voir les soubresauts du 20 éme siècle), mais aucune ne peut se réduire à l’autre dans la constitution de l'identité de chacun</p>
<p class="MsoNormal">L’identité personnelle ne se réduit pas au « Volksgeist » (c’est à dire l’esprit d’un peuple ou l’âme d’une Nation),même si elle en est influencée. Nous ne choisissons pas les données culturelles qui nous précèdent et dans lesquelles nous baignons, qui nous nourrissent, mais à partir d’un certain âge, nous choisissons les<span>  </span>valeurs auxquelles nous accordons la priorité., de la même façon que pour Freud , « Là ou Ca<span>  </span>était, Je dois advenir »( et non pas , « Nous » doit advenir.)</p>
<p class="MsoNormal">L’image qui conviendrait peut être le mieux,est celle de la trame et de la chaîne dans une pièce tissée. Là comme dans beaucoup d’autres domaines, la réduction à une cause unique est créatrice de mutilation intellectuelle , de fautes de raisonnement (cf la fable de l’ours et du jardinier dormeur dont il écrase la tête pour le débarrasser d’une mouche),et à terme, de violences exercées au nom d’une vérité unique.</p>
<p class="MsoNormal"><span> </span>L’exaltation émotionnelle qui accompagne l’identification<span>  </span>au collectif national (éprouvé plus ou moins fusionnel) fait vibrer cette dimension historique de l’identité.</p>
<p class="MsoNormal">Le Moi s’élargit, par identification à un groupe valeureux et de là , par procuration , à un peuple valeureux aux yeux de l’humanité entière .</p>
<p class="MsoNormal"><span> </span>Une autre dimension de cet élan émotionnel, c’est le sentiment de «  réunification  » qui s’établit dans la prise de position de défense<span>  </span>d’une équipe.</p>
<p class="MsoNormal">Quelque chose est éprouvé d’une transcendance par rapport à toutes les dimensions d’opposition entre les personnes, à toute la conflictualité sociale et politique.(Ce qui fonde une société par la décision de vivre ensemble, malgré les différences et les conflits d’intérêt). Quelque chose se représente de la suprématie du choix d’être ensemble sur ce qui divise, et se symbolise dans l’affect porté sur ces « hérauts » de la collectivité.</p>
<p class="MsoNormal">C’est évidemment dans une période comme celle d’aujourd’hui, ou l’unité de la société est menacée par la marginalisation possible<span>  </span>de certaines de ses fractions,que ces inquiétudes suscitent<span>  </span>un <span> </span>désir de réunification symbolique<span>  </span>plus marqué que il ne l’est ordinairement.</p>
<p class="MsoNormal"><span> </span>C’est le plus petit dénominateur commun qui est exalté et idéalisé dans ces moments de ferveur. Ce noyau commun,communauté de destin pour l’avenir, communauté d’histoire pour le passé,foyer commun de mythes, de références dans l’éducation , crée une dépendance et une solidarité de fait , un sentiment de similarité et d’appartenance qui se colore d’affectivité, comme tous les liens noués dans une existence (solidarité de groupe d’âge dans les années scolaires, camaraderies<span>  </span>sportives ou associatives,liens de confraternité professionnels, etc…</p>
<p class="MsoNormal">Ainsi, l’élan identitaire -et identificatoire – qui se manifeste dans ces<span>  </span>rencontres sportives est il au point d’équilibre entre la crispation nationaliste, qui tourne au rejet de l’Autre et à la haine envers lui, et le rejet de tout sentiment national, né de la négation de la dimension collective du sentiment d’identité qui médiatise l’interdépendance entre les humains et leur solidarité.</p>
<p class="MsoNormal">A l’opposé de tout communautarisme, qui est négation de l’individu et de sa liberté au profit d’un groupe, l’identité nationale prend en considération un lien historique qui n’est pas un ordre établi ou une tradition exigeant la soumission et l’abandon d’une pensée personnelle, mais un foyer de valeurs, de qualités, et de reconnaissance des liens nécessaires pour faire advenir la solidarité entre humains</p>
<p class="MsoNormal">&#160;</p>
<p class="MsoNormal"><span>                  </span>Georges BLOND</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Mythes bibliques, sacré et identité juive]]></title>
<link>http://ajhl.wordpress.com/2007/02/25/mythes-bibliques-sacre-et-identite-juive/</link>
<pubDate>Sun, 25 Feb 2007 20:34:14 +0000</pubDate>
<dc:creator>gblond</dc:creator>
<guid>http://ajhl.wordpress.com/2007/02/25/mythes-bibliques-sacre-et-identite-juive/</guid>
<description><![CDATA[ 
La possibilité d’une identité juive séparée de la religion constitue une question essentiell]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span><span></span>La possibilité d’une identité juive séparée de la religion constitue une question essentielle de l’époque récente pour le monde juif . Cette question se double d’une autre : est il possible de maintenir<span>  </span>une identité juive sans le recours aux mythes immenses condensés dans la religion et sans les symboles qu’elle charrie, ainsi que sans, par exemple, les fêtes traditionnelles ?</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span><span> </span>La question s’est ainsi posée d’un « Seder » laïque, contradiction dans les termes puisqu’il s’agirait d’une fête « religieuse laïque » . En même temps, la proposition n’est pas absurde puisqu’il existe des fêtes religieuses qui ont fini par devenir des fêtes universelles (Noël, dont la version laïque avec le Père<span>  </span>Noël s’est superposée à la fête de la naissance du Christ) mais il est vrai que beaucoup de fêtes religieuses ont intégré les fêtes païennes qui les précédaient (exemple Pâques et les fêtes du Printemps) .</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span><span> </span>Les fêtes religieuses ont eu pour fonction d’encadrer la vie quotidienne des populations dans un système serré, rythmé de façon redondante par la référence aux textes sacrés religieux ( rythme du travail et du repos, régimes alimentaires, cérémonies des moments clefs de l’existence :naissance, mort, mariage, fiançailles, etc..) de façon que tous les évènements du quotidien prennent une signification religieuse.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span>Ce système a uniformisé et unifié la population et constitué une forme extrêmement forte d’identité commune, de partage des croyances, des idéaux et des références. Cela a fonctionné aussi bien dans la religion chrétienne que dans la religion juive . Les fêtes ont constitué un réseau symbolique, par le système de renvoi aux textes sacrés, qui était l’armature même de la pensée, de la vision du monde et du système de valeurs de l’époque.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span>Or, la situation actuelle est tout à fait différente.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span><span> </span>La religion ne peut plus, sauf pour une faible minorité, être considérée comme l’armature de la pensée des gens actuellement. Elle fonctionne, pour le plus grand nombre,comme une référence vague, derrière laquelle chacun met des choses très différentes, qui conserve encore une certaine autorité morale, assez floue, mais qui est ,fondamentalement<span>  </span>remise en cause par le rationalisme, et par dessus tout , par la science. Le passage très rapide ,en France, pays de grande tradition catholique, à un pourcentage de l’ordre de 15 %<span>  </span>de la population de la part pratiquante régulièrement donne une idée de l’ampleur du phénomène. La religion perd de plus en plus son caractère structurant, pour être<span>  </span>remplacée par des systèmes de croyance « informes »,croyances vagues en un autre monde, systèmes ésotériques, croyances magiques non stabilisées.,systèmes individualisés<span>  </span>et peu unifiants.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span>Il me paraît donc assez vain de vouloir remettre au premier plan de façon artificielle un système qui apparaît à bout de souffle.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span><span> </span>La particularité de la religion dans l’histoire juive est que le texte sacré religieux a été la principale source des représentations historiques que le peuple juif avait de lui même . Ceci a conduit à une imbrication totale de l’histoire du peuple juif<span>  </span>et des mythes religieux<span>  </span>relatés dans les textes sacrés. Le gain extrême<span>  </span>retiré par le peuple juif de cette<span>  </span>confusion – la sacralisation de son histoire, l’universalisation de ses mythes, la puissance des mythes constitués, s’est payé de la perte de toute autonomie de pensée par rapport à cette vision religieuse et donc à priori<span>  </span>contradictoire avec tout esprit critique. Le discours de la pensée juive et des représentations juives s’est déroulé à l’intérieur de l’espace mythique religieux et non à<span>  </span>côté .</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span><span> </span>Comment ne pas rester enfermé dans ce cadre, en voie de désagrégation, et comment élaborer quelque chose qui puisse prendre le relais ? (en sachant que le problème est général) .</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span>On peut réfléchir sur la façon similaire<span>  </span>dont ont fonctionné les systèmes de symboles nationaux ( 14 Juillet, commémorations des victoires historiques de la Nation, monuments aux morts, noms de rues et de places attribués aux grandes figures nationales ,hymne national,etc..)qui constituent la référence symbolique à un patrimoine commun historique. ( cf Les «  lieux de mémoire » que Pierre Nora analyse dans son ouvrage <span> </span>collectif)</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span>Ces symboles finissent par imprégner de façon semi consciente la vie quotidienne et manifestent la présence concrète du passé dans le présent et la dette du présent envers ce passé.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span>L’exemple du 14 juillet peut<span>  </span>être éclairant dans cette tentative de réflexion.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span>Il s’agit d’un événement, porté à la dimension de symbole, de la révolte contre l’Ancien Régime, qui fonde des valeurs essentielles du peuple français. Un événement résume alors une révolution fondatrice de la pensée –la sortie non pas d’Egypte, mais de l’univers éternellement fixe de l’ordre du monde. Il ne s’agit pas ,dans la fête, de revivre l’événement, mais de le célébrer par une cérémonie qui lui attribue une valeur de symbole, c’est à dire d’élément dont la signification (de rupture et de fondation) est partagée par tous, et<span>  </span>qui scelle le destin commun de la collectivité française.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span>Cet élément symbolique constitue à la fois un « signe de reconnaissance » de la collectivité et un rappel du passé qui a généré l’identité française .Il comprend donc, comme la plupart des symboles,( et des mythes ),une pluralité de dimensions, une richesse de significations qui déborde l’apparence immédiate .</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span>Les peuples ont besoin d’extraire de leur histoire des évènements qui condensent en eux des moments décisifs réels de leur orientation, qui signifient et résument les valeurs sur lesquelles ils s’accordent, qui sont en même temps une image fixant leur identité, et un élément du « langage » commun nécessaire pour s’entendre, c’est à dire s’accorder sur le sens de façon plus ou moins immédiate.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span>Ces symboles sont également porteurs des sentiments patriotiques ou nationaux, qui sont le fait d’un attachement sentimental à un particularisme historique, mélanges complexes<span>  </span>de liens noués à un univers familier - linguistique,éducatif, politique, culturel, paysager, etc…-de l’environnement sur tous les plans de chaque individu.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span>Cet attachement est directement lié, comme dans les liens interpersonnels, à la précocité, a la durée et<span>  </span>aux bienfaits reçus dans cette relation, en particulier dans l’élaboration par chacun de son identité personnelle. Il existe indépendamment de l’usage que peut en faire un Etat, qui « réclame » cet attachement comme un dû .Les états ont d’ailleurs depuis longtemps compris l’importance, face aux tendances centrifuges existant dans les sociétés, des mises en scène valorisant , avec le maximum de décorum, les symboles de l’union – jusqu’au sacrifice- . <span> </span>Il s’accompagne, comme les relations d’amour interindividuel, d’une certaine surévaluation de l’objet, d’où les déviations possibles (chauvinisme, nationalisme). Il est aussi le pressentiment d’une évolution mentale commune, liée à la sédimentation dans les couches profondes de la conscience<span>  </span>de la lente distinction qui s’opère entre les peuples, au fil des péripéties<span>  </span>de leur histoire, des choix de société et de mode de pensée qui finissent par se dégager de l’évolution collective.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span><span>  </span>Pour revenir à l ‘exemple du « Seder », celui ci est donc la célébration de la sortie du peuple juif d’Egypte,peuple unifié à ce moment..</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span><span> </span>L’ambiguïté est que cet événement , considéré comme symbolique de la naissance du peuple<span>  </span>juif, et de son rapport à l’exil,,n’est en rien prouvé comme s’étant passé de cette façon dans la réalité. Il s’agit d’une épopée mythique, qui a évidemment des rapports avec la réalité, mais lesquels ?</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span><span> </span>Surtout, il fait partie d’un ensemble mythique, la <span> </span>Bible , qui est lui même le récit mythologique du lien mythique entre Dieu et les Juifs.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span><span> </span>La question est alors de savoir, si l’on veut aboutir à une vision laïque des rapports à l’histoire du peuple juif, si il est possible de « recycler » des mythes liés aussi intimement à la religion que à l’histoire du peuple juif.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span><span> </span>Au fond, je ne suis pas convaincu que les symboles rassembleurs dont a besoin le peuple juif, et qui doivent être chargés affectivement pour pouvoir opérer leur travail d’identification<span>  </span>des membres de la communauté, du fait de l’absence des deux facteurs les plus puissants sur ce plan :la langue (le Yddish n’étant plus que l’objet d’une pieuse nostalgie) et les frontières géographiques d’un état (réservées à la moitié du monde juif qui a choisi l’israelianité) , ne puissent<span>  </span>être que les mythes religieux qui ont fonctionné pendant les siècles précédents, quand la religion était l’horizon intellectuel d’une époque.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span><span>  </span>Je pense que les évènements réels devraient pouvoir prendre le relais, ce qui implique que une autre histoire que la Bible soit construite et enseignée, dont<span>  </span>certains éléments pourraient être mis en exergue.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span><span> </span>La particularité des juifs est d’avoir, pour des raisons historiques, une histoire en grande partie captée<span>  </span>et remaniée par le mythe immense de la religion. Je pense<span>  </span>que ils devraient plutôt la récupérer et viser une sortie de la confusion entre les deux plans.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span><span> </span>L’histoire juive est suffisamment riche d’éléments glorieux ou tragiques pour qu’on y trouve <span> </span>matière à symboliser la trajectoire de ce peuple, physique, morale et mentale , de façon à permettre<span>  </span>de figurer<span>  </span>ce qui lie ses membres par delà les différences qui ont toujours existé .</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span><span> </span>Ainsi, les différentes strates de<span>  </span>représentations qui constituent une Nation, qui est<span>  </span>la représentation d’elle même d’une collectivité, peuvent se superposer et s’ajouter les unes aux autres, construisant un ensemble qui résiste aux variations conjoncturelles.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin-bottom:12pt;"><span>Georges BLOND</span></p>
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